[Le scénario] - Du synopsis au traitement

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« Une histoire est un tout structuré ayant un début, un milieu et une fin » - Aristote -400 ans avant notre ère.

Étymologiquement, « synopsis » vient du grec et signifie « parcourir d'un coup d'œil ». A travers quelques commentaires et à la lecture de certains retours d'expérience d'autres amateurs sur des sites, j'ai constaté que nombre d'auteurs conçoivent le synopsis comme un travail ingrat à effectuer après la rédaction afin de vendre leur texte à un éditeur... Pour moi, cela revient à se priver d'une des deux fonctions du synopsis, qui n'a pas seulement pour but (comme nous le verrons) de donner à lire le résumé de l'histoire à un quidam.

Écrire un synopsis, c'est déjà écrire une histoire. Et cette histoire aura un début ET une fin, contrairement à un roman, travail de longue haleine, dont on ne verra peut-être jamais le bout. La rédaction du synopsis ne demande que quelques heures (ou quelques jours), en comparaison des mois, voire des années d'écriture que réclame une œuvre complète. On aurait tord de se priver du plaisir de voir son histoire se terminer, même si ce n'est pas le même bonheur que celui d'achever un roman ;-)

Le synopsis est la première transcription de l'unité événementielle de l'histoire. Il suit la structure classique telle que l'a énoncée ce bon vieil Aristote dans sa « poétique » : un début / un milieu / une fin. Cette première expression de l'histoire répond à deux objectifs :

1. Cristalliser l'histoire dans une version quasi définitive, ce qui permet de soulager la mémoire et les méninges de l'auteur afin de lui éviter de partir dans toutes les directions chaque fois qu'une nouvelle idée germe dans sa cervelle en ébullition. Il permet de préparer l'étape suivante : le traitement (ou « draft »). Mais, dans le cas d'une œuvre littéraire, le synopsis et le traitement me semblent interchangeables (car ils représentent une somme de travail importante et un écrivain n'a souvent qu'une hâte : attaquer l'écriture).

2. Présenter le projet à une tierce personne : professionnel, proche, conseiller, éditeur etc., pour avis, consultation ou validation.

Le synopsis permet de faire émerger les éléments essentiels de l'histoire : un début de structure dramatique, les personnages, leurs actes, leurs dilemmes, leurs comportements etc. Il existe plusieurs méthodes ou écoles d'écriture du synopsis : celle qui se focalise sur le personnage principal, celle qui s'intéresse à la (aux) problématique(s) du ou des personnages, ou encore celle qui considère l'histoire dans sa globalité en essayant de détacher les points clés et en occultant les moments faibles.

Je n'ai pas d'avis sur ces différentes méthodes. Pour ma part j'ai tendance à fusionner synopsis et traitement en m'intéressant à la structure de l'histoire, comme une sorte de séquencier. Je suis donc plus proche de la dernière méthode.


A quoi ressemble un synopsis ?

C'est un texte succinct, rédigé au présent, qui décrit les actions des personnages en une dizaine ou quinzaine de pages plus ou moins selon la densité de votre projet).


Le « traitement » ou « draft »

Aaaaah, enfin ! On passe aux choses sérieuses :-)

Le traitement est un « synopsis ++ ». Toujours rédigé au présent, il s'agit désormais d'une forme plus aboutie de l'histoire sur trente ou quarante pages (encore une fois, ça peut être plus ou moins selon la densité du projet). Là on commence à se rapprocher d'une forme littéraire pour voir éclore l'intrigue dans tous ses détails. A ce stade de l'écriture, pas encore de dialogues, ou juste des ébauches. Le traitement est un support qui permet de détailler pas à pas ce qui va constituer le récit.

Quand vous reposez votre plume électronique après avoir rédigé votre draft, vous tenez votre histoire. Il n'y a plus qu'à y aller : c'est l'heure de la rédaction.


Exemple de « traitement »

Voici, pour exemple, un extrait du traitement de mon scénario « Rendez-vous avec le loup », dont je n'ai pas encore entamé l'écriture du récit définitif :

Ce soir là, Louis le borgne qui est saoul comme une barrique sur la place du village, voit approcher un grand loup blessé par une flèche empennée de rouge. Mais alors qu'il croit sa mort venue, le loup se détourne et sort tranquillement du village. Louis remonte la piste fraîche jusqu'au puits et aperçoit un nourrisson enveloppé dans un linge ensanglanté. Rassemblant ses idées, il part réveiller le père Daniel à l'église. Devant l'urgence de la situation, le curé décide de mettre l'enfant à l'abri provisoirement chez Louis, malgré les protestations de ce dernier : après tout, c'est lui qui l'a trouvé. Le lendemain, réunis après la messe, les villageois décident d'imposer la garde de l'enfant à Louis et à sa femme, qui allaite encore son propre fils. Louis crie à la malédiction et propose de laisser l'enfant dans la forêt, parmi ses amis les loups... Le vieux père Daniel met alors en garde le borgne et place l'enfant sous sa protection et celle de Dieu.

Le résultat de ce court passage consistera en un chapitre entier du futur roman.


Et après ?

Dans l'industrie cinématographique, arriver à ce stade en moins d'une année est considéré comme un temps relativement court (en Europe en tout cas, où les moyens en scénaristes sont limités et l'écriture encore très artisanale). C'est juste pour vous dire l'importance de toutes les étapes dont j'ai parlé jusqu'ici dans le cinéma (et pour un film, il reste encore à rédiger le scénario, la continuité dialoguée et le découpage technique : le travail d'écriture est loin d'être terminé !). Mais nous ne sommes pas dans une production hollywoodienne, et les tenants et aboutissants ne sont pas les mêmes. Nous ne risquons pas de faire déraper un budget de millions de dollars ni de faire poireauter une centaine de techniciens et d'acteurs si notre draft a des ratés. Donc, on peut simplifier et se laisser porter par nos besoins et envies. On pourra toujours revenir en arrière et corriger. A chacun sa méthode. Néanmoins, une bonne structure de départ représentera nécessairement un gain de temps et de cohérence à la fin.

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Deux minutes après je sors de la station service, la boisson fadasse à la main, débordante de joie.
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Un peu plus loin mon compagnon me sourit tout en remettant de l'essence dans sa petite Fiat grise. Je lui rends son sourire. Dans sa voiture, je suis sure que nous pourrions faire le tour du monde, tous les deux seuls. Plus de boulots, plus d'horaires insensés, plus de foules insensibles... Tout ce temps qui nous fera face et que nous pourrions meubler selon notre volonté... C'est un vertigineux bonheur qui pourrait me faire chuter. Notre temps n'appartiendrait qu'à nous. Dans ce monde se serait peut-être cela le bonheur ?

Je penche un peu trop brutalement la tasse vers ma bouche et manque de me brûler la langue. Je frotte cette dernière bêtement contre mon palais pour évaluer la blessure. Au même moment, le vent vient agiter mes cheveux et je ne suis plus que cela : une femme sur une aire d'autoroute souriant bêtement à l'homme qu'elle aime dans une grimace étrange.

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