~ Le Soldat ~

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Prête à toute éventualité, la jeune fille se recula de quelques pas, scrutant la légère ouverture en train de se former. Son estomac resta noué jusqu’à ce qu’elle vit une petite tête toute ronde passer par l’ouverture.

  • Eh dites donc ! J’ai pas tout mon temps, j’ai des choses à faire moi ! se fâcha-t-il, non mais franchement certains, je vous jure ! Ils pensent que tout le monde est à leurs bottes ! Si ça ne tenais qu’à moi, vous…

Il s’arrêta tout à coup, la regardant avec attention. C’était un homme, on pouvait le deviner grâce à sa voix grave et ronchonne. Plutôt svelte, ses vêtements de garde trop longs lui donnaient un peu un air de guignol mais, contrairement à l’ensemble de son corps, ses mains étaient d’une taille impressionnantes ; sûrement deux fois plus grandes et plus larges que celles d’un humain possédant déjà des paumes imposantes.

Le plus étrange était sa tête : une énorme boule toute ronde, de couleur pâle, sans aucun orifice, sans visage. Nelly trouva cela très perturbant et puisqu’il avait « vu » qu'elle était une personne de sexe féminin, elle décida de ne pas le regarder pour ne pas l’importuner s’il s’avérait qu’il pouvait également sentir le malaise qu’il lui procurait.

  • Une minute. Jeune fille... Qui es-tu ?
  • Euh… Nelly ? Souffla-t-elle.
  • Comment as-tu fais pour ouvrir le passage ? Tu n’as visiblement pas l’air de savoir où tu te trouves.
  • Eh bien, je ne sais pas, je ne crois pas être déjà venue ici.


La boule qui remplaçait le crâne de l’homme en face d’elle commençait à rougir et, en y prêtant attention, Nelly pût même constater qu’elle avait très légèrement grossi et que ça ne s’arrêtait pas. C’était probablement mauvais signe.

En effet, même l’intonation de son interlocuteur était devenue plus menaçante.

  • Identifiez-vous immédiatement ou je vais être contraint d’employer d’autres moyens pour obtenir votre identité.
  • Écoutez, s’empressa de dire Nelly, je vous en prie, croyez-moi, je peux tout vous expliquer ! Il se trouve que je suis amnésique, je ne me souviens que des quelques heures que j’ai pu passer dans ce monde depuis mon réveil sur cette île là-bas. Je vous jure que je ne me rappelle de rien, je sais juste que je m’appelle Nelly, d’accord ? J’ai vingt-et-un ans, c’est absolument tout ce que je sais !


Voyant que la tête du bonhomme continuait de gonfler et qu’il restait sourd à ses explications elle tenta une approche différente. Elle sentait son cœur se révolter, bien qu’elle ne sache pas réellement pourquoi, elle eût tout à coup une affluence de pensées mauvaises et cruelles envers ce pauvre soldat qui ne faisait que son travail de gardien, un rôle sans aucun doute très important et compliqué d’après ce que lui avait révélé Shadow sur le tri des arrivants.

  • Bon, écoutez-moi bien, le véritable gardien de cette entrée n’est pas vous mais la créature qui la forme, si elle m’a laissé passer c’est qu’il y a raison à cela. Donc, vous allez cesser vos accusations sans fondement et me diriger vers le lieu où je dois me rendre pour procéder à mon enregistrement ici, c’est bien compris ?


Immédiatement après qu’elle ait fini sa phrase Nelly s’en voulu, elle se mit à bafouiller quelques excuses mais apparemment sa petite révolte avait fonctionné, le soldat s’était calmé. Devenu cependant un peu plus pâle qu’à l’origine, il s’écarta et d’un mouvement du bras lui indiqua un guichet situé à quelques mètres plus loin, juste derrière une grande place magnifiquement fleurie.

  • Je vous en prie, souffla-t-il dans une courbette avant de se figer en statue de craie.


Elle avança, morte de honte. Elle avait probablement blessé ce pauvre bougre qui essayait seulement de faire son travail correctement mais tout ce qu’elle espérait, c’était que la transformation en statue était normale et non pas une conséquence à ses dires.

Malgré ça, elle était soulagée. Toujours pas enfermée dans une prison ou encerclée de créatures effroyables, il semblait que tout allait pour le mieux, pour l’instant. Elle traversa la place que lui avait indiqué « l’homme-boule », c’était un lieu paisible où la senteur des fleurs se mélangeait avec des odeurs sucrées de caramel et de miel, provenant sûrement des boutiques ou des cuisines des bâtiments situés juste derrière le bâtiment en face d’elle.

Tout à coup, son crâne se mit à tambouriner douloureusement. Elle tomba à genoux, la tête entre les mains. Elle pouvait les sentir cette fois, elles arrivaient… les images.

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