Le futur

4 minutes de lecture

 

Craig et Abby restèrent dans les bras l'un de l'autre un long moment. Elle pleurait comme une gamine. Il essayait de la calmer. Lui-même ne se sentait pas très bien. Ce devait donc être très dur pour Abby, pensa-t-il. Elle finit par arrêter de pleurer. Lentement, Craig relâcha son étreinte. Elle fit quelques pas en arrière en s'essuyant discrètement les yeux. Craig la trouva très attendrissante.

— Abby, je...

— Taisez-vous. Ne me faites plus jamais un coup pareil, fit-elle en reniflant.

— Je suis désolé.

— Vous m'avez sauvée.

— Non, je vous ai mise en danger, Abby ! Et j'en suis vraiment désolé. Je n'aurai jamais dû vous emmener ici.

Abby ne répondit pas, trop occupée à sécher ses larmes. Craig ne savait plus trop quoi lui dire. Alors, il se tut. Il la regarda faire quelques pas dans le couloir. Il porta ensuite son attention sur le néandertalien qui gisait au sol, la poitrine défoncée et baignant dans une mare de sang. Abby le tira de ses pensées.

— Le futur ? Vous faisiez allusion à ce nom qui figurait sur le tableau ? Homo futurus ?

— Lui-même.

— Mais comment est-ce possible ?

— L'ingénierie génétique, Abby, tout simplement.

— Mais je croyais que cela permettait seulement de remonter le temps ?

— Le temps n'est qu'un axe. Dans les algorithmes de reconstruction, ce n'est qu'un paramètre. On peut le faire défiler dans un sens comme dans un autre.

— Vous voulez dire que l'on peut en faire des algorithmes de prédiction ?

— Bien sûr. De toute façon, une simple étude de la morphologie humaine permet de dégager des tendances évolutives. Il n'y a plus qu'à les mettre en œuvre. C'est, par ailleurs, un bon moyen de tester l'efficacité des algorithmes : s'ils correspondent aux observations et tendances morphologiques, cela veut dire qu'ils sont au point.

— Et ils le sont ?

— Je n'ai pas vu Homo futurus. Mais vu comment ces algorithmes ont réussi à recréer Néandertal, je ne vois pas de raisons d'en douter.

— Vous pensez que Komarov est allé jusque-là ?

— J'en suis sûr.

Homo futurus serait donc ici, quelque part dans ce labo ?

— Si les Fils de Dieu ne l'ont pas embarqué, oui.

— Et où serait-il ?

— Avec les autres.

Abby réfléchit un court instant. Les autres Homo ? Ils étaient ici, dans ce couloir, derrière les portes blindées.

— Il est ici, souffla-t-elle.

— Oui. Ici même.

Abby se retourna. Il y avait tellement de portes dans ce couloir. Et derrière chacune d'elles, un Homo. Abby fit quelques pas, essayant d'ignorer le néandertalien qui gisait dans son propre sang. Craig vint à ses côtés. Ils longèrent le mur jusqu'au fond du couloir. Arrivés devant la dernière porte blindée, ils virent l'inscription en lettres capitales :

 H. FUTURUS

Derrière la petite vitre carrée, Abby ne distinguait rien d'autre que l'obscurité. Avec, peut-être, une vague lumière verdâtre.

— On y est, fit Craig.

— Que va-t-on voir derrière cette porte ?

— L'avenir de l'Homme, fit Craig en abaissant la poignée.

Abby entra la première. Elle vit une vague lueur verdâtre au fond de la pièce puis les néons s'allumèrent en tressautant. Ils étaient dans une grande salle.

Le sol était trempé et plein de débris transparents.

Face à eux, il y avait trois gigantesques cylindres faits d'une matière qui aurait pu être du plexiglas. Deux tubes avaient explosé. Le troisième était intact. Et, dedans, il y avait cette... chose.

C'était abject.

Abby s'approcha pour mieux distinguer la créature, nue, qui semblait flotter dans un étrange liquide parcouru de petites bulles de gaz virevoltant dans une lueur verdâtre.

L'humanoïde était proprement gigantesque. Abby se demanda un instant si c'était parce que le tube était surélevé ou bien si c'était dû à un effet grossissant du plexiglas, mais la créature semblait véritablement immense. Les jambes étaient fines, tout comme les bras et l'abdomen. Le torse était un peu plus bombé, mais surtout il était surmonté d'une tête absolument répugnante. Le crâne était chauve et hypertrophié, recouvert d'étranges circonvolutions.

Le visage de la créature était en partie caché derrière un appareil respiratoire qui bullait dans le liquide, mais Abby pouvait aisément distinguer la mâchoire, minuscule, qui semblait avoir été encastrée dans le crâne à la va-vite.

Et puis, il y avait les yeux.

Ce regard, démentiel.

Derrière le masque du respirateur, la créature agitait deux énormes yeux globuleux, fichés dans de gigantesques orbites. Abby se concentra et essaya de déceler quelque conscience dans le regard de la créature.

Mais il n'y avait rien.

Les yeux étaient comme injectés de sang, les pupilles dilatées, agités par des spasmes incontrôlables, parfaitement erratiques.

C'était proprement surréaliste. Abby se demanda un instant dans quel mauvais film de science-fiction elle se trouvait.

Mais c'était réel.

Cette créature répugnante était le futur de l'espèce humaine.

Soudain, les yeux de la bête cessèrent de tressauter. Les pupilles se contractèrent, et la créature regarda Abby droit dans les yeux. Ce fut plus qu'elle n'en put soutenir. Elle détourna le regard.

Craig inspecta les tubes éclatés. Il remarqua des traces de sang sur les bords du plexiglas brisé.

— Ils les ont emmenés ? s'enquit Abby.

— Oui. Ils ont explosé les tubes, puis ils en ont extrait les corps.

— Il y a donc des gens là, dehors, qui se trimballent avec deux Homo futurus dans la nature ?

— J'en ai bien peur.

— Ils sont encore en vie ?

— Comment le saurais-je ? Si Komarov les a fait mettre dans ces tubes de liquide physiologique, ce n'est sûrement pas pour rien. Peut-être sont-ils très fragiles ? Très sensibles ? Qui sait ?

— Ca correspond bien aux tendances morphologiques dont vous parliez?

— Oui : grande taille, cerveau et yeux hypertrophiés, corps frêle et imberbe, face aplatie, mâchoire atrophiée. Ca correspond.

— C'est horrible.

— Oui. C'est notre avenir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Alexis Van Acker
Des vers, des vers et encore des vers,
Dansent aux Bois-mes-Os, mes os
Semblent une forêt sous vent sévère,
Et tempête tisonne les plus beaux.

Les ornements comptent six parties, dans l'ordre :
- Ode : poème introductif en plusieurs parties (en cours)
- Haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus critiques : (terminé)
- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus à la vitre : (en cours)
- Les ornements : poèmes de formes diverses (en cours)

Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
- Vers glanés : (en cours)

Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
129
110
8
20
Papillon blanc


Une vague brume et puis cette supême dignité
La douleur plane dans l'air comme un puissant sceau
Qui signe la fin et le début...

La brique rouge et ses reflets noirs
l'arrondi et les pierres des pavés rouilles
Les cascades de branches nues, qui dévalent mélancoliquement

La brume qui se meurt
Dans la gravité de l'heure
La foule compacte se presse sur le trottoir
Immobile, anxieuse, parcourue d'un sourd mouvement
Une vague imperceptible,
Comme un frisson qui court
Dans un millier de corps,
En symbiose,
En larmes furtives.

Des silhouettes, ombres noires chapeautées,
Passent dans ce suprême silence
Des élèves à travers le temps,
Dizaines de visages au regard hagard
Sont sortis aux portes,
Ce vaste édifice les a recrachés,
En honneur à la défunte.

D'un coup
La rumeur se meurt.
Elle disparait dans la froideur de cette fin d'Octobre.
Des lumières vagues,
Un halo jaune pale et sale
Passe dans les nuages gris
Alors que le cortège s'engage
Dans la ruelle légendaire

La mort certes
Mais une perpétuité dans le temps
Qui brise les choses
Et s'enfonce dans l'intangible et l'ineffable.

Le convoi moteur éteint
Hommes et femmes inconnus
Et plus poignant que tout,
Le regard reconnait entre tous
La silhouette du directeur presque orphelin
Eblouissant de dignité dans sa douleur

O qu'il est beau ce respect
Cette déférence accordée à la disparue,
Qui fait de toute cette scène
L'accompagnement d'une féminité suprème
Vers sa dernière demeure
Au fin fond de l'Angleterre...

"La voix de mon Bien aimé a frappé,
Elle a voulu cueillir une rose, ma soeur..."
La voix se brise
Et son écho court se perdre dans les ruelles
Pour faire tressaillir les coeurs...
1
0
0
1
Défi
Isabelle Grenouillat

Enfin les vacances, je pars pour les Seychelles demain matin, l’avion part à 10 h, destination soleil, plage, piscine, farniente.
J’ai eu une année dure et fatigante, un boulot de dingue, une histoire sentimentale ratée et des parents âgés et grabataires dont il faut s’occuper tout le temps, avec l’aide heureusement de mon frère.
J’avais réservé une chambre dans un hôtel de moyenne gamme, je m’y plu tout de suite, c’était magnifique.
Cet établissement recevait des personnes de tout âge.
J’ai fait la connaissance de Franck, 45 ans, il était pizzaiolo dans un restaurant parisien. « Je suis ravi de faire votre connaissance » me dit-il, c’était réciproque. Nous avons sympathisé, en tout bien toute honneur. Nous nous promenions ensemble et nous prenions souvent nos repas à la même table.
Trois jours après être arrivés, nous avons aperçu une petite fille sur une balançoire dans l’espace jeux de l’hôtel, elle avait l’air heureux, elle riait. Cela m’a rappelé mon enfance.
Nous aimions essentiellement nous promener sur la plage pour regarder la mer et nager.
Un jour nous avons observé, dessinée sur le sable, une licorne. Je l’ai prise en photo avant que la mer ne la recouvre et l’efface. C’était magique, tellement bien reproduit que l’on aurait dit qu’elle était vivante.
Nous sommes allés aussi au marché faire quelques emplettes, des souvenirs de l’île. Le seul moment où j’ai été effrayée, entre les étals, nous avons aperçu un rat, un gros rat noir, j’ai hurlé et Franck m’a pris dans ses bras pour me rassurer.
Un peu plus tard au coin d’une ruelle, nous avons entendu deux français se disputer, l’un a dit à l’autre « ceci n’a aucun rapport avec Gisèle ». C’était incongru, nous qui étions si loin de la France, de rencontrer des compatriotes en pleine dispute. Nous avons ri mais nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, peu importe.
Le séjour durait 15 jours pour moi et je suis repartie le cœur plein de souvenirs heureux.

Nous nous sommes échangés nos coordonnées Franck et moi. Il y aura peut être une suite à cette histoire.
3
2
2
1

Vous aimez lire Corentin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0