Le faux magicien

7 minutes de lecture

J’ai longtemps hésité sur ce titre, car ce n’est pas tant le titre, mais le contenu qui m’effraye encore aujourd’hui. Dans un précédent chapitre je vous ai déjà parlé succinctement de mon opération mais je ne m’y étais pas arrêté en détail pour vous l’expliquer.

Je sais ce que je suis et je ne dois plus avoir peur de me montrer tel que je suis devant vous après vous avoir raconté tant de choses sur ma vie. J’espère que vous lirez cela avec bienveillance. Si vous m’aimez ou me respectez, je vous demande de ne faire aucun commentaire négatif sur ce texte.

***

Cette journée a été très difficile, car elle allait et continue toujours d’être une épreuve.

J’utilise souvent le mot « épreuve », car c’est ainsi que je vois chaque marche que je franchis et qui m’est nécessaire pour grandir. Je monte cet escalier imaginaire qui me rapproche de ce monde et de vous.

Ce jour-là, nous avions rendez-vous avec « Jack the Ripper » que j’ai la gentillesse de vous traduire par Jack l’Éventreur, car c’est ce qu’il est pour moi.

Je continue à le surnommer ainsi uniquement pour le désigner et non le stigmatiser.

Ce qu’il m’a fait n’a rien de banal et je vais vous raconter en détail ma visite et mon opération. Ce chapitre risque d’être long, mais j’estime qu’il mérite qu’on s’y arrête, j’en ai tellement besoin.

***

Cela faisait plus d’une demi-heure que nous attendions et les minutes me semblaient des jours. Je le vivais avec une forte pression sur mes épaules qui devenait habituelle à chacune de mes visites chez ce médecin. Je garde en tête que toutes mes précédentes expériences finissaient toujours par des sanglots que maman essayait tant bien que mal de calmer à force de câlins, de cadeaux et de promesses.

J’avais mal au ventre et maman s’était beaucoup inquiétée ces dernières heures. Jack avait accepté de nous recevoir en urgence !

Pour moi le mot urgence est synonyme de « tout de suite », et je ne comprenais pas cette attente si longue.

J’ai toujours eu le sentiment d’abandon que j’essaye de faire disparaitre de mon esprit, mais encore aujourd’hui cela m’est impossible. Je sais que je suis très entouré, mais ce sentiment ne sort toujours pas de ma tête.

J’ai toujours peur qu’on me délaisse. Je sais que je nécessite beaucoup de soins et d’attention.

Maman est quelqu’un d’extraordinaire qui court toujours et encore entre son travail et son nouveau rôle de mère célibataire. J'était devenu très demandeur depuis la mort de papa.

Au travers de mes besoins, je réclame une présence dont on m’a butalement privé. Papa savait me réconforter si facilement, il me manque tellement ! Il était une figure masculine que je sens encore un peu aujourd'hui mais qui m’échappe toujours plus.

Dans la pièce, je venais de m’allonger une nouvelle fois sur sa table pour qu’il m’examine.

Il décida de m’envoyer dans un autre service pour faire des examens plus précis sans même prendre la peine de m’adresser une petite phrase ni même un petit mot d’explication ou de réconfort que j’attendais tant de lui !

En bas, dans ce couloir, comme j’avais tellement mal, maman m’a retiré ma couche pour libérer mon ventre de cette pression et je me rappelle avoir eu un accident devant d’autres personnes. Je me souviens de ma gêne et de mes pleurs blottis contre celle qui représentait mon rempart contre ce monde.

On m’a une nouvelle fois installé sur une autre table en dessous d’une grande machine qui tourne (un scanner) et nous sommes remontés après l’examen qui ne dura pas longtemps en fin de compte.

Je me rappelle qu’une infirmière était venue gentiment proposer à maman de pouvoir me changer dans une pièce. Bien que gêné, je dois dire que cela me rassura.

Je sais que dans cet hôpital tout le monde connait mes besoins, mais j’ai toujours eu du mal à les affronter devant eux. Ils m’aiment tous et ne m’ont jamais jugé ! Ce sont des femmes et des hommes si merveilleux.

J’admire le travail de ces personnes qui vivent chaque jour la détresse d’enfants comme moi. J’ai toujours senti qu’elles s’occupaient de moi comme si j’avais été le leur.

J’ai rencontré dans ce service des enfants qui ne sont plus avec nous aujourd’hui. J’ai une pensée toute particulière pour Hayden, Noah, Joyce et Wyatt, et encore plus aujourd’hui. Je vous aimais et vous me manquez tellement. J’aimerais tant vous entendre rire juste une dernière fois, ou alors seulement pouvoir vous voir comme avant. Mes journées ici seraient tellement plus joyeuses et remplies.

Un jour, j’aimerais rendre hommage au personnel de cet hôpital. J’ai toujours en tête ces petits gouters qu’ils nous apportent entre deux examens. Les clowns qui passent pour rendre notre séjour plus merveilleux en nous permettant de nous échapper de cet enfer. Notre pasteur qui vient nous divertir en prêchant la foi qui subit actuellement , je vous l'avoue, certaines perturbations et remises en question.

C’est un enfer pour ceux qui ne connaisent que ces allers et retours dans ce service. Tout le monde est attentionné, mais à l’intérieur il subsiste une peur que seule une maman peut calmer et apaiser.

Heureusement, maman avait apporté le sac avec des affaires de rechange et j’étais à nouveau plus présentable.

Tic-tac, tic-tac, le temps me semblait si long. Je n’attendais qu’une chose : partir de cet endroit et retourner à la maison.

je me trompais, car en guise de retour, une infirmière est venue me chercher pour m’installer une nouvelle fois dans une chambre du service pédiatrique que je connaissais trop. Cette chambre me rappelait tellement Noah avec qui j’avais tant joué ici. Il parlait de sa maison et de ses amis et nous avions tant espéré nous voir en dehors de ces murs.

Je pensais à maman qui avait tellement de choses à faire. Cette pensée m’obsédait, j’allais être celui qui allait encore une fois gâcher sa journée.

Ils m’avaient, comme d’habitude, habillé de cette chemise blanche avec des dinosaures que je commençais à détester pour les souvenirs qu’elle me rappelait si violemment. Wyatt avait un jour colorié les dinosaures par dépit et surtout par besoin d’évasion. Tu me manques tellement toi aussi !

***

J’avais fini par m’endormir quand maman est venue me tirer de mon sommeil avec un bisou.

Elle venait de me dire que j’allais avoir une petite opération sans gravité pour mon bien et qu’on en parlerait après à la maison.

On venait en même temps de me donner des calmants et je ne savais faire la différence entre sa réalité et la mienne qui, j’avoue, était souvent très différente. Le monde des adultes est cruel quand même !

Enfin, je venais de me réveiller dans une pièce très froide et l’absence de maman renforçait cette impression. Elle avait fini par me laisser seul en m'abandonnant !

Je ne comprenais pas la raison de ma présence ici et me rappelait avec peine cette journée qui je vous l’assure restera gravée dans ma tête.

Pourtant, je ne ressentais aucune douleur et je crois que j’ai dû me rendormir après. Je me souviens pas de tout, et il me manque des petits moments dans ce récit.

Enfin, Je me souviens avoir été réveillé dans ma chambre par le son d’une musique qu’un ami de maman avait envoyé pour me témoigner de son soutien. Cette musique restera gravée à jamais dans mon cœur. C’est celle de mon parrain !

Je sentais quelque chose de dure dans mon sexe qui n’était pas ordinaire avant de m’apercevoir qu’ils avaient inséré un petit tuyau. Au début, j’ai pensé qu’ils avaient corrigé mon problème de vessie et que je n’aurais plus à porter de couches. Je me rappelle ce moment de joie mêlée de fatigue avant de me rendormir à nouveau.

Et encore de m’être réveillé devant SpongeBob qui est un programme que je déteste. Je n’ai jamais compris l'intéret de rester dans l’eau quand la terre vous tend ses bras.

Cela peut vous paraitre étonnant, mais j’ai eu immédiatement cette sensation de liberté de ne plus me sentir avec une couche, tout en oubliant ce petit tuyau.

J’étais heureux et je savais qu’ils avaient enfin décidé de me guérir. J’étais très content et pensais déjà à la fierté avec laquelle je l’annoncerais en premier à Cole.

***

Les infirmières vinrent pour retirer le petit tuyau qu’ils m'avaient installé quand je dormais. Je compris que quelque chose n’était pas normal quand elles me mirent une nouvelle fois une de ces couches que j’avais trop vues et surtout trop portées.

Maman et Cole venaient en même temps de faire irruption dans ma chambre avec un gros ours que j’ai encore à côté de moi au moment où je vous écris.

Pourquoi garder un tel trophée aujourd’hui ? Je vous répondrais que je me pose encore cette question, mais il fait partie de ma vie. C’est mon compagnon et le témoin de cette journée.

À la maison, on m’a expliqué la raison de cette opération. Nous avions trop attendu que mes testicules se décident à descendre et ils étaient si nécrosés qu’ils mettaient ma vie en danger. Ils avaient décidé de les enlever, sans me le dire.

Mon corps avait renoncé à me donner ce que j’attendais : le sentiment d’être malgré tout un garçon au travers de mes épreuves.

Je sais que je suis gay, que c’est une partie de moi qui n’est pas essentielle, mais j’ai tellement de la peine à imaginer de continuer à vivre ainsi.

Que faire si je n’étais pas gay ? Accepter et avancer ?

Vivre sa vie sans pouvoir transmettre un héritage ?

Voilà cette journée qui est pour moi celle de trop et c'est la raison pour laquelle j’ai eu tellement de mal à vous l’écrire.

Je pleure en terminant ce chapitre, mais je sens qu’enfin j’ai franchi un cap : m'accepter et tolérer le jugement des autres.

***

Ce chapitre est dédié à Hayden (12) , Noah (15), Joyce (8) et Wyatt (13) qui occupent toujours une place dans mon cœur. Nous avions des rêves et des envies. Je reste là et veille sur nos promesses.

Je vous offre cette phrase que j'ai si souvent en tête depuis :

Quand l'amour pleure, ma foi console !

Annotations

Recommandations

LanyHU
J'ai décidé, pour rendre mes Tomes plus structurés, de vous faire part ici de mes journées, par des moments de ma vie.
Je n'ai aucune prétention dans l'écriture et encore moins dans ce volet. Si vous aimez ces petits sentiments volés sur l'instant, j'essayerai de vous en faire un ou des chapitres dans un de mes Tomes.

Avertissement : je suis une personne très sensible et vous demande de respecter cela.
232
244
114
27
Défi
PLS 879
En mode tétine et couches
3
2
0
0
Adrien de saint-Alban


Chômeur, je vis au quotidien la dure réalité du chômage. Je suis rejeté par ma famille. J’ai voté à gauche pour sortir de ma condition de chômeur. Il est vrai, j’avais fini par tirer parti des avantages que me donnait l’oisiveté: affalé devant la télé, me couchant tard, me levant tard, gorgé de bière, la plupart du temps. J’étais souvent saoul comme un cochon, incapable de la moindre initiative, attisant la colère de ma femme. J’avais obligation néanmoins de me présenter aux convocations de pôle emploi sous peine de perdre mes droits, enfin ce qu’il me restait au bout de trois ans de chômage. Autant dire qu’il ne me restait pas grand-chose. Après avoir perdu mon travail, les années passèrent et le temps passe vite quand on est chômeur. J’ai perdu dans la foulée et ma femme et mes gosses, j’ai fini par vendre ma maison pour payer mes dettes, mes impôts aux socialos et les diverses taxes. J’étais pour ainsi dire chômeur à la rue. Maintenant, je vis dans une caravane. Mon dossier de logement s’est perdu dans les méandres de l’administration, oublié en bas d’une pile de dossiers en souffrance. Mon frigo est vide. Je suis en fin de droits et je fais les fins de marché. J’accepte les dons de fruits et de légumes encore mangeables. Je suis juste un grade au-dessus de clochard. Je regarde autour de moi. Le marché se vide. Les derniers chalands ont donné leurs derniers sous, des gens qui, comme moi, le dos courbé, remuent les poubelles, des sacs remplis d’immondices, espérant trouver une pitance salvatrice.
1
0
0
10

Vous aimez lire LanyHU ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0