Chapitre 2

14 minutes de lecture

Traci Mendoza

352 jours après Alicia

- … toi. Réveille-toi. Traci, on…

Avec la sensation d’être enlisée dans de la guimauve, Traci ouvrit les yeux et regretta aussitôt. Une lumière blanche l’aveugla, si bien qu’elle ne savait plus où elle se trouvait pendant quelques instants. Puis, lorsqu’elle se sentit légèrement basculer, elle souleva doucement ses paupières pour faire face à une route longiligne qui s’allongeait au milieu d’un champ aussi vide que mort. Curieuse, elle se redressa dans son siège et colla presque son nez contre la vitre de la voiture.

- Tiens, tu t’es enfin décidée à te réveiller ?

Ignorant la remarque, Traci avala le paysage des yeux qui s’offrait à elle telle une affamée. Depuis des heures, ils n’avaient connu qu’une succession de routes sans fin, d’arbres sans feuilles et de stations-service qui grouillaient d’hommes qui la reluquaient sans gêne. Alors en apercevant les bâtiments qui s’agrandissaient lentement dans l’horizon, les yeux de Traci ne pouvaient que pétiller. Déjà, elle s’imaginait se promener dans des rues calmes et pleines de lumières, avec un air de noël dans l’air.

- On est bientôt arrivés ? demanda-t-elle à son frère en pivotant brusquement sur son siège.

Yale ricana en pointant du doigt la ville qui s’épanouissait devant eux.

- On y est déjà Traci. Bienvenue à Neterange, déclara-t-il d’un ton amusé.

Comme si son frère et le destin avaient conspiré, le panneau qui annonçait leur entrée en ville surgit devant eux. Traci se tordit presque le cou pour admirer les lettres NETERANGE, peintes avec un drôle de hibou qui fixait de ses grands yeux quelconque conducteur qui atterrissait dans le territoire. Puis, aussi rapidement que la neige était tombée, les arbres laissèrent place à une civilisation glaciale. Et pourtant, le cœur de Traci ne fit que grandir, complètement absorbée par le magnifique tableau qui s’offrait à elle. C’était comme dans les films. De minuscules flocons flottaient dans l’air, embêtant les plus pressés et suscitant l’intérêt des plus jeunes. Munis de vêtements chauds de haut en bas, les habitants de Neterange se cachaient sous leurs bonnets et évitaient tant bien que mal d’éviter les plaques de glaces. On avait même commencé à décorer les lampadaires d’ampoules multicolores et les vitres des boutiques de stickers du père noël. Alors qu’ils dépassaient une école pour enfants, Traci les vit dans la cour, se jetant des boules neiges tout en poursuivant leurs adversaires.

Elle eut soudainement envie de les rejoindre, bien qu’il fût évident que jamais elle ne se le permettrait. Son frère tourna à l’opposé de l’école et Traci s’enfonça dans son siège, ne sachant plus si elle était heureuse ou nostalgique.

- Et voilà ! s’écria soudainement son frère.

Traci sursauta puis jeta un coup d’œil anxieux vers la vitre, s’interrogeant sur la source de cette excitation inattendue. Un bâtiment gris se dressait devant eux, le genre d’immeuble on ne peut plus banal et commun. Seul le jardin, mélange de neige fondue et de terre retournée, leur permettait de le distinguer des autres.

- Alors ? Ça te plait ?

Yale avait éteint le moteur, pour la première fois depuis cinq bonnes heures, si bien que Traci trouvait le silence beaucoup trop brusque, comme si on l’avait coupée du monde. Elle, qui avait toujours chéri le silence avec un dévouement presque triste, se sentit vaguement mal à l’aise. Elle ignorait pourquoi, mais voilà que trop de souvenirs montaient à la surface de sa conscience. Des souvenirs qui jusqu’ici, étaient sagement restés noyés sous une montagne de détachement et d’une détermination farouche. Lorsqu’elle sentit la main de son frère se poser sur son épaule, elle inspira profondément, puis sans se laisser le temps de réfléchir plus longtemps, Traci saisit la poignée et ouvrit d’un coup la porte passagère. Le froid envahit instantanément l’habitacle et chassa Traci du véhicule, qui posa un pied ferme sur le goudron. Elle se hissa dehors, décidant de laisser son passé dans cette voiture, qui n’avait décidément aucune place à Neterange.

- C’est… parfait, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour son frère.

Un frisson lui parcourut l’échine et Traci frictionna instinctivement ses bras. Son frère, lui, contourna le véhicule pour rejoindre le coffre et prendre le plus de sacs possible dans ses bras. Chargé comme un bœuf, il offrit un sourire rempli de douceur à sa sœur, avant de la dépasser et de traverser la route pour rejoindre l’entrée de l’immeuble. Se secouant pour se réveiller, Traci fit de même et avança prudemment sur le passage glissant de l’entrée. Elle faillit plusieurs fois lâcher les sacs et pesta quand elle se rendit compte que l’ascenseur était en panne. Après avoir monté trois étages, Traci aperçut une porte grande ouverte et elle se dirigea à l’intérieur, mettant pied pour la première fois dans l’appartement qui allait devenir leur nouveau foyer. Elle lâcha les sacs sur le sol d’un coup et observa avec recul leur logis encore bien vide.

- Je sais ce que tu penses. Mais cette fois, c’est pour de bon Traci.

Traci dirigea son regard vers son frère, qui la regardait comme s’il jurait devant Dieu. Elle sentit alors un pincement au cœur. Yale se pliait toujours en quatre pour leur dégoter un foyer chaleureux et accueillant. À chaque fois, il décorait les pièces du peu d’argents qu’ils possédaient et chaque fois, c’était comme s’ils avaient toujours vécu là. Pourtant, Traci n’avait encore jamais réussi à considérer leur demeure du moment comme sa maison. C’était bien trop beau à croire et trop difficile à espérer. Alors quand elle rencontra le regard de son frère, Traci sourit sincèrement, parce qu’elle savait que tant que Yale était là, elle était à la maison.

- Je sais Yale. Je sais. Je profitais juste de la vue. C’est toujours la même histoire avec toi. Tu décores ma chambre comme si j’avais encore huit ans, finit-elle en levant les yeux au ciel pour alléger l’atmosphère.

Yale s’offusqua aussitôt.

- Pardon ? Depuis quand le rose est réservé aux enfants ? Et tu as toujours aimé le rose, à ce que je sache !

Traci ricana en se retournant pour se diriger vers la porte d’entrée.

- Le rouge, Yale, c’est le rouge ma couleur préférée !

- Mais le rouge, dans une chambre, c’est triste, s’indigna-t-il face au manque de goût de sa sœur. Le rose en moins, c’est gai.

Traci faillit faire une pause puis se ravisa, murmurant pour elle-même lorsqu’elle descendit les escaliers de l’immeuble.

- Depuis quand suis-je une personne guillerette ?

Trop fatiguée pour se disputer sur une stupide couleur, Traci ouvrit brusquement la porte d’entrée de l’immeuble pour récupérer le reste de leurs affaires dans la voiture. Il ne restait que deux sacs et la couverture qu’elle avait utilisée durant leur voyage. Repliant la couverture sur elle-même et prête à rentrer, une tache blanche attisa sa curiosité. Traci se pencha un peu plus et découvrit avec surprise une lettre qui dépassait de sous le siège conducteur. Elle devait être tombée de la veste de Yale lorsqu’il était sorti, pensa-t-elle. Intriguée, elle retourna la lettre entre ses mains, et lu l’adresse d’un expéditeur dont elle n’avait jamais entendu parler. Puis, quand elle vit les lettres lycée Héracle imprimées sous le nom en question, Traci écarquilla les yeux et lâcha l’enveloppe, comme si elle l’avait brûlée.

Non. Yale n’avait quand même pas…

Terrifiée, elle ramassa à nouveau l’enveloppe et déchira l’ouverture sans élégance pour découvrir un document de cinq pages se déplier sous ses yeux.

« Monsieur Mendoza,

Voici les informations nécessaires qui vous aideront à préparer l’arrivée de votre sœur dans notre cursus scolaire. Priez à ne pas oublier d'acheter les livres utilisés lors du programme de l'année. N'hésitez pas en cas de questions et nous vous remercions du choix de notre établissement.

Nos meilleures salutations.

Korjakov Alanis. »

N’y croyant pas ses yeux, Traci jeta un coup d’œil sur les autres feuilles, qui expliquaient le fonctionnement de l’école, le règlement et toutes ces informations nécessaires au bon fonctionnement d’un lycée. Traci avait soudain l’impression d’évoluer dans une bulle.

Yale avait décidé de l’inscrire dans un lycée. Un putain de lycée. Sans même lui demander son avis. Traci sentit un rire nerveux lui chatouiller les lèvres. Bien sûr. Jamais Yale ne se serait embêté à lui en parler. Il savait très bien qu’elle haïssait ce genre d’endroit. Elle s’y serait opposé avant même qu’il n’aille le temps de finir le mot école.

Elle se laissa aller contre le siège passager et ferma les yeux. Alors comme ça, il avait décidé de la jouer « grand frère responsable » cette fois. Jusqu’à maintenant, il ne l’avait jamais obligée à rejoindre un établissement scolaire. Il suffisait qu’elle suive des cours à domicile et Yale était satisfait. C’était leur marché et il avait toujours fonctionné. Alors pourquoi s’ennuyait-il brusquement à l’inscrire au lycée, alors que théoriquement, elle allait rester seulement un semestre ? C’était absurde. Et elle n’allait pas le laisser faire aussi facilement.

Yale n’avait aucun droit à décider pour elle.

- Excusez-moi ?

Traci sursauta violemment et se cogna la tête contre le plafond du véhicule.

- Oh pardon ! Je ne voulais pas vous faire peur !

Gémissant et frictionnant le haut de son crâne, Traci ouvrit les yeux sur un visage inconnu qui s’était penché vers elle, la portière entre les mains. Ils se dévisagèrent quelques secondes, l’air de se jauger mutuellement. Traci cligna des yeux.

- Je… On se connait ? demanda-t-elle perplexe.

L’inconnu se redressa et se massa la nuque.

- Non, je ne crois pas, dit-il en souriant timidement. Mais je marchais quand je vous ais vue dans cette voiture, la portière ouverte et les yeux fermés. J’ai attendu pour voir si vous alliez vous réveiller mais vous ne l’avez pas fait, pendant en moins cinq minutes. J’ai eu peur et je suis venu voir si vous alliez bien.

Traci le dévisagea en silence, agréablement surprise par ce geste et embarrassée par le fait qu’un inconnu l’ait observée si longtemps, croyant qu’elle s’était évanouie.

- Oh, je… Non, je vais bien…, tenta-t-elle de dire bien que les mots l’échappaient.

L’inconnu sembla franchement soulagé, ce qui la troubla encore plus. Elle n’arrivait pas à croire qu’il s’inquiéter autant de son état alors qu’ils ne se connaissaient même pas. Un sentiment de méfiance naquit dans sa poitrine.

- Oh ! s’exclama-t-il soudainement en pointant du doigt les feuilles posées sur les genoux de Traci. Vous allez au lycée Héracle ?

Traci baissa la tête vers les feuilles en question et remarqua pour la première fois à quel point ses doigts tenaient avec crispation le document. Lentement, elle se détendit et tenta de calmer ses émotions.

- Merde, enfin, non, pardonnez mon langage. Il semble que je m’impose…, s’embrouilla l’inconnu.

Il avait beau dire, songea-t-elle, il n’avait pourtant pas l’air de vouloir s’en aller. Elle balaya ses paroles d’un geste vague de la main.

- Non, non, ne vous inquiétez pas. Je vous remercie de… De vous être inquiété.

Puis, Traci fit mine de se lever et le jeune homme recula pour la laisser passer. Elle laissa le document derrière elle et ferma la portière pour oublier cette histoire d’école. En aucun cas elle n’avait envie de déballer sa vie à ce type.

- C’est normal, déclara-t-il en haussant les épaules. Il fait un froid de canard, alors j’ai trouvé ça étrange de vous voir assise là. Mais bon… Tant que vous allez bien…

Puis, après un court instant d’hésitation, il la questionna avec curiosité.

- Vous venez d’emménager ?

Traci jeta un rapide coup d’œil vers leur immeuble et serra plus fort sa veste contre elle.

- Oui. Nous sommes arrivés ce matin même. Ne me dites pas que cette ville est du genre à connaître le moindre habitant qui y emménage…, tenta-t-elle de plaisanter pour lui faire oublier son ton un peu froid.

Il attrapa volontiers la perche qu’elle lui tendait et ricana. Traci se détendit un peu plus et se permit de l’observer sous un autre angle. Cet homme, ou plutôt ce jeune homme, incarnait un drôle de personnage. Il irradiait d’une maturité digne d’un adulte qui frôlait la quarantaine, alors qu’il avait l’air d’être du même âge que Traci. Il n’osait même pas la tutoyer.

- A vrai dire, je n’avais pas la moindre idée de votre arrivée ici, si ça peut vous soulager. Mais vous n’êtes pas chaudement habillée et j’ai reconnu l’enveloppe du lycée Héracle. J’en ai conclu que vous étiez nouvelle. Oh, et je m’appelle Declan, ajouta-t-il sans préavis, en tendant sa main vers elle.

- Traci, murmura-t-elle serrant avec force sa main. Ravie de vous rencontrer.

Le fameux Declan sourit et passa une main paresseuse dans ses cheveux blonds, des mèches négligées lui tombant devant les yeux. Maintenant qu’ils étaient debout face à face, Traci se permit d’apprécier la douceur de ses traits, cet air nostalgique qui émanait de son visage et surtout, sa courtoisie. Pas une seule fois, il n’avait regardé sa cicatrice. C’était comme si sa pommette avait toujours été lisse et vierge de souvenirs.

- Honnêtement, je ne suis que de passage dans cette ville…, annonça-t-il avec une pointe de regret dans la voix.

Elle se sentit un peu déçue, espérant déjà que peut-être, avait-elle fait la rencontre d’un ami potentiel.

- Oh…

- Mais je serais ravi de vous aider à vous orienter dans la ville ! Ou…

- Vous habitiez ici, vous aussi ?

Le visage de Declan se transforma subitement, passant du charmant inconnu à un étranger confus et irrité. Visiblement, il ne s’était pas attendu à cette question et Traci chercha à comprendre si elle avait été indiscrète. C’était pourtant une question anodine pour sa part… De plus, n'avait-il pas dit avoir reconnu les feuilles du lycée ? Mais avant qu’elle ne puisse se rattraper ou s’excuser, elle entendit une voix familière surgir quelques pas derrière elle et Traci retint un soupir.

- Traci ? Qu’est-ce que tu fais encore dehors ?

Declan leva les yeux derrière son épaule et Traci devina le visage de son frère qui s’approchait.

Agacé et méfiant.

Elle attendit que Yale arrive à leur hauteur pour qu’elle daigne lui jeter un coup d’œil las et présenta Declan de sa main.

- Je faisais la charmante rencontre de Declan. Declan, je vous présente mon frère, Yale.

Le jeune homme changea encore une fois d’attitude, devenant aussi prévenant qu’il ne l’était quelques minutes auparavant, et tendit sa main vers Yale en souriant. Son frère accepta de la serrer avec réticence.

- Traci m’a expliqué que vous veniez d’emménager. Je vous souhaite la bienvenue à Neterange, Yale.

- Merci, répondit-il rapidement.

Puis, après seulement trois secondes de silence, Declan sembla comprendre qu’il n’était pas à sa place et offrit à Traci une carte, pareilles à celles des restaurants ou encore ces vendeurs qui cherchaient à tout prix à lui extorquer de l’argent.

- Bon et bien, puisque désormais je suis certain que vous allez bien, Traci, il va falloir que je m’en aille. Mais n’oubliez pas, je serai toujours disponible en cas de besoin…

Traci prit la carte entre ses doigts gelés, mi- charmée, mi- stupéfaite et le remercia sincèrement. Quand Declan ne fut plus qu’une tache dans leur champ de vision, elle s’éloigna de son frère sans un mot, qui, évidemment, la poursuivit.

- Depuis quand tu parles aux inconnus ?

Elle ne retint pas la porte de l’entrée et entendit son frère l’arrêter en soufflant sous l’effort. Déjà dans les escaliers, elle rit de mauvais cœur et lui répondit sans même se retourner.

- Ce n’est pas toi qui disais qu’il fallait que je fasse un effort pour me faire des amis ? Et maintenant tu es furieux ? Pourquoi Yale ? Parce que c’est un garçon ?

- Ça n’a rien à voir et tu le sais.

Elle s’arrêta brusquement et se tourna pour le voir à peine quelques marches derrière elle. Il avait l’air aussi agacé qu’elle.

- Je le sais ? Tu vois, c’est ça le problème. Je commence vraiment à me demander si je sais tout sur toi Yale. S’il n’y a pas d’autres secrets que tu me caches…

Elle verrouilla son regard droit dans le sien et attendit patiemment de voir ses traits changer du tout au tout. Elle pouvait presque entendre les rouages de son cerveau s’activer. Les yeux de son frère devinrent aussi ronds que des soucoupes, quand il comprit qu’elle avait trouvé la lettre.

- Traci, je… Je peux t’expliquer…

Elle ne voulait rien entendre. En tout cas, pas pour le moment. Elle était en colère, en colère qu’il ait agis derrière son dos, en colère qu’il n’est pas considéré ses sentiments, en colère qu’il se mette en rogne pour avoir fait la rencontre d’un jeune homme. En fait, Traci était surtout furieuse contre elle-même, car elle se sentait stupide et fatiguée, fatiguée de n’avoir aucune confiance en elle et en l’avenir, toujours à se demander de quoi le lendemain serait fait et si un jour elle pourrait s’endormir sans être effrayée à l’idée de perdre son frère et tout ce qu’elle avait.

Furieuse de ne pas pouvoir agir comme elle en avait envie.

Elle fit demi-tour et se réfugia dans leur appartement sans écouter Yale qui tentait tant bien que mal de s’expliquer. Ce ne fut qu’une fois à l’abri des oreilles indiscrètes qu’il se permit de lui prendre le bras et élever la voix.

- Bon sang Traci ! Laisse-moi en moins une chance de te parler !

Elle retrouva alors ses vieilles habitudes. Elle devint froide, cruelle et silencieuse, comme elle avait toujours été si elle ne se forçait pas à jouer un rôle.

- Non, Yale. Je ne veux plus rien entendre qui puisse sortir de ta bouche pour aujourd’hui. Je veux juste savourer notre arrivée ici et me reposer.

Puis, après une courte hésitation, elle ajouta une pique par pure provocation.

- Et éventuellement faire plus ample connaissance avec Declan.

Le visage de Yale vira à une détermination sans nom et il lâcha le bras de Traci pour prendre la carte de Declan entre ses mains. Elle protesta vigoureusement mais il la fit taire d’un geste.

- Traci, je m’en fou que ce type soit un homme ou une femme. Il pourrait être transgenre que ça ne changerait rien.

Puis, il s’éloigna pour saisir le journal posé sur le comptoir, celui qu’il avait pris dans la dernière station essence où ils s’étaient arrêtés, pour tourner la première page et pointer du doigt une photo. Traci n’avait absolument pas touché à ce journal, elle trouvait les nouvelles trop sordides de nos jours pour finir plus désespéré à la fin de la lecture. Curieuse par ce qu’il cherchait à lui dire, elle s’approcha du journal tout en le dévisageant.

- Je sais que je t’ai toujours moralisé sur ton comportement envers autrui. Et je t’assure que je ne suis jamais plus fier de toi que quand je te vois parler à des étrangers. Mais cette fois, c’est différent Traci. Ça, c’est la raison pour laquelle je te demande de faire plus attention.

L’index de Yale se tenait juste sous le menton d’une jeune fille, qui souriait dans le vide, ses yeux captant celui du lecteur. Traci sentit un frisson lui parcourir l’échine, comme si cette fille pouvait les voir, derrière cette barrière de papier.

- Je ne vais pas t’empêcher de te faire des amis… Au contraire. Mais s’il te plait, ne rappelle pas ce type. En tout cas, pas tant que je n’aurai pas passé cette ville au peigne fin. S’il te plait, Traci…

Puis, elle comprit enfin son frère, elle comprit pourquoi il était à deux doigts de la supplier et pourquoi, elle se sentait oppressée par cette simple photo. Cinq mots suffirent à faire battre en retraite sa colère.

EN HONNEUR A ALICIA MURRAY.

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Défi
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Derrière cet hiver froid, son coeur se consumait, 
Une rude solitude d'étoiles argentées
Au milieu d'un désert où l'eau se trouverait
Comme une âme meurtrie, il faudrait oublier.


Mais l'étrangère est si proche de moi, 
Mon coeur hurle mon amour aux abois
Mes larmes coulent en écoutant sa voix.


Le temps poursuit son chemin et moi là, 
À contempler cette femme pas à pas, 
Intouchable désirée rend le glas.


Je te le demande sincèrement, 
À travers mes virulents hurlements, 
Transperce-moi avant ma folie arrogante
Qui te livrerait sans doute un grand bain de sang
Tel ma nature si je pars en t'haïssant
Malgré mon infatigable amour si naissant.



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