Le Saint Sépulcre

de Image de profil de Antoine DelouhansAntoine Delouhans

Avec le soutien de  Dldler, korinne, Peter Dussoni 
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Image de couverture de Le Saint Sépulcre

Jérusalem, le 24 de juillet, an de grâce 1099.

Ma très chère Éléonore,

Je vous prie de pardonner mon silence de ces dernières semaines, compte tenu des évènements qui se sont déroulés ici.

Nous avons réussi à reprendre Jérusalem il y a quelques jours, menés par mon ami Godefroy. Je vous passe les détails de cette horreur qu’est la guerre, mais je tenais à vous faire part du fait que je dois ma vie à votre souvenir.

J’ai tenu bon grâce aux prières que vous faites pour moi et surtout par cette volonté sans failles que j’ai de vous retrouver.

Ma tendre amie, je rêve le jour de retrouver vos bras. Je rêve la nuit de vous embrasser.

Mon âme est heurtée des crimes que nous perpétrons ici. Notre bon pape Urbain II nous a exhorté à cette croisade terrible, dans le but de sécuriser les chrétiens d’orient, mais je peux vous avouer qu’il n’en est rien.

Nous châtions des hommes et des femmes qui défendent eux aussi leur foi, certes, nous n’avons pas la même, mais cela mérite-t-il de nous déchirer ainsi ? Ce que je vous conterai plus tard vous fera comprendre pourquoi je doute de plus en plus des véritables desseins qu’ourdissent nos pairs.

Je ne peux qu’espérer que ma lettre vous parviendra sans que des yeux indiscrets ne la lisent. Je vous prierai d'ailleurs de la détruire dès que vous l’aurez lue, car remettre en cause la parole de notre Saint-Père me condamnerait à une mort certaine. Mais j’avais besoin de parler à quelqu’un, de délivrer mon esprit de ces secrets qui sont maintenant mon quotidien.

Dès notre entrée dans la ville Sainte, Godefroy nous a fait mander, Raymond et moi, ainsi que nos hommes de confiance pour sécuriser le temple de Salomon.

Alors que nos gardes prenaient place, il nous emmena avec lui. Il cherchait frénétiquement l’entrée des archives, sans nous dire ni pourquoi, ni comment il pouvait se diriger dans les dédales des ruines du temple.

C’est alors qu’il la trouva. La porte était scellée, et il nous fallut plusieurs heures pour créer un passage assez large pour nous y glisser. Nous munissant de bougies et non de torches, pour ne pas risquer de mettre le feu, nous avons passé la nuit entière à parcourir une salle plus vaste que le château de mon père.

La pièce avait dû être scellée depuis une éternité, car les documents que nous trouvâmes n’avaient que peu été victimes du temps. Godefroy était hystérique. Il semblait chercher quelque chose en particulier, et ne cessait de nous répéter que nous devions garder notre découverte secrète. Personne ne devait savoir, et surtout pas les clercs qui nous accompagnaient mais qui n’avaient encore pas pu entrer dans la ville.

Le clergé a cette volonté tenace de garder secret les plus grandes découvertes de l’Histoire, pour pouvoir en garder sa propre lecture.

Il vit enfin l’objet de sa quête. À l’extrémité Est de la pièce, sous ce qui devait être les écuries, Godefroy se figea devant un autel qui avait été construit sans doute des milliers d’années auparavant.

Sur cet autel était déposé un coffre long de deux coudées et demie. Il était fait de bois d’acacia, plaqué d’or. Une moulure finement ouvragée en dessinait le contour et quatre anneaux supportaient deux barres, qui devaient servir à porter l’ensemble. Le couvercle était lui d’or pur, orné de deux anges se faisant face, les ailes déployées. À la lueur des bougies, le coffre émettait une lueur douce et chaude.

Jamais de ma vie je n’ai vu une telle finesse d’ouvrage et un tel dévouement porté à la création d'une œuvre d’art.

Godefroy s’en approcha, tremblant, alors que quelque chose en moi ne cessait de me dire que cela m’était connu et qu’il venait de me pousser dans un évènement si grand que cela changerait ma vie entière.

Je tentai maladroitement de pousser Godefroy à la prudence, mais rien n’y fit. Il ouvrit le coffre sans une hésitation.

Ce que nous y trouvâmes dépasse l’entendement, mon aimée. Cette nuit, les fondements de ce que je pensais, de ce que l’humanité pense depuis des siècles et plus encore se sont effondrés. J’ai découvert la Vérité de notre création. J’ai découvert le sens même de ce qu’est Dieu. J’ai découvert l’Équilibre.

Je ne saurais t’expliquer avec plus de précision et une lettre n’en serait pas le bon vecteur, mais j’ai hâte de te narrer ce que mes yeux ont vus, ce que mon âme a vécu cette nuit-là.

Nous n’avons pas dormi les deux jours suivants, parcourant les parchemins que recelait cette arche de secrets.

Nous en discutâmes des heures durant sans trouver satiété à notre curiosité.

Il nous est alors apparu qu’une telle découverte ne pouvait pas être partagée à tout un chacun. Les personnes du peuple ne pourraient pas soutenir un tel bouleversement de ce qui est. Moi-même je ne sais pas si ces révélations ne vont pas me rendre fou.

Le monde n’est pas prêt.

Le monde n’est pas prêt…

Nous avons donc transporté le coffre dans un lieu que nous tenons secret.

Godefroy a été désigné Roi de Jérusalem, mais tu le connais, sa noblesse et sa piétée ont fait qu’il refusa le titre. Il préfère se faire appeler l’Avoué du Saint-Sépulcre. Il réunit, en plus de Raymond et moi-même, quelques chanoines de confiance et créa l’Ordre des Chanoines du Saint-Sépulcre. Certains d’entre nous se nomment déjà entre eux les Chevaliers du Temple. Alors que la majorité est vouée à protéger les archives que la papauté n’a pas tardé à s’approprier et le tombeau du Christ, une poignée seulement sont au courant de la nature et de l’emplacement de notre découverte, qui dépasse de loin, l’importance de tout le reste.

Cela me tue de ne pas t’en dire plus mon Eléonore. Je dois encore rester quelques mois à Jérusalem avant d’espérer pouvoir retrouver le chemin du retour.

Je t’envoie mes pensées les plus tendres.

Gautier

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En réponse au défi

BRADBURY CHALLENGE 2017 -2018 semaine 2/52

Lancé par korinne

Bonjour à toutes et tous !

Reprenant le principe d'écrire une nouvelle par semaine, et ce sur une durée d'un mois, renouvelable pendant un an, nous vous proposons le défi de cette semaine !

— rédiger une courte nouvelle, avec ou sans chute , 1300 mots maximum (soit moins de 5 minutes de lecture) ;
— durée 7 jours, vous postez quand vous voulez jusqu'au septième jour inclus ;
— date de cette semaine (7jours) : du lundi 18 septembre 2017 au dimanche 24 septembre 2017 inclus ;
— sujet : libre !

Soyez heureux.ses, créatifs.ves et motivés.es,

Si vous désirez travailler en binôme (échanges, soutien et conseils) rendez-vous ici :

https://www.scribay.com/talks/17251/binome-bradbury-challenge-2017---2018

Pour en discuter toutes et tous ensemble, bienvenue là :

https://www.scribay.com/talks/17250/bradbury-challenge-2017---2018

Bonne écriture, et à très vite,

Toute l'équipe !

Commentaires & Discussions

Le Saint SépulcreChapitre6 messages | 4 ans

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