Logique interne

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Tchelomeï Sibirsk prit une grande inspiration puis il reprit. Abby attendait son discours avec une impatience toute relative. Voire circonspecte.

— Les lois physiques ne laissent qu’une marge tout à fait infime à l’apparition de la Vie. Infime ne signifiant pas impossible, nous pensons simplement que la Vie a été insufflée par Dieu lui-même via un… « coup de pouce » divin, si je puis dire.

— Cela ne change rien à la structure de la Vie et aux mécanismes évolutionnistes ?

— Rien du tout. Mais nous pensons que la théorie de l'Evolution n'est qu'une partie du mécanisme de la Vie. Son véritable moteur est, pour nous, beaucoup plus que cela.

— C'est-à-dire ? Que voulez-vous rajouter aux mutations et à la sélection ?

— Nous y voilà : nous croyons à l’existence d’un moteur interne qui orienterait le développement de la Vie. Certains appellent ça l’Intelligent Design.

— Mais quelle logique ? fit Abby en se tortillant sur sa chaise.

— C’est très simple. Nous portons en nous l’information capitale du devenir de l’Homme. Chacun de nous porte cette information, qui s’exprime à des périodes très précises de notre histoire, et qui gouverne notre évolution. Notre futur est sous son contrôle. Partant de là, nous savons qui nous sommes, et, bien plus important encore : nous savons qui nous allons devenir.

— Je ne vous suis pas très bien, fit Abby qui perdait ses repères.

Ivan ne lui avait rien dit de tout cela. Abby sentait que Sibirsk avait la situation bien en main. Il avait désamorcé tous les contre arguments et allait maintenant dérouler sa démonstration sans le moindre obstacle, avec une puissance qu'Abby devinait être celle d'un rouleau compresseur lancé à toute allure dans un champ de fleurs.

— Notre évolution n’est pas que la conjonction du hasard et de l’environnement. Un programme évolutif est contenu dans chacun de nous, et, quelles que soient les conditions auxquelles nous sommes exposés, ce programme achemine notre espèce vers une forme prédéfinie. L’environnement joue un rôle, nous ne le nions pas. Mais il n’est que circonstanciel. Tout comme les mutations aléatoires. Ces aléas nous font faire des détours, mais ils ne changent pas notre cap. Il existe un ordre supérieur au-delà de ces imprédictibles variations. Seulement, voilà, à ce jour, personne n’avait compris, ni même envisagé l’existence de cette logique. C’est en ce sens que nous sommes résolument modernes, bien plus encore que les scientifiques évolutionnistes eux-mêmes. Non contents de reconnaître la théorie de l’Evolution, nous la complétons, en ne la considérant que comme un aspect secondaire d’une réalité, d’une volonté bien plus importante.

— La volonté de Dieu, j'imagine ? fit Abby, tout sourire.

— De qui d’autre, sinon ? Ou de quoi ? Je conçois bien que cela vous amuse. Mais inutile de tourner autour du pot. Oui, pour nous, cette logique interne n’est autre que la volonté de Dieu. Et la connaissance de cette logique nous donnerait un accès direct à Sa volonté. Il est dit que Dieu nous a créés son image. En fait, nous pensons qu'Il nous a créés tels que nous devenions son image. C'est beaucoup plus subtil.

— Quelles preuves avez-vous à en donner ?

— En fait, nous tenons pour sûre l’existence de cette logique. Hélas, nous n’en connaissons pas la teneur. Tout du moins pas encore.

— N’est-ce pas un peu léger ? Vous affirmez qu'il y a une logique, mais vous ne savez même pas laquelle ? nota Abby.

— Vous voulez des preuves ?

— Ca pourrait aider, oui.

— Et bien je vais vous en donner.

Sibirsk pianota sur son clavier et ajusta son rétroprojecteur. Il éteignit la lumière et lança un diaporama. Des images furent projetées sur le mur. Abby put y distinguer diverses formes humaines.

— Que voyez-vous, madame Lockart ?

— L’Homme… Enfin, plutôt ses diverses formes au cours du temps.

— Précisément. Il n’existe pas de formes fossiles intermédiaires. Juste celles-ci. Cependant, contrairement à ces abrutis de créationnistes de bas étage, nous n’y voyons aucunement une quelconque apparition spontanée de ces êtres. Simplement, l’Evolution a été fulgurante par moment, bien plus rapide que les temps géologiques. Les formes intermédiaires ont disparu avec le tourbillon de l’Histoire et la valse erratique des sédiments. Par contre, ce qui nous intéresse, c'est qu'à certaines époques, bien précises, tellement précises même que cela en devient grandiose, l’Homme a évolué. Maintenant, regardez ceci.

Sous chaque humanoïde apparurent des crânes.

— Ce sont leurs têtes ?

— Oui. Notez bien l’évolution. La cavité crânienne augmente, la face s’aplatit. Le crâne bascule en arrière vers l’aplomb de la colonne vertébrale. Et maintenant…

Un os en particulier apparut en couleur parmi les divers os crâniens. Abby nota tout de suite quelque chose de particulier.

— Que voyez-vous ? demande Sibirsk, ravi de son effet.

— Attendez. Je vois... Oui, il y a cet os bizarre, là, à la base du crâne. Cet os ! Il m'a l'air d'avoir plus changé que les autres.

— Exactement. Cet os s’appelle le sphénoïde. Et son importance est tout à fait primordiale. Voyez clairement l’évolution du crâne : le volume augmente, le crâne bascule vers l’arrière, la face s’aplatit. Ce processus est à l'origine de la bipédie. L’hominisation dans toute sa splendeur. Et vous voyez, juste là ? demanda Sibirsk en pointant du doigt l'os coloré. C’est le sphénoïde qui change tout. C’est lui qui change le plus. Il se métamorphose. Le reste ne fait que suivre. Le sphénoïde est le maître d’orchestre. Il fléchit. Le reste suit.

Abby dut bien admettre que c'était impressionnant.

— Mais qu’est-ce que cela prouve au juste ?

— J’y viens, madame Lockart. Connaissez-vous l’East Side Story ?

— Vaguement. C'est une théorie sur les origines de l'Homme.

— En effet. C’est le français Yves Coppens qui a formulé cette théorie en 1982. Son idée est très élégante. Tout en étant d’une simplicité effarante. Et dans le cadre d’une théorie aléatoire impliquant d’infinies possibilités, la simplicité est sûrement gage de vérité.

— Le rasoir d’Ockham. Le principe de parcimonie. La théorie la plus simple est la plus probable, c’est ça ?

— Tout à fait. Yves Coppens a tenté d’expliquer comment l’Homme s’était relevé, en se basant sur de nombreux restes humains de plusieurs millions d’années.

— L’apparition de la bipédie, donc.

— La naissance l’Homme, oui. Ou comment d’un ancêtre commun, l’Evolution a pu donner d’une part les premiers hominidés et, d’autre part, ce que l’on appelle aujourd’hui les Grands singes. La théorie d’Yves Coppens est une hypothèse géologique et climatique censée expliquer cette séparation. Pour bien comprendre, il faut remonter très longtemps en arrière. Il y a huit millions d’années, un rift s’est ouvert en Afrique de l’Est. La zone était géologiquement instable. Les contraintes tectoniques ont provoqué un effondrement. C’est l’apparition du fameux rift.

— Mais ça ne s’est pas fait du jour au lendemain ?

— Non, bien sûr. Mais à terme, une séparation très nette est apparue. Et ce formidable bouleversement géologique a bien entendu eu des répercussions climatiques considérables. A l’Est, la sécheresse s'installe. Petit à petit, la forêt s’assèche et se transforme en savane. A l’Ouest, la luxuriante forêt équatoriale persiste. Et c’est là que la théorie est géniale. Les fossiles étaient sans appel. Les premiers – et les seuls – bipèdes sont apparus à l’Est du rift. Pas à l’Ouest.

— Mais pourquoi ? Qu'est-ce que l'est pouvait bien avoir de si particulier ?

— C'est très simple selon Coppens. Contraints de vivre dans la savane, les pré-humains, piégés dans cet environnement hostile, hauts d’à peine un petit mètre, voyaient difficilement par-dessus les herbes hautes. Et pas moyen de grimper dans les arbres. Et pour cause : il n’y en avait pratiquement plus, dans cette savane. Les premiers hommes étaient alors à la merci de leurs prédateurs, agiles, véloces et invisibles derrière ce mur herbeux. Il leur fallait, de plus, parcourir des distances considérables pour trouver une bien maigre nourriture. Apparaît alors la mutation salvatrice, permettant la bipédie. Ceux qui en bénéficient se relèvent et voient par-dessus les hautes herbes. Ils voient leurs prédateurs. Ils se déplacent plus aisément. Ce qui leur confère un avantage majeur. Fulgurant.

— Et la sélection naturelle effectue son travail de sape.

— C'est ainsi que les bipèdes triomphent. Les autres meurent. La mutation de la bipédie se répand comme une traînée de poudre grâce à l’avantage décisif qu’elle propose. Ainsi, l’Homme se relève. A l’Est du rift.

— Et à l’Ouest ?

— Eh bien, comme on l’a dit, pas ou peu de changements climatiques. Les Grands singes qui s’y trouvent ne sont pas soumis à la même pression environnementale : ils trouvent de la nourriture à foison dans les arbres pour lesquels ils sont parfaitement adaptés. Si la bipédie apparaît chez eux, elle ne sert à rien, ou presque. Ce n'est pas un avantage sélectif, au contraire, c'est une tare. Donc, si jamais elle était apparue dans la forêt, la bipédie aurait tout simplement été supprimée par la sélection naturelle. Et de ces Grands singes découleront les gorilles. C’est l’East Side Story. Et c’est joli.

— Et j’imagine que c’est faux, selon vous ? essaya Abby.

— Ne soyons pas lapidaires. Mais on peut noter quelques énormités. Les pré-humains dont il est question mesuraient environ quatre-vingt-dix centimètres. Or, les herbes de la savane culminent facilement à deux mètres.

— Dans ces conditions, le simple fait de se relever ne changeait pas grand-chose ?

— Les pré-humains n'étaient effectivement pas plus avancés par la posture debout, car ils étaient toujours beaucoup plus bas que les herbes. Ils ne voyaient donc toujours strictement rien. D'autres observations remettent en cause ce scénario. Pas seulement nous, loin de là. Tout commence en 1995, à Koro Toro, au Tchad. On y découvre le pré-humain Abel. Parti dans l’espoir de confirmer l’East Side Story, le français Michel Brunet, proche de Coppens, découvre une mâchoire et quelques molaires vieilles de trois millions cinq cent mille ans, soit rigoureusement le même âge que Lucy, mais, surtout… bien après la formation du rift, à l’Ouest de ce dernier ! Certes, ça n’était que quelques fragments à comparer aux milliers d’autres ossements qui allaient dans le sens de la théorie de l'East Side. Mais Coppens lui-même, juste après la terrible découverte d’Abel, prévenait : « si l’on exhume en Afrique occidentale des spécimens encore plus anciens, de sept ou huit millions d’années, il faudra bien changer son fusil d’épaule ».

— Et, évidemment, on a trouvé d'autres fossiles.

— Le 19 juillet 2001, c’est effectivement le coup de grâce. Au Tchad de nouveau, dans le désert de Djourad, un crâne d’humanoïde est exhumé. Baptisé Toumaï, littéralement « Espoir », le pré-humain bipède est vieux de sept millions d’années. A deux mille cinq cents kilomètres à l’Ouest du rift.

— Comment a réagi Coppens à cette découverte ?

— Il en fut profondément affecté. En 2003, il remet publiquement en cause sa théorie dans le mensuel scientifique La Recherche. Et l’hécatombe continue. On découvre d’autres bipèdes parfaits, toujours à l’Ouest, dont les études attestent qu’ils vivaient dans les arbres.

— Vous voulez dire que la bipédie n’est pas due au hasard puisqu’elle est aussi apparue à l’Ouest ?

— Oui, dans des populations de singes arboricoles pour qui la bipédie était plus une tare qu'un avantage sélectif.

— Vue comme ça, la bipédie est anti-évolutive, c'est bien cela ?

— Précisément. Elle apparaît et se répand sans raison, car elle ne présente aucun avantage.

— Mais pourquoi apparaît-elle, alors ?

— C'est justement là où je voulais vous mener, madame Lockart.

— C'est bon, j'ai compris. Vous êtes en train de me dire que la bipédie apparaît... parce qu’elle devait apparaître.

— Nous y voilà : c’était inscrit. Les datations sont sans appel. La bipédie apparaît au même moment, à l’Est comme à l’Ouest du rift, dans des conditions environnementales totalement différentes. L’Evolution par mutation aléatoire et voie de sélection naturelle sous la pression de l’environnement ne tient plus.

— C'est troublant, je veux bien le reconnaître, admit Abby. Mais c'est votre seul et unique argument ?

— Oh, non. Ce n’est pas tout. Prenons l’Homme actuel, Homo sapiens, apparu il y a cent mille ans.

— En d'autres termes : vous et moi ?

— Exactement. Les fossiles et les datations l’attestent : Homo sapiens est apparu au même moment en deux points de la planète, en Europe et en Asie depuis deux sous-espèces d’Homo erectus différentes. C'est la théorie dite multirégionale de Wolpoff. Comment l’expliquer par des mutations aléatoires sélectionnées par la pression de l’environnement, puisqu’une même espèce apparaît au même moment, à partir d’êtres différents, en des milieux dissemblables et n'ayant donc pas les mêmes critères sélectifs ? L’actuelle théorie de l’Evolution est impuissante pour l’expliquer. Pire : elle s’effondre puisque les faits vont totalement à son encontre. Le hasard ne reproduit pas deux fois un même schéma aussi complexe que l'hominisation. C'est mécaniquement impossible. C'est une aberration statistique.

— Non, stoppa Abby.

— Comment ça, non ? sursauta Sibirsk, estomaqué.

— C'est un simple problème d'optimisation. Ces convergences sont simplement les solutions optimales répondant à des problèmes communs, asséna Abby en se remémorant les paroles d'Ivan.

Sibirsk resta scotché un instant. Mais il ne se laissa pas désarçonner aussi facilement.

— Impressionnant, madame Lockart.

— Je connais assez bien le sujet, fit Abby en essayant d'y mettre un maximum de conviction.

— Mais vous avez tort. Désolé.

— Pardon ? En quoi ai-je tort ? L'apparition d'Homo sapiens en deux points de la planète n'est que l'illustration d'un phénomène de convergence.

— Je dois bien admettre que c'est bien vu. Mais non. Le phénomène dont vous parlez permet d'expliquer pourquoi des espèces différentes se dotent des mêmes systèmes : ailes pour le vol, nageoires pour la nage, yeux pour le repérage, etc. C'est tout. Le phénomène de convergence ne permet en aucun cas d'expliquer l'apparition simultanée d'une même espèce à partir de deux sous-espèces différentes. Vous avez bien appris votre leçon, mais vous faites là une erreur magistrale. Ces deux phénomènes n'ont strictement rien à voir.

— Si vous voulez. Continuez, fit Abby, totalement décontenancée.

Sa belle charge fut héroïque, mais s'effondra bien vite.

— Ne le prenez pas mal. Le seul fait que vous ayez fait cette remarque vous honore. Vous êtes d'une grande intelligence. Et d'une formidable réactivité.

Abby se sentit mal à l'aise devant ce compliment quelque peu déplacé.

— Je reprends. Homo sapiens apparaît donc simultanément en deux endroits du globe depuis des espèces différentes. C'est tout à fait inexplicable par la théorie classique de l'Evolution. Alors que si notre évolution était pré-écrite depuis les premiers hommes, tout s’explique. Malgré les mutations, malgré les aléas, malgré les environnements, la lignée humaine s’écarte, oscille, mais au final maintient son cap et parvient toujours à ses fins. L’Evolution a un sens. La Vie a un but.

— Quel rapport avec le sphénoïde ?

— Eh bien, c'est très simple, en fait. C’est grâce à cet os que nous avons fait l’une des principales découvertes concernant la logique et le sens de la Vie. Il faut bien comprendre que l’Evolution est un processus compliqué. Les restes humains que nous devons analyser sont souvent en très mauvais état. Le crâne étant extrêmement complexe, c’est à son niveau que les modifications sont les plus visibles. Une paléoanthropologue anglaise a mis en évidence le rôle du sphénoïde en étudiant les mouvements évolutifs du crâne. Après des années de recherches et des dizaines de milliers de mesures et autres analyses statistiques, la conclusion est sans appel.

— Je vous vois venir : c'est le sphénoïde qui est en cause ?

— Oui, car, d’un Homo à l’autre, on observe peu de changements profonds. Si ce n’est le sphénoïde qui fléchit outrageusement et entraîne avec lui le reste du crâne et de la colonne vertébrale.

— Quelles que soient les conditions environnementales ?

— Exactement : sans se soucier de son environnement, le sphénoïde fléchit à intervalles de temps bien précis, toujours de la même manière, emmenant avec lui le redressement du corps vers une forme bipède verticale inéluctable. Comme je l'ai dit précédemment, on sait maintenant que cela s’est passé dans les milieux boisés et humides, et non pas à cause de la savane. Loin d’être aléatoire, notre évolution vient d’une direction passée que rien n’a dévié et qui se répète.

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