Exécution

4 minutes de lecture

 

Logan était en train de bâfrer goulûment son quatrième snickers – il n'avait pas eu le temps de manger au déjeuner à cause des « fenêtres de lancements » pour le moins capricieuses dues au supercalculateur.

Il commençait à en avoir ras le bol de se faire avoir à chaque fois et il avait demandé en haut lieu à ce qu'une liste plus claire des calculs de priorité soit établie. De même, il avait exigé que l'estimateur du temps de calcul soit révisé afin d'offrir une plus grande fiabilité. La veille, HG-II lui avait indiqué qu'un calcul prendrait deux heures et cinquante minutes. Logan était donc parti tuer le temps à la cafétéria, puisqu'il n'avait rien d'autre à faire. Quelle ne fut pas sa surprise de voir à son retour que les résultats avaient en fait été computés en à peine quarante-cinq minutes ! Logan avait donc perdu un temps précieux à cause d'une mauvaise estimation, alors qu'il aurait pu commencer à exploiter les résultats attendus par d'autres depuis des heures. L'ingénieur informaticien lui avait alors expliqué, à grand renfort de mathématiques numériques et de théorèmes d'amélioration de la convergence, décomposition de Cholesky et transformation L.U. à l'appui, qu'il était difficile de faire mieux.

Logan n'en avait strictement rien à battre de ces mathématiques obscures.

Il voulait juste une meilleure prévisibilité. Mais l’informaticien tenait à lui donner tous les détails. Le logiciel avait estimé que le problème était sévèrement «raide» à cause d'une trop grande dispersion des valeurs et des vecteurs propres de la matrice. Et pourtant, il ne l'était que très modérément, voire pas du tout, et les algorithmes de la méthode de Gear l'avaient finalement mis en pièces en peu de temps. Logan était furax.

C'est alors qu'il entendit un drôle de bruit.

Une espèce de feulement bizarre.

Puis un bruit de cavalcade.

Curieux, Logan sorti de son boxe et vit Youri courir vers lui avec une foulée pour le moins maladroite. Il y avait un truc bizarre. Quelque chose clochait. Logan se rendit compte, une fraction de seconde avant que Youri ne s'effondre dans ses bras, qu'il avait quelque chose à la commissure des lèvres.

Du sang.

C'est alors qu'il vit deux types débouler à l'autre bout du couloir, deux types vêtus de noir, qui pointèrent chacun une arme sur lui. Le bruit bizarre. C'était donc ça. Des détonations de flingues munis de silencieux. Et, dans ses bras, Youri était mort.

Son sang ne fit qu'un tour et il se jeta dans son boxe qui avait une autre sortie, il cavala quelques mètres le dos courbé pour échapper à la vue des tueurs, mais au détour d'un boxe il entendit un nouveau feulement, en même temps qu'il sentit une très vive douleur dans la hanche. Il essaya de continuer sa course, mais sa jambe ne répondait plus, et il s'écroula avec un hurlement de douleur.

C'est alors qu'il vit d'autres cadavres.

Plusieurs de ses collègues étaient affalés par terre, sur leur chaise ou leur bureau. Les choses avaient été faites proprement. Tellement proprement qu'il n'avait même rien entendu. Logan vit les deux tueurs arriver vers lui, et cette curieuse forme d'élégance et de propreté lui procura une étrange et douteuse satisfaction. Au moins, ce sera propre, se dit-il.

Et rapide.

Il s'étonna d'une telle pensée, se rendant compte qu'il ne cherchait même pas à ramper pour fuir. Il savait que c'était fini. Mais un profond regret l'étreignit, d'abord timidement puis ce fut quelque chose de trop dur à supporter, comme un océan de douleur dans lequel il était en train de se noyer. Ce qui était en train de le dévorer vivant, sur place et à cet instant, ce n'était curieusement pas de savoir qu'il allait mourir. Non.

C'était de ne pas savoir pourquoi il allait mourir.

Logan se dit distraitement que la proximité de la mort lui intimait de bien peu communes pensées. Mais la seule qui était à peu près supportable, qui était de savoir que tout serait fait avec classe et propreté, s'évanouit instantanément lorsqu'il entendit une détonation terrible et qu'il vit un troisième tueur faire irruption avec un énorme fusil à canon scié. Un nœud lui serra l'estomac, tellement dur qu'on aurait dit du béton. Il essaya de ramper, mais il avait la désespérante impression d'être immergé dans un liquide épais et collant, tellement visqueux qu'il en était solide, lui interdisant tout mouvement, écrasant sa poitrine et broyant sa vie.

Il renonça à se traîner et, baignant dans son propre sang, il se mit à pleurer.

Igor regarda sa victime sans cligner des yeux. Il lui tira dans la poitrine à bout portant, arrêtant immédiatement ses sanglots.

Une vraie gonzesse, pensa le tueur.

Igor finit d'inspecter la zone, mais il en avait fini ici. Il vit ses partenaires quitter la salle. Il aimait ces moments-là : le calme après la tempête. L'opération, savamment orchestrée, avait été une belle tuerie. Un vrai parcours de santé.

Un monument de fun.

Ses employeurs seraient contents. Igor quitta la salle à son tour, remontant l'escalier vers le rez-de-chaussée. Il marcha un moment dans les couloirs, entendant un coup de feu de-ci, de-là. Ses potes avaient l'air de bien s'amuser, mais lui, rien. Il n'avait plus personne à se mettre sous la dent. Il s'accorda donc une petite pause. Il s'alluma une cigarette au moment où détonait une rafale d'AK-47.

Igor sourit en exhalant la fumée.

Soudain, il entendit un bruit dans son dos. Il voulut se retourner, mais il n'en eut pas le temps, pris à la gorge immédiatement.

Il n'eut même pas le temps de crier.

Une énorme main lui comprima la trachée avec une force proprement surhumaine, puis elle tira d'un coup sec, lui arrachant la gorge avec une sauvagerie qui l'étonna lui-même. Igor s'effondra dans un long râle, à peine conscient, voyant un geyser de sang se répandre à gros bouillons dans l'air environnant.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Alexis Van Acker
Des vers, des vers et encore des vers,
Dansent aux Bois-mes-Os, mes os
Semblent une forêt sous vent sévère,
Et tempête tisonne les plus beaux.

Les ornements comptent six parties, dans l'ordre :
- Ode : poème introductif en plusieurs parties (en cours)
- Haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus critiques : (terminé)
- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus à la vitre : (en cours)
- Les ornements : poèmes de formes diverses (en cours)

Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
- Vers glanés : (en cours)

Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
129
110
8
20
Papillon blanc


Une vague brume et puis cette supême dignité
La douleur plane dans l'air comme un puissant sceau
Qui signe la fin et le début...

La brique rouge et ses reflets noirs
l'arrondi et les pierres des pavés rouilles
Les cascades de branches nues, qui dévalent mélancoliquement

La brume qui se meurt
Dans la gravité de l'heure
La foule compacte se presse sur le trottoir
Immobile, anxieuse, parcourue d'un sourd mouvement
Une vague imperceptible,
Comme un frisson qui court
Dans un millier de corps,
En symbiose,
En larmes furtives.

Des silhouettes, ombres noires chapeautées,
Passent dans ce suprême silence
Des élèves à travers le temps,
Dizaines de visages au regard hagard
Sont sortis aux portes,
Ce vaste édifice les a recrachés,
En honneur à la défunte.

D'un coup
La rumeur se meurt.
Elle disparait dans la froideur de cette fin d'Octobre.
Des lumières vagues,
Un halo jaune pale et sale
Passe dans les nuages gris
Alors que le cortège s'engage
Dans la ruelle légendaire

La mort certes
Mais une perpétuité dans le temps
Qui brise les choses
Et s'enfonce dans l'intangible et l'ineffable.

Le convoi moteur éteint
Hommes et femmes inconnus
Et plus poignant que tout,
Le regard reconnait entre tous
La silhouette du directeur presque orphelin
Eblouissant de dignité dans sa douleur

O qu'il est beau ce respect
Cette déférence accordée à la disparue,
Qui fait de toute cette scène
L'accompagnement d'une féminité suprème
Vers sa dernière demeure
Au fin fond de l'Angleterre...

"La voix de mon Bien aimé a frappé,
Elle a voulu cueillir une rose, ma soeur..."
La voix se brise
Et son écho court se perdre dans les ruelles
Pour faire tressaillir les coeurs...
1
0
0
1
Défi
Isabelle Grenouillat

Enfin les vacances, je pars pour les Seychelles demain matin, l’avion part à 10 h, destination soleil, plage, piscine, farniente.
J’ai eu une année dure et fatigante, un boulot de dingue, une histoire sentimentale ratée et des parents âgés et grabataires dont il faut s’occuper tout le temps, avec l’aide heureusement de mon frère.
J’avais réservé une chambre dans un hôtel de moyenne gamme, je m’y plu tout de suite, c’était magnifique.
Cet établissement recevait des personnes de tout âge.
J’ai fait la connaissance de Franck, 45 ans, il était pizzaiolo dans un restaurant parisien. « Je suis ravi de faire votre connaissance » me dit-il, c’était réciproque. Nous avons sympathisé, en tout bien toute honneur. Nous nous promenions ensemble et nous prenions souvent nos repas à la même table.
Trois jours après être arrivés, nous avons aperçu une petite fille sur une balançoire dans l’espace jeux de l’hôtel, elle avait l’air heureux, elle riait. Cela m’a rappelé mon enfance.
Nous aimions essentiellement nous promener sur la plage pour regarder la mer et nager.
Un jour nous avons observé, dessinée sur le sable, une licorne. Je l’ai prise en photo avant que la mer ne la recouvre et l’efface. C’était magique, tellement bien reproduit que l’on aurait dit qu’elle était vivante.
Nous sommes allés aussi au marché faire quelques emplettes, des souvenirs de l’île. Le seul moment où j’ai été effrayée, entre les étals, nous avons aperçu un rat, un gros rat noir, j’ai hurlé et Franck m’a pris dans ses bras pour me rassurer.
Un peu plus tard au coin d’une ruelle, nous avons entendu deux français se disputer, l’un a dit à l’autre « ceci n’a aucun rapport avec Gisèle ». C’était incongru, nous qui étions si loin de la France, de rencontrer des compatriotes en pleine dispute. Nous avons ri mais nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, peu importe.
Le séjour durait 15 jours pour moi et je suis repartie le cœur plein de souvenirs heureux.

Nous nous sommes échangés nos coordonnées Franck et moi. Il y aura peut être une suite à cette histoire.
3
2
2
1

Vous aimez lire Corentin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0