Séquences

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John Logan retira lentement l'énorme aiguille du ventre de la jeune fille dont le visage d'ange s'était crispé. Une fois l'aiguille entièrement retirée, Logan la considéra longuement en la faisant tourner devant son regard, l'air songeur, puis il la passa à son assistant pour qui l'emmène rapidement au centre d'analyse.

Karolina resta allongée, mais son visage s'était maintenant entièrement décrispé. Il avait même retrouvé une fraîcheur délicieuse. Et les regards que la jeune fille lui envoyait étaient pour le moins, disons, éloquents. Logan la trouvait très belle. En fait, Karolina était l'archétype de la grande Slave blonde aux yeux bleus. Elle était véritablement magnifique. Mais Logan était marié, et jamais il ne ferait ça à Kate.

De toute façon, si la tentation devenait trop forte, il lui suffisait de penser un seul instant à ce qui était actuellement dans le ventre de la jeune fille pour être pris d'une répulsion quasiment mécanique. De ce point de vue, Logan se demandait vraiment comment Youri pouvait bien réussir à coucher avec Kristana. Et Tatiana. Et sûrement beaucoup d'autres d'ailleurs, mais Logan s'en fichait.

Ca ne le regardait pas.

— Comment vous allez ? essaya la jeune fille d'un anglais mal assuré.

Logan était toujours touché de l'attention naïve et sincère que lui portait Karolina.

— Je vais très bien, fit-il avec un sourire chaleureux. Et vous ? Comment allez-vous ?

Karolina parlait de mieux en mieux l'anglais, à tel point que la présence d'un traducteur n'était plus nécessaire depuis déjà quelque temps.

— Je vais bien, fit-elle. Et le bébé ?

— Le bébé va très bien. Vous pouvez vous rhabiller et rentrer chez vous.

— Merci, docteur.

— Revenez demain. Au revoir.

Logan retira ses gants, puis tourna les talons et poussa la porte qui menait au couloir principal. Il ne tenait pas à rester avec Karolina plus de temps qu'il n'était nécessaire.

 Docteur...

Il n'arrivait toujours pas à s'y faire. Ces filles le prenaient toutes pour un docteur.

Ce qu'il n'était évidemment pas.

Mais Logan n'était pas véritablement choqué par ce qu'il se passait ici. Au contraire, il trouvait ça normal. La science devait aller de l'avant. Et puis, ces filles ne connaissaient pour ainsi dire pas plus de désagréments que n'importe quelle autre femme enceinte. Mais il n'empêche. Lui n'aurait jamais pu se plier à une telle chose.

Se faire implanter cette... chose.

Si seulement Karolina savait ce qu'il se passait réellement dans son ventre. Oh, ce n'était rien de grave. Ce n'était ni dangereux, ni même particulièrement dégoûtant. Mais c'était, il est vrai, quelque peu dérangeant. Et de cela, Logan n'arrivait pas à se départir totalement. Ne rien dire à ces filles. Leur laisser croire qu'ils étaient médecins, et qu'ils travaillaient sur la fécondité. Ca, ça le gênait un peu. Il aurait préféré ne pas leur mentir.

Au début, il pensait sincèrement qu'elles s'étaient engagées en toute connaissance de cause. Il ne voyait même pas comment il aurait pu en être autrement. Mais quand il avait commencé à discuter avec sa première « patiente » des sentiments qu'elle éprouvait à cet égard, elle n'avait pas semblé comprendre, et ses collègues l'avaient rapidement pris à part pour lui expliquer ce qu'il se passait réellement.

Les filles n'étaient pas au courant.

Ca lui avait d'abord semblé absurde : comment pouvaient-elles ne pas l'être ? On ne pouvait pas porter puis enfanter sans s'en rendre compte un être comme... Mais en fait, si. Justement.

C'était l'évidence même.

Après tout, la différence n'était pas décelable pendant la grossesse, et il était facile de dissimuler l'enfant à la vue de la mère porteuse lors de l'accouchement. Et il n'était pas prévu dans le contrat qu'elle doive ensuite garder l'enfant. En fait, c'était la simplicité même. Quelques draps, un petit tour de passe-passe, et ces filles ne verraient jamais l'enfant qu'elles auront porté. Et elles n'auront rien senti d'anormal non plus. Comprenant ça, Logan avait tout de même été outré. Il avait toujours été d'accord pour mener ces expériences, mais pas sans le consentement des filles. Il n'avait jamais demandé à en être assuré, tant cela sonnait pour lui comme une évidence. Il avait alors découvert, avec beaucoup d'amertume, que les choses étaient beaucoup moins claires que ce qu'il pensait.

Mais il s'en était remis. Après tout, comme Craig le lui avait lui-même expliqué l'unique fois où il l'avait vu, cela permettait de garder un secret véritablement complet. Car on avait beau avoir l'assurance que ces gentilles filles naïves ne diraient rien, on ne savait jamais ce qu'il pouvait se passer. Pour qu'il n'y ait véritablement aucun risque qu'elles disent ce qu'elles savaient, il suffisait de se débrouiller pour qu'elles ne sachent véritablement rien. C'est à ce moment-là que Logan avait compris toute la finesse de Craig, toute sa mystification.

Sa fourberie.

Et Logan de se dire qu'il s'était embarqué dans une drôle d'histoire. Mais tout se passait bien, les filles menaient gentiment leurs grossesses à terme, les « enfants » étaient comme attendus, on les traitait bien.

Bref, tout roulait.

Et ce n'était pas un vague sentiment de honte ni même de culpabilité qui aurait pu porter atteinte à la passion de Logan pour tout ce qui était en train de se passer.

Il enfonça la porte du box de Youri qui, surpris, s'ébouillanta avec son café.

— Aahh !!! Arrête de débouler comme ça dans mon bureau ! J't'avais dit d'pas recommencer ! gémit-il.

— Désolé, promis, je le ferai plus, répondit Logan en n'en pensant rien. Bon alors, tu les as, mes séquences ?

— Ouais, ouais, je les ai. Enfin, pas toutes, mais tu peux déjà en tester quelques-unes, fit-il en s'essuyant.

— T'en penses quoi ?

— Bah, écoute... Ca me semble pas mal. J'ai exploité quelques redondances silencieuses intéressantes, je pense qu'on approche du but. Mais j'ai toujours des problèmes avec le segment P34.

— Bon, bah donne moi déjà ce que tu as, je vais préparer ça avant de l'envoyer dans la salle d'à-côté.

— Maintenant ? Tu veux pas attendre que j'ai fini ? Dans deux heures tu auras tout ce qu'il te faut.

— Nan, il me les faut de suite. Apparemment c'est le moment, le supercalculateur est libre pour encore deux heures, mais après y a Michael qui voudrait lancer une vérification globale du chromosome 3.

— Sérieux ? Mais ça va prendre au moins... quatorze heures ! répliqua Youri en fronçant les sourcils.

— Je sais. C'est pour ça que je te demande les séquences maintenant. Même si elles ne sont pas complètes, on peut déjà les tester.

— Nan mais attends, il y a un truc que je pige pas... On devait pas avoir accès à HG aujourd'hui ?

— C’est aussi ce que je croyais. Mais, apparemment, là-bas aussi ils font des tests généraux.

Youri soupira.

— Bon, tu me les donnes, ces séquences ?

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- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
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Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
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Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
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Papillon blanc


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