LE PERCEPTEUR ou la descente aux enfers... (8)

2 minutes de lecture

Où l’on s’aperçoit que la générosité obscurcit le jugement.

Il avait un peu de temps devant lui, il se dirigea d’un pas ferme vers son lieu de prédilection, le café de Loulou. « Bonjour monsieur le percepteur, qu’est ce que je vous sers ? » « Bonjour Loulou, une bière et un café. » « Ensemble ?!! » « Commence par la bière, après on verra. » Il n’y avait personne au comptoir, la terrasse bien chauffée par le soleil printanier de cette fin d’hivers, attirait les badauds désœuvrés, tandis que le comptoir, réservé plutôt aux habitués qui le prenaient d’assaut entre deux occupations, pendant une pause, était vide à cette heure. La réflexion profonde dans laquelle Guy Lamotte était plongé, lui faisait abstraire son environnement. A l’exception de Loulou qui allait et venait avec son plateau, son chiffon et ses verres, tantôt vides, tantôt pleins. « Tu m’en sers un autre ?  Tu t’en sers un aussi. » « Merci monsieur Lamotte, c’est gentil, mais j’ai du boulot. » Il plongea dans son frigo et lui resservit une deuxième bière bien mousseuse, comme le percepteur les aimait.

                                        ++++++++++

« Monsieur Lamotte, il y a du nouveau. » Paulette avait l’air inquiet de celle qui reçoit une mauvaise nouvelle. « A quel sujet ? » « J’ai reçu, ou plutôt nous avons reçu, Virginie et moi, une convocation au centre. » « Et...A quel sujet ? » « A aucun sujet, ils disent affaire d’organisation. J’espère qu’ils ne vont pas nous transférer, ou fermer la perception, il en avait été question il y a quelques années. » « C’est bizarre, je ne suis au courant de rien, s’il y avait du changement dans l’air, je veux dire pour vous, je l’aurais appris avant vous, et je te l’aurais dit. » « Je sais, c’est pourquoi je suis inquiète. » « Et Virginie ? » « Virginie, elle s’en fout, comme de tout d’ailleurs. » « Bon te biles pas, vous n’avez rien à craindre. Si ce qu’on vous demande ne vous convient pas, je ferais intervenir le syndicat. » « Merci M’sieur Lamotte, je sais que nous pouvons compter sur vous. »

Guy Lamotte s’enferma dans son bureau. Il devait faire le point, au calme, loin de l’alcool et de son entourage. La pile de paperasse qui trônait sur son sous-main ne l’effraya pas, il aurait tout le temps demain, le début du week-end était son espace de travail préféré. Aujourd’hui il avait à réfléchir sur deux problèmes qui en fait n’en faisaient qu’un, les probables élections municipales et son inéluctable passage au placard. Tout tenait en une date, quand l’Amiral allait-il casser sa pipe ? Si l’administration accélérait le mouvement, Guy Lamotte serait vidé avant que ne retentisse le gong du destin. S’il pouvait résister six mois, l’Amiral était vraiment en mauvais état de santé, il organiserait la section en vue des élections et bloquerait en même temps la menace de son excommunication. Devait-il faire marcher le syndicat ? C’était la question. En le faisant intervenir de suite, il pouvait stopper net cette embrouille. Oui, mais si les filles avaient des ennuis ? Etre pendu à la sonnette ça la foutait mal. Il ne serait pas crédible s’il jouait les pleurnichards à tout bout de champ.

Il pensa que la convocation des filles n'était qu'un préalable. Qu’il valait mieux attendre le résultat de l’entretient. Que son propre sort n’était pas scellé. Son penchant vers la générosité était de toute façon prépondérant. Quoiqu’il ait pensé, son sentiment aurait été le plus fort. Autrui passait toujours avant. C’était en quelque sorte génétique.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

rêveuse de vie
Ce sont mes rêves brisés. J'avais besoin d'écrire mon ressentit. Ce n'est pas grand chose, mais parfois cela fait du bien d'écrire ce qui est dans notre cœur. J'espère que cela vous plaira.
3
9
84
6
Défi
Lisa Giraud Taylor

A chaque fois qu’on évoquait son nom, la plupart d’entre nous baissait les yeux.

Non pas qu’il nous faisait peur, ou nous impressionnait, mais il n’était pas le genre de personnes à qui on s’adresse sans invitation.

Il était souvent seul, assis, de l’autre côté des berges, le matin de très bonne heure, si bien que peu d’entre nous l’avaient déjà croisé de près.

Je me souviens que mon père racontait qu’à ses huit ans, il avait traversé la rivière, enveloppé dans son habituelle cape blanche, et qu’il lui avait remis un sifflet creusé dans un bout de noisetier.

A mes huit ans, il m’a remis un autre sifflet, en bouleau cette fois.

Il vivait là, dans la forêt du Domaine, depuis des milliers d’années, semble-t-il ; Il ne parlait à personne mais tout le monde l’observait.
Il n’avait jamais changé d’apparence depuis près de cent ans.

Son grand gabarit portait beau. Sa longue soutane bleu nuit était rehaussée de ladite cape. Bien souvent, il ne portait pas de chaussures mais des chaussons à peau veloutée.

Son visage était harmonieux, ovale avec de grands yeux vert émeraude. Sa bouche était fine mais bien dessinée et on notait une fossette qui creusait sa joue gauche quand il parlait ; rarement.

Il n’était ni mince, ni gros, il n’était pas. Il était souple, élancé et musclé - d’après les femmes qui l’avaient croisé, un jour, au bord du ruisseau au fond du domaine.

Il portait une longue cicatrice le long de sa jambe gauche, avait noté ma mère.

Ses cheveux étaient châtains, courts, avec quelques boucles folles qui lui donnaient des airs d’angelots.

Pourtant, il était craint par les seigneurs des autres domaines. Il avait été un « grand », comme disait le seigneur de la forêt des Bois. Il avait été terrifiant sur les champs de batailles, avait coupé des têtes, des mains et éviscéré femmes, hommes et enfants, sans une once de répulsion.
Il était connu, également, pour sa propension à affronter les tournois, les joutes et autres jeux guerriers, une épée à la main, les pieds au sol, nus, sans baisser le menton.

Il était un ange auprès des enfants de notre domaine, un protecteur auprès des femmes et des hommes de notre village, mais, aussi, un exterminateur froid et patient.

On disait que lorsqu’il avait une proie dans son viseur, il n’y avait plus aucune issue, aucun échappatoire.

Il était, en outre, l’un de magiciens les plus connus de notre siècle ; maudit pour certains, enchanteur pour d’autres ; brutal pour beaucoup, bienveillant pour peu.

Il était comme sa mère, une fée du Lac Troublé, aimable, affable et envoûtant, tout en étant le double de son père, Le Scribe Noir, celui qui apportait le soufre, la sécheresse et le vent glacial les longues soirées d’été.

On disait de lui qu’il oscillait entre le calme et la tempête et qu’il réagissait à l’instinct… Instinct qui pouvait autant tuer que caresser… comme le vent et l’eau.

Il s’appelait Turbidus Humor... Il me regardait droit dans les yeux, en ce jour de mes huit ans.
3
7
2
2
Vatis Maestus
Un petit garçon, n'ayant jamais eu de raison, partira pour un long voyage à la recherche de ses mirages. Or, les géants contrôlant le temps s'opposeront à toutes divergences du chemin. Personne ne s'oppose au destin.
4
2
1
6

Vous aimez lire jean-alain Baudry ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0