LE PERCEPTEUR ou la descente aux enfers... (3)

2 minutes de lecture

Où le seigneur du comté met les points sur les « I »

« Monsieur le percepteur, je vous prie de ne pas laisser déborder votre vie privée sur votre activité professionnelle. Nous gérons la commune. Ce sont des problèmes techniques que nous devons résoudre. Vos digressions polémiques ne sont pas de mise dans cette commission. » « Monsieur le Maire, ou mon Amiral ? Je ne sais toujours pas comment vous nommer. » « Ici, Monsieur le Maire, s’il vous plaît. » « Monsieur le Maire, je ne fais que constater ce qui est de mon ressort. Vous semblez oublier ma responsabilité, au moins en temps qu’audit dans la commune. Je dois remettre un rapport à la préfecture via ma hiérarchie. Je conçois que vous n’êtes guerre enclin à entendre des critiques sur votre action municipale. Toutefois, ce ne sont en aucune façon des critiques. Je n’ai pas à juger. Seulement des précisions sur l’état des finances communales et les modalités de règlement des dépenses, et sur quels chapitres les imputer. » « Je vous sais gré de vos précisions, mais nous ne sommes pas des enfants, et nous savons très exactement où nous en sommes. D’ailleurs, Monsieur le secrétaire général a tout cela parfaitement en tête, et peut répondre instantanément à vos interrogations sans même consulter notes ou registres. Ceci dit l’heure avance et j’aimerai épuiser l’ordre du jour. Il me semble que c’est une politesse élémentaire que libérer les membres de la commission à l’heure prévue. Vous semblez oublier que chacun ici a des obligations familiales ou professionnelles. »

Le silence tomba, pesant comme après chaque prise de bec entre le Maire, Amiral en retraite, et le Percepteur, fonctionnaire en activité, responsable de surcroît d’un partit politique d’opposition au niveau local. Quand chacun se leva, imitant le Maire qui signifiait ainsi la fin de la réunion de la commission des finances, ce dernier fit un signe à Guy Lamotte qui fit mine de ranger sa serviette avec encore plus de lenteur que le secrétaire général, pourtant assez minutieux dans ce genre d’exercice. L’Amiral contourna la table et pris notre percepteur par l’épaule.

« Venez donc dans mon bureau, un café nous fera le plus grand bien. » Il ne lui demanda pas s’il avait d’autres choses à faire. C’était un ordre.

Il servit lui-même le café qui attendait au chaud dans la machine. Avança le pot de sucre et regarda Guy Lamotte dans les yeux. « Mon jeune ami votre inexpérience de la vie vous égare. Pourtant vous êtes intelligent. Vous êtes ambitieux. Si... Ça se voit. A ce propos vous avez dû poser votre candidature pour un avancement. Vous savez que vous pouvez compter sur mon appui. Dites-moi où vous désirez être nommé. Je ferai ce qui est en mon pouvoir. Le député ne peut pas me refuser ce service. (... Un silence...) Je pense que vous serez mal avisé de ne pas profiter de cette opportunité. (...Un silence...) Il se peut que cela ne puisse pas se reproduire. (...Encore un silence...) Buvez votre café mon petit, et réfléchissez. » Le prenant une nouvelle fois par l’épaule, l’Amiral raccompagna Guy Lamotte qui n’avait pas dit un seul mot. Sur le pas de la porte il ajouta « Ne tardez pas trop à donner votre réponse... Je vous souhaite un bon week-end ainsi qu’à votre petite famille. » « Je vous remercie Monsieur le Maire. »

Son attaché case à bout de bras, le percepteur disparu dans la nuit.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

rêveuse de vie
Ce sont mes rêves brisés. J'avais besoin d'écrire mon ressentit. Ce n'est pas grand chose, mais parfois cela fait du bien d'écrire ce qui est dans notre cœur. J'espère que cela vous plaira.
3
9
84
6
Défi
Lisa Giraud Taylor

A chaque fois qu’on évoquait son nom, la plupart d’entre nous baissait les yeux.

Non pas qu’il nous faisait peur, ou nous impressionnait, mais il n’était pas le genre de personnes à qui on s’adresse sans invitation.

Il était souvent seul, assis, de l’autre côté des berges, le matin de très bonne heure, si bien que peu d’entre nous l’avaient déjà croisé de près.

Je me souviens que mon père racontait qu’à ses huit ans, il avait traversé la rivière, enveloppé dans son habituelle cape blanche, et qu’il lui avait remis un sifflet creusé dans un bout de noisetier.

A mes huit ans, il m’a remis un autre sifflet, en bouleau cette fois.

Il vivait là, dans la forêt du Domaine, depuis des milliers d’années, semble-t-il ; Il ne parlait à personne mais tout le monde l’observait.
Il n’avait jamais changé d’apparence depuis près de cent ans.

Son grand gabarit portait beau. Sa longue soutane bleu nuit était rehaussée de ladite cape. Bien souvent, il ne portait pas de chaussures mais des chaussons à peau veloutée.

Son visage était harmonieux, ovale avec de grands yeux vert émeraude. Sa bouche était fine mais bien dessinée et on notait une fossette qui creusait sa joue gauche quand il parlait ; rarement.

Il n’était ni mince, ni gros, il n’était pas. Il était souple, élancé et musclé - d’après les femmes qui l’avaient croisé, un jour, au bord du ruisseau au fond du domaine.

Il portait une longue cicatrice le long de sa jambe gauche, avait noté ma mère.

Ses cheveux étaient châtains, courts, avec quelques boucles folles qui lui donnaient des airs d’angelots.

Pourtant, il était craint par les seigneurs des autres domaines. Il avait été un « grand », comme disait le seigneur de la forêt des Bois. Il avait été terrifiant sur les champs de batailles, avait coupé des têtes, des mains et éviscéré femmes, hommes et enfants, sans une once de répulsion.
Il était connu, également, pour sa propension à affronter les tournois, les joutes et autres jeux guerriers, une épée à la main, les pieds au sol, nus, sans baisser le menton.

Il était un ange auprès des enfants de notre domaine, un protecteur auprès des femmes et des hommes de notre village, mais, aussi, un exterminateur froid et patient.

On disait que lorsqu’il avait une proie dans son viseur, il n’y avait plus aucune issue, aucun échappatoire.

Il était, en outre, l’un de magiciens les plus connus de notre siècle ; maudit pour certains, enchanteur pour d’autres ; brutal pour beaucoup, bienveillant pour peu.

Il était comme sa mère, une fée du Lac Troublé, aimable, affable et envoûtant, tout en étant le double de son père, Le Scribe Noir, celui qui apportait le soufre, la sécheresse et le vent glacial les longues soirées d’été.

On disait de lui qu’il oscillait entre le calme et la tempête et qu’il réagissait à l’instinct… Instinct qui pouvait autant tuer que caresser… comme le vent et l’eau.

Il s’appelait Turbidus Humor... Il me regardait droit dans les yeux, en ce jour de mes huit ans.
3
7
2
2
Vatis Maestus
Un petit garçon, n'ayant jamais eu de raison, partira pour un long voyage à la recherche de ses mirages. Or, les géants contrôlant le temps s'opposeront à toutes divergences du chemin. Personne ne s'oppose au destin.
4
2
1
6

Vous aimez lire jean-alain Baudry ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0