~ Progrès ~

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Alfan secouait Nelly avec fureur.

  • Aller ça suffit ! Reviens !


Bien qu'elle soit réveillée elle continuait de garder les yeux fermés, comme encore assoupie, persuadée qu'elle pouvait en apprendre plus en les espionnant plutôt qu'en leur posant des questions. Alfan lui mit quelques tapes sur la joue avant de se désintéresser totalement d'elle.

Elle entrouvrit les yeux et vit Alfan se jeter sur Anak ainsi que le sabre qu'elle avait laissé tomber le matin même. Elle serra des dents. « Alfan, qu'est ce que tu fais, laisse-le tranquille bon sang ! Anak, réagis ! » mais il ne bougeait pas d'un cil, totalement immobile, le regard figé sur Alfan. Celui-ci regarda rapidement Nelly du coin de l'oeil et planta sa lame profondément dans le cœur de son frère adoptif.

Nelly ne put résister plus longtemps, elle se leva en hurlant et couru jusqu'au corps sans vie qui gisait au milieu de la pièce. Comment avait-il pu ?! Nelly pleurait à chaudes larmes en essayant futilement de le ramener à la vie tandis qu'Alfan, lui, la regardait un sourire méchant sur les lèvres.

  • Tu es … Très décevante. Je n'en attendait pas moins de toi, dit-il en ricanant sournoisement.

En un claquement de doigt il fit disparaître l'illusion. Anak était recroquevillé dans un coin opposé de la pièce. La tête entre les genoux, il lança à l'adresse d'Alfan d'un ton las.

  • Tu ne devrais pas faire des choses pareilles. Elle ne mérite pas ça venant de toi. Tu le regretteras bientôt... Tôt ou tard.

Il se releva lentement et Nelly se jeta dans ses bras.

  • Anak ! J'ai eu tellement peur, pleurait-elle, la voix saccadée par les sanglots, j'ai eu TELLEMENT... (Elle s'écarta légèrement et le regarda droit dans les yeux) peur de te perdre moi aussi !


Il la serra d'autant plus fort dans ses bras, ému qu'elle se rappelle de ses mots d'enfance. De son côté, Alfan roulait des yeux.

  • C'est bon, les retrouvailles familiales ? Nelly, sois gentille, dis nous ce que tu as vu.

Nelly ouvrit grand ses yeux et cessa de pleurer immédiatement. Un lourd silence s'abattit alors sur la pièce. La tension était palpable. Tandis que, face au mur, ses pupilles se dilataient, Anak, face à elle, changea de visage. Il allait enfin le voir ? Tout ce dont sa mère avait parlé pendant des années ? Il s'émerveilla de la beauté de la créature entrain de se métamorphoser devant lui.

Sa peau se hérissait, se perlait de gouttes d'or et ses longs cheveux blonds s'épaississaient. Deux adorables petites canines mais terriblement tranchantes et meurtrières, pointaient au bord de ses lèvres. Alfan sentit que quelque chose se passait. Nelly tremblait. Il connaissait ce symptôme et sans attendre il ferma les yeux et activa en lui l'Odeyku « L'Oeil qui voit Tout » en Ukinaë.

Ce qui se passa alors surprit toutes les personnes présentes dans la pièce. Au dos de Nelly se produisit une sorte de crépitement, comme si les particules présentes dans l'air se réorganisaient. Petit à petit de longues tiges apparurent partout sur son dos, se balançant lentement.

Invisibles naturellement, Alfan avait usé de son pouvoir visuel pour mieux connaître les forces et les faiblesses de la transformation de la jeune fille. Tout cela n'avait duré qu'une poignée de secondes. Nelly se retourna promptement et courut en direction de sa cible. Elle avait tellement de colère et de haine envers lui, bien qu'elle ne se souvienne pas être une combattante dans l'âme, il méritait de recevoir une bonne leçon pour l'avoir piégée.

Le combat ne dura que quelques instants. Les transformations de Nelly étant très récentes, elle ne les contrôlait encore parfaitement et lorsqu'elle sentit qu'elle risquait de blesser quelqu'un d'autre par inadvertance, elle lâcha un grondement terriblement animal et s'enfuit en sautant par la fenêtre. Alfan, essoufflé, reprit rapidement contenance. Il se redressa et défroissa son manteau avant de déclarer :

  • Sa transformation progresse... Elle ne contrôle pas encore ses pouvoirs, encore moins ses colères. Elle devient dangereuse. Il va falloir qu'on parvienne à arrêter ça.


Alors qu'il s'apprêtait à sortir de la pièce, il s'arrêta au porche et siffla :

  • Voilà pourquoi il fallait ABSOLUMENT retarder au maximum le retour de ses souvenirs, Anak. (Il se retourna et lui lança un regard meurtrier) Tu es fier de toi ? Elle est désormais incontrôlable.
  • Tu ne pourras pas empêcher la prophétie. Tu en es conscient ?
  • Je le peux.
  • Non, Alfan. Cesse de te voiler la face. Maintenant ou dans quelques années... Crois-tu vraiment que gagner du temps est la solution ? Ce qui doit arriver, arrivera. Tu ne peux pas empêcher ça.
  • Je t'ai dit que je le pouvais.
  • Comment ?

Alfan prit alors le ton le plus froid et le plus macabre que ses amis n'aient jamais entendu venant de lui.

  • Je vais la tuer. Désormais, c'est le seul moyen.


Anak resta muet, la bouche entrouverte, encore secoué par le plan de son chef.

  • Tu... Tu n'y penses tout de même pas ? Anak se mit à rire nerveusement. Tu... Tu crois que je vais te laisser... l'abattre comme une vulgaire Riutt (vermine ressemblant à un gros cafard) ?
  • Reendar, Ophir, prévenez les autres. Je sais où elle va. On va essayer de rattraper le coup, le cas échéant, nous serons assez nombreux pour la neutraliser.
  • Un jour l'Oeil te trahira Alfan ! Cria Anak alors que le garçon sortait de la pièce. Un jour il te trahira et tu ne verras pas arriver la mort !

Mais l'homme aux yeux gris partit sans relever l'affront, tandis que ses pupilles se dilataient.

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