11-Dans les couloirs

5 minutes de lecture

Devant la salle de cours de Cathy, je patiente sous le regard interrogateur de Marck. Bordel ! Aurait-il déjà deviné ? Non ! Il n’est pas aussi éclairé que je le pense. Et pourtant, il y a un je-ne-sais-quoi de narquois barbouillé sur son visage.

― Tu me prends pour une saucisse, hein ? me lance-t-il.

Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas parlé de saucisses. Peut-être que je lui en offrirais pour son anniversaire. Moi qui n’avais pas d’idée… Des saucisses. Ça lui fera les pieds.

― Vas-y, crache le morceau.

― De saucisse !

― Ne déconne pas… Ce midi, ton pétage de plombs. Depuis quand tu te soucies d’un parfait inconnu ?

― Ils lui avaient parlé mal. Ça ne se fait pas !

― Mec, si j’étais une femme, je serais ta mère. C’est lui. Ton voisin ? Gauthier !

Wahoo ! Il n’est pas aussi con que je le pense. Va falloir que je révise mes jugements sur son cerveau lent.

Mentir ne sert à rien avec lui. Il devine le moindre de mes agissements.

― C’est lui.

― Bah ! Putain, il ne fait pas son âge. Trente ans, t’as dit ! On dirait un minot.

Aucune allusion à son handicap. Marck a été élevé dans le respect de chacun. Depuis que je le connais, il n’a jamais été choqué devant un unijambiste, un borgne ou qui que ce soit ayant un handicap apparent. Pas un regard curieux ou dégoûté. Rien. C’est comme si tous les visages qu’il voyait était pour lui dans la norme. Enfin, la norme… Sa mère l’a élevé avec un seul mot d’ordre, « chacun est différent, tu n’as pas à juger un tel par ce qu’il est comme-ci ou parce qu’il est comme ça ». Du coup, il ne fait tout bonnement pas de réflexion sur les physiques, bien qu’il ait ses préférences.

― Sinon, y a un truc entre vous ?

― Que dalle ! T’as bien vu ma réaction quand il s’est adressé à moi, non ? Je perds mes moyens. C’est con !

― Il te plaît, genre, vraiment ? Non parce que t’es même allé le renifler, gars ? C’est chelou !

― Arg ! Je sais. Pouf. Je n’arrive pas à mettre un putain de mot sur ce que je vis. Il est juste profond. Et ça me plaît comment il pense… Comment il parle. Je pourrais me pendre à ses lèvres pendant des semaines. Juste l’écouter parler du monde, de lui, du temps.

― Heu ! Ce n’est pas un peu tôt pour tomber « in love » ?

― Je ne suis pas amoureux, juste…

Je prends ma tête entre les mains, chiffonne mes cheveux, et fais glisser mes doigts sur mon visage.

― Y a un truc indescriptible qui m’attire chez lui.

― On dirait que tu me racontes le synopsis d’un film romantique.

― Arrête de déconner.

Il lève les mains et affiche une moue, signifiant : « je dis ça comme ça, moi ! ». Plus sérieusement, j’aimerais pouvoir lui avouer clairement ce qui me plait chez Gauthier, mais moi-même j’ai encore du mal à clarifier ce sentiment.

― Et tu comptes faire quoi ? Continuer à le défendre et te barrer ensuite ? Non, parce que si tu veux tisser des liens avec lui, c’est mal barré.

― Tu ne m’aides pas.

― Parfois c’est compliqué de t’aider.

Il s’adosse au mur, bras croisés, jambes serrées. Je crois que je ne l’ai jamais vu avec les jambes écartées depuis que je le fréquente.

― Essaie le basique. On sait qu’il travaille à la bibliothèque. Tente une approche.

― Facile à dire. La dernière fois que je l’ai croisé là-bas, je l’ai bousculé et je suis parti en bredouillant un pardon comme un ado en mode : « j’ai parlé à la plus jolie fille du collège ».

― Tu es nul à chier en drague, se marre-t-il.

― Je n’ai jamais eu besoin de draguer qui que ce soit. Même quand je fais la gueule les gens viennent me parler, me plains-je.

― Ouais, c’n’est pas faux. Si tu veux, on ira tous les deux. Je lui ferais la conversation et toi, tu écouteras. Tu feras l’effort de t’impliquer…

Il passe une main sur son épaule et la ramène dans son cou où une pivoine colore sa peau blanche.

― Sinon, il sait que vous êtes voisins ?

― Je ne crois pas.

― Bha, pourquoi ne pas le brancher là-dessus. Genre, hé ! mais, vous êtes mon voisin. Je vous reconnais. Vous pourriez même rentrer ensemble ! me taquine-t-il.

Ce serait la meilleure des approches, mais faut-il encore que j’arrive à le formuler. Qu’est-ce qu’un gars de trente ans a à dire à un gars de vingt-et-un ans ? Plein de trucs, probablement.

― Tu m’accompagneras ? demandé-je, comme un gosse.

Marck se marre de plus belle. Son rire grave retentit dans le couloir. J’adore entendre ce son claquant. Ça me met un moral de dingue.

― Je viendrais… Mais à un moment faudra te passer de mes services. Si tu vois à quoi je fais allusion.

― Ya ! T’es vraiment un pervers.

― Tu ne le remarques que maintenant ? s’annonce la voix de Cathy. Il serait temps.

Elle se positionne en face de nous, le regard vrillant sur Marck puis sur moi, ainsi de suite. Elle attend qu’on la mette au parfum. Je me tais. Marck lui dira une fois que j’aurais le dos tourné. C’est simple, tout ce que je fais ou peux faire avec Marck, Cathy le sait. C’est comme si on sortait tous les trois ensemble. Pas le moindre secret. Enfin à part mes métamorphoses. Ça, je ne peux en parler qu’à grand-père.

Parfois, il m’arrive d’énoncer le sujet avec Marck. Cela ne va jamais plus loin que des théories, des suppositions, mais une fois, alors que les affres de l’alcool m’avaient emporté dans un délire d’ivrogne, je me suis confié à lui, en disant ce qu’il m’arrivé tous les treize du mois. Marck m’avait regardé avec sérieux le temps de quelques secondes, puis il m’avait traité de fou, en se foutant de moi.

Je pense souvent à le prendre entre quatre yeux et tout lui avouer. Le faire dormir à la maison et de lui monter à quoi je ressemble le temps d’une nuit par mois.

― On y va ?

Je me dirige vers la sortie, mes potes me suivent. Cathy ne pose pas de questions. Marck s’avance à ma hauteur, de quoi me taquiner encore avec un regard en coin. Sale gosse.

Lui avoir parlé de Gauthier m’a fait du bien. Maintenant, j’espère comprendre où est-ce que mon cœur m’emportera, car il reste encore vague.

Dehors, je laisse la chaleur se coudre à mon corps. L’envie de rendre une visite nocturne à Gauthier me tente, mais je n’ai pas la moindre envie de muter. Est-ce que ce soir, il trouvera la force d’aller sur son balcon et causer à la lune ? C’est ce qu’il a fait voilà trois nuits déjà.

Dans le jardin de grand-père, au niveau de l’orange, il y a un couloir d’air. La voix de Gauthier porte jusqu’à moi, comme s’il était derrière la haie de Clématite.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

NM Lysias
CV - Roman fictionnel (attention, ce n'est PAS une fan-fiction) - Le récit parlera de sujets comme la dépression, de chemin de vie et du rôle qu'on peut jouer dans la vie d'autrui.

Une rencontre entre une touriste et une idole, entre une romancière et un jeune homme perdu.
Un échange, une amitié...
De l'ombre.
Une main tendue.

______
Les personnages ont leur propre vision du monde.
24
14
56
63
NM Lysias
Pause

Chaque soir le sultan Hadi épouse une nouvelle femme. Le matin venu, il la tue. Jusqu'à ce qu'il accepte d’inscrire le nom de la fille d'un de ses conseillers dans son carnet de noce.

L'étrange Ghalia réussit à passer la nuit et la matinée. Elle a trouvé une parade. Aidée de ses frères et de sa sœur, elle raconte chaque soir, un morceau d'histoire à Hadi, passionné d'aventure et de lecture. Elle réussit à rester en vie, mais commence à craindre le froid qui peuple de palais.


Texte engagé.
Revisite de conte.

Ps: Les personnages ont leurs propres visions de leur monde.

Nous sommes dans l'univers des Sorciers d'Hongoria ( 400 ans après Par-delà les airs -2160- , pas encore diffusé. ). Nous sommes dans un futur où l'humanité ne tient qu'à un cheveux.
51
38
702
170
Nat S. Evans
Sidgil. C'est le nom que je porte. Réveillée dans une chambre d'hôpital voilà plus d'un an, je pensais être mariée à un homme mystérieux et vivre une vie de famille normale. Mais Marc est un dieu et Kyros, son ami, entreprend aussitôt de me tuer.
Heureusement, j'ai pu recevoir une aide inattendue de la part de Melvin, jusqu'à ce que ce titan malsain l'élimine. J'ai également fais la connaissance de Noah ou plutôt Tara, la métamorphe, abattue de sang froid. Dans ma fuite, j'ai pu retrouver le contact indiqué par le père de Melvin: Lancelot. Toutefois, j'ai bien l'impression qu'il ne s'agit pas d'un simple nom de code. Grâce à son aide, je m'échappe dans le labyrinthe du temps pour retrouver un Lancelot plus jeune... dans le futur. Je veux découvrir qui je suis et pourquoi Kyros veut me tuer.

Cette oeuvre contient des scènes difficiles et ne sont pas recommandées aux enfants. Merci donc ne pas lire cette fiction si vous faites partie de ce public.

Oeuvre protégé par Copyright. L'enregistrement, l'utilisation, la copie de l'oeuvre ou d'un extrait est strictement interdit.
350
745
1973
530

Vous aimez lire NM Lysias ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0