[Technique d'écriture] Tuez vos darlings

4 minutes de lecture

« [...] "tuez vos darlings" est une expression populaire pour une raison : c'est une vraie technique d'édition éprouvée qui peut vous aider à créer la meilleure version de votre histoire. »

Kristen Kieffer

« Tuez vos darlings, tuez vos darlings, même si cela brise vos petits cœurs d'écrivaillons, tuez vos darlings. »

Stephen King

Voyons donc voir ce que recouvre cette technique de réécriture et comment l'employer au mieux pour améliorer vos récits.

Supprimez ce que vous aimez le plus

"Tuez vos chéris !" (Kill your darlings) est un des fameux conseils de William Faulkner adressé aux écrivains débutants. Selon lui, les phrases préférées de leurs auteurs sont les plus lourdes pour le récit et les moins essentielles. Finalement, si elles restent en vie, c'est uniquement parce que leur auteur leur voue un amour aveugle. D'après Faulkner, vous n'avez pas d'autre choix que de travailler et de "tuer" ce que vous avez créé et trop aimé.

Ce travail d'épuration du texte est en réalité un des axes principaux de réécriture, et il recouvre davantage que la suppression de quelques phrases...

L'auteure américaine Kristen A. Kieffer a publié un article intitulé « 8 Things to Cut When You Kill Your Darlings », qui explique point par point comment reprendre votre texte et tailler ce qui l'empêche de révéler son potentiel.

Je vais en faire un très rapide résumé pour vous permettre de comprendre comment les auteurs pros finalisent leurs œuvres

Que faut-il couper ?

- Les personnages faibles : ceux sans personnalité ou objectifs importants. Les personnages forts sont dotés de plusieurs traits, qualités et défauts.

- Les lignes d'intrigue inutiles : événements connexes, aussi appelés « sous-intrigues » ou « intrigues secondaires », qui complexifient ou noient l'intrigue principale. Chaque ligne secondaire doit poursuivre un but qui la ramènera tôt ou tard au fil principal. Il n'est pas inutile de vous poser la question pour chaque sous-intrigue : qu'apporte-t-elle au récit ? Pourquoi l'avez-vous incluse ? Où mène-t-elle ?

- Les métaphores et comparaisons inutiles : toutes ces digressions qu'on emploie pour des effets de style mais qui, au lieu de clarifier le propos ou d'apporter des compléments d'information utiles, ne font que ralentir la narration. Exemple : « les fenêtres vomissaient des flammes comme des dragons effarouchés ». Le lecteur comprend parfaitement ce que « vomir des flammes » signifie. Ajouter une comparaison avec des dragons ne fait qu'alourdir la phrase sans offrir la moindre précision utile.

- Le passé des personnages : même si on s'est fait plaisir en créant des personnages super fouillés avec un passé complexe digne d'un roman, le lecteur n'a pas besoin d'en connaître les détails. Ces éléments vous aident à comprendre vos héros, mais le lecteur s'intéresse à ce qui leur arrive ou va leur arriver, pas à ce qui s'est déjà passé. N'en dites pas plus que le nécessaire et supprimez toutes les digressions superflues.

- Prologues : j'ai sans doute déjà parlé à plusieurs reprises de cette notion de prologue superflu, et je constate que ce conseil revient dans les recommandations de nombreux auteurs (Orson Scott Card, Kristen Kieffer, et je suis sûr que je vais en trouver d'autres;-)). Donc, si tout le monde vous dit de virer votre p*%^¨µ de prologue, je ne sais pas ce qu'il faut pour vous convaincre. Si vous avez encore des doutes, je vous renvoie à l'article de SFZone qui traite du sujet de manière claire : http://www.sf.zone/pourquoi-il-faut-bruler-ton-prologue-science-fiction/

- Scènes inutiles : « Parfois, nous, auteurs, nous complaisons dans nos caprices en incluant des scènes amusantes, mais inutiles dans nos manuscrits. Et tandis que nous les trouvons divertissantes à lire, les lecteurs considéreront probablement comme une divergence inutile de l'intrigue. »

- Romances futiles : même si c'est un petit plaisir pour un auteur que de livrer ses personnages aux délices et tourments des relations amoureuses, gardez en tête que cela doit permettre de faire avancer l'intrigue. Si les marivaudages de vos héros ne font qu'ouvrir une ligne secondaire sans lien direct avec la principale, il faut couper. Aristote disait d'ailleurs : si après avoir coupé un passage l'histoire fonctionne encore, alors c'est que ce qu'on a retiré ne lui était pas utile.

- Votre premier chapitre... eh ouais ;-) Le premier chapitre est le plus difficile à réussir. Il doit, en peu de lignes, ferrer le lecteur, présenter les personnages principaux, mettre en place le contexte de l'histoire et donner un avant-goût du conflit à venir... Pas gagné ! Et peu probable que vous réussissiez du premier coup.

Comment réussir sa nuit des longs couteaux ?

Il existe deux méthodes d'assassinat de ses petits chéris. À chacun de voir celle qui lui semble le plus efficace :

La coupe à la volée : un massacre d'une traite, sans s'arrêter, façon charge de cavalerie lourde. Relecture sabre au clair et au galop. Dès que ça rallonge, on coupe. Dès que ça nous endort, on sabre ! Et on relit tout le texte jusqu'à épuisement de la monture.

La coupe lente : on prend quelques semaines pour s'intéresser uniquement à l'amélioration du texte. On relit méthodiquement, en se gardant d'ajouter des choses, juste pour alléger. Piano ma sano.

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Symph'


J’ai faim… J’ai froid… J’ai mal…
Mon corps me gratte de partout. J’ai l’impression qu’un millier de petits êtres fourmillent dans mon pelage, me griffent et me mordent sans répit. Ils sont affamés, me sucent le sang jusqu’à la dernière goutte. J’ai à peine la force de m’endormir.
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J’essaye de me gratter, y renonce bien vite. Je me love en boule dans la grande assiette, au milieu des restes de croquettes. J’aurais préféré un peu de lait, mais il n’y a plus rien pour moi. Je me force à lécher les miettes, à en faire une bouillie que je pourrais avaler. Epuisée par le simple effort de me nourrir, je me roule en boule, dans la crasse.
Je ne suis ni triste, ni malheureuse. Pour cela, il aurait fallu que je connaisse autre chose. Je ne prétends qu’à vivre, rien de plus.
Parfois, j’utilise mes maigres forces pour pousser un fin miaulement. J’appelle à l’aide, j’appelle une mère que je n’ai jamais vue. Plus personne pour me lécher, auprès de qui me blottir pour un peu de chaleur. La nuit, je me faufile entre deux morceaux de toiles, tremblante, espérant que vienne le jour au plus vite.
Doucement, je commence à sombrer. Je bouge à peine, mange quand j’y pense. Les petites créatures noires se régalent sur mon dos. Je les sens jusque dans mon estomac, à voler le peu de nourriture glanée.
Tant pis, j’aurais essayé.
Laissez moi dormir…

..
Mais,
Aujourd’hui est un jour différent. Le soleil s’est à peine levé que le sol se met à trembler. J’essaye désespérément de cligner des paupières, impossible. Elles sont scellées par la saleté. Les vibrations augmentent, j’entends mes frères et soeurs miauler de peur, fuir dans la direction opposée. Mes pattes tentent de me soulever, impossible, je pèse une tonne. Je ne peux qu’un peu plus me rouler en boule, la tête contre la queue.
Je les sens se diriger vers moi. Qui ? Je ne sais, peut-être ce géant qui vient parfois apporter de la nourriture.
Soudain, le calme. Non, du bruit, leurs étranges cris. Je sens quelque chose m’attraper par le cou. Je suis soudainement soulevée dans les airs !
On me tire les poils, on m’écarte les pattes, on me caresse, je réagis à peine, juste de quoi leur faire comprendre que je n’aime pas ce traitement. Je suis passée de main en main, je miaule, ça les fait rire. Soudain, je me retrouve plaquée contre un corps chaud. Une main me tient fermement en place alors que des doigts humides viennent me gratter les yeux. Je me débats, ça fait mal ! L’un des géants grogne, je n’ose plus bouger. Il continue, m’oblige à ouvrir les yeux. La lumière m’agresse, je l’avais oublié. A bout de force, je le laisse faire ce qu’il veut de moi. Je referme les paupières après avoir vu deux énormes yeux me fixer.
Les deux géants discutent longuement. L’un me garde toujours, je finis par trouver le contact… rassurant. Des ondes de chaleur émanent d’en haut, j’essaye de grimper, il me laisse faire. Je vais me blottir contre son cou, c’est chaud et doux ici.
Je m’endors immédiatement.
Et me voilà réveillée ! On m’écarte, je suis presque triste, pourquoi ? On me place dans une grande boîte. J’ai peur et… pourtant… je me sens… à l'abri.
Dans ce lieu froid et inconnu, je m’allonge dans un coin et n’en bouge plus. Du mouvement, on me déplace. Puis, tout se calme. On s’éloigne, il n’y a plus qu’un géant avec moi. J'entrouvre les yeux, vois ces mêmes cheveux noirs, cette peau claire et sans poils. Il me jette par moment un regard où perce des larmes. Étrange.
Je finis par m’assoupir. Je ne saurais dire comment, un sentiment de quiétude m’envahir, comme si tout allait… s’arranger.

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J’ai récupéré un petit chaton il y a presque deux semaines dans la ferme d’un ami. La vision de la pauvre bête, famélique, épuisée, affalée dans l’assiette avec des restes de nourriture pourrie…. j’ai cru que j’allais vomir. Sa mère l’a abandonné à la naissance, aucune autre ne voulait de lui.
Je l’ai prit dans mes bras, j’ai tout fait pour essayer de la sauver. Le vétérinaire, tous me disaient de ne pas m’attacher, qu’elle allait mourir.
Tous se sont trompés. Elle a survécu, c’est une battante ! Je l’ai récupéré non sevrée (moins de deux mois de vie), 250g sur la balance, avec au bas-mot 100 puces, 3 tiques et l’estomac bourré de vers.
Cette vision me hantera pour longtemps. On s’amuse à évaluer la cruauté de l’être humain, les animaux n'ont rien à nous envier sur ce point.

Je suis heureuse de dire que j’ai sauvé cette petite vie. Ravioli va mieux, elle va vivre. Même si elle ne vous connaît pas, elle vous fait une petite léchouille d’amour !
Bien à vous.
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