4- Premier jour

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Les regards divergent tous vers moi et je sais que ce ne sont ni ma chemise, ni mes marcassins, ni mon trench long qui attirent l’œil. Personne ne se focalise sur ma démarche aérienne ou mes goûts vestimentaires. Non, chacun s’attarde sur mon visage. J’aurais dû mettre des lunettes de soleil, ne serait-ce que pour passer inaperçu jusqu’à la bibliothèque de l’université du centre-ville. C’est étouffant tous ces yeux braqués sur ma personne. Pourquoi ? Qui a-t-il, de si offusquant, sur mon visage ? Pourquoi moi, et pas le gars qui est en train de pisser sur le palmier plus loin ? Ou sur le visage boutonneux de cette fille mal habillée ? Amusant les dessins sur ses chaussettes, cependant. Des petites guimauves. En fait, ils pourraient fixer n’importe qui d’autre ! À peine arrivé dans le parc, j’ai capté l’attention de chacun, même du teckel d’une vieille dame qui elle semble ne pas me voir.

Je pénètre dans l’enceinte du sanctuaire dédié aux livres, dépasse le hall (calme) et me poste devant l’hôtesse d’accueil. Je remarque à son regard fouillant qu’elle aurait préféré que j’aille vers sa collègue dont un chouchou licorne apparait sous son chignon coiffé-décoiffé. Il ressemble à celui de la gamine qui se tenait à côté de moi dans le bus. Mais la corne est bleue et non violette. Je me détourne de l’élastique et de cet animal légendaire. L’hôtesse qui n’apprécie pas mon arrivée, bat des cils. C’est presque si elle me snobe. Bizarrement, je n’ai pas envie de lui faire le plaisir de me décaler. Je fais mon têtu et reste campé face à elle et son air faussement amical. Je laisse couler, lui sourit poliment, serre la lanière de mon sac en cuir et demande le responsable :

― Bonjour, je suis Gauthier Gonthervers le nouvel employé. Je commence aujourd’hui. Pourrai-je rencontrer mon responsable : Sanahel Labe.

L’hôtesse reprend contenance après que je me sois exprimé. J’aperçois de l’étonnement dans ses yeux noirs où deux taches caramel se noient. En voilà une avec qui je ne serais pas ami. Elle me parait bourrée de préjugés. J’entrevois tout ce qu’elle peut penser de moi. Oui ! Je l’entends clairement me juger dans son esprit.

J’en fais tout autant qu’elle, en pensant ainsi. Pourtant, moi, je ne m’intéresse pas à sa figure ou à son rouge à lèvres trop fort pour la pigmentation de sa peau. Ça la rend vulgaire et fausse. D’ailleurs, en la visualisant, elle me rappelle un post publicitaire pour des céréales multicolore. Et puis cette insistance à me dévisager, ce que c’est agaçant.

Décidément, cette femme de déplaît. Je n’ai aucune envie de voir son regard à demi-dégoûté à chaque fois que je la croiserais. Il est certain que je l’éviterais le plus possible.

Il y a des limites à ce que je peux endurer et je ne peux décemment pas tout accepter.

Elle se saisit du téléphone. La façon qu’elle a de le prendre est très particulière ; seulement du bout des doigts, index et pouce. Excentrique, jusqu’à ses manières !

Je patiente en contemplant la hauteur du plafond et la pâleur des murs. Je n’aime pas beaucoup l’architecture moderne. Elle manque atrocement de caractère, d’âme, d’authenticité et féérie. J’imagine que l’hôtesse d’accueil à aspiré toutes les couleurs et que la direction à juger bon de laisser les murs blanc… Gare aux épileptiques. Je ne me focalise pas dessus et fais courir mes yeux sur les quelques étudiants et particuliers venus bouquiner ou faire des recherches. Ça bavarde, ça se chahute aux portes de l’édifice, puis, ça se tait. Une jeune fille s’élance vers un garçon d’une vingtaine d’années massif, habillé d’un simple jean, d’un t-shirt rouge et d’une veste en cuir où une rayure à hauteur du col a pris domicile. La demoiselle le hèle d’une voix douce et clinquante. Son sourire illumine la pièce, sa queue-de-cheval blonde se balance dans son dos, caresse sa veste en jean où deux boutons sont manquant à la manche droite. Elle est jolie… Enfin, belle est le mot juste. C’est tout à fait mon genre.

Le garçon s’arrête, arque son corps, il me parait dans la lune. J’observe sa beauté saisissante. Une vraie gueule d’ange comme dirait mon ancienne prof de piano. Et c’est peu de le dire. Élancé, la taille fine, les épaules carrées, un cou gracile, une peau dorée, une mâchoire carrée…

Il est divin.

D’ailleurs, j’ai la sensation de l’avoir déjà vu.

Pas important. Ça me reviendra.

Sa chevelure brune et épaisse rabattue en arrière, à la Grease, lui donne un charme captivant. Mais en vrai, ce sont ses grands yeux noisette qui attrapent le plus mon attention. On dirait qu’ils sont enduits de miel, de soleil. Ils débordent de sensualité et d’une fine mélancolie. Quels genres de problème un si beau garçon peut avoir ? ça m’intéresse.

Sans raconter de bêtise, il pourrait être mannequin. Il l’est peut-être. Acteur… ?

La voix haut perchée de l’hôtesse d’accueil me ramène à la réalité. Je sors de mes divagations et quitte le couple. Surtout le garçon et son amas de beauté tortueuse.

― Sanael arrive, je te laisse patienter.

Elle me tutoie déjà. C’est rapide ici.

Ma collègue me tend une main qu’elle voudrait amicale et me sourit en se forçant (ça se voit comme la difformité sur mon visage).

― Bienvenue dans l’équipe, me félicite-t-elle.

Je ne suis pas convaincu par sa prestation. Elle est coincée au possible, encore plus détestable à contempler. Ce que c’est fatiguant les gens qui font comme si de rien n’était après vous avoir regarder de haut en bas comme un monstre de foire !

Je fais abstraction de cela et empoigne sa main manucurée pour la saluer. Se la lavera-t-elle, après mon départ ? Ce ne serait pas la première…

Cela me ferait du bien de mettre ma réflexion sur pause de temps à autre. Je suis en train de me rendre malade tout seul.

Vivement ce soir !

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