Règle #22

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Règle #22 : quelle est l’essence de votre histoire ? La façon la plus économique de la raconter ? Commencez par là !

N’dedieu, v’là t’y pas qu’j’arrive à la fin d’mon bazar ! Eh oui, voici le 22ᵉ et ultime aphorisme tiré des tweets d’Emma Coat. Mais rassurez-vous, Bugaj n’en a pas encore fini avec nous ;-)

Nous revoici, par une boucle magique, revenus à l’essence de notre histoire, au déclencheur de notre envie de raconter, déjà abordé par les règles 16, 3, 4.

[…] les enjeux sont la clé de ce qui construit l’essence d’une histoire. Si vous ne les avez pas clairement définis (et pour ce faire, il faut maîtriser son thème et les arcs transformationnels de ses personnages), alors vous ne connaissez pas encore l’essence de votre histoire.

Ici, je vais poser une citation de Bugaj que je trouve vraiment intéressante, car elle représente un peu la vision qu’ont la plupart des auteurs romanciers du rôle du synopsis, ou d’autres éléments structurels majeurs :

Quelles sont les grandes lignes de votre histoire ? Trop d’auteurs perçoivent cette formule comme un simple outil de vente [...]. Lorsqu’un producteur nous pose cette question, on le voit généralement comme le pilier cruel et impitoyable d’une industrie qui ne semble pas prendre en compte nos âmes d’artistes. C’est là une façon erronée de voir les choses.

Et il liste ensuite les éléments clefs de cet argumentaire :

  • Le titre et le genre.
  • Autour de qui tourne l’histoire (le protagoniste).
  • Où et quand l’histoire se déroule (le décor).
  • Ses objectifs et ses obstacles (le conflit principal).
  • La résolution de l’intrigue si le protagoniste échoue (les enjeux externes).
  • Ce dont il a besoin et ce qui se passera si cela n’arrive pas (les enjeux internes).
  • Ce qui est mis à l’épreuve dans la personnalité et la philosophie du personnage (le questionnement thématique ou les enjeux philosophiques).
  • Les principaux tournants de l’histoire (l’incident déclencheur, le rebondissement du milieu de l’histoire, le creux avant le dénouement).
  • La résolution finale (de l’intrigue, de l’arc transformationnel du personnage et du questionnement thématique).

Idéalement, toutes ces informations doivent pouvoir être transmises en trois phrases. Attention : on confond parfois l’argumentaire avec l’accroche, qui n’est qu’une phrase courte destinée à éveiller l’intérêt et à amener un argumentaire éventuellement plus détaillé. L’accroche n’est pas la façon la plus économique de parler de votre histoire. Elle reste un énoncé simplifié du concept.

Quand Bugaj parle de « trois phrases », ce sont des constructions conséquentes quand-même, pas le truc à la mode du genre « 17 mots max par phrase » hein ;-) Voici par exemple le résumé qu’il donne de Blade Runner :

« […] un film noir futuriste dans lequel Deckard, un ex-policier autrefois connu pour avoir traqué des androïdes rebelles, est tiré de sa retraite lorsqu’un groupe militarisé d’androïdes meurtriers fait irruption dans sa ville pour forcer leur créateur à augmenter leur espérance de vie.

Mais ce à quoi Deckard ne s’attendait pas était de tomber amoureux d’une androïde, Rachel. Et alors qu’il traque les rebelles, il remet en question sa propre humanité, ainsi que la leur.

Au cours de la poursuite, Deckard se sépare de Rachel et manque d’être tué par le meneur des rebelles, Roy, qui est mourant. Mais un moment d’empathie mutuelle entre l’homme et le robot offre à Deckard une seconde chance de vivre et d’aimer. »

On voit bien qu’ici il dépasse le cadre des « trois phrases » pour laisser la place aux éléments structurels majeurs du récit. Suit une explication de texte tout aussi intéressante (désolé si je fais beaucoup de copier/coller aujourd’hui, mais ça ne peut pas se résumer) :

  • Les expressions « film noir futuriste » et « sa ville » expliquent le genre et le décor.
  • Deckard est présenté comme le protagoniste.
  • Le personnage veut qu’on le laisse seul, et le conflit généré par son rappel au rôle de chasseur est résumé dans l’expression « tiré de sa retraite ».
  • Les enjeux externes sont implicites : les androîdes armés veulent augmenter leur espérance de vie. Autrement dit, ces machines à tuer pourraient devenir des dieux parmi les hommes et prendre leur revanche sur l’humanité tout entière.
  • Les enjeux internes : l’humanité de Deckard et son histoire d’amour avec Rachel. Quel Deckard prendra le dessus ? Le chasseur ou l’amant ?
  • La problématique centrale : qu’est-ce que signifie « être humain » ? L’argumentaire le présente sous la phrase « sa propre humanité, ainsi que la leur. »
  • Les tournants principaux de l’histoire : on le force à revenir chasser les rebelles (événement perturbateur), il rencontre Rachel et tombe amoureux d’elle (tournant), il la perd et manque d’être tué point bas).
  • Le dénouement : Roy meurt et Deckard survit (intrigue). Mais Deckard a à présent trouvé son humanité (arc transformationnel du personnage). Le public prend ainsi conscience qu’être humain ne découle pas de notre origine, mais de la construction de notre personnalité (thématique).

Voilà un bon exercice à faire sur vos histoires ou projets d’histoire ! Quitte à voir ce pitch évoluer au fur et à mesure de votre écriture (car il ne faut pas non plus se couper de toute souplesse créative).

Et je conclurai donc par une citation de Bugaj :

Pour chaque nouvelle relecture, gardez bien en tête ces éléments. Chaque modification doit y être relative d’une façon ou d’une autre. Plus vous serez imprégné de ces éléments, plus la direction que doit prendre votre histoire vous semblera évidente.

Ici s’arrête l’explication de texte tweet du scénariste de Pixar. Mais nous n’en avons pas terminé ! M. Bugaj nous a réservé une petite surprise à la fin de son exégèse, sous la forme de conseils « personnels » qui traduisent sa vision de l’apprentissage du storytelling. Patience, petits doryphores, ce sera la conclusion de ces billets ;-)

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