Chapitre 1

10 minutes de lecture

Greyson Hugues

112 jours avant Alicia

- Greyson Hugues ?

Greyson ne stressait pas. En fait, il ne stressait jamais. Son entourage avait toujours eu tendance à penser qu'il s’essayait à diverses fumettes à cause de son air décontracté à toute affaire, mais il était comme ça. Il ne s’inquiétait jamais, point final. Pas une seule fois il n'avait perdu son sang-froid. Même quand sa mère s'était évanouie sans prévenir. Même quand sa tante lui avait annoncé qu’ils déménageaient. Alors quand il entra dans le bureau de la directrice, il fut surpris de sentir son estomac remuer.

Une autre élève était assise sur l’un des deux sièges et dès son entrée, il ne vit que ses cheveux. Et voilà que déjà, il se retrouvait happé au sein d'une étrange fascination pour leur couleur rubis, qui donnait l’impression qu’il suffisait d’une feuille pour qu’ils s’embrasent. Secouant imperceptiblement de la tête, il s’assit sur le dernier siège disponible en évitant soigneusement de regarder l’élève. Il ne manquerait plus qu’elle le surprenne avec son air gaga et il pouvait embrasser une réputation de taré.

- Greyson, je te souhaite la bienvenue dans notre établissement. J’espère que tu t’y plairas.

La directrice entreprit immédiatement une pause en le fixant à travers ses lunettes, l’air de juger ses capacités mentales. Ne sachant quoi répondre, il se contenta de hocher la tête en la dévisageant en retour. Satisfaite ou non, elle lui tendit brusquement deux feuilles, visiblement pressée à se débarrasser de lui.

- Voici ton emploi du temps et le plan du lycée. Il n’est pas très grand, ne t’inquiète pas. Et en cas de besoin tu peux toujours t’adresser à un élève ou un professeur.

Greyson prit les deux feuilles entre ses mains et en apercevant qu’il avait cours d’histoire dans la journée, il faillit soupirer.

- Merci, dit-il pour la bonne forme.

La directrice hocha la tête plaçant une de ses mèches blondes derrière son oreille. Puis elle désigna la fille à côté de lui d’un geste de la main.

- Je te présente Olivia Crawford. C’est une élève de seconde et elle s’est portée volontaire pour t’aider à t’orienter dans le lycée le premier jour. Je suis certaine que tu pourras te faire des amis ici, finit-elle l’air de se demander si elle avait raison.

N’ayant désormais guère le choix, Greyson soupira et se tourna vers ladite Olivia. Et il en eut le souffle coupé. Il songea étrangement à toutes ces actrices dont il avait rêvé un jour les séduire et ressentit une terrible envie d’éclater de rire. Olivia Crawford représentait à elle seule le sens du mot magnifique. Ses grands yeux sombres contenaient un fouillis indescriptible de vert, de bleu et de brun. Greyson avait l’impression de contempler l’automne pour la première fois. Ses cheveux courts ondulaient paresseusement autour de ses joues en frôlant sa minuscule mâchoire. Et ses lèvres ! Deux bonbons merveilleusement rosés, brillants et appelant à les goûter. Lorsqu’elle lui sourit, il lui sourit en retour sans réfléchir et il se détourna lentement pour ne pas s’enflammer. Cette fille se portait volontaire pour lui ? Décidément, c’était son jour de chance !

La directrice se leva et les congédia avec politesse, rassurant Greyson sur son retard pour la première heure. Une fois hors du bureau, Greyson se sentit mal à l’aise, réfléchissant à toute vitesse à ce qu’il pouvait bien dire.

- Alors… tu t’es portée volontaire ?

Il se sentit immédiatement stupide. Mais Olivia rit doucement et Greyson songea à toutes ces fois où il avait entendu rire sa mère de la même manière.

- Oui. Je fais ça en général avec tous les nouveaux, dit-elle en haussant les épaules. Mais nous n’avons plus eu de nouveaux depuis un bon bout de temps !

Il ne savait pas quoi répondre. Apparemment, elle ne l’avait pas fait que pour lui. Évidemment. Ils ne s’étaient encore jamais croisés auparavant. Il se retint de se frapper le front mais déjà, la jeune fille tournait brusquement à droite, passant devant lui, et Greyson se dépêcha de la suivre.

- Mais… pourquoi tu fais ça ?

Olivia lui jeta un bref coup d’œil.

- Pour louper des heures de cours ?

Elle sourit une fois de plus et Greyson se sentit contaminé par sa bonne humeur. Il sentit ses lèvres s’étirer, heureux de trouver quelqu’un de si sympa dès le premier jour. Il suivit Olivia pendant une bonne vingtaine de minutes, où elle lui présenta la salle de sport, les laboratoires, le secrétariat et la bibliothèque. Sa voix était douce, sucrée et lui faisait penser à une berceuse. C’en était si enivrant qu’il ne se concentrait même plus sur ce qu’elle disait, mais seulement sur les tons de sa voix.

- … et là tu peux passer en ayant ton badge. Est-ce que tu m’écoutes ?

Greyson sursauta et émergea de ses délires de chansons et de mélodies. Olivia le scrutait avec un air à mi-chemin entre l’amusement et la curiosité.

- Euh, ouais. Ouais je t’écoute.

- Je viens de te dire que tu pouvais passer dans le monde de Narnia grâce à un badge. Soit tu ne m’écoutais pas, soit tu es sacrément cinglé.

Il la dévisagea longuement avant qu’elle n’éclate de rire. Incrédule, il céda finalement à un discret ricanement avant de glisser quelques mots pour faire durer la conversation.

- J’opte pour la version où je n’écoutais pas. Je te jure que je ne suis pas cinglé. Enfin, je crois.

Olivia lui jeta un regard moqueur.

- Je te crois. Si tu réponds à une question.

- Laquelle ? demanda-t-il sans attendre.

Elle pointa un doigt vers ses cheveux en désordre.

- Est-ce que tes cheveux sont naturellement argentés ou les as-tu teints ?

Ah… Il aurait dû s’y attendre. Après tout, c’était la question qui brûlait les lèvres de chaque personne qu’il croisait. Ses cheveux blond platine prenaient parfois un étrange reflet argenté à la lumière, ce qui lui valait de nombreux coups d’œil. Il ouvra la bouche pour répondre quand une voix masculine résonna entre les étagères de la bibliothèque.

- Toujours en train de sécher, Olivia ?

Olivia se raidit et Greyson fronça les sourcils. En se tournant vers la gauche, il aperçut un type bâtît dans du roc s’avancer dans leur direction. Il était plus grand que lui, plus fort et portait une veste avec le slogan « Le sang d’Héraclès pour les rouges » inscrit sur le côté droit. Ce type marchait avec une telle arrogance que Greyson n’aurait pas été étonné qu’il lui annonce qu’il était le capitaine d’une équipe.

- Liam, murmura Olivia avec un soupçon d’amertume que seul Greyson décela.

Elle n’avait pas l’air d’apprécier ce type, au grand plaisir de Greyson. Pourtant, lorsque Liam fut assez proche pour qu’il distingue la couleur de ses yeux, Olivia se redressa et composa un visage aussi charmant qu’amical. Ce qui le troubla au plus haut point. Et si son attitude envers lui n’était aussi qu’une pure illusion ? Un rôle monté de toutes pièces ?

- Liam, je te présente Greyson. Il est nouveau et je l’aide à s’orienter dans notre lycée. Greyson, voici Liam, capitaine de l’équipe de rugby du lycée.

Bingo. Greyson avait encore vu juste.

- En fait, c’est Liam Romero. Enchanté de te rencontrer Greyson, lui adressa ce Liam en lui tendant la main.

Soit ce capitaine cherchait à lui broyer la main volontairement, soit… Non, ce type l’avait forcément exprès. Greyson se força à hocher de la tête par politesse mais il n’était pas certain qu’il puisse faire mieux. Ses plus profonds instincts lui soufflaient que ce Liam était un ennemi de première ligne. Mais déjà, le capitaine faisait semblant de ne plus le voir.

- Olivia, j’espère que tu viens à la fête ce vendredi, lui affirma ce satané Liam plus qu’il ne lui demandait.

Greyson eut soudainement envie de s’interposer et de le balancer par-dessus les étagères. Au lieu de ça, il recula et devint aussi silencieux qu’une feuille de papier. Il darda son regard sur Olivia, attendant de voir comment celle-ci allait réagir. Étrangement, il ne fut pas surpris de la voir faire la moue avec sa bouche.

Putain.

Sa bouche était délicieusement attirante.

- Oh, allez, Olivia, insista Liam en levant un bras qui révéla un bout de son ventre musclé, geste on ne peut plus calculé.

La jeune fille se tourna alors vers Greyson les yeux pétillants, comme s’il n’était plus un lycéen banal mais un messie.

- Tu viendras, toi aussi ?

- Euh…

Greyson refusa de regarder Liam mais il sentait son regard de tueur peser sur son visage. Que dire ? Il venait à peine d’arriver dans cette ville 30 heures plus tôt et voilà qu’on lui proposait de sortir à une fête dont il ignorait absolument tout. Pourtant, face à Olivia et sa voix si mélodieuse, Greyson repoussa ses épaules en arrière et acquiesça.

- Pourquoi pas ?

La jeune fille rousse étira ses lèvres en un sourire presque maternel et se tourna vers Liam, qui n’avait pas perdu une miette de cet échange.

- Je viendrai Liam. Avec Greyson. Ça ne te dérange pas, j’espère ?

Le rugbyman se tourna brusquement vers Greyson qui ne put s’empêcher de le toiser à son tour. Il n’arrivait pas à le croire. Il venait d’humilier le mec le plus ultra de l’école en l’espace d’une heure de présence.

Et c’était carrément grisant comme sensation.

- Pas de problème, finit-il par lâcher en haussant des épaules. A vendredi, Olivia.

Puis Liam se pencha pour replacer une des mèches bouclées d’Olivia derrière son oreille. Greyson fulminait. Il n’avait pas loupé la note sensuelle qu’il employait lorsqu’il prononçait son prénom ou sa manière de toucher ses cheveux avec une lenteur abominablement écœurante. Heureusement pour lui, et sa dignité, elle recula et chassa d’une tape sa main. Impassible, Liam sourit, se redressa et fit un clin d’œil à Greyson avant de s’en aller avec cette arrogance et nonchalance caractéristique des ceux qui avaient du charme et en avaient pleinement conscience.

- Désolé, murmura-t-elle. Il peut être un peu…

- Etouffant ? répondit-il en la regardant droit dans les yeux.

Elle sourit timidement avant de rire et de secouer la tête. Lorsqu’elle s’éloigna, Greyson la suivit en observant ses traits. Faisait-elle semblant de rire ? D'être aussi gentille et serviable ?

- Allez, viens. Il faut qu’on trouve ta classe avant qu’on me jette la pierre pour t’avoir gardé si longtemps près de moi.

Greyson sentit son cœur faire un looping dans sa poitrine.

- Tu ne fais pas ça avec tous les nouveaux ?

Sans même qu’il ne s’en aperçoive, ils étaient sortis de la bibliothèque et se dirigeaient vers une salle de classe. Olivia ne répondit pas immédiatement, laissant sa phrase en suspens comme une bombe à retardement. Lorsqu’ils s’arrêtèrent devant une porte, Greyson aperçut l’homme qui allait être son professeur durant deux ans et quelques élèves qui semblaient s’ennuyer à mourir. Mais Olivia attendit un petit moment avant d’ouvrir et elle se tourna vers lui, le visage étrangement grave.

- Je t’apprécie Greyson. Vraiment. Et je te remercie d’avoir accepté de m’accompagner vendredi, tu n’étais pas obligé…

D’abord surpris, il s’empressa d’ajouter ce qui lui semblait évident.

- Tu ne pas m’as pas obligé, ça me fait plaisir…

Olivia sourit tristement et secoua à nouveau la tête avant d’ouvrir la porte. Immédiatement après, vingt pairs d’yeux se braquèrent sur lui et Greyson dû faire appel à toutes ses forces pour ne pas les insulter.

- Fais attention, chuchota alors la voix mielleuse d’Olivia dans son oreille avant qu’on le pousse pour qu’il entre.

Son cerveau ne comprit pas tout de suite ce qu’elle lui dit ou pourquoi ou si c’était vraiment important. Il se contenta alors de se tourner vers la porte désormais fermée, de se retourner vers le professeur qui le dévisageait et de se gratter la nuque.

- Oui ? demanda l’homme d’une voix lasse.

Greyson s’avança en se raclant la gorge et lui tendit une feuille signée par la directrice. Le professeur haussa un sourcil, prit le papier et releva la tête.

- Ah, vous êtes le nouvel élève. Vous êtes en retard.

- Je…

- Mais nous ne voulons pas retarder encore plus le cours. Je vous en prie, monsieur Hugues, asseyez-vous.

Certains élèves ricanèrent tandis que Greyson cherchait déjà des yeux une place. Il en trouva une, à l’avant dernier rang, et s’y dirigea en silence alors que le cours avait repris. Il jeta son sac par terre et s’affaissa sur sa chaise. Aussitôt, un stylo s’appuya contre ses omoplates et Greyson se tourna vers la source de l’appel. Si c’était un Liam numéro 2, il n’était pas sûr qu’il puisse être encore aussi calme.

Mais à la place, il croisa un regard bleu incroyablement délicat, contrairement à celui du capitaine de rugby. Une fille aux cheveux blonds et ondulés lui souriait. Son teint était si parfait et si pâle qu’on aurait dit qu’une aura scintillait autour d’elle. Greyson la dévisagea ouvertement.

- Salut, chuchota-t-elle. Tu t’appelles comment ?

Dérouté, Greyson jeta un coup d’œil au professeur qui semblait déjà l’avoir oublié puis à la blonde. Eh bien, soit ses cheveux étaient particulièrement gris ce jour-là, soit Dieu avait décidé de lui donner son jour de chance auprès de la gente féminine.

- Greyson, répondit-il à son tour avec le même ton.

Après une brève hésitation où elle ne dit plus rien mais où elle le fixait toujours, il rajouta ;

- Et toi ?

L’élève sourit à nouveau avant de désigner la classe d’un geste théâtral.

- Ils ont peut-être l’air effrayant au premier coup d’œil mais je t’assure que tu peux leur demander de l’aide si tu es perdu. Ou à moi. A qui tu veux en fait !

Elle rit silencieusement comme si elle trouvait cette idée sacrément drôle. C’en était presque adorable. Greyson douta sur le fait qu’il puisse vraiment demander n’importe quoi à n’importe qui ou s’il en avait seulement l’envie. Alors la jeune fille pencha la tête de côté avant de soupirer et de lui offrir l’air le plus compatissant qu’il avait croisé jusqu’ici. Il avait l’impression d’avoir atterrit en enfer et que cette élève le plaignait depuis sa place au paradis.

- Bref. Bienvenue à Neterange Greyson. Moi, c’est Alicia. Alicia Murray.

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 Certains amis ont essayé de m'aider mais en vain. Moi, je désirais qu'une chose, ton aide. J'aurais espéré pouvoir compter sur toi, mais tu manquais à l'appel. Je te reprochais ton silence. Et d'ailleurs, je te le reproche toujours. J'étais dans une période où je ne trouvais plus de bonheur. Où pour moi, sourire n'était pas naturel. Je me forçais à jouer le rôle de la fille heureuse, mais au fond de moi j'étais anéantie. Tu ne t'en doutais sans doute pas, mais le soir, après les cours, je pleurais, seule dans mon lit. Je souffrais réellement, et ton indifférence n'arrangeait pas les choses.
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Défi
Marion Brugeassou

Il était un loup suffisamment solitaire
Qui venait dans le royaume de l'étrangère, 
Il avançait dans la nuit noire de ces terres
Et ces yeux s' embrasèrent d'une lumière. 


Derrière cet hiver froid, son coeur se consumait, 
Une rude solitude d'étoiles argentées
Au milieu d'un désert où l'eau se trouverait
Comme une âme meurtrie, il faudrait oublier.


Mais l'étrangère est si proche de moi, 
Mon coeur hurle mon amour aux abois
Mes larmes coulent en écoutant sa voix.


Le temps poursuit son chemin et moi là, 
À contempler cette femme pas à pas, 
Intouchable désirée rend le glas.


Je te le demande sincèrement, 
À travers mes virulents hurlements, 
Transperce-moi avant ma folie arrogante
Qui te livrerait sans doute un grand bain de sang
Tel ma nature si je pars en t'haïssant
Malgré mon infatigable amour si naissant.



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