12- Au clair de la lune, mon amie la nuit

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Autour de la table sur mon balcon, je mange sans faim une salade de pâtes que maman m’a apportée. Ce soir, je n’ai pas eu envie de manger avec elle, désireux de me poser dans ma solitude et de quoi repenser à ce midi, dans le parc. J’entends encore Léonys s’énerver contre ces deux gamins sans respect. Je ressens sa fougue, son agacement. Est-ce pour moi qu’il s’est fâché ou parce qu’il est en conflit avec eux ? Cela demeure difficile à deviner, comme le fait qu’il ait reconnu le parfum que je portais. L’a-t-il senti ? Comment ? Il faut se tenir vraiment près de moi pour capter l’odeur et il était trop loin pour la saisir. Quoi que ? Il possède peut-être l’odorat d’un chien.

Ce garçon me perturbe agréablement. J’aimerais beaucoup sympathiser avec lui, mais comment ? Avec des mots, cela va sans dire. Faut-il encore que j’aie le courage de l’aborder. J’ai toujours eu du mal à me laisser aller avec des personnes aux visages trop parfais. J’ai peur de passer mon temps à les regarder.

Je quitte ma fourchette, délaisse mon repas et quitte la table. J’ai envie de me dégourdir les jambes. Dans l’escalier jouxté à mon balcon, je tends mon cou pour observer la lumière qui brille dans la chambre de Léonys. Rien de clair ne m’apparaît, je hausse les épaules et effleure le sol, pieds nus.

Dans le bruissement mélodieux des cigales déjà présente, je déambule sous la clarté de la pleine lune. Merle n’est pas revenu. Il me manque un peu. Lentement, j’arrive devant le grand olivier, voisin du mimosa. J’accroche mes doigts aux cordes de la balançoire et m’assois. Une poussée sur mes jambes et je retombe en enfance. A l’époque, c’était soit maman, soit papa qui me poussait gentiment, aujourd’hui, je peux le faire seul. L’aide dont j’avais besoin naguère n’est plus qu’un lointain souvenir.

Je pose mon regard sur la lune et lui marmonne :

― Si ma mère part, je serai dans la capacité de continuer ma vie. C’est une bonne chose, n’est-ce pas ?

La mort ne m’a jamais effrayé, sans doute parce que mon père m’avait mille fois rabâché qu’il ne fallait pas la craindre, mais l’accepter comme un renouveau.

L’astre me regarde avec son seul œil qui jamais ne cligne. Que pense-t-il ?

Je reste songeur, tout en contemplant un chat noir s’approcher de moi. Il miaule, frotte son pelage sur mes jambes nues. Il y a toujours eu un lien étroit entre moi et les animaux. Un fluide invisible qui me permet d’accueillir leur compagnie comme si nous nous connaissions dans une autre vie. Même le plus sauvage sera curieux de me rencontrer.

― Et toi le chat, es-tu curieux de me connaître ?

Il miaule et saute sur mes genoux. On dirait bien que oui. Parfois, j’aimerais être capable de me transformer en un animal, autre qu’un humain. Pourquoi pas en chat ? Visiter les maisons voisines, écouter les discussions…etc.

― Moi, je le suis, déclare une voix. J’aimerais beaucoup. Vos monologues m’ouvrent à la réflexion. C’est beau ce que vous dîtes. Ça m’attire irrévocablement.

La voix apparaît de nulle part et me déclenche un sursaut. Automatiquement, le chat que je câline s’en va d’un bond, alors que je cherche une ombre peu éloignée de moi. Suis-je en train de rêver les yeux ouverts ? Est-ce la lune qui me parle ? Un être invisible à l’œil nu ?

― Je sens que je vous ai surpris. Pardon. C’est que je n’ai pas résisté à vous répondre.

Je tourne la tête vers la haute haie de Clématite en fleur. Un être végétal ?

― Qui parles ?

― Si j’étais poète, je vous dirais : la nuit, mais comme je ne le suis pas, je dirais que je ne suis que votre voisin. Léonys Madenor.

En voilà une surprise inattendue. Le son de sa voix grave et doux à la fois semble me chanter une envie irrésistible de me connaître. Pourquoi ? Je sens sous ses mots une curiosité grandissante, un intérêt peu banal. J’ai éveillé plus quelque chose chez lui. Je le sais. Cette sensation me traverse et les frissons qui se sont animés lorsque sa voix s’est élevée me poussent à le croire.

― Vous ne dîtes plus rien. Est-ce que je vous fais peur ?

Il parait plus hésitant, comme s’il a besoin de m’entendre pour se rasséréner.

― Vous m’avez surpris dans ma contemplation de l’univers. Je suis ravi, Léonys. Est-ce une habitude de m’écouter ?

― Oui. Je suis indiscret et j’épis le moindre de vos mots comme un gosse.

Il ne cache pas ce qu’il pense. Est-ce dû fait qu’il soit derrière cette haie ? A-t-il plus d’aisance à m’aborder ?

― Je me permets de constater que vous semblez plus libre de me parler.

― Probablement parce que je suis caché, avoue-t-il. Ça fait quelques jours que j’essaie de vous… de t’aborder. Sans succès.

Il change sa façon de dialoguer, pareil à s’il détruisait un mur qui l’empêchait d’être plus près de moi. Ce garçon a toute mon attention. Il m’intrigue plus que ce midi ou la semaine dernière. Qui est-il ? Pourquoi m’écoute-t-il le soir venu ? N’est-ce pas étrange ? Ne devrais-je pas avoir peur de lui ? Pourquoi suis-je si serein ?

― Pourquoi ne l’as-tu pas fait ?

Un rire timide et naturel danse dans l’atmosphère, puis vient se poser près de mon oreille.

― Crois-le ou non, quand une personne capte mon attention, il m’est tout à fait impossible de lui parler sans chaperon. Je comptai venir te saluer demain avec mon ami Marck. Je suis un peu timide.

Je comprends que Léonys sait qui je suis depuis le début. Troublant. Je ne peux m’empêcher de me demander si on lui a lancé un défi ? Le doute me prend au ventre. Il s’incruste en moi comme une odeur de fumée sur un linge propre. Je ne comprends pas bien comment un type comme lui peut s’intéresser à un homme comme moi. La curiosité ? À quel sujet ? Ma trisomie ?

― Pour quelle raison tiens-tu à me connaître ?

― Je te l’ai dit. Tu me rends curieux.

― Tu avoueras que c’est bizarre.

― Je ne le nie pas… Pour tout te dire, la honte me monte aux joues depuis tout à l’heure.

Comment un garçon aussi séduisant et avec une confiance en lui palpable, peut se trouver dans cet état ? Je ne fais qu’imaginer qui il pourrait être sous son apparence parfaite.

― Un si beau garçon que toi est donc timide ?

― La beauté physique ne rend pas moins craintif ou timide.

― Tu l’es ?

― Tout dépend de la situation. Là, en te parlant aussi ouvertement, je me sens intimidé.

― Pourquoi ?

C’est inconcevable pour moi de croire que Léonys puisse avoir une quelconque appréhension sur notre conversation baignée sous les rayons de la lune. N’est-ce pas mentir que de déclarer être timide alors que nous avons une conversation des plus étranges ? C’est vrai ça ! Pourquoi est-ce que je poursuis la discussion. Moi-même, ne suis-je pas bizarre de lui poser des questions ? Peut-être que j’imagine trop de choses. Dans sa voix, j’entends de la sincérité.

― Je ne sais pas. Sans doute parce que c’est la première fois de ma vie, que je parle à un voisin de cette manière. Derrière la haie de mon jardin… C’est suspect.

Un autre rire retentit, plus détendu, un peu naïf.

― Quel âge as-tu ?

Je n’ai visiblement rien à perdre en continuant à parler avec lui. S’il se moque de moi à mon insu, ce n’est pas important dans l’axe où nous sommes que tous les deux. Puis, le fait de parler avec lui, m’apaise. Un peu comme si je causais à Merle.

― Vingt et un ans. Je suis étudiant en littérature.

― Étudiant ? Je l’imaginais bien. Tu étudies avec quel objectif ?

Il est jeune, plus que son apparence ne laisse envisager.

― Directeur de projet dans une maison d’édition.

― C’est précis. Tu aimes lire.

― Plutôt. Mais je reste super difficile à satisfaire.

― Oh ! Vraiment ? Quel est ton ouvrage préféré ?

― Sans hésiter, L’Alchimiste de Paulo Coelho.

― Très belle histoire. Pas mal de vérité, aussi.

― Tu l’as lu ?

Il s’en étonne. C’est mignon la façon qu’il a de se laisser surprendre. Je voudrais bien le voir pour observer toutes les expressions qui passent sur son visage à cet instant.

― J’ai beaucoup aimé. Je me suis un peu retrouvé dans l’histoire du personnage. Si je puis dire.

― Pareil. J’ai eu la sensation que l’écrivain… Non ! Que l’histoire, se rattrape-t-il, racontait la vie que je menais, dans ses grandes lignes évidemment. Rares sont les moments où je décide de tout plaquer et de suivre une idée. Mais après l’avoir lu, j’ai décidé de suivre mes intuitions, mon envie plus que la raison.

― Et as-tu trouvé ce que tu cherchais ?

― Pas vraiment. Pas encore. Je pense que je saurais ce que je cherche lorsque je l’aurais perdu. Pour l’instant, je n’ai pas ce problème-là. Je me focalise sur ma légende personnelle, j’essaie de me faire plaisir, de trouver ma voie et de savoir jusqu’où mes choix m’emmèneront.

― Vivre au jour le jour ?

― Dans un sens… D’ailleurs, je peux encore me le permettre.

Il se tait. Je remarque qu’il attend toujours que je relance la conversation. Est-il vraiment intimidé par moi ? Ça me fait bizarre de le penser.

― Tu as une préférence dans le genre littéraire ?

Je n’ai pas envie de terminer notre échange au clair de lune, alors je poursuis…

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