L'enfer sur terre

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  Tu regardes autour de toi, le cœur tambourinant contre ta poitrine. Il n’y a personne alentour. Tu traînes ta carcasse près de la voie. Le train est annoncé pour 14 h 36 à la gare. Au début, tu as pensé te poster en fin de quai, puis tu t’es souvenu qu’à cet endroit, les trains ralentissent. Alors te voilà, à quelques pas du chemin de fer. L’attente trouble les bribes de sérénité et de courage que tu as rassemblées. Tu ne te rappelles plus quand tu as pris cette décision – quand est-ce devenu le seul choix décent ? Le vide que tu ressens, cette fosse qui se creuse toujours plus chaque jour, et s’alourdit à chaque pas ; quand est-il devenu insurmontable ?

  Pendant des années, tu as porté un masque, celui du fils présent, du mari fidèle, du père impliqué, du collègue travailleur ; celui d’un homme que tu n’étais pas : drôle, enjoué, bavard, extraverti… Tu as berné tout le monde, à commencer par toi. Sous ton sourire se déployaient les larmes qui ne voulaient pas couler, tes mots pansaient des blessures qui jamais ne cicatrisaient. Tu te persuadais qu'à force de le porter, le masque se grefferait à ta peau. Au lieu de ça, il s’est fissuré, craquelé. Imperceptiblement d’abord. Tu sentais juste la brise d’une lassitude, tu te disais “fatigué”. Tu continuais à poser un pied devant l’autre, comme toujours. Ce n’était qu’un passage, un “coup de mou”. Puis une tristesse sans ombre à commencé à t’envahir. Le masque éclatait. Les sourires ne donnaient plus qu’une vague illusion.

  Le sommeil a fini par te quitter, cédant sa place aux idées noires. Le réveil était insoutenable : tu voulais que les draps t’avalent. “Surmené”, tu as posé des congés. Tu as dormi, presque léthargique pendant une semaine, t’abandonnant à la mélancolie. Gaëlle a compris que tu t’enfonçais, à tel point qu’elle a pris le marmot et l’a emmené chez sa mère – je veux pas qu’il te voie comme ça. Elle avait raison. De toute façon tu t’en foutais. Ses cheveux blonds et son sourire n’étaient plus d’aucun réconfort. Au contraire. Tu aurais voulu chialer un bon coup, que des émotions sortent ! Mais rien. Plus rien à ressentir.

  Tes repas consistaient en un café noir avec trois sucres. Plus faim ; dans ton ventre, le vide accaparait tout l’espace. Dans une colère entrecoupée de larmes, Gaëlle t’a intimé d’aller voir un psy – j’ai pris rendez-vous pour toi, lundi, c’est pas une option. Tu lui as dit – oui, dans un souffle exténué.

  Les rails tressautent. Tu souris – pour de vrai – au son du train qui accourt vers toi. Tu rapproches tes pieds du bord. Tu t’élances.

  Ton corps percute le métal ; un soulagement coupable te saisit, tu penses à Gaëlle, à Simon, et à l'odeur de leurs cheveux…


**


  Enfin les maux disparaissent et l’âme s’allège. Les souvenirs t’enveloppent de leur étreinte cotonneuse. Tu y es, tu as mis fin à cette vie qui t’enchainait, tes pensées se dispersent dans la plénitude. Seul le ciel t’embrasse, t’aveugle de sa lumière bienveillante. Et l’enfer s’achève, les doutes se dissipent, tu n’es plus qu’une étoile parmi les autres. Mais la douceur laisse place à la douleur, une chaleur intenable embrase ton être pour t’arracher violemment aux nuées.


**


  Elle entre dans la chambre, ce même regard en peine collé au visage, elle t’empoigne la main, sans que tu puisses répondre au geste. Elle a encore pleuré. Elle te dit des mots d'amour, te raconte la vie qui continue sans toi. Simon a passé le bac, c'est un élève brillant mais silencieux. Tu voudrais lui répondre, sécher ses larmes, demander pardon, et lui dire que tu n’en peux plus. Mais ce corps t’a chassé. Tu restes absent ; tandis qu’elle s’accroche à ces étincelles qu’elle pense apercevoir dans tes yeux, à ce spasme dont elle se persuade qu’il est un signe. Et toi... toi tu lui manques, tu es là sans vraiment l'être ; elle ne peut pas se résoudre à te dire au-revoir.

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