Perdu: navette; forte récompense

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— « Comment ça, vous avez perdu une navette ? »

Rasan a ses décibels des mauvais jours. Ceux à trois chiffres. Il faut dire aussi que le zozo qui lui fait face via liaison orbitale est une zozotte, qui plus est Terrienne. Rasan n’aime pas les Terriens.

Le capitaine Vanessa Dûnc a un uniforme d’une quelconque corporation de Singapore représentant une improbable bestiole stylisée sur fond de flèches, le tout souligné d’un logotype dont le dynamisme est inversement proportionnel à celle qui l’arbore.

Elle répète sur un ton qui se veut posé, mais qui sonne lourdement indolent :

— « C’est à vous de me le dire, seigneur Erandhil. » Rasan grince des dents, il déteste qu’on lui donne du grade. Il a aussi horreur qu’on le vouvoie, mais ça c’est comme tout le monde, vu que c’est la forme des esclaves, comme on dit. « La navette Blue Globe numéro trois, avec quarante-quatre passagers et trois membres d’équipage à son bord, n’a pas donné signe de vie depuis qu’elle a été prise en charge par vos services d’approche, il y a exactement cent quatre-vingt-sept minutes. »

C’est comme ça que moi, Eithen Talathin, responsable de la sécurité pour cette partie du starport d’Irrwisch, je me suis retrouvé dans ce bigntz.

Bon, soyons honnête, ça n’a pas été tout de suite un bigntz. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’égarer une navette, c’est la routine, mais ce n’est pas la première fois non plus. En général, ça implique un micmac administratif, avec quelqu’un qui n’a pas fait son travail et qui, par voie de conséquence, va perdre ses tympans prochainement, voire son poste.

Ou alors des pirates qui ont fait des bêtises. Sur Irrwisch, ce genre de cas n’est jamais à négliger.

***

En fait, le premier signe de gonade dans le potage, c’est quand la navette nous a sauté à la figure.

Quand je dis « sauté à la figure », c’est très littéralement : du badaboum de compétition, ça madame ! Bon, maintenant, j’en rigole, mais sur le moment, c’est moins drôle.

Encore que moi, je m’en suis sorti avec les oreilles qui sifflent et des cheveux frisés ; mon collègue Sßlafaz, qui était devant moi, a tout pris dans la physionomie. Et, même pour un Siyan, c’est-à-dire un reptiloïde de deux quintaux, c’est un tout petit peu fatal. La bonne nouvelle, pour lui, c’est que le passage par la case « clonage » est une option bien plus raisonnable que pour moi.

Espérons qu’il ne nous revienne pas Snivel, comme le précédent ! Les accidents génétiques, ça arrive et on a déjà beaucoup trop de maniaques comme ça dans notre service.

***

Rasan est venu me voir à la maison de soins, sur le continent. En théorie, je n’aurais même pas eu besoin d’y passer, mais c’est la procédure ; je ne me plains pas : le personnel est délicieux – dans tous les sens du terme. Comme Sa Seigneurerie (note : ne pas l’appeler comme ça en face, même si c’est son titre officiel) n’est pas du genre à exiger du rendement à tout crin, j’ai suspecté que ça avait chauffé.

— « Le problème, a-t-il expliqué, ce n’est pas les touristes qui sont sur le manifeste de bord, c’est le groupe d’agents highlanders qui se faisaient passer pour six d’entre eux. Ça, plus le cadavre qui était dans l’épave de la navette et qui ne correspond à aucun des passagers. »

Si j’avais su, je me serais fait porter pâle plus longtemps.

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