Les démons de la Forêt Bleue

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Azmin se retourna lentement, gagnée par la terreur. Deux yeux rouges scintillaient parmi les feuilles gorgées de soleil d'un bosquet touffu.

La bête émergea des buissons, révélant son corps monstrueux : elle dominait la jeune fille du haut de ses deux mètres, avait un tronc vaguement humain mais surmonté d'une tête équine. La créature hybride était recouverte d'un poil brun épais et sale, dans lequel s'accumulaient feuilles et brindilles. L'odeur pestilentielle qui flottait aux alentours corroborait l'hypothèse qu'il n'était pas dans ses mœurs de se laver. Si tant était qu'elle avait des mœurs, ce qui, au premier abord, n'avait pas l'air d'être le cas.

Sa bouche chevaline d'où sortait une haleine fétide était garnie de crocs pointus de carnassier et maculée de sang séché. Ses mains griffues étaient elles aussi couvertes d'une croûte brun sombre et terreuse.

Azmin était pétrifiée par la vue de la bête à moitié humaine qui lui faisait face en grognant sourdement. Nul doute possible : il s'agissait d'un Iikbalan, du démon qui hantait la Forêt Bleue depuis des années et avait tué sa mère.

À cette pensée, son sang ne fit qu'un tour.

"Cet odieux démon a dévoré Maman... Elle avait juré de l'abattre mais il a eu raison d'elle. Je ne peux pas le laisser partir vivant !"

La fugitive désormais orpheline cherchait un moyen de se débarrasser du monstre qui la fixait, la bouche entrouverte sur ses canines acérées et sa langue bleue pendante. Il s'était arrêté net en percevant la nature véritable de sa proie et hésitait à présent. Il risquait gros en s'attaquant à une créature aussi puissante que lui.

Azmin ne lui laissa pas le temps de peser le pour et le contre plus longtemps. Elle glissa une main dans une poche de son sac et se saisit de son couteau. Ni une ni deux, elle rassembla son courage et se jeta contre l'iikbalan, avec la ferme intention de lui trancher la gorge.

L'homme-cheval, surpris que sa victime soit passée à l'offensive aussi vite, recula, mais la lame aiguisée lui érafla tout de même le plexus. Un mince filet de sang aussi rouge que ses yeux coula sur sa poitrine velue et il gémit de douleur.

Le regard d'Azmin se posa sur le liquide vermeil qui se répandait sur le sol et dont son arme était imprégnée. Aussitôt, elle fut prise par l'irrésistible désir d'y goûter. Goûter le sang de son ennemi pour mieux profiter du combat, s'enivrer de sa souffrance et d'adrénaline.

"Non, qu'est-ce que je raconte moi ? C'est répugnant et puis..."

Elle passa la langue sur le plat de son couteau et lécha le sang poisseux avec appétit. Elle passa une langue gourmande sur ses lèvres teintées de rouge. Ses yeux rougeoyaient comme deux braises dans leurs orbites et les traits sombres qui marquaient son visage violacé semblaient pulser au rythme de son cœur emballé par l'effluve métallique qui chatouillait ses narines.

Azmin ne s'affola même pas de ces brusques changements et encore moins de son inclination soudaine pour la violence. Lorsque ses pensées de meurtre lui étaient venues à l'esprit, elle avait déjà perdu tout contrôle sur ses actions. Elle était désormais un démon à part entière, jusqu'à ce que l'effet de la malédiction s'estompe.

L'imura se tourna vers le chasseur qui était devenu sa proie et poussa un cri strident. Il ouvrit une paume écailleuse et des griffes noires comme du charbon poussèrent sur les ongles des mains abîmées de la vannière.

L'iikbalan riposta en lui décochant un coup de poing fulgurant, mais le démon, plus agile, l'évita aisément. Il sauta légèrement au-dessus de la créature hybride et visa sa tête vulnérable de ses doigts griffus. Son adversaire l'attendit sans bouger puis, au dernier moment, attrapa son poignet et l'envoya valser contre un arbre. Sous le choc, l'imura chut à terre, assommé. L'homme-cheval sourit, dévoilant ses dents pointues et posa sur lui un regard avide de sang.

— Faim... grogna-t-il en s'approchant prudemment. Faim... Manger...

Comme son gibier ne donnait aucun signe d'éveil, il s'accroupit sans crainte et entreprit de le démembrer en commençant par la tête, pour plus de sûreté.

Au moment où il posait une paluche sur le visage d'Azmin, dont la peau redevenait progressivement ambrée, comme d'ordinaire, une odeur bien connue lui fit lever le museau. Inquiet, l'iikbalan se releva, tous ses sens en alerte et huma l'air. Il s'était caché sous le vent afin de dissimuler sa présence jusqu'au dernier instant. Avec regret, le chasseur abandonna sa proie inanimée au pied de l'arbre et disparut dans les sous-bois sans demander son reste.

— Tu as bien fait de partir, Dorje ! Sinon, tu sais ce qui te serait arrivé ! lui cria le nouvel arrivant en sortant de derrière un tronc assez épais pour le camoufler.

Il aperçut Azmin, inconsciente, son couteau à la main et soupira.

— Encore un imura... Il y a un démon de trop dans cette pauvre Forêt Bleue...

L'inconnu se pencha, chargea Azmin sur son dos et prit son sac d'une main. Il s'enfonça ensuite dans les profondeurs inexplorées du vaste territoire couvert par la Forêt, emmenant avec lui la fugitive maudite perdue dans ses rêves peuplées de créatures oniriques.

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