LE PERCEPTEUR ou la descente aux enfers... (1)

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                            LE PERCEPTEUR

 Où notre héros rencontre des vents contraires.

 Guy Lamotte descendit les marches du café et empoigna le guidon de son vélo. Mais, au moment de démarrer, en appuyant sur la pédale, il perdit l’équilibre et s’affala au beau milieu de la ruelle, sous les rires des cinq ou six habitués perchés sur leur tabouret de bar comme une meute de singes sur un rocher. «  Tu y arriveras pas Percepteur, tu ferais mieux de rentrer à pied ». « T’aurais dû partir dans l’autre sens, le vent t’aurait aidé à tenir ». Guy Lamotte ne répondit pas, comme s’il n’avait entendu ni les rires gras et bruyants, ni les quolibets. Il se relève avec d’évidents efforts et, bien campé sur ses deux jambes écartées, il constate avec un air mi-songeur, mi-interrogatif, que le vélo est resté à terre, avec le cadre entre ses jambes.

Il le lève. Mais en le relevant, le vélo le déséquilibre une fois encore, et il s’écroule de l’autre coté, sur le trottoir. Les quolibets reprennent de plus belle « Non arrêtez, vous êtes pas sympa ». Loulou, qui officiait sans un mot jusque là, derrière son comptoir, tel un prêtre devant l’hôtel insista « Allez les gars, il est pas en état de vous répondre » « Mais Loulou, t’avait qu’à pas le servir ». Loulou ne répliqua pas, et avec une humeur égale qui faisait tout le charme de ce géant débonnaire, il descendit les marches de son sanctuaire pour accomplir sa « B A » quotidienne. « Attendez M’sieur Lamotte, vous feriez mieux de rentrer à pied ». « Ah ! Mais non Loulou, t’est gentil mais je vais être en retard et mes petites poulettes vont encore râler ». « Mais M’sieur Lamotte, vous irez bien plus vite à pieds, avec le vent qu’il y a...Et de face en plus ». Insensible à la diplomatie de Loulou, Guy Lamotte s’obstinait pendant que les autres, toujours perchés sur leurs tabourets, ricanaient. Mais en silence, tant était fort l’ascendant que Loulou faisait peser sur son petit monde de clients réguliers. Guy Lamotte, toujours à son obsession de se jucher sur sa bicyclette, essaye encore une fois de la redresser. « Ah ! Non que je la  laisserai pas dans la rue, y a huit jours on m’a piqué ma sonnette » « Peut être qu’elle s’est détachée une fois que vous êtes tombé » Loulou n’est pas du genre à mettre de l’huile sur le feu. Mais Guy est aussi un bon bougre. « Ouais ! Peut être bien que tu à raison Loulou. Tiens ça y est. J’suis dessus ma bécane... Allez c’est partit ».

Miracle ! Enfin si l’on peut parler d’un miracle pour un événement quasi quotidien. Le vélo reste droit. Guy Lamotte reste en équilibre dessus, et en serpentant un peu, mais beaucoup moins qu’on aurait pu s’y attendre, il descendit la rue et disparu en un clin d’œil. Les lois de l’équilibre furent respectées jusque devant le petit pavillon qui servait à la fois de bureaux et de logement de fonction. Il essaya de freiner mais la roue arrière chassa sur les gravillons que les services de la voirie répandaient régulièrement tout au long de l’année. Dans un grand bruit de ferraille il se retrouva assis devant la porte du bureau.

Ce moyen de signaler son arrivée ne fit même pas sursauter Paulette bien trop habituée. Quant à Virginie sa petite cousine, elle n’eut pas plus de réaction que si elle avait eu un Walkman branché à pleine puissance.

 « M’sieur Lamotte, vous avez vu l’heure ? Le maire a déjà téléphoné deux fois. Je lui ai dit que vous étiez en rendez-vous. J’ai eu du mal, il voulait juste vous dire un mot. » « A quel sujet ? » « Ah ! Ça, il a rien voulu dire... Non mais dans quel état vous êtes... Vous feriez mieux d’aller faire une petite sieste... Mais pensez qu’à six heures il y a réunion à la Mairie. » « Ah c’est pour ça qu’il téléphonait l’Amiral de mes fesses ! » « Ah ! Non M’sieur Lamotte soyez poli, et puis il y a ma cousine » « Elle a du naître avec des boules Kies ou alors sa mère lui a crevé les tympans avec un coton tige. Elle entend rien, elle répond jamais. Et puis d’abord t’est sûre qu’elle est pas sourde tout bêtement ? » « Mais non elle pas sourde, justement. Bon allez au lit et penser à vous réveiller. Qu’est ce que je dis au Maire s’il rappelle ? » « Y a plus de sous, y z'ont tout bouffé. » « Non soyez sérieux, qu’est ce que je lui dis ? » Guy la planta là et se dirigea vers la porte marquée privé. Au fond du bureau. « Allez mes petites poulettes je vais faire un petit somme et ça va repartir comme en quatorze ». Il était temps, les premiers contribuables frappaient à la porte 

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