À Bord de La Gazelle Pourpre

14 minutes de lecture

Les dernières semaines s’étaient mal passées pour Lambert. D’abord, et même s’il avait recouvré sa corvette volée à Porto Cabra, la Mariada s’était tout bonnement volatilisée. Le marquis chargé de sa capture n’avait pas été capable de découvrir, dans le registre du port, que la fuyarde avait partagé le ponton de La Gazelle Pourpre. Sans doute n’avait-il pas vraiment cherché… Il semblait pourtant évident à Lambert que la caravelle pirate s’était enfuie avec la Mariada à son bord. Après tout, l’équipage de la gabare marchande qu’ils avaient arrêté juste à côté, sous prétexte qu’elle n’était pas en règle, confirmait l’avoir vue avant leur arrivée.

Échauffé, Lambert avait fait part de son mécontentement au marquis mais, au lieu de reconnaître son erreur ou, a minima, de faire profil bas, ce dernier était allé se plaindre chez la Reine. Et la Reine (ou du moins les nobles qui travaillaient pour elle) avait estimé qu’un roturier, même lieutenant, n’avait pas à sermonner un aristocrate. Ils avaient poussé le vice jusqu’à octroyer audit incompétent le commandement d’une expédition qui avait, sans surprise, mal tourné. Et si le marquis était revenu les bras chargés de joyaux, c’était Lambert qui avait dû annoncer aux parents des soldats morts qu’ils ne reverraient plus leur fils.

Qu’est-ce que plus ou moins de piétailles ? Avait dit le marquis en haussant les épaules. Ils prolifèrent comme une lèpre, je n’ai fait qu’enrayer l’épidémie.

Pour lui, les roturiers n’avaient pas la valeur d’un noble. Ce peuple, dont les enfants périssaient presque tous avant l’âge de six ans, s’évertuait à se reproduire. Ces élèves, éduquées sans professeur, ne savaient ni les lettres ni leurs chiffres. Ces malades, qui n’avaient pas accès aux médecins instruits de la cour, répandaient au sol des pandémies de cadavres et, dans la rue, des cohues de mendiants infirmes. Ces corps, qui devaient partir puiser l’eau eux-mêmes pour boire et se laver, empestaient de leurs pieds cornés à leur tête pouilleuse. Ces bouches, qui dès l’enfance cultivaient le blé et nourrissaient le bétail dont lui-même se sustentait, poussaient comme des ronces tordues et malingres. Ces créatures, enfin, qui n’étaient pas touchées par la grâce de l’aristocratie, n’existaient paradoxalement que pour la soutenir, comme un chien de chasse qui court et meurt pour son maître.

Au moins ces chiens étaient-ils abrités et nourris ; mais tous n’avaient pas la chance d’appartenir à un tel seigneur.

Lambert avait rédigé lui-même chaque lettre de condoléances et de pension aux familles des victimes, conscient qu’il s’agissait d’une farce puisqu’aucune ne savait lire. Mais il connaissait la plupart de ces soldats et tenait à leur rendre ce dernier hommage. L’honneur du sacrifice pour la Patrie, disait-on. En réalité, mort pour un tas de pierres.

Quelque part, il comprenait ce qui poussait des hommes, ou des femmes comme la Mariada, à se faire pirate. Pourquoi suivre une loi biaisée en sa défaveur ? Pourquoi respecter ce qui ne vous respecte pas ? Il n’avait rien contre la Reine, et ne remettait pas en question sa souveraineté, mais voir des incompétents notoires être promus avant lui commençait à peser sur son moral. Tout ça parce qu’il n’avait pas eu la fortune de venir au monde dans le cercle fermé des grandes familles… Il adorait ses parents, et n’en souhaitait pas d’autres. Il ne voulait pas même d’un titre de naissance, simplement d’être reconnu à sa juste valeur. D’être jugé sur ses actions, sur son mérite, plutôt que sur une identité qu’il n’avait pas choisie. Plutôt que sur sa chance…

Parfois, il se prenait à rêver d’une alliance entre la justice et la liberté sauvage, à la poursuite insensée de la joie et de la prospérité des peuples. Puis il se souvenait que la liberté, comme une mer indomptable, refusait toute contrainte. Certes, un marin qui acceptait sa nature fluctuante et maîtrisait son navire pouvait prétendre la naviguer, mais sans jamais lâcher la barre et avec humilité. En cherchant constamment le juste milieu entre le sommet et le creux de la vague, en négociant sa position à chaque instant sans perdre son cap. Apprivoiser le vent pour qu’il nous guide vers cet idéal de bonheur partagé, sans se laisser porter ni briser contre un écueil. Vivre en harmonie totale, en bonne entente entre le vent et les vagues.

Lambert était bon marin : il savait que le si beau chant des sirènes n’est qu’un appât trompeur. Jamais on ne pourrait manier pareil navire, car aucun capitaine ne cède le pouvoir à son équipage. Dans la marine, les soldats mourraient pour leur maître sans pouvoir contester la bêtise ni l’injustice. Sur les vaisseaux pirates, les décisions se prenant à la majorité, il arrivait le plus souvent qu’aucune action ne se fasse. Personne ne se respecte assez pour confier sa vie à l’autre sans crainte d’être dupé. Les humains vivent dans un état de perpétuelle méfiance.

Lambert n’échappait pas à la norme. Il prétendait tenir en considération ses supérieurs aristocrates, mais se savait intérieurement plein de ressentiment à leur égard. Pourtant, il avait bien conscience que ces fortunés n’étaient pas naturellement plus mauvais que les autres. Madame Busquet de la Besse Fauchand par exemple, la femme du gouverneur, possédait bien quelques manies et des travers propres à ceux qui ne mesurent plus la valeur de l’argent, mais c’était une personne généreuse et aidante. Il la voyait plus que son mari, souvent en partie de chasse, et constatait qu’elle ne chômait pas malgré la noblesse de son rang. Certes, son travail ne consistait pas à creuser des sillons ou vendre à la criée sur un marché bruyant, et ses doigts quittaient rarement leur étui de velours. Mais elle s’activait à d’autres tâches qui, en fin de compte, donnaient de quoi vivre à l’équivalent de plusieurs corps de ferme.

Lambert en était arrivé à la respecter au même titre qu’un marchand du bourg car, si elle n’excellait pas dans un domaine, elle en administrait plusieurs avec maestria. La seule déception qu’elle lui avait causée était son goût pour le baron de Sinclair, du temps qu’il était toujours corsaire. Ce même homme qui avait volé La Gazelle Pourpre et vivait de rapines —bien que ses derniers abordages se soient révélés plus sanglants et confirmaient les soupçons de Lambert quant à l’arrivée de la Mariada à son bord.

En prenant des mesures drastiques, Lambert était cependant parvenu à repousser La Gazelle Pourpre vers des mers qui ne dépendaient pas de Sa Majesté. Même si ce n’était que temporaire, les ports civils avaient tous été alertés et Lambert avait menacé de pendre tous ceux qui, comme le marquis, ne signalaient pas immédiatement la présence de la caravelle. Ce n’était pas une mince affaire : les officiers portuaires étaient souvent illettrés et personne n’avait jamais vu de gazelle. Il avait fallu faire reproduire son pavillon pirate et l’afficher partout en ville avec une promesse de récompense pour obtenir les premiers résultats. Entre-temps, La Gazelle Pourpre était parvenue à se ravitailler et en avait, selon les marchands qui leur avaient vendu l’eau et le biscuit, pour trois mois en mer. Trois mois durant lesquels Lambert devrait se concentrer sur d’autres affaires plus pressantes de contrebandes et des missions déléguées par ses supérieurs ou ajoutées à ses tâches par les gens de la Reine.

Le regard asymétrique de la Mariada le hantait. Il lui suffisait de tourner les yeux vers le ciel et les vagues pour en raviver l’image. Il ne s’était que très rarement senti porté vers les femmes, et celle-ci n’était pas particulièrement attirante ; plutôt fascinante comme une mer en pleine tempête, sous les éclairs tonnant de l’orage. Il ressentait pour elle la curiosité malsaine d’un marin pour ce spectacle terrible, qui vous remplit les poumons d’eau et jette vos camarades par-dessus bord. Lorsque le vent et les vagues, tout à leur joie sauvage, se fondent l’un dans l’autre et mélangent leurs couleurs.

Il fallait rattraper cette tempête et y mettre fin, pour garantir aux navires un voyage paisible. Mais cet orage, vu de loin, avait laissé dans son cœur une impression sublime.

*

« Il paraît que le gouverneur a fait main basse sur une cargaison de pierres précieuses. Des émeraudes, des opales, des rubis, que des gemmes grosses comme le poing ! »

Le navire perdu sur les vagues berçait son équipage sous un soleil de plomb. Assis sur le pont à côté du mât, quatre pirates abattaient des cartes usées par le sel.

« À moins que ces trouvailles ne prennent la mer, ça nous fait une belle jambe de bois », répondit un matelot qui se mit aussitôt à rire de sa propre plaisanterie. Comme personne ne l’imitait, il se tourna vers sa chope.

Certains interdisent l’alcool à bord, mais Sinclair avait conservé ses goûts d’aristocrates pour le commandement comme pour la boisson. Il s’était d’ailleurs retiré dans la cabine qu’il ne partageait avec aucun autre, à la militaire.

Un pirate se doit d’être patient, mais cela faisait deux mois que La Gazelle n’avait pas approché une côte sans être prise en chasse. Sinclair ne pouvait risquer d’envoyer un message à Lambert depuis un port caché où l’information circule vite, surtout quand il s’agit de trahison. Maintenant qu’il avait vu la Mariada combattre, il ne tenait pas à éveiller sa défiance. Il lui fallait trouver un moyen de transmettre cette lettre depuis un lieu civil. Cependant, rien ne hâtait : l’ancienne capitaine ne paraissait pas pressée de quitter le navire. Sinclair se servit un verre en considérant ses options.

Dehors, près des joueurs, le petit mousse envahi par les taches de rousseur récurait des bols dans un baquet d’eau de mer en leur jetant des regards méfiants. Colin ne lâchait pas des yeux son ami, qui venait de vider une deuxième chope de bière et dont l’œil noir brillait comme celui d’un oiseau farceur.

« Je crois qu’il triche », fit justement remarquer l’Hirondelle avec un sourire moqueur.

« Tu veux que je te coupe la langue pour t’apprendre à la surveiller ? » rétorqua le gabier —mais il comptait déjà les cartes dans son esprit, car l’Hirondelle avait rarement tort.

L’Hirondelle était une drôle de petite créature. Comme les indigènes d’ici, il était brun de peau et de chevelure noire, mais il venait de l’intérieur des terres, du lieu où le peuplé Mué grimpait toujours aux arbres plutôt que de vivre au sol. On disait qu’ils n’étaient ni hommes ni femmes, qu’ils ne descendaient jamais à terre et même qu’ils pondaient des œufs ; on racontait beaucoup de choses.

« Cesse de gazouiller et laisse-nous jouer » intima le matelot et l’Hirondelle se mit à rire, librement, sa petite gorge d’oiseau rejetée en arrière, presque dorée aux rayons de l’étoile de jour. Colin ressentit un pincement de cœur et se demanda si les autres le voyaient comme il apparaît à ses yeux, une créature d’ombre et d’or, ses cheveux noirs dévoreurs de soleil, sa peau qui scintillait de lumière et de sel. Ou bien était-il sous l’emprise d’un sort ?

Son rire retentit à nouveau et Colin frissonna et serra les doigts autour de la vaisselle sale. Comme à chaque fois, il se demanda s’il devait avoir peur.

Le matelot accusé de tricherie en eut soudain assez et saisit l’Hirondelle par la taille avec le prétexte habituel —voyons voir si ce que tu as entre les jambes mérite notre respect. Colin n’eut pas le temps de faire un geste que l’homme, l’une des dernières recrues du navire, se retrouva avec le visage en sang. L’Hirondelle lui avait écrasé sa chope de terre au milieu de la face, avec une force surprenante pour son petit gabarit. Tous les marins du pont s’interrompirent, mais ce n’était qu’une énième répétition de la même histoire et ils se remirent au travail. D’ailleurs l’Hirondelle éclata de rire, son bock brisé encore à la main, qu’il jeta sur le pirate ensanglanté en bondissant sur ses jambes.

« On t’avait pourtant prévenu que c’était des sauvages », déclara le Tatoué pour pouvoir passer à autre chose. Le gabier enchaîna en abattant ses cartes et Colin se leva pour prendre son ami par le bras.

Il l’entraîna à l’écart pour lui demander encore une fois de se montrer prudent. « Tu peux t’en tirer s’il est tout seul, mais que feras-tu si tu te les mets tous à dos ? »

« Tu t’inquiètes pour rien », répliqua l’Hirondelle avec ce regard pétillant de gaité qui lui faisait mal au cœur. « Je n’ai rien à craindre de ces grosses brutes. »

« Ils font deux fois ton poids et presque le double de ta taille. Personne n’est aussi malin que toi, soit ; mais l’intelligence ne te tirera pas de toutes les situations. »

L’Hirondelle jeta un œil aux joueurs. « Tu te sentirais mieux si je le passais par-dessus bord ? » demanda-t-il avec un sourire narquois.

Colin frissonna. Toujours, lorsqu’il l’entendait faire ce type de proposition.

Est-ce qu’ils savent ?

« Ce n’est pas en cassant le nez des hommes que tu gagneras leur confiance », déclara Lola en surgissant derrière eux. Colin sursauta. « Surtout si, comme tu le clames à tort et à travers, tu souhaites devenir capitaine un jour. »

La Mariada non plus, n’était pas d’ici. Ou plutôt, elle était bien née ici, mais sa mère venait de l’autre bout du monde, là où les yeux ne sont que des fentes et le pied des femmes, disait-on, tout petit.

Les pieds de Lola semblaient ordinaires ; peut-être tenait-elle de son père. Peut-être devait-elle à ses origines métisses d’avoir à la fois un œil bleu et un œil vert, en souvenir.

« Je n’ai pas dit que je voulais être capitaine de ces mauvais joueurs » fit remarquer la Mué avec amusement.

« On ne choisit pas toujours son équipage », répondit-elle avec un sourire de ses lèvres fendillées par le soleil. Elle désigna du menton les marins avachis sur le pont. Le matelot ensanglanté était la dernière recrue, embarqué à la sauvette sur une plage de contrebande. Les autres savaient se méfier de l’Hirondelle, même le gabier et le Tatoué qui étaient pourtant des additions récentes. Non loin d’eux, Shadi reprisait le pavillon noir de La Gazelle Pourpre, l’image rouge d’une gazelle renversée sur le dos, transpercée par un sabre dont le pommeau formait une tête de mort. Les deux derniers pirates de Lola, le cambusier et le maître coq, sont à leur poste, l’un à l’inventaire et le second à la salaison des poissons. Il ne restait que ces trois fidèles à la Mariada, ce qui lui serra le cœur.

Le pincement fut passager, et laissa place à l’irritation lorsque son regard tomba sur deux hommes qui fainéantaient contre la rambarde, plus droits et mieux habillés, les corsaires de Sinclair.

« On ne choisit pas toujours son équipage… sauf quand une majorité dudit équipage décède tragiquement », répliqua gaiment l’Hirondelle. « C’est ballot que cette inexplicable épidémie de mal de bide ait emporté les soldats du capitaine, à croire que La Gazelle réclame du sang neuf… »

« Du sang neuf, oui… » dit Lola d’un air songeur.

Depuis la maladie qui a frappé La Gazelle, la qualité des arrivants n’était plus la même à bord de la caravelle et les repris de justice s’étaient faits plus nombreux que les chômeurs ou les mendiants. Quelque chose, dans l’âme noire de La Gazelle Pourpre, la poussait à changer, à devenir plus avide, plus téméraire, plus agressive aussi.

Et pourtant ce n’était pas le fait de son capitaine, car Sinclair ne se préoccupait pas du recrutement. Si bien que de petits malins tels que la Mué arrivaient à faire passer en douce des suggestions qu’aucun navire bien mené n’aurait pu décemment approuver. Des suggestions qui n’auraient pas lieu d’être à bord de La Reine Teuta.

Cependant, et bien que Lola regrettât son vaisseau, elle profitait librement de ce répit à bord de la caravelle. La blessure infectée de sa hanche avait fini par guérir, abandonnant dans son sillage une boursoufflure blanche. La Gazelle Pourpre avait pillé deux petits navires marchands sans pertes humaines, ce qui évoquait à la Mariada ses débuts de pirates. Elle aimait commander, mais elle appréciait également de paresser au soleil, bercée par le roulis tranquille. Il restait un mois de vivre, bien assez de temps pour achever de rallier l’équipage à sa cause.

Même si certains marins posaient plus de problèmes que d’autres.

« Tu es trop jeune pour devenir capitaine », rappela-t-elle à l’Hirondelle en tapotant durement l’os de sa poitrine. « Passe encore que le matelot que tu viens d’éborgner n’est pas même gabier, sinon j’aurais demandé au maître d’équipage de te tailler les oreilles en pointe. »

L’Hirondelle fronça les sourcils à la mention de Rodderick.

« Je ne suis pas très fort », rétorqua-t-il en se redressant de toute sa petite hauteur, « mais j’égorge mieux que n’importe qui sur ce navire ! Je suis toujours premier aux abordages, et je négocie mieux que personne le prix des otages. Et des butins. Et de tout ce qui se négocie, en fait. »

Lola haussa les sourcils, relevant légèrement le menton face à son air défiant.

« Tu fais un bon pirate », concéda-t-elle. « Mais pas un bon marin. Tu viens des arbres, petit oiseau, c’est pour ça que tu grimpes au mât, mais tu as de l’eau douce dans les veines. »

Il laissa passer quelques instants, puis inclina un peu la tête de côté.

« La dernière fois que quelqu’un t’a affirmé qu’une femme n’était pas assez forte pour manœuvrer un navire, qu’as-tu fait ? » demanda-t-il avec curiosité.

« Je lui ai planté ma dague dans le ventre », répondit Lola. « Et lorsqu’il est tombé à terre, je lui ai dit que saigner ainsi une fois par mois ne m’empêchait pas de tenir droit sur mes jambes. »

« Alors je devrais te faire remarquer qu’être plus jeune et plus petit que toi ne m’empêchera pas d’accomplir de grandes choses. »

Lola laissa échapper un soupir et eut, malgré elle, un petit sourire. À bord de La Reine Teuta, elle n’aurait pas laissé couler cette insubordination, mais elle n’était plus capitaine. Pour l’instant.

« De grandes choses, hein ? » souffla-t-elle avec amusement.

Il fronça le nez et, les yeux brillants de malice, lui décerna un clin d’œil plein de sous-entendus. Colin s’interposa alors, ce qui le fit éclater de rire.

« Allons, le mousse, tu sais bien que ce n’est pas sérieux » répliqua Lola —mais leurs regards, en se croisant, s’entrechoquaient comme du fer. L’Hirondelle fermait les yeux en riant, cette petite créature cruelle.

« La proposition tient pour toi aussi », dit Lola au mousse en guise d’apaisement. « Lorsque j’aurai retrouvé un navire, venez rejoindre mon équipage. »

« Pourquoi est-ce qu’on ferait ça ? » rétorqua Colin en fronçant les sourcils.

« Allons, allons, petit mousse » répondit l’Hirondelle en s’essuyant les yeux —mais il avait pressé une main ferme contre la poitrine de son ami pour lui signifier discrètement de se calmer. « On sera toujours mieux sous les ordres de la célèbre Mariada que d’un faux pirate à particule, n’est-ce pas ? »

Colin serra les dents.

« Il n’empêche que tu n’es pas à ton poste, le mousse » fit remarquer Lola. « Dépêche-toi de finir la vaisselle si tu ne veux pas que le maître coq te mette une taloche. »

« Quand même » fit remarquer l’Hirondelle en regardant son ami s’éloigner, « sur les autres navires, chacun lave son assiette. »

Sa remarque lui valut une tape sèche sur le bras. « Sur les autres navires, chacun obéit aux ordres. Tu ferais bien de t’en souvenir. »

Annotations

Recommandations

Charlie Jdan
Notre-Dame brûle.

Tout est possible,
Tout perd de son sens,
Tout s'enflamme,
Ça grouille, ça bout, ça gémit,

Alors que s'effondre une partie de notre histoire.
50
35
12
8

Vous aimez lire Laedde ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0