[Le scénario] - Principe de la « 2ème chaussure »

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Qu'est-ce que c'est que cette histoire de chaussure ? C'est un thème que je voulais aborder depuis quelque temps car il s'agit d'un écueil auquel peu d'entre nous échappent...

On pourrait résumer cette affaire de la façon suivante : toute proposition énoncée doit trouver sa résolution.

Il existe une petite allégorie rigolote dans le milieu des scénaristes américains qui illustre ce propos : « l'allégorie de la deuxième chaussure ». C'est l'histoire d'un gars qui arrive dans un motel après une journée harassante et qui ne rêve que de pouvoir dormir. Il se couche et, alors qu'il s'apprête à plonger dans les bras de Morphée, il est tiré de sa somnolence par le choc sourd que fait la chaussure du voisin du dessus quand il la laisse tomber par terre. Énervé d'avoir été surpris alors qu'il allait s'endormir, il attend patiemment le choc de la seconde chaussure. Malheureusement, la deuxième chute ne vient pas et il n'ose pas essayer de se rendormir. Furieux d'attendre, il crie au voisin du dessus d'enlever cette maudite godasse...

Sans indication spécifique comme quoi le voisin du dessus est unijambiste, ou autre, on n'a aucun moyen de comprendre pourquoi la deuxième chaussure ne tombe pas. Dans le cas d'un récit, le lecteur sera en attente de l'explication. Il gardera toujours en mémoire cette question bizarre jusqu'à ce qu'on lui donne enfin la réponse. Si cette réponse ne vient pas, le lecteur restera frustré pendant toute sa lecture.

Je me rappelle d'un exemple hallucinant de « seconde chaussure » chez K. Dick, pourtant auteur extraordinaire (ceci dit, ça vient peut-être de la traduction). Dans « le Maître du Haut Château », vers les derniers chapitres, un personnage avale des lames de rasoir. L'interprétation que j'en fais en tant que lecteur, c'est qu'il décide de se suicider (d'une manière assez horrible et extrêmement masochiste mais bon... y'en a qui s'immolent, alors pourquoi pas). Or, un ou deux chapitres plus loin (excusez ma mémoire défaillante, je l'ai lu il y a très longtemps), le même personnage réapparaît fringant comme un poney (dédicace à Cloé ;-)) comme si de rien n'était ! Damned. Pourquoi ? Où sont passées les lames de rasoir ? Elles étaient en chocolat ? Il a un estomac en béton ? Il les a recrachées parce que ce n'était pas le parfum qu'il aimait ? Bref... Deuxième chaussure !

L'effet « deuxième chaussure » arrive souvent quand, dans le récit, on ajoute un détail pittoresque qui n'a d'autre but que l'illustration ou le décor. Le lecteur, lui, y verra peut-être toute autre chose et se préparera à en savoir plus. Je peux citer plusieurs exemples qui m'ont été signalés par des lecteurs dans mon récit « la Changeline... » : l'un d'eux, après lecture du duel entre le mage Morwan et son homologue Amostofello, me dit « un personnage secondaire de ce chapitre m'intéresse beaucoup, il s'agit du "vieux mage installé au comptoir". Je ne sais pas s'il s'avère être important, mais en tout cas, il m'intrigue ». Bing, petite deuxième chaussure : ce personnage n'a aucune importance pour la suite, il est juste là pour le décor...

Une lectrice assidue m'en signale une plus gênante : je décris un homme qui traverse la lande courbé sur son bâton. Ce personnage, résidu d'un ancien chapitre que j'ai supprimé depuis longtemps, est resté là comme un cheveu sur la soupe.

En revanche, il est possible de jouer sur l'effet « deuxième chaussure ». Mais il ne faut pas en abuser ni faire attendre le lecteur trop longtemps.


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