13- Prête-moi ta bouche pour te dire un mot 2

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– Plutôt agréable, non ? Ce n’est pas tous les jours que l’on se présente de cette manière. C’est moins commun, je te l’accorde, mais passionnant.

– Du coup, tu n’auras pas besoin de l’aide de ton ami. Tu peux venir me saluer quand tu veux à la bibliothèque.

– Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. J’y vais souvent en plus.

– Quel genre de recherche y fais-tu ?

– C’est varié ! Le plus souvent, j’y vais pour le calme ou pour me référer à quelques bons textes. Je fais aussi partie d’un comité de lecture et l’une de mes collègues habite à Toulon. On se rejoint parfois là-bas pour disserter sur les textes qu’on a reçu. Puis ça noue le contact.

Je me confie, en dis un peu plus sur moi, avec dans l’intention de le faire parler plus de lui.

– Fut un temps, où j’en faisais partie d’un. Expérience enrichissante.

– Quelques anecdotes ?

Je m’allonge sur le dos, un bras derrière ma nuque et tente d’entrapercevoir Gauthier entre les tiges de la haie de Clématite. Rien ne transparait. Décevant

– Plus de textes ratés que de perles rares, commence-t-il. Tu vois à quel point la langue française est compliqué pour les français. Pas mal de problèmes de grammaire et de structure. Des incohérences. De longs moments d’interrogations quand je continuais à lire des récits sans queue ni tête. Beaucoup d’admiration pour ceux ou celles qui retravaillaient leur œuvre et qui les revoyaient. Des rires et des larmes sur les récits les plus prometteurs. Je n’ai pas une anecdote en particulier. Mais, je tenais un carnet de « perles ».

– De quel genre ?

Je me détends de plus en plus, ayant la sensation que l’on se connait depuis toujours. C’est tellement facile de lui parler, finalement, que j’espère que demain nous pourrons nous installer dans la pénombre et parler encore.

– Dans le genre : Les yeux dans le soleil / Elle était si blessée qu'elle ne reprit connaissance que pour mourir. Quand elle n'entendit plus le son de la cloche, Suzie comprit qu'elle était morte. Je pense qu’à trop vouloir bien faire, certains tombent dans l’absurde. Il y a plein de petites phrases comme celles-là, à la fois drôles et dramatiques.

– Oui, je vois ce que tu veux dire, m’esclaffé-je, en roulant sur le flanc.

À mesure que la nuit s’assombrit, j’apprends à connaître Gauthier. Nous nous trouvons des points communs, comme le cinéma ou les boules de neiges que nous collectionnons depuis l’enfance. Nous rêvons de voyages fabuleux dans des pays que l’on tarde à visiter. Lui par angoisse de voyager seul, moi, parce que l’argent me freine. Mais, maintenant, je sais qu’il aimerait découvrir la Thaïlande, la Corée, le Japon. Il envisage de passer quelques jours dans les villes de Prague, de Vienne et de Dublin… Je lui demande pourquoi ces pays, écoute ses réponses et m’intrigue.

– Et pourquoi Dublin ?

Un long silence revient nous couper. Il y a tant de mystère dans ces moments de flottements

– Dracula.

– Il n’est pas né en Pennsylvanie ?

– À cause du roman, « les origines de Dracula ».

– Tu penses le rencontrer ?

Il rit.

– Ce n’est pas mon intention. Mais j’ai beaucoup aimé les lieux que les personnages dépeignaient.

– Tu aimes l’effrayant…

– Hum… Plutôt l’étrange, l’insaisissable.

– L’horreur !

– Non ! Je n’aime pas ce qui fait peur.

– Genre ?

– Les possédés… Les âmes maléfiques, dit-il avec un frisson dans la voix. Et toi ?

– Moi quoi ?

– Tu as peur de quoi ?

Cette fois-ci, c’est moi qui marque une pause. Les possédés, les histoires de revenant et d’âmes folles ne m’ont jamais atteint. Rien n’est plus effrayant que moi, que mes mutations et leurs douleurs, que l’incertitude d’être aimé si on savait ce que j’étais… Une sorte de monstre, d’anomalie terrestre. Que dois-je lui répondre ? Je n’ai pas envie de lui mentir.

– De ne pas être aimé, avoue-je finalement.

– Comment ? me raille-t-il, avec une légère amertume. Quelqu’un comme toi doit être aimé d’un seul regard.

Ça me fait un peu mal qu’il le croit.

– Je veux dire le vrai amour. Celui qui ne se voit pas, mais qui s’entend. Celui qui bouleverserait un aveugle. Les gens aiment mon physique et ils délaissent mon cœur, mes sentiments. Je te le dis franchement, la beauté peut être plus violente que la laideur.

Un voile d’animosité recouvre mes mots. Je me sens énervé par cette croyance que si on plaît à autrui, on a une vie facile remplie d’amour et de tendresse. C’est tellement faux. Je me sens si seul.

– Il m’est souvent arrivé de demander aux filles avec qui je sortais : « Pourquoi tu m’aimes ? » Elles me répondaient toutes : parce que tu es beau… « Seulement ? poursuivais-je ». Elles me souriaient, sans dire un mot. Même Marc, mon ami, est capable de noircir un carnet entier pour me dire ce qu’il aime chez moi. Et c’est mon meilleur ami. Alors pourquoi les personnes avec qui je sors en sont incapables ?

Suis-je en train de m’apitoyer sur mon sort ? Est-ce que je l’ai vexé en le faisant ? En même temps, c’est lui qui a posé la question. Quel intérêt ai-je à lui mentir sur ça ?

– Je te scandalise ? demandé-je, en l’entendant se lever.

– Non… Je n’imaginais juste pas qu’un homme aussi beau que toi, pouvait souffrir d’une beauté que beaucoup désirent, sans songer à ces vérités. Tu viens de me faire réaliser que j’étais moi-même superficiel.

– Tu l’es ?

– Sans doute plus que je ne le croyais.

– Sois honnête, si j’avais un visage passepartout est-ce que quelqu’un s’attarderait à me connaître ?

– Je ne sais pas… peut-être. Regarde, tu t’attarde bien à vouloir connaître une personne laide ?

– Je te trouve attirant.

– Tu plaisantes !

– Non. Tu as de très beaux yeux verts, de jolies lèvres rouges, une bouche boudeuse, de magnifiques boucles, un parfum agréable et sucré, et en plus de ça, tu as de la conversation. Tu as une élégance qui se remarque plus que ta maladie, si je puis me permettre.

Je crois que je lui en ai bouché un coin ou que j’ai trop parlé. Les minutes passent. Je ne l’entends pas bouger.

– J’ai dit un truc qu’il ne fallait pas ? m’inquiété-je.

– Non… loin de là. Je me demande juste depuis combien de temps tu me regardes pour avoir une telle image de moi.

– Depuis le début… Ça t’ennuie ?

– Pas vraiment. Ça me surprend. En général, les gens me regardent pour me critiquer toi, tu viens de me complimenter. Ça me fait bizarre.

– Eh bien, pas tout le monde n’est pareil…

– Je le conçois.

Je le sens encore hésitant. Au bord d’une inquiétude soudaine. C’est dingue comme le son d’une voix peut-être cent fois plus expressive qu’un visage, qu’un regard. Il cache mal ses émotions, et ce n’est pas pour me déplaire. Gauthier demeure sincère.

– Il se fait tard, je crois qu’il serait bon d’aller se coucher. Demain, je travaille, et tu as cours.

– Tu commences à quelle heure ?

– Neuf heures. Pourquoi ?

– Nous aurions pu prendre la route ensemble. Mais je commence plus tôt. Mercredi… Allons-y ensemble. Nous pourrions discuter en chemin, proposé-je.

– Ça ne me pose aucun problème, faisons ainsi. Bonne soirée, voisin.

– Bonne nuit, « voisin ».

Je me redresse de mon matelas d’herbe et écoute les pas de Gauthier s’éloigner. Il s’éloigne, le son de sa voix disparaît dans la nuit noire. Pourquoi est-ce que je me sens vide

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