9- Au bar

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Assis sur un des bancs du parc, je me traite de « débile ». Qu’est-ce qui c’est passé pour que je bloque comme ça devant Gauthier ?

J’ai eu un mal fou pour soutenir son regard. Ces yeux verts électrique m’ont attrapé et m’ont secoué avec une telle violence. J’ai bien cru que mon cœur allait lâcher sous sa persistance, et la mienne. Je dois être fou. Qu’est-ce qu’il a dû croire ?

Sérieusement, c’était quoi cette réaction ? Pourquoi me fait-il sentir si idiot ? Franchement, c’est n’importe quoi …

― Tu penses à quoi encore, Nysi ?

La voix de Marck souffle au coin de mon oreille. Ah ! Ce babouin ! Encore à me prendre par surprise. Enfin, si je n’étais pas dans la lune, je ne sursauterais pas.

Il s’affale sur mon dos, entour ses bras autour de mon cou et s’accroche à moi comme un bébé chimpanzé.

― Vire tes pieds du banc, cochon !

Cathy le réprime tout en me faisant face bras croiser, le regard dans celui de son mec. Elle a un air faussement saoulé.

― Sérieux ! Cela étant, tu te demandes pourquoi des mecs te draguent, lance-t-elle vers Marck. Arrête de chercher et laisse-le respirer !

― Ça n’a rien à voir. Nysi c’est mon « Namoureux » ! Pas vrai, Namour ?

Il se penche sur moi, me tend ses lèvres, les yeux fermés et la bouche en cul de poule. Je la tape avec délicatesse et l’insulte gentiment :

― T’es con !

― Embrasse-le ! me commande Cathy avec des paillettes dans les yeux.

Pas jalouse pour un sou. Dès qu’il est question que deux mecs ce smack, elle est aux premières loges. Grosse fan de Yaoï et d’homoromance, elle serait prête à tout pour voir Marck embrasser un autre gars. En l’occurrence, moi. Avec le temps, je m’habitue à l’excentricité de Cathy et à l’état de sa chambre, aussi. C’est un gros flippe pour les mecs qui s’y retrouvent. Marck y comprit. On a toujours l’appréhension qu’elle nous sorte un manga et qu’elle nous montre une scène « Olé, Olé ». Autant Marck en a pris l’habitude, autant moi, j’ai toujours un temps de décalage.

― Même pas en rêve ! réponds-je.

― Oh ! Tu ne veux pas de mon bisou ? s’outre faussement Mack.

Je lâche un rire.

Ce sont des fous !

Reprise de sérieux, nous longeons le parc, direction un bar du centre-ville. Cathy a un rendez-vous avec des copines. Pourvu qu’elles ne soient pas aussi barrées que celle de la semaine dernière. J’ai bien cru que j’allais finir avec des barrettes dans les cheveux et du rose à lèvres nacrée, en fin de soirée. Je m’attends déjà aux regards qui passeront de moi à Marck. Et vice-versa. Pauvre de nous.

Je fais l’outrer, mais en vrai, ça ne me dérange pas tant que ça. Si ça peut m’éviter de me faire draguer. Je veux bien être le mec de qui elles voudront. En l’occurrence, celui de mon pote

Je marche, écoutant les bavardages de mes amis, quand le regard de Marck se pose dans le mien. La conversation s’arrête. Cathy est au téléphone. Elle lâche le bras de son copain et s’enferme dans sa bulle. Elle avance plus vite que nous avec ses petites jambes.

De ce fait, Marck enroule son bras autour de mon épaule et murmure, comme s’il me disait un secret :

― Alors, c’est quoi qui te rend comme ça ?

― Comme quoi ?

― Comme un gars paniqué à l’idée de faire l’amour pour la première fois ?

― Ya ! Pourquoi toujours du cul, mec ?

― Le sang de mon cerveau est le même que celui de ma queue !

Il esquisse un large sourire, heureux des conneries qui défilent sous sa langue. Désespérant.

― Je ne sais pas trop. Je ne sais pas comment expliquer.

Je n’ai jamais rien caché à Marck, mis à part mes mutations.

Il s’approche un peu plus. Sa respiration rencontre la mienne. Entre nous ça peut vite passer au sensuel sans le vouloir. On est tactile, trop parfois, mais nous n’avons jamais passé les limites. Bien que je mentirais si je disais qu’on ne sait jamais embrasser. On a essayé deux fois. Juste une expérience pour voir si c’était comme avec une fille. But du projet : ne pas passer pour des connards auprès d’un nouvel élève gay qui était dans notre lycée. Même avec deux ans d’écart, je me suis toujours super bien entendu avec Marck.

― Bha, commence par le début ? me fait-il remarquer.

― J’espionne mon voisin sur son balcon.

Je le balance comme si de rien n’était. Marck fronce les sourcils, incrédule. Il ne s’y attendait pas.

― Mec, ne dit pas ça comme ça. Ça fait super suspect !

Il se marre. Je mords ma lèvre inférieure.

― Ce n’est pas ce que tu crois.

― Je ne crois rien ! Enfin, j’ai bien des idées qui me traversent, mais c’est mieux que tu parles.

― Il me touche.

― De quoi ?

Effectivement, ça porte à confusion.

― Gars, fait une phrase sans sous-entendu.

― Je n’en ai pas fait. C’est toi qui te les imagines.

Ah ! La barbe ! Comment lui en parler sans me griller ? Mentir un peu…

― Ça fait quelques soirs que je me poste dans mon jardin pour l’écouter causer à un piaf.

― Ha ! Il est comme Cathy. Elle a de grandes conversations avec son chien. Je vois le genre. Continu.

― Il s’appelle Gauthier, il a trente ans et il souffre de son physique.

― Il est moche ?

― Différent, ce serait plus exact.

― Tu le trouves beau ?

J’éveille son intérêt.

― Attirant. Ses yeux, sa bouche, les mots qu’il utilise. Parfois, j’ai envie de lui répondre.

― T’es sous le charme de ton voisin. C’est cool. Il est marié.

― Non… Il vit avec sa mère.

― Un célibataire endurci.

― Je ne crois pas. Avant de venir la rejoindre, il avait son appartement. Une histoire de décès.

― Oh ! Je vois.

Un silence s’installe entre nous, bien que le bruit de la ville se poursuit.

― Tu ne lui as jamais parlé ?

― Brièvement.

Y a une heure, à la bibliothèque. Je n’ai même pas réussi à aligner deux mots.

― Ok… et bien, tu peux tenter de le saluer tous les jours et demander à ton grand-père de les inviter à dîner. La chaleur arrive, on ne va plus tarder à faire griller des saucisses.

― Tu peux arrêter les allusions.

― Ouais, pardon… Et, c’est quel genre de type ? s’intéresse-t-il.

― Le genre qui attire l’œil.

― Il est moche à ce point ?

― Il ne l’est pas. Il est même plutôt mignon.

En le disant, je me mets sourire comme un gosse.

― Il te plaît à quel point ? me raille-t-il.

― Au point de me captiver. J’ai envie de tout connaître de lui. Jusqu’au moindre détaille ?

― Ah ! Ouais… Jusqu’au moindre détail. Intéressant !

― Marck !

Il explose de rire, se détache de moi, je le course le temps de lui botter le cul et me recolle à lui.

― J’ai envie de rencontrer ce gars, m’avoue-t-il.

― Pourquoi ?

― Je me demande juste qui est le mec, qui fait tourner la tête à mon « Namoureux ».

― T’es con !

― À force de me le répéter, je vais le devenir, petit cul.

― Petit cul ! Il est plus bombé que le tien.

Je le cherche. Il me trouve. On fait les idiots sous le regard pailleté de Cathy qui nous attend pour traverser la route.

Finalement, je n’aurais pas à lui détailler Gauthier tout de suite. Il retrouve l’épaule fine de sa copine gardant malgré ça, ma main dans la sienne. Rien de perturbant ni pour lui, ni pour Cathy, ni pour moi. Une habitude étrange qu’on a prise sans vraiment le remarquer…

De toute façon, on n’en a rien à saucer des regards qui nous jugent.

J’ai beau dire ça… Je me demande comment j’aborderai la différence de Gauthier lorsque Marck reviendra à l’attaque.

Est-il assez ouvert d’esprit pour capter pourquoi je ressens un truc pour cet homme ?

L’image de Gauthier revient me taquiner.

Si je l’aborde la prochaine fois, pourrait-il avoir peur de moi ? J’ai un doute, après l’avoir vu me fixer. Il ne tremblait pas, alors que je frémissais intérieurement.

En soi, est-ce que je ne me cherche pas des excuses ? La dernière fois qu’il m’a parlé sur le balcon, il m’a confié avoir trouvé beau son voisin. Moi, à l’évidence.

Donc, je lui plais…

De quelle façon ? Comme une œuvre d’art ? Comme un paysage chatoyant de couleur ? Comme une personne qu’il pourrait aimer ?

Aimer ?

À quoi je pense ?

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