Sagesse

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Il n'existe pas de contentement inné

C'est à force d'épreuves que l'on acquiert la sagesse

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Camille F.
Sonnet
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webfourmi

Dès sa naissance, la tristesse te donna la main pour traverser la vie et ne la lâcha plus.

Je remâche les mots de ton épitaphe, encore et encore, le long du sentier mal entretenu qui m'éloigne de ta tombe.
Comment une vie si courte ne peut-elle être ressentie que sous le filtre terne et maussade des larmes ?

Je me souviens de tes premiers regards, à peine née. Et déjà toute tremblotante, fragile comme une perle de rosée, une première larme traçait les premiers jalons de toute ta vie.
Je te le rendais, moi, pourtant ton regard, les yeux brillants de te voir face à moi.

Alors que les plis de mes lèvres hésitants esquissaient un premier sourire, les tiens , s'abaissaient en une moue désespérée.

Tes premiers pas, trébuchants, tes genoux écorchés et tes cris déchirants faisaient accourir papa, désespéré de te voir si mal. Et mes premières galopades et mes premières escalades me gonflaient le coeur d'un orgueil que je ne pouvais partager. Je venais te réconforter à mon tour.

Le tracé malhabile de tes premières lettres, les esquisses hésitantes de nos vacances , tes mains crispées sur le crayon, te donnait invariablement le droit aux calins et aux embrassades de maman. Mes nouvelles annotées des commentaires enthousiastes de mon professeur , mes portraits au fusain et à la sanguine restaient cachés dans mon tiroir. Et j'épinglais tes oeuvres inachevées aux murs de notre chambre.

Tu restais si sage dans l'écrin de ton fauteuil, la voix déjà perdue, les gestes si rares. Je partais m'étourdir et me griser de sons et de lumiére, et de parfums loin de chez nous. Pour ne pas déchirer la bulle qui te préservait , à pas feutrés, je déposais quelques pétales soyeux, ou un mouchoir de soie parfumé dans le creux de tes mains.

Pourtant, lorsque tes yeux presque éteints m'ont su près de toi, j'ai vu la tristesse s'envoler loin de ta peau meurtrie, loin de ta chair malmenée , loin de ton coeur blessé, et te laisser partir là-bas, enfin libre .

Et tu m'as laissé quelques grammes de tristesse, pour que je puisse lester mon âme et rester ici, sans toi.

Ma soeur.
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