Manon, l'immunisée.

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                                                        Manon, l'immunisée.


 

(Prologue)

 

 

Depuis plusieurs jours, Manon Billan restait figée devant sa télévision, les flashs d’informations spéciaux traitant de la contagion tournaient désormais en boucle : le monde devenait fou…

Faute de clients, elle avait dû fermer son salon de coiffure. Ses collègues, pour la plupart malades, ne donnaient plus signe de vie. Finalement, les autorités avaient interdit tout rassemblement et ordonné la fermeture des commerces. Cette décision, bien que brutale, l’avait soulagée.

 

Comme l’expliquait le bandeau ‘urgences’ qui se déroulait inlassablement sur toutes les chaînes de la télé, elle ferma ses volets, verrouilla sa porte et calfeutra ses fenêtres. En d’autres temps, ce comportement à quatre heures de l’après-midi n’aurait pas été compris.

Comme la vie est étrange, ce qui la veille était considéré comme suspect devenait évident et même salutaire.

Sans enthousiasme, elle appela sa sœur et réussit à la convaincre de faire quelques exercices de math. Depuis une semaine, les écoles étaient fermées et les enfants restaient livrés à eux-mêmes.

 

Le repas du soir fut vite bâclé, en moins d’un quart d’heure la table fut débarrassée. Le peu qu’elle avait réussi à préparer n’était pas aux goûts de sa sœur. De son côté, elle n’avait plus d’appétit et son estomac restait noué depuis des jours. Tard dans la nuit, elle porta sa sœur et la coucha dans son propre lit.

Une profonde angoisse la parcourut, lorsqu’elle posa un baiser sur son front : elle avait de la fièvre…

 

Elle ne put s’endormir et veilla toute la nuit. Au matin, la terrible vérité s’imposa à elle. La jeune fille était couverte de sueur et délirait dans un sommeil agité.

 

En larmes, elle la força à avaler deux aspirines et lui plaça un linge humide sur le front. Les lignes téléphoniques, surchargées, ne délivraient même plus les tonalités d’invitation à numéroter…

Atterrée, elle réalisa que le médecin, l’hôpital ne répondaient pas. Plus personne n’était joignable, son monde s’écroulait.

 

La mort dans l’âme, elle se décida à prendre sa sœur dans les bras et, à pied, partit grossir la longue file d’attente des malades devant le dispensaire.

Les heures passèrent, longues et monotones, elles réussirent à atteindre la salle d’attente puis à nouveau, elles durent patienter. Manon, épuisée, finit par s’endormir sur son siège et Fanny, toujours dans ses bras, sombra dans un coma profond.

 


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