Conclusion : les conseils personnels de Bugaj

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Nous voici arrivés à la fin. Mais je ne vous laisserai pas partir sans un digest des cinq conseils fondamentaux de Stephan Vladimir Bugaj !

Les 5 conseils fondamentaux de M. Bugaj aux storytellers

« Les gens ont tendance à affirmer que l’écriture est l’art le plus personnel qui soit. Il semble donc que chacun aborde cette discipline selon ses propres principes.

[…] À dire vrai, le storytelling est en fait assez paradoxal. On peut clairement affirmer qu’il y a autant de règles d’écriture qu’il y a d’auteurs. Mais cette discipline est en même temps très facilement sujette à l’analyse. Ce qui amène naturellement les gens à proposer des règles et des formules pour entreprendre l’écriture « en bonne et due forme. »

Stephan Vladimir Bugaj est un auteur prudent. Il a lu la plupart des « grands » théoriciens du cinéma (en particulier les Américains) et en dresse une liste intéressante, parmi lesquels un certain nombre vous seront sans doute déjà familiers :

« Story » de Robert McKee, « Screenplay » de Syd Field, « Save The Cat » de Blake Snyder. Richard Walter et Lew Hunter, qui représentent l’approche de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). David Howard et Paul Gullio qui défendent de leur côté les règles prônées par l’Université de Californie du Sud (UCS). Christopher Vogler, qui fonde son expertise sur l’utilisation canalisée des concepts exposés par Joseph Campbell. William Goldman quant à lui, rejette toute forme de pédagogie traditionnelle et concentre son enseignement sur un ensemble d’anecdotes. Enfin, Linda Seger, John Truby et beaucoup d’autres, mettent en avant leur pratique de consulting…

À cette liste, j’ajouterai Yves Lavandier, côté Français (« la dramaturgie »).

Et voici ce que nous en dit Bugaj :

1. De manière générale, tout le monde dit la même chose.

2. De manière spécifique, chacun défend son propre style.

Malheureusement, personne ne peut savoir à votre place quelles particularités pédagogiques fonctionneront davantage pour vous. Votre inspiration s’exprime-telle uniquement lorsque vous écrivez avec un marqueur indélébile rouge sur du papier de boucher ? Est-ce qu’un adjectif a tué vos parents lorsque vous étiez enfant, à tel point que vous avez juré leur faire vengeance ? Chaque paragraphe que vous écrivez, doit-il forcément contenir le mot « burrito » ? Vous êtes la seule personne à pouvoir faire le point sur ces choses.

J’aime beaucoup le coup du burrito ;-D Mais passons. Tout ça pour dire qu’il a lui aussi pensé au goût prononcé des auteurs pour les « affirmations concises qui exposent de grandes vérités », et offre de nous partager ses réflexions en guise de conclusion (ce qui est sympa) :

1. Écrivez sur ce qui vous intéresse

Voilà une recommandation qui sonne évidente pour les auteurs amateurs et qui rejoint la citation que j’avais faite de Paul SCHRADER dans un précédent billet :

Quand les étudiants viennent me demander de les aider, je vais directement au problème. Ils me racontent une intrigue épouvantablement compliquée, et je me borne à leur demander : "Et vous ? Où êtes-vous dans cette histoire ? À quel personnage vous identifiez-vous ? Pourquoi écrivez-vous ceci ? Cela m'est complètement égal que ce soit commercial ou pas, mais vous devez avoir une bonne raison pour écrire ça, même si c'est un show télévisé, comme "HAPPYDAYS". Si vous me dites que vous n'écrivez ça que pour gagner de l'argent, je n'ai pas envie de vous aider, et ça ne m’intéresse pas. Mais par contre si vous avez une raison personnelle pour écrire cette histoire, alors tâchons de la trouver. Et à partir du moment où vous aurez compris ce que c’est, vous comprendrez ce que vous faites. Vous aurez un point de repère. ”

De toute façon, on n’est jamais aussi bon que lorsqu’on est passionné, impliqué émotionnellement dans son sujet.

2. Ne soyez pas ennuyeux.

Bon, là c’est plus compliqué ! Rappelons alors que, dans une histoire, tout doit être passionnant. Il faut toujours « être en train de freiner pour ne pas écraser des chiens », comme disait le scénariste Smolderen (anecdote tirée d’un cours du soir auquel j’ai assisté en 2016 aux Utopiales - cf. le billet correspondant, une fois encore ;-)). Bugaj, lui, parle de sa théorie de « la structure sans acte » : ne pas se limiter aux moments clefs d’une histoire, éviter de délayer autour, penser que le récit forme un « tout » constitué d’une somme de détails.

En SFFF, il arrive qu’on se trouve confronté à des scènes d’exposition destinées à nous présenter l’univers… Indigestion garantie. Il ne faut pas hésiter à jouer avec les structures dramatiques (bien exposées dans le petit guide d’Elizabeth Vonarburg : « Comment écrire des histoires ») pour intégrer l’univers dans le récit sans faire fuir le lecteur.

3. Soyez concis.

« […] vous devez déterminer strictement ce qui a besoin d’être dit en fonction de chaque cas (histoire ou personnage). »

Tuez vos darlings... En effet, il a raison, tout le monde dit la même chose ;-)

4. Acceptez la critique, rarement les conseils.

Voilà qui est intéressant, et original.

« Même de « meilleurs » auteurs que vous ignorent comment mettre par écrit ce que vous voulez transmettre à travers votre style. »

Et parfois, un lecteur totalement néophyte, voire un non-lecteur, pourrait vous offrir le meilleur conseil du monde… Pas facile d’y voir clair.

Concernant la critique, Bugaj nous dit : « Aussi souvent que les critiques seront contre vous, tout ira bien. Vous ne devez pas le percevoir autrement que comme le signe qu’une amélioration est encore possible. »

Une attitude « défensive » à l’égard de la critique n’est pas productive, même si la personne qui vous assomme de sa diatribe n’a rien compris à votre œuvre. Il faut essayer de tirer le maximum d’enseignement des remarques qui vous sont faites, mais ne pas chercher l’avis d’une personne qui s’est déjà montrée cruelle ou méprisante envers votre travail.

« Une attitude cruelle à l’égard d’un travail créatif n’est jamais justifiée. »

5. Écrivez, réécrivez, et finissez.

Au cas où vous n’auriez pas compris ;-)

[…] ne gaspillez pas tout votre temps dans la recherche désespérée d’un parfait premier jet. Accepter de mettre un point final à son histoire, c’est accepter que « la perfection est l’ennemi du bien ».

Cet exposé ne serait pas complet sans une dernière citation :

Les deux seules choses que tous les auteurs doivent faire, s’énoncent clairement : écrire souvent et chercher des gens pour critiquer leur travail. Et il n’y a que de cette façon que l’on devient un véritable auteur. Peu importe les règles et les méthodologies que vous décidez d’expérimenter, votre parcours artistique vient de ces deux choses fondamentales.

Nous arrivons donc à la fin de cette longue histoire de tweets. Voilà comment, à partir de quelques brefs aphorismes, on peut déclencher une intense fuite d’encre sur la façon de raconter des histoires. J’espère que ces éléments auront nourri votre réflexion et pourront occassionnellement vous aider à avancer dans vos projets. Pour ma part, ils m’ont été précieux, c’est pourquoi je me suis permis de les résumer ici.

Sources et références :

Si vous voulez creuser le sujet, je vous recommande de lire le texte original de Stephan Vladimir Bugaj, auteur/réalisateur chez Pixar – ici en anglais : http://static1.squarespace.com/static/52675998e4b07faca3f636a5/t/527f0a75e4b012bf9e7361c5/1384057461885/Pixar22RulesAnalyzed_Bugaj.pdf

Et ici en français : https://ostramus.com/wp-content/uploads/2015/11/Les-22-règles-de-storytelling-de-Pixar.pdf

Ou encore ici : https://cineaste-independant.fr/22-regles-storytelling-pixar-bilan/

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Lilth <3
Voici une réecriture d'un texte écrit lors d'un moment en train , écrit il y'a maintenant 4 ans.

Histoire bizzare mais rapide , sympas à lire?
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Elliott héducy

Où quand les monstres ne sont pas ceux que l'on croit.

Camille zigzaguait à pas feutrés. Elle ne voulait pas être surprise par la bête, d'autant plus qu'elle avait entendu que pour certaines raisons l'animal avait la nuit en horreur, moment où il se montrait encore plus farouche et vicieux.
Se déplaçant d'ombres à ombres, elle évitait les grandes zones où elle avait plus de chances d'être repérée à son insu. En se dirigeant vers l'abri où elle pourrait se terrer, Camille se remémorra toutes les légendes parlant du monstre.

Les anciens disaient de cette entité qu'elle n'avait ni nom ni identité. Elle apparaissait le plus souvent aux yeux des jeunes filles imprudentes, de celles qui trouvaient que les légendes et autres avertissements ne valaient pas la peine d'être écoutées.
L'on raconte aussi qu'elle ne tuait pas ses victimes, mais notre héroïne n'avait pas tellement envie de vérifier si ce dernier point était vrai.

Atteignant le corner entre deux maisons, Camille réalisa qu'une rue principale la séparait de son objectif, et qu'elle allait devoir la traverser en passant sous un lampadaire allumé.
L'espace d'un instant, elle se recroquevilla dans un coin, derrière une poubelle, se donnant un instant pour avoir peur et pour réfléchir. Elle songea rapidement à ses parents, à son frère, son chien, avant de s'élançer pour sa vie.
Elle s'efforça de réguler des inspirations qui risqueraient de la condamner. Au moment où elle commençait à se penser en sécurité, la masse, énorme , difforme, prédatrice et dégoulinante de tristesse, chargea depuis le côté gauche.

Un premier détail à parvenir aux narines de Camille fut son haleine putride et fétide, dont les effluves renvoyaient un mélange d'alcool à brûler et de sang de vierge.

La pauvre se jeta en arrière et l'esquiva de justesse. Elle eut à peine le temps de se relever que la bête s'apprêtait à la frapper de nouveau, grisée par la découverte d'une victime supplémentaire qui complèterait sa liste. Camille se précipita en avant avec toute la force qu'il lui restait.

Le désespoir de la situation avait noyé toute bonne perspective. Mais le fond de son âme persistait à croire qu'il y aurait une fin heureuse. Pendant un temps, la créature lui laissa un peu d'avance. Puis elle la poursuivit avec une rage incontrôlée, s'en référant aux bruits de sprint pour ne pas perdre sa trace.

Malgré tous les slaloms, la créature retrouvait sa piste systématiquement. L'on aurait crû qu'elle jouait à la manière d'un chat, narguant sa proie avant l'acte final. Elle allait rattraper Camille quand celle-ci rentra de plein fouet dans quelqu'un.
Il s'agissait d'une autre jeune fille, au regard brisé et au souffle coupé. Celle-ci tomba et fut relevée malgré elle. Le monstre l'avait saisi, et l'on savait déjà que pour cette dame là il n'y avait plus d'espoirs.

Il fallait profiter de l'occasion pour détaler, et c'est ce que Camille fit. Elle entrevoyait l'espoir de revoir ses proches. Elle se demandait lequel d'entres eux se réveillerait en premier, lequel serait le premier à la prendre dans ses bras au moment où elle passerait la porte saine et sauve. Elle aperçut alors l'objet de son salut, l'abri anti-atomique de ses rêves, une terre promise au milieu des Maures.

On l'empoigna par la cheville, ce qui la fit tomber à la renverse et perdre pied. Une force tristement majestueuse la serra par l'épaule, la forçant à se relever. La créature dominait Camille de toute sa taille, et lui imposait le respect. La jeune fille baissa les yeux.

L'horreur commença par la lacérer de façon violente, sanglante, ne laissant voir à chaque passage que quelques lambeaux de peau et de vêtement. Elle l'atomisa de part sa puissance, mordant chaque partie du corps qu'elle pouvait jusqu'à même atteindre l'os sur certains recoins.
Avec une mandibule qu'elle faisait actionner depuis sa tête longue, hideuse, rouge de haine et de massacre, elle découpait, tranchait, dévorait, déchiquetait , et détruisait. Le monstre vibrait de bonheur, à l'idée de voler une vie.

L'horreur fut repue. Elle s'allonga un instant car il fallait qu'elle se remette de la beauté de son carnage. Elle s'efforça de ramener son pouls à un battement convenable, afin de réduire sa tension artérielle et de calmer sa respiration accélérée.
Puis la bête décida de se lever, bête, bête et belle dans sa laideur. Il était grand temps pour elle de rentrer au bercail.

Camille resta recroquevillée sur elle-même. Son corps immaculé dominait l'asphalte sombre par sa blancheur atroce. Elle pleurait silencieusement et se posait un tas de questions sur son avenir. La première fut toute simple.

Elle se demanda si l'on retrouverait un jour le mec qui venait de l'attoucher.





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Floriane

Je suis parti bien avant vous, 
Trop vite, trop tôt, trop tout ;
Vivre sans moi vous paraît flou,
Trop vide, trop noir, sans goût.


Mais je suis toujours là,
Quelque part dans vos pas ;
J’essuierai à jamais vos larmes
Pour apaiser un peu vos âmes.


Ne soyez pas trop tristes
Dans vos cœurs toujours j’existe ;
Dans un battement, dans un souvenir,
Dans un élan, dans vos sourires.


Je suis parti bien avant vous,
Trop vite, trop tôt, trop tout ;
Mon seul souhait je vous l’avoue
Est que vous surviviez malgré tout.


2016 © Floriane Aubin

Source photo : http://www.myculturalbabychic.com
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