Chapitre 5 - Maximiliano

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Je suis un mec calme, serein qui affiche une confiance sans faille en public, pour pas que les gens ne se posent trop de questions. Ça me permet de dévoiler à la presse seulement ce que j’ai envie. L'interview était simple, pas de questions trop embarrassantes sur le plan professionnel ou personnel. J'ai l’habitude à des questions sur pourquoi je n'emmène jamais une femme avec moi aux soirées tapis rouge etc ou pourquoi je suis modeste en conférence de presse. Je ne sais même pas pourquoi les journalistes me posent ce genre de questions. Aujourd'hui les questions étaient un peu lisses, Silvana a dû passer par là ou sinon c’est qu’ils ne sont pas très pointus ces journalistes. Je n'ai pas trop eu à me mettre en danger. Les séances photos c'est toujours l'exercice barbant mais il suffit de montrer notre assurance, avec une bonne humeur et le staff ne se rend même pas compte combien on déteste ça : séduire la caméra.

Cette séance avait tout l'air d'être des plus banales, jusqu'à ce que le photographe me demande de me tourner, de lever les yeux. Je la vois. Si on m'avait dit que la jeune femme qui a égayé mon lundi matin serait là, devant moi.

Je croise du monde tout le temps mais son prénom me revient instinctivement. Giulia est assise sur une banquette au fond du studio, le néon rouge au dessus de sa tête souligne la douceur de son sourire, de ses formes. Elle porte un chemisier blanc cassé, qui laisse entrevoir la forme de sa poitrine. Cette vue ne fait que me faire sourire davantage. Elle porte ensuite, un pantalon droit bleu marine. Ca lui donne un côté très professionnel. Elle est ravissante et je ne peux que la regarder. Je suis le premier surpris, de la voir soutenir mon regard. Notre dialogue visuel transpire l'envie, du moins j'essaie de lui transmettre le désir que j'ai à cet instant pour elle. Cet échange gèle le temps. J'entends le photographe me féliciter de mon attitude face à la caméra mais c'est pas son objectif que je veux séduire là, tout de suite. Qu'est ce qu'elle fait là ? Elle a l'air aussi surprise que moi. On est l'un en face de l'autre et pourtant elle est si loin. Je voudrais la plaquer sur sa petite banquette. Au bout d'un moment, je remarque son malaise, elle détourne les yeux, comme si elle était gênée. Je reprends mes esprits au moment où le photographe me tend la planche contact.

  • Super séance, me lance Silvana,  toutes vos photos sont parfaites.
  • Tant mieux, la direction va être ravie pour le coup de pub avant la Champions League.
  • Oui ! Signe ici ! Dit-elle en me tendant un document administratif lambda.

Je m'exécute et je me retourne pour chercher du regard ma distraction de l’après-midi. Au premier coup d'œil, elle n'est plus là. Ma recherche est stoppée par Joachim qui vient à ma rencontre.

  • Putain t'as vu cette beauté avec les journalistes. Je lui ferai bien...
  • Ouais je la cherche et tu feras rien du tout.
  • Toi tu cherches une femme ? Vraiment ?
  • Calme toi, dis je en rigolant, chasse gardée.
  • Ca ne rigole plus, et bien dépêche toi de la rattraper, si c'est vraiment une chasse gardée car je me ferai un plaisir de…
  • Un plaisir de rien du tout, dis-je en faisant mon plus beau sourire à mon coéquipier.

Je parcours la pièce du regard, je la vois sortir du studio avec les deux autres journalistes. Elle bosserait au Corriere alors ? Je ne suis pas du genre à courir après quelqu'un, et encore moins une femme. Ca représente plus d'ennuis qu'autre chose. Ce n'est pas le fait que ce soit une femme, je suis friand de la gente féminine. Je suis juste très prudent vis à vis des rencontres avec des gens qui ne font pas partie du milieu sportif ou mondain. Les règles sont différentes, nos actions ont toujours des conséquences. Excès de paranoïa surement. On est jamais trop prudent, j'essaie souvent de me convaincre à ce sujet. J'ai en ma possession simplement quelques secondes pour savoir si je la rattrape ou pas et j'ai plein de questions en tête maintenant. Je me surprends à marcher vite en sa direction. Courir n'est pas encore en option avec ma cheville et un coup d'un soir ne mérite pas non plus des efforts surhumains.

  • Giulia ! Attendez moi !

À mon grand bonheur, elle se retourne, troublée. Je remarque sa bouche légèrement ouverte, les doigts qui gigotent, le long de sa cuisse. C'est encore plus sexy.

  • Bonjour Maximiliano, je suis désolée je n'ai pas le temps.
  • Vous avez pas deux minutes ?
  • Je suis navrée, je suis pressée, une prochaine fois peut-être.
  • Assurément, à bientôt, lui dis-je déçu.

Je rattrape la première femme depuis très longtemps et elle s’enfuit. Elle est intrigante, elle dégage de la douceur et de la fougue en même temps. Je ne sais rien d'elle et j'ai quand-même ressenti la nécessité de la rattraper. Qu'est ce qui me prend ? Les femmes n’occupent jamais de place dans mon quotidien. Je n'ai pas aucune relation avec la gent féminine, mais quand c'est le cas, c'est réfléchi. Combien de joueurs gâchent leur carrière à cause de relations douteuses ou simplement combien de joueurs n'ont pas pensé aux conséquences que ca pouvait avoir. Je me suis promis que rien ne pourrait freiner ma carrière, j'ai trop travaillé pour ça, ma mère a tout donné pour que je sois là aujourd'hui. J'ai eu une relation avec une de nos kinésithérapeutes. Juste de quoi évacuer la pression, ca nous convenait à tous les deux pendant un temps et on a arrêté quand il le fallait. La simplicité c'est le mot idéal.

  • Mec, tu la connais ? me demande le petit Zacharie, qui m'a rattrapé à la sortie du studio.
  • Connaître c'est un grand mot.
  • Elle est super gentille.
  • Comment ça ?

Je suis interloqué, comment il sait qu'elle est gentille ? Ma curiosité est plus présente que jamais.

  • Bah j'avais l’interview avec elle. J'étais stressé t'imagines même pas, elle m'a mis en confiance et ses questions étaient toutes sauf banales.

J’hallucine elle est journaliste, mais je la vois tellement pas bosser au Corriere. Son attitude, sa posture, son style. Elle irait tellement mieux chez Vanity Fair, un media plus sophistiqué. Mais ce chanceux a eu un entretien de vingt minutes avec elle et ça ne me laisse pas insensible.

  • Putain t’es bien ! Mais pourquoi tu l'as eu et pas nous ? On se tape les puristes de football à l'ancienne pendant que toi, tu as une femme atomique !
  • Je ne sais pas, je crois que c'est parce qu'elle parle français et néerlandais. Elle a parlé de ça au début de l'entretien je crois. Elle t'a tapé dans l'œil ?
  • On va se détendre au spa avec le reste de l'équipe ?
  • Tu changes de sujet comme ca ?
  • Oui, comme ca ! Tu verras t’auras ces privilèges avec le temps.

Le pouvoir de se défiler quand on sait même pas quoi répondre. Pas parce que c’est lui mais parce que je sais même pas si elle m’a tapé dans l’oeil, réellement je veux dire.

Dimanche, je suis arrivée depuis une dizaine de minutes chez Lorenzo, mon grand frère, pour l’anniversaire de sa femme Kate. Je sens le traquenard arriver puissance mille. Si la presse ne m’épargne pas pour ma vie de célibataire, ma famille non plus. Je vais avoir le droit à la plus longue interview du mois ! Maria sait que je lui parlerai s’il y avait un truc sérieux sur le feu, mon frère Lorenzo peut être affilié à la gestapo et ma mère, elle, me sélectionne carrément toutes les célibataires parfaites à son goût. Kate n’intervient jamais trop quand, Lorenzo et ma mère, ont décidé de lancer ce débat. Elle a toujours voulu que je l’apprécie donc elle reste en retrait lors que les autres entreprennent de parler de ma vie sentimentale voire sexuelle, ce qui clairement lui fait marquer des points dans mon estime. On s’installe tous sur la terrasse de leur maison, avec une vue vraiment imprenable sur les Alpes. Kate a prévu pleins de bouchées typiquement anglaises. Rien qu’à les regarder, je pense au coup de pied au cul que me mettrait le physio et le diététicien. Je préfère m’orienter sur la boisson au moins j’aurai pas l’impression d’ingérer du gras en perfusion. Les conversations tournent autour des vignes que Lorenzo vient d’acheter à Asti, à soixante kilomètres de Turin. La conversation business ne m’intéresse guère ce midi. Mes pensées sont un peu ailleurs malgré ma volonté de suivre les placements de mon frère. Je suis une nouvelle fois tenté de penser à la journaliste, qui était au café de Maria et qui a filé vendredi avant que je puisse tenter une approche sérieuse. Je me demande ce qui me déconcerte autant chez elle. Peut-être que toutes les autres femmes, auraient adoré que je les rattrape mais elle, non, elle s'est barré. Je n'ai même pas eu envie de sortir me distraire ce week-end. Je récupère mon téléphone dans ma poche et sans trop savoir pourquoi je parcours la liste des journalistes du Corriere, sur leur site internet. Si une certaine Giulia pouvait être dedans j’en serai ravi. Je trouve deux Giulia mais les photos sont loin de satisfaire ma recherche. Une doit avoir la cinquantaine et l’autre ne ressemble pas du tout à celle qui me trotte dans la tête.

  • Maxi, tu t’emmerdes ? m’interpelle mon frère en blaguant
  • Non, désolé, t’inquiète je t’écoutais sur les placements à Asti c’est vraiment cool.
  • On est passé à l’étude des sciences du comportement que Kate doit noter pour son boulot.
  • Vraiment navré, je suis sûr c’est super intéressant Kate ! Je range mon téléphone !
  • T’es pardonné Maximiliano, c’est rien, me répond gentiment Kate
  • Hors de question, dit-il en me le prenant des mains à une vitesse folle
  • Non, rends le moi Lorenzo, c’était rien !
  • C’est qui Giulia du Corriere ? dit-il en regardant ma dernière consultation
  • T’abuses, allez rends moi le téléphone !
  • Tu cherches des infos sur ma cliente, Max ? me questionne ma soeur.

Là c’est sur je suis dans la merde la plus complète ! Pourquoi j’ai regardé ça ici, et maintenant ?

  • Pas vraiment. Laissez tomber, j’étais juste curieux.
  • C’est quoi l’histoire de ta cliente, Maria ? demande Lorenzo.

Ma mère ne dit rien, mais à son regard elle attend qu’une chose, que ma soeur lui raconte toute l’histoire de lundi dernier.

  • Il y a pas grand chose. Max a servi une de mes clientes, Giulia, vu que j’avais un groupe à placer et à servir au café et il est resté à sa table tout le reste de la matinée. Ils n’ont pas trop parlé d’après ce que j’ai vu.
  • Vous voyez, il n’y a rien à raconter.
  • Pourquoi tu cherches des infos sur une fille que t’as vu qu’une fois ? me relance-t-elle

Je reste muet, hors de question que je lui raconte quoi que ce soit de plus.

  • Tu l’as pas vu qu’une fois, n’est ce pas ? renchérit Lorenzo.
  • Non mais vous êtes pas possible ! On peut pas changer de sujet c’est lourd là.

Monter le ton marche des fois avec eux, ils n’aiment pas que je sois contrarié.

  • Non, on ne change pas de sujet, tu as l’air de l’avoir vu une deuxième fois. Je suis ta mère, je le sens !

Et maintenant, c’est ma mère qui en rajoute une couche. On est qu’à l’apéritif et je suis déjà assommé de questions.

  • Je l’ai vu vendredi, du moins croisé à la sortie d’une interview c’est tout. Je voulais juste savoir son nom.
  • Fallait me demander, me lance Maria toute fière.
  • C’est une cliente fidèle ?
  • Elle est là au moins trois fois par semaine donc oui !

Je vais être obligé de retourner au café, rapidement. Faut que je la vois.

  • Merci. On peut changer de sujet maintenant, c’est quand même l’anniversaire de Kate. On va pas parler de moi toute la journée, non ?
  • Ca va t’as répondu à assez de questions pour aujourd’hui, me rassure Lorenzo.
  • Passons à table, lança Kate !

Kate marque définitivement des points, elle clôture mon supplice.

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