Rebelle

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Troisième piste des Joyaux de Phéda ici : https://soundcloud.com/kagome-aohane/tien-mon-destin-mappartient

*****

Les heures s'égrenaient impitoyablement, rapprochant toujours plus Azmin de son exécution.

Le vieux prêtre avait veillé toute la nuit dans le couloir en pinçant les cordes de son luth. Cela n'avait pas apaisé la jeune fille, mais au moins, elle était elle-même, pas un démon.

Il questionna sans s'arrêter de jouer :

— Veux-tu manger un morceau ?

Azmin devina qu'il lui demandait à demi-mots si elle avait une dernière volonté. Une dernière chose à faire avant de mourir.

Elle ne répondit pas ; elle ne comptait pas se résigner à son sort.

— Tu devrais pourtant manger un peu, la route va être longue, reprit-il.

Elle tressaillit et leva les yeux vers lui, intriguée.

— La route ? Que...

— La route pour aller au bout du monde !

Tiên remonta le couloir sombre et se planta devant la grille de la cellule, un sac sur le dos.

— Tiên ! s'exclama Azmin, heureuse de revoir son amie. Mais, je ne comprends pas...

— Tu vas partir le plus loin possible d'ici, expliqua-t-elle en déposant par terre son barda. Choesang, s'il vous plaît...

Le prêtre lui tendit un trousseau de clés et elle s'empressa de déverrouiller la grille et d'entrer dans la geôle. Azmin en resta sans voix. Tiên fit tomber les chaînes qui l'entravaient et attrapa son bras pour la relever. Les jambes en coton, celle-ci se serait effondrée si son amie ne l'avait pas soutenue fermement.

— Tiên, qu'est-ce que tu fais...? interrogea-t-elle, hébétée.

— Ça ne se voit pas ? Je te sauve la vie. Allez, viens !

Elle l'entraîna vers le couloir où le prêtre les attendait.

— Choesang, vous étiez au courant de tout ?

— Tiên m'a convaincu de te laisser partir, déclara le vieil homme avec bienveillance. Dans le fond, je ne souhaitais pas ta mort, Azmin. Cependant, j'hésitais encore à agir seul ; ma couardise et ma paresse me freinaient et effaçaient la sympathie que j'ai à ton égard. Ton amie m'a donné une raison supplémentaire de t'aider, en me faisant une proposition aussi courageuse. Elle parlait de changer son destin, et donc le tien. Apparemment, la voyante avait dit que vos destins étaient étroitement liés.

— Si je me rebelle et sors du chemin tracé pour moi, alors ton avenir sera différent, j'en suis sûre ! s'exclama Tiên.

Azmin sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Je... Merci.

Elle se jeta au coup de sa camarade de toujours et la serra contre son cœur.

— Comment te remercier ?

— En vivant, et en restant sur le chemin de la justice, lui répondit-elle en lui rendant son étreinte.

— Il est temps de partir, Azmin, rappela le prêtre. Lorsque le village se réveillera, il faudra que tu sois le plus loin possible. Tu as encore trois heures avant l'aube, mets-les à profit, ou tu seras rattrapée en un rien de temps.

— Vous... Tiên, tu restes ici ?

La jeune fille sourit tristement devant la peine de son amie et hocha la tête.

— Oui. Je ne suis pas très endurante, je te ralentirais si je venais avec toi. Et puis, plus j'y pense, plus je me dis que je ne devrais pas provoquer les dieux en voyageant avec toi ; mon destin risquerait de me rattraper. Et je refuse de m'y soumettre. Tant qu'il me restera un choix, je préfère consentir à des sacrifices que d'accepter mon destin. Tu me comprends, pas vrai ?

Tiên s'arrêta de parler, le visage inondé de larmes.

— On se reverra, pas vrai ? Et ce jour-là, on aura toutes les deux modifié nos destinées... On pourra vivre comme avant, sans nous soucier de rien... Tu me le promets ?

— Je te le promets, Tiên. Je te jure qu'un jour, je reviendrai au village, et que ma malédiction sera levée.

— Je vivrai dans l'attente de ce jour, déclara-t-elle. Au revoir, Azmin !

— Au revoir, Tiên ! Choesang, merci pour tout ! salua Azmin en endossant le sac que lui avait confié son amie.

— Que les dieux te gardent, Azmin ! Et n'oublie pas, la musique apaise les démons et soigne l'âme des humains !

Azmin acquiesça et se dirigea vers ce qu'elle devinait être la sortie.

— Je prendrai soin d'Arun, ne t'en fais pas pour lui ! lui lança Tiên, la voix entrecoupée de sanglots.

"Arun..."

Azmin monta l'escalier au bout du couloir qui la ramena dans le temple qu'elle connaissait. À cette heure de la nuit, il était désert et silencieux. Ses pas résonnant sur les murs froids faisaient tant de bruit qu'elle avait l'impression que tout le village allait l'entendre.

Le cœur battant à tout rompre, elle passa sous le portique du temple et se retrouva sur la place centrale. Un bûcher y était dressé, celui auquel elle était destinée. Elle frissonna en voyant son imposante silhouette éclairée par la lune d'opale.

Azmin se rendit à pas feutrés jusqu'à la route poussiéreuse qui traversait le village de part et d'autre. Elle opta pour l'est, car elle savait que quelques kilomètres plus loin commençait le bocage, où il lui serait facile de se cacher.

Avec un pincement au cœur, l'évadée embrassa du regard une dernière fois le village qui l'avait vue naître et où elle avait passé toute son enfance. Les petites chaumières blotties au fond du vallon allaient lui manquer.

Lorsqu'elle passa devant sa propre maison, Azmin fut envahie par la nostalgie. Elle resta de longues minutes plantée sur le pallier, hésitant à toquer à la porte.

"Non, je ne peux pas le revoir... Pour son bien, je dois partir."

Elle se baissa et traça quelques signes dans la poussière devant l'entrée. Arun ne savait pas lire aussi bien que ses sœurs, mais il comprendrait certainement son message.

Azmin quitta le village endormi peu après, heureuse d'avoir pu dire une dernière fois à son frère qu'elle l'aimait.

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