2- Le voisin

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La nuit n’est pas trop fraîche pour la saison. J’ai encore envie d’en profiter. Le noir me va mieux que la clarté du jour. Sur mon balcon, éclairé par la lampe de bureau, personne ne me regarde. Je suis seul face à ce jardin que j’ai connu, il y a longtemps. Le mimosa a grandi, comme moi. Assis sur la chaise, je reprends ma lecture. Je pourrais lire ce livre les yeux fermés au vu du nombre de fois où je l’ai lu.

Les mots qui se suivent m’y poussent. Ils murmurent : Prouve-le Gauthier ! Prouve que tu en es capable.

Mais aujourd’hui à trente ans, avec tous les efforts que j’ai faits, tous ceux de papa et maman, ai-je encore à prouver quoi que ce soit, à moi ou à quiconque ? J’ai toujours entendu les médecins dire à mes parents que je ne serais jamais un adulte normal. Certes, je ne le suis pas. Mais qui l’est ? Je ne corresponds, juste, pas à la norme. En attendant, je peux faire tout ce que mes paires font. C’est plus laborieux, mais lorsque je comprends ça vient tout seul. J’ai eu une excellente éducation, j’ai fait des études, j’ai trouvé un emploi, j’ai des amis que je pourrais qualifier de « différents » de moi, mais tendres et ouverts. Je n’ai plus de problèmes pour communiquer avec autrui depuis la cinquième au collège. Ma diction est bonne, bien que je n’aime pas trop parler. Il y a une certaine lenteur au fond de ma voix qui me déplait. Et pour tout dire, mon visage me gêne suffisamment pour ne pas en rajouter.

Qu’avait dit papa avant que je prenne un appartement, déjà ? Quand on sait réfléchir, donner son avis, on peut tout conquérir. Tout le monde a appris un jour, tu apprendras toi aussi. Le seul qui te met des barrières, c’est toi. Fils.

Je pose mes yeux sur les lignes de mon texte, ne résiste pas à l’envie de me défier en fermant les yeux et en devinant la phrase suivante. Voyons si ma mémoire est bonne.

  • Pour viser la perfection un être humain devrait toujours garder un esprit calme et serein.

Le son de ma voix m’agace un peu. J’ai toujours la sensation d’avoir une minie patate chaude dans la bouche.

La perfection ? Quelle est-elle ?

Finalement, je pose le livre. Celui que mon père m’a offert lors de mon entrée en sixième. Il m’avait lancé un défi. Si je le lisais en moins d’un mois et que j’en comprenais quelques ficelles alors je pouvais choisir la destination des vacances d’été. La Polynésie. Très bon choix, belles couleurs vives. La mer, le ciel, les filles à la peau caramel. C’était un bel été accompagné de mon père et de ma mère, puis de cette végétation ruisselante de beauté. Un été où j’avais regardé les filles se promener en maillot de bain.

Les filles ?

Les filles que j’apprécie ne tolèrent que mon amitié. C’est comme si une fée maudite c’était penchée sur mon berceau et m’avait lancé un sort pour s’amuser. « Jamais tu ne seras aimé, toujours tu paraîtras laid. A tes yeux… et à ceux des autres. ». Est-ce qu’une personne comme moi restera seul pour toujours ? N’aurais-je pas le droit de goûter à la vie de couple ? Au fond, j’aimerais effacer celui que je suis pour en devenir un autre. Redessiner mes courbes, mon fascié. Juste revoir deux ou trois arrondis qui rendent mon apparence trop enfantine, anguler ma mâchoire, allonger mon nez, rectifier mes yeux. Des touches légères qui pourraient m’offrir une chance de connaître l’amour ou quelque chose qui s’y rapproche.

Sur le balcon, je reporte mon regard vers une tache noir sur la branche haute du mimosa. Un oiseau. Un merle… À cette heure-ci ? Sont-ils nocturnes ? J’ai un doute.

J’attrape mon assiette, visualise mes mains trapues dénuées de grâce, agrippe la fourchette et termine mon morceau de tarte. Citron meringué, ma préférée. Terminée, je me lève et m’avance jusqu’à la rembarre en fer forgé. Je me penche légèrement et hèle le volatile.

― Salut l’oiseau, ça te dirait que l’on papote, toi et moi ?

J’ai envie de parler à une autre personne qu’à ma mère. Me laisser aller. Dire ce que je garde en moi, ce que je ne peux partager avec autrui. Si je discute avec ce merle, je suis certain qu’il gardera le moindre de mes secrets.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le volatile déploie ses ailes et se poste sur le muret en pierre, sur le côté, à quelques enjambées de ma position. M’a-t-il compris ?

― Devenons amis ! lui suggéré-je.

Il saute sur lui-même, comme un accord. Je reprends ma place sur la chaise. Quel sujet aborder ? Celui de la nature endormie ? Ou celui qui fait de mon cœur une orange pressée lorsque je me regarde dans la glace ? Peut-être, ma dernière lecture ?

J’ai mille histoires à raconter. Est-ce qu’un soir suffira ?

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