Coco

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Tandis qu’Isidore continuait de frapper Coco qui se laissait faire en silence, une main surgit de derrière son épaule et arrêta net son mouvement de brute sadique. Surpris et contrarié dans son élan, il se retourna pour voir à qui appartenait cette main salvatrice pour le malheureux cheval.
C'était un homme d'une cinquantaine d'années qui passait aux alentours et qui, attirés par des cris inhabituels, avait surpris Isidore s'acharnant sur la pauvre bête déjà agonisante; l’homme excédé par tant de violence jeta le tortionnaire sur une motte de terre.

-Eh bien jeune inconscient pourquoi martyrises-tu cette pauvre bête?

-Cela ne vous regarde pas. C’est mon affaire et non la vôtre. Il n'est plus bon à rien et nous coûte de l'argent en avoine et en eau. Mon maître m'a demandé de m'en séparer.
De nature craintive et lâche, abruti par sa condition de paysan esclave, le jeune garçon fermier se releva comme instinctivement pour se remettre à battre le vieux cheval déjà bien mal en point. Mais le samaritain ne l'entendait point de cette oreille. Il lui asséna une gifle dont la violence, pensa-t-il, lui ferait prendre conscience, en lui remettant en quelque sorte les neurones en place, ce que peut ressentir un être sans défense. Ce qu'est la douleur chez un animal dépourvu de langage, certes, mains doué de conscience.
Le visage du jeune homme déjà rouge et baigné de larmes laissait indifférent le quinquagénaire qui se pencha sur le cheval pour lui prodiguer quelques soins. Devant les blessures déjà vilaines infligées à la bête, l'homme comprit qu'il fallait appeler de l'aide. Il se retourna vers le jeune homme, mais celui-ci avait détalé et était déjà loin. Il n’avait, dès lors plus le choix, il fallait aller au village demander ce salut.
Tandis qu'Isidore s'éloignait en courant, l'homme constitua une motte d'herbe fraîche qu'il donna au cheval très amaigri. Oui, amaigri et affaibli. Isidore, le rustre avait attaché le cheval à un arbre. Coco avait puisé toute l'herbe disponible dans un rayon de quelques mètres. On voyait des traces de cordes sur le cou. Pour atteindre l'herbe fraîche la malheureuse bête affamée tirait sur le lien pour sans y parvenir.
Le lendemain, quand le paysan revint accompagné de Gilbert, un ami habitant le même village qui connaissait bien les chevaux, la motte d'herbe avait disparu. Cette image fit naître au fond des yeux du vieil homme une lueur d'espoir. Il se demandait pourquoi les hommes étaient si méchant à l’égard de ceux qui leur sont « inférieurs »
Quand ils se furent approchés, ils virent que le cheval toujours allongé ne respirait plus. Il avait succombé à ses blessures durant la nuit.

Il était mort, seul. Ainsi que meurent les hommes.

Adrien de saint-Alban

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