La bête

3 minutes de lecture

 

Craig était sorti précipitamment de l'amphithéâtre, suivi de près par Abby. Il marcha jusqu'à un embranchement.

— Vous parliez du futur ? demanda-t-elle.

Mais Craig ne répondit pas. Il resta là, devant elle, à lui tourner le dos en silence.

— Qu'y a-t-il ? fit-elle, inquiète.

— Regardez.

Abby avança à sa hauteur. De là, elle put voir qu'il y avait quelque chose dans le couloir au-delà de l'embranchement. C'était un cadavre, baignant dans un océan de sang coagulé. Il y avait une arme. Comme un fusil à pompe, mais avec un canon beaucoup plus court.

— C'est un mercenaire, fit Craig. Avec un fusil à canon scié.

— Mais regardez tout ce sang, comment est-ce possible ?

Craig s'approcha du cadavre.

— Il a été égorgé. Il s'est vidé de son sang. Voilà pourquoi il y en a autant.

Abby observa le cadavre plus en détail. La gorge de l'homme n'avait pas l'air tranchée. Elle semblait plutôt avoir été arrachée. Abby en frémit d'horreur.

— Mais je ne comprends pas ! Ce sont eux, les tueurs ! s'écria-t-elle.

— En effet.

— Mais alors, qui l'a tué, lui ?

— Qui... ou quoi, fit Craig en posant le sac.

Abby lui jeta un regard inquiet.

— Un clone ?

— Probable, fit-il en se saisissant de son fusil à pompe. Ou un néandertalien. Qui sait ?

Abby observa les environs. Le sol était maculé de sang, et... il y avait des empreintes rougeâtres. Relativement visibles. Craig les avait sûrement déjà remarquées.

— On doit pouvoir retrouver assez facilement celui qui a fait ça, fit-il en s'accroupissant pour toucher les traces de pas.

—... ou l'éviter, proposa-t-elle prudemment. Non ?

Craig ne répondit pas, trop occupé à lui tourner le dos et à palper le sol. Elle prit ça pour un non.

— Vous n'avez pas eu votre dose d'adrénaline, c'est ça ? Le multi carambolage ne vous a pas suffi ? Votre niveau de testostérone est en position haute et vous avez une subite envie de partir à la chasse au Néandertal ?

Craig sourit. Même dans ces instants de mort, Abby était encore capable de l'amuser avec ses plaisanteries stupides. Peut-être même ne s'en rendait-elle pas compte. Craig se releva en souriant et se tourna vers elle.

Et ce qu'il vit lui glaça le sang.

Le néandertalien était là, juste devant lui et derrière Abby qui n'avait rien remarqué. Mais à voir l'expression de Craig passer du sourire charmeur à l'état de cadavre décomposé en l'espace d'une milliseconde, Abby comprit que quelque chose n'allait pas.

Lentement, elle se retourna, découvrant la gigantesque créature velue. A grand-peine, elle se retint de hurler.

La bête avait les mains et les bras couverts de sang. Abby fit lentement quelques pas en arrière, espérant pouvoir rejoindre Craig. Elle ne détacha pas son regard de celui du néandertalien qui semblait possédé par la fureur. Tous ses muscles tremblaient sous sa peau, comme un océan de rage bouillonnant à l'intérieur. Qui sait ce que les mercenaires avaient bien pu lui faire pour le mettre dans un état pareil ?

Craig avait armé son fusil. Il espérait ne pas avoir à l'utiliser lorsque, brutalement, le néandertalien se mit à charger en hurlant.

En un instant, il fut sur Abby.

Pas question de tirer et de risquer de la blesser. Néandertal la ceinturait et la secouait en tous sens.

Abby pouvait sentir l'haleine chaude et fétide de la créature qui grognait et hurlait comme une bête sauvage. Elle sentit quelque chose de chaud et de gluant lui couler dans le cou, comme si le néandertalien était en train de lui baver dessus abondamment. Mais c'était bien le dernier de ses soucis. Abby était en effet tellement comprimée par l'étreinte de la bête qu'elle n'arrivait même plus à respirer.

Et, surtout, elle ne pouvait chasser de son esprit l'image du mercenaire dont la gorge avait été arrachée.

Voyant Abby ainsi malmenée et au bord de l'étouffement, Craig ne voulut prendre aucun risque. Il retourna son fusil pour aller matraquer le crâne de la bête avec la crosse de son arme. Le monstre poussa un cri de fureur et envoya au sol sa victime qui roula à plusieurs mètres. Craig eut juste le temps de retourner son arme pendant que la bête lui sautait dessus.

Abby entendit une terrible détonation.

Elle se releva en toute hâte, découvrant Craig et la bête accolés en une étreinte mortelle.

De la fumée s'échappait d'entre leurs corps et du sang coulait sur leurs jambes. Ils restèrent ainsi une seconde, interminable, pendant laquelle Abby n'avait aucun moyen de savoir lequel des deux était blessé. Un nœud atroce lui écrasait l'estomac.

Et lorsque le néandertalien s'affaissa en arrière en râlant, le nœud disparut.

Craig lâcha son arme, sonné. Abby se jeta dans ses bras pour le serrer du plus fort qu'elle le put. Craig lui murmura à l'oreille que tout irait bien.

Elle aurait tant voulu que ce soit vrai.

Complètement à bout, elle ne put retenir ses larmes plus longtemps.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Alexis Van Acker
Des vers, des vers et encore des vers,
Dansent aux Bois-mes-Os, mes os
Semblent une forêt sous vent sévère,
Et tempête tisonne les plus beaux.

Les ornements comptent six parties, dans l'ordre :
- Ode : poème introductif en plusieurs parties (en cours)
- Haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus critiques : (terminé)
- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus à la vitre : (en cours)
- Les ornements : poèmes de formes diverses (en cours)

Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
- Vers glanés : (en cours)

Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
129
110
8
20
Papillon blanc


Une vague brume et puis cette supême dignité
La douleur plane dans l'air comme un puissant sceau
Qui signe la fin et le début...

La brique rouge et ses reflets noirs
l'arrondi et les pierres des pavés rouilles
Les cascades de branches nues, qui dévalent mélancoliquement

La brume qui se meurt
Dans la gravité de l'heure
La foule compacte se presse sur le trottoir
Immobile, anxieuse, parcourue d'un sourd mouvement
Une vague imperceptible,
Comme un frisson qui court
Dans un millier de corps,
En symbiose,
En larmes furtives.

Des silhouettes, ombres noires chapeautées,
Passent dans ce suprême silence
Des élèves à travers le temps,
Dizaines de visages au regard hagard
Sont sortis aux portes,
Ce vaste édifice les a recrachés,
En honneur à la défunte.

D'un coup
La rumeur se meurt.
Elle disparait dans la froideur de cette fin d'Octobre.
Des lumières vagues,
Un halo jaune pale et sale
Passe dans les nuages gris
Alors que le cortège s'engage
Dans la ruelle légendaire

La mort certes
Mais une perpétuité dans le temps
Qui brise les choses
Et s'enfonce dans l'intangible et l'ineffable.

Le convoi moteur éteint
Hommes et femmes inconnus
Et plus poignant que tout,
Le regard reconnait entre tous
La silhouette du directeur presque orphelin
Eblouissant de dignité dans sa douleur

O qu'il est beau ce respect
Cette déférence accordée à la disparue,
Qui fait de toute cette scène
L'accompagnement d'une féminité suprème
Vers sa dernière demeure
Au fin fond de l'Angleterre...

"La voix de mon Bien aimé a frappé,
Elle a voulu cueillir une rose, ma soeur..."
La voix se brise
Et son écho court se perdre dans les ruelles
Pour faire tressaillir les coeurs...
1
0
0
1
Défi
Isabelle Grenouillat

Enfin les vacances, je pars pour les Seychelles demain matin, l’avion part à 10 h, destination soleil, plage, piscine, farniente.
J’ai eu une année dure et fatigante, un boulot de dingue, une histoire sentimentale ratée et des parents âgés et grabataires dont il faut s’occuper tout le temps, avec l’aide heureusement de mon frère.
J’avais réservé une chambre dans un hôtel de moyenne gamme, je m’y plu tout de suite, c’était magnifique.
Cet établissement recevait des personnes de tout âge.
J’ai fait la connaissance de Franck, 45 ans, il était pizzaiolo dans un restaurant parisien. « Je suis ravi de faire votre connaissance » me dit-il, c’était réciproque. Nous avons sympathisé, en tout bien toute honneur. Nous nous promenions ensemble et nous prenions souvent nos repas à la même table.
Trois jours après être arrivés, nous avons aperçu une petite fille sur une balançoire dans l’espace jeux de l’hôtel, elle avait l’air heureux, elle riait. Cela m’a rappelé mon enfance.
Nous aimions essentiellement nous promener sur la plage pour regarder la mer et nager.
Un jour nous avons observé, dessinée sur le sable, une licorne. Je l’ai prise en photo avant que la mer ne la recouvre et l’efface. C’était magique, tellement bien reproduit que l’on aurait dit qu’elle était vivante.
Nous sommes allés aussi au marché faire quelques emplettes, des souvenirs de l’île. Le seul moment où j’ai été effrayée, entre les étals, nous avons aperçu un rat, un gros rat noir, j’ai hurlé et Franck m’a pris dans ses bras pour me rassurer.
Un peu plus tard au coin d’une ruelle, nous avons entendu deux français se disputer, l’un a dit à l’autre « ceci n’a aucun rapport avec Gisèle ». C’était incongru, nous qui étions si loin de la France, de rencontrer des compatriotes en pleine dispute. Nous avons ri mais nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, peu importe.
Le séjour durait 15 jours pour moi et je suis repartie le cœur plein de souvenirs heureux.

Nous nous sommes échangés nos coordonnées Franck et moi. Il y aura peut être une suite à cette histoire.
3
2
2
1

Vous aimez lire Corentin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0