Ma Tempête s'appelle Sandra

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Je pense à toi. À nos moments ensemble. Ton parfum. Tes baisers sucrés. Je revois ton sourire, si sincère. Tes fossettes. Toute la tendresse que je lisais dans ton regard, quand je te surprenais à me scruter. Tes caresses si douces. Tu étais la personne qui m'apportait la stabilité. Tu étais là. Toujours bon. Jamais la parole de trop. Avec les mots qu'il fallait. Le gendre dont rêvent tous les parents pour leur progéniture. Modéré. Affectueux. Calme. Doux. Attentionné. Aimant.

Parfait ? Oui, c'est ce que je pensais de toi. Tu étais la perfection incarnée. Je n'ai pas eu peur de ça.

Non, je t'ai fui, parce que je voulais de l'inattendu, de l'action, des règles à transgresser. Qu'on m'aime sauvagement. Oui, ce que je voulais, c'était des baisers et des étreintes chargés de bestialités. Une vie tumulteuse. Que l'on me repousse. De l'abrupt. De la spontanéité.

Tout ce qui n'était pas dans ta nature, en somme.

De la tranquilité de tes bras, je suis partie dans le tourbillon d'imprévisibilité de ton meilleur ami.

J'ai été ton rêve et je t'ai fait vivre un cauchemar. Qu'en est-il aujourd'hui ? Penses-tu à moi ? M'en veux-tu ? M'en as-tu voulu d'ailleurs ?

Aujourd'hui, je te l'avoue, j'ai aimé te mentir, me jouer de toi. Te faire croire qu'il n'y avait personne d'autre que toi. Te voir te plier en quatre pour moi, pour te poignarder dans le dos. Te tromper avec lui, dans nos draps. Les mains baladeuses sous la table avec toi a, à peine, un mètre. Les contacts effrontés quand tu regardais ailleurs. Tout cela m'exaltait. L'interdit m'excitait.

Lâche, je n'ai même pas pris la peine de te dire que je partais avec lui, ce samedi-là. Non. J'ai mis toute l'histoire par écrit. Je n'ai pas vu ton visage, ton expression lorsque tu as pris connaissance de l'atrocité de la nouvelle. Mais je sais qu'une grande affliction a suivi, de même qu'une dépression, si mes sources sont exactes. Ton meilleur ami et ta femme.

Serais-tu satisfait, que je te dise qu'au moment où je trace ces mots, des larmes inondent mon visage ? Je ne peux pas stopper le flot qui se déverse de mes yeux et de mon nez, depuis ce matin.

Tu m'avais dit un jour que les regrets venaient toujours après. J'y suis, à ce jour d'après.

Depuis quelques temps, j'entendais gronder, au loin, une tempête. Elle était à l'horizon. Je ne la voyais pas. Mais je discernais sa plainte sourde. Elle guettait, sournoise, le moment de s'abattre sur moi.

Cela avait duré un temps interminable. J'étais devenue anxieuse. Plus elle attendait, plus elle s'enflait. Elle me narguait. Je voulais l'éviter. Je voulais qu'elle passe loin de moi, loin de ma vie. Je n'en dormais plus la nuit.

Quand les cernes ont commencé à marquer ma peau, je l'insultais, cet ouragan qui me provoquait. Le mettais au défi de me renverser. J'en étais venue à espérer qu'il frappe, vite et fort. Qu'il me fasse souffrir, comme je présumais qu'il allait le faire. Je conjecturais sur ce qu'il allait fracasser en moi. Quel était ce tourment qu'il me promettait ?

Et un soir n'y tenant plus, j'ai ouvert cette fenêtre qui allait déchaîner la torture sur moi. Comme celle que je t'ai fait endurer. Mon sang n'avait fait qu'un tour. J'ai retenu mon souffle le temps d'encaisser le coup. La tempête m'a laissé le temps de bien comprendre de quoi, plutôt de qui, elle en retournait et s'est abattue.

Elle s'appelait Sandra. Ce nom me raillait. Les mots et les photos blessaient un peu plus mes yeux, mon être, mon amour propre et mon cœur, à mesure qu'ils défilaient.

Comment pouvait-il me tromper ? Les larmes ont coulé. Il a ri. J'ai demandé pourquoi. Il a haussé les épaules. Cet homme, pour lequel je t'ai laissé, s'est moqué de ma stupidité, de ma naïveté. Il s'était assez amusé et voulait un nouveau "joujou". Je me suis mise à genoux et l'ai supplié de rester. Il s'est délecté de me voir si faible. Il a eu un rictus mauvais et est parti.

Tu m'avais parlé, un jour, de son indocilité. Il ne pouvait rester longtemps à la même place. Il prenait et jetait avec brutalité. Il était égoïste. Il ne restait que désolation après son passage. J'avais ri. Je m'étais dit que tout le monde change, pourquoi pas lui. Et surtout, pourquoi pas pour moi ? J'ai été bien candide.

J'ai voulu le dompter, l'asservir, le faire plier à ma volonté. J'ai cru y être parvenue, jusqu'à ce que l'orage se fasse ressentir. J'avais échoué. Il m'a laissé avec un goût d'amertume.

Sandra. Mon karma, ma tempête, ta main vengeresse. Ma sœur.

Ces mots, jamais je ne te les enverrai. 

Je mérite ce qui m'arrive.

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