Le Test

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 Ce matin Emma est barbouillée, anxieuse. Ce matin elle a décidé de lui parler.

 Clément dort paisiblement quand elle quitte le lit. Son regard s’attarde sur la silhouette silencieuse. Sur sa joue s’est creusée la marque de l’oreiller, ancrée de sommeil. Emma inspire en détachant ses yeux, un pincement au coeur, la crainte de la suite quand elle lui dira...

 Elle a déjà commencé à l’aimer, sa tendresse, son attention, la douceur de ses gestes. Sa manière de replacer derrière son oreille ses mèches folles, de la regarder quand elle lit, et puis… Oui, et puis la façon dont il lui fait l’amour, avec l’excitation des premières fois, son désir de placer son plaisir à elle en premier, de prendre soin..., la douce fermeté avec laquelle il sait la saisir. Elle n’a jamais autant pris son pied qu’avec lui. Et l’idée que ça se termine là lui tord les boyaux et l’oblige à opérer un demi-tour.

 D’un bond elle se jette sur lui. Par chance une érection matinale lui mâche le travail. Elle se glisse contre lui tandis qu’il sort tranquillement de ses rêveries, ses mains viennent lui caresser le dos, leurs peaux se rencontrent. Les lèvres d’Emma goûtent les siennes, tant pis pour l’haleine du dodo. Leurs mains attisent les désirs de l’autre. La voilà rapidement à cheval sur lui, le corps ondulant comme une vague tempétueuse.

 D’un mouvement brusque elle l’invite à la pénétrer plus fort, plus profond. Leurs deux corps ne font qu’un. Ses mains plantées sur ses hanches, Clément accompagne ses va-et-vient, il se concentre sur la sensation de ses poils frottant son bas ventre, sur sa vulve chaude et humide comme un volcan. Les idées encore endormies, il se délecte de cette chaleur matinale. Les yeux plongés sur ses seins, il profite de la fulgurance de cet élan. Parce qu’elle est belle, parce qu’il l’aime, enfin il croit, en tout cas il aime la symbiose de leurs ébats. 

 Ils jouissent ensemble, leurs souffles s'emmêlent, haletants alors que le soleil s'infiltre à travers les volets clos.

 Il la contemple s’affaler contre lui, ses cheveux blonds parcourant son torse, sa peau laiteuse parsemée de grains de beauté, sa poitrine rythmée par l’essoufflement. Sur ses cils mal démaquillés s’accumulent quelques larmes qu’il essuie du bout des doigts. Un mouvement de recul la saisit. “Ca va pas ?” s’enquit-il. Éludant la question, Emma s’enfuit vers la salle de bain. Lui, reste hébété quelques instants avant de se rendre au salon. Il prépare deux tasses de café en attendant de la voir sortir, échange quelques mots avec sa colocataire, Estelle - il se demande pourquoi elle vit encore ici, le ventre au bord de l’explosion, de cet enfant sans père qu’elle mettra bientôt au monde, et comment Emma va tenir avec un criard dans cet appartement miteux...

 Elle claque la porte de la salle de bain, les mains derrière le dos, l’air déconfit, Estelle s’éclipse. Clément se ferme. Les questions se bousculent. Elle a peur, une peur bleue, une peur panique, une peur tétanique. Sans même s’en rendre compte, il a pris de la place dans sa vie, et aujourd’hui, tout risque de voler en éclats. L’angoisse d’être abandonnée l’enveloppe, lui ronge le ventre. Lui frappe le crâne. Frénétiquement, elle se mord les lèvres, en fait de la charpie entre ses dents.

 Il reconnaît cette mine, ce tic qui trahit sa nervosité. Il fronce les sourcils. Les mains tremblantes, elle lui tend le test de grossesse qu’elle gardait caché dans sa trousse de toilette. Comme elle s’y attendait, il blêmit. Se tait. C’est parti : le virage est amorcé, va-t-il resté ? Va-t-il s’en aller ? Elle n’a plus envie de jouer.

 “C’était ça ce matin ? Une manière de… de quoi ? De me faire sentir que j’ai besoin de toi ? Tu cherches quoi ?” Elle reste muette, les yeux baissés sur ses doigts qui s’entortillent autour du satin de sa robe… “J’en veux pas moi, d’un gosse. On est trop jeunes, je suis pas prêt. Tu l’as fait exprès ?! T’étais pas censée être sous pilule ou un truc comme ça ? ”

 Les accusations qu’elle redoutait lui jaillissent en pleine face. Après la peur, c’est la colère qui la submerge, ses mâchoires se contractent. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il saute de joie ! Elle ne s’attendait pas à une demande en mariage ! En fait elle ne s’attendait à rien... Elle avait nourri seulement l'espoir d’un mec qui assumerait, qui l'écouterait, qui s'intéresserait à ce qu’ELLE ressent…, un mec qui la prendrait dans ses bras pour la rassurer, qui lui demanderait ce qu’elle veut. Elle non plus ne veut pas d’un gamin, mais d’un mec qui serait prêt au moins à l’accompagner, qui resterait près d’elle. Devant elle se joue la scène finale : il saisit sa veste, retourne dans la chambre prendre son sac et se tire sans même un mot.

 Elle laisse sa rage s’écouler, sa tristesse, sa déception…, les jambes trépidantes. Elle s’en veut d’être aussi conne. Alors que les émotions se disputent ses pensées, Estelle sort de sa chambre pour retrouver sa colocataire en larmes. D’un geste protecteur, elle l’attire à elle dans le canapé, la console, caresse ses cheveux... Elle ne pose pas de questions, se montre juste présente, comme cela a toujours fonctionné entre elles.

 Après avoir trempé le chemisier d’Estelle, Emma se redresse, essuie ses joues de l’avant bras, laissant une marque noire sur la trajectoire de son geste. Puis elle se laisse surprendre par un rire déconcertant. Devant l’incrédulité de son amie, Emma tire le test de grossesse de sa poche et le tend à Estelle : “Tiens, je te le rends”.

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