Partie 10 : Thalas

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Quel genre de machination avait débuté lorsque Thalas avait accepté le cadeau de ce Tendal ? Ce cadeau si fragile et sensible... qui bravait sa nature profonde pour se tenir face à lui, prêt à se sacrifier pour sauver ses frères et soeurs… Fray lui offrait sa vie, ou plutôt sa mort, pour qu’il échappe lui aussi aux mystérieux plans de l’homme en noir ?

Alors qu’un tas de questions naissait dans son esprit, le roi perdit très vite son sérieux pour laisser échapper un bref rire face à la situation. La vue de son jeune serviteur élargissant le col de son vêtement devant lui, ne déclencha pas de pulsion meurtrière, bien au contraire.

— Fray… Si je désirais te tuer, comprends bien que tu n’aurais pas besoin de te dévêtir pour que j’arrive à mes fins… sourit le roi.

Il leva sa main vers la peau offerte du jeune homme pour glisser ses doigts à la base de son cou. Son pouls était si rapide... D’une légère pression, Thalas força Fray à reculer jusqu’à son bureau où il le bloqua entre lui et le meuble en bois raffiné.

— Ta peau est si délicate que n’importe quelle lame pourrait s’y enfoncer sans le moindre effort… Ce n’est pas ce tissu tout aussi fragile qui te protégerait, poursuivit-il.

Le regard amusé mais aussi inquiétant du roi se posa enfin dans celui de Fray. Ce dernier semblait avoir un peu perdu de sa détermination. L’appréhension se lisait dans ses yeux pâles. Tenait-il vraiment à mourir de sa main ? Son ancien maître l’effrayait-il à ce point ?

— Mon jeune ami, Tendal mérite-t-il autant de terreur de ta part ? Pourquoi devrais-je le craindre ? Je suis le roi de Ushar, la seule puissance de Fasnor ! Bientôt toute l’île m’appartiendra ! Comme toi, tu m’appartiens. Comprends-tu ce que cela veut dire ?

Pour appuyer sa question, Thalas descendit sa main dans l’ouverture que lui avait offert Fray. Ses longs doigts se promenèrent sur le torse glabre. Il ne lui laissa pas le temps de répondre.

— Cela veut dire que tu ne mourras pas tant que je ne l’aurais pas autorisé. C’est moi le roi. Tout doit se passer comme je le désire. Tu m’entends ?

Sa main continuait de s’aventurer toujours un peu plus loin, elle trouva un téton et le titilla pour le faire durcir. Thalas se pencha dans le même temps pour embrasser avec douceur le cou de Fray. Il sentait sa respiration s'accélérer.

— Vous pouvez conquérir tout Fasnor, et même tout le continent si tel est votre désir… Mais cela ne changera rien à vos souffrances. Qu’est ce que cela va vous apporter d’être reconnu comme l’incarnation d’un dieu sur Terre ? répondit enfin Fray en cherchant à provoquer Thalas. Ce n’est pas parce que je vous appartiens que je vous considère comme un dieu.

Le baiser si doux du roi devint alors une vive morsure dans le cou du jeune homme qui tressaillit à peine. Pourtant, hormis cette petite réaction de colère, le roi ne montra pas davantage son énervement.

— Moi ? Un dieu ? Je suis bien mieux que cela. Je suis mortel. Je suis comme toi, comme mes gardes derrière cette porte, comme le noble du château voisin ou le paysan un peu plus loin. La seule différence est que je suis l’homme le plus puissant de Fasnor. Et ma grandeur rejaillit sur tout mon peuple. Je suis un symbole pour eux. Je suis leur roi, le roi.

— Vous êtes le roi, mais vous n’êtes pas mon roi, répliqua le jeune homme avec difficultés.

— Je ne t’en laisse pas le choix, souffla Thalas contre son cou si tendre, Tu devrais plutôt tenir ta langue si tu tiens vraiment à rester ici. Ce n’est pas le pouvoir de ton gardien qui te sauvera si tu te montres irrespectueux.

Le roi s’écarta de Fray pour le regarder d’un air sévère. Le jeune serviteur semblait perdu, et même sur le point de pleurer. La perle à son cou restait fort sombre. Thalas avait du mal à comprendre ce qu’il se passait dans sa tête à ce moment précis. Voulait-il toujours mourir ? Rester à ses côtés ? Quoi qu’il en soit, Thalas comprenait de mieux en mieux l’angoisse extrême qu’exerçait Tendal sur lui.

— J’ai bien remarqué, dit-il d’une voix plus douce, que ton ancien maître n’était pas un marchand classique. Mais il ne me semble pas si intelligent à avoir abandonné si vite tout en laissant le doute dans mon esprit. Alors.. Avoir peur de lui ? Jamais.

Le roi vit sur le visage de Fray qu’il avait cessé de lutter. Il avait compris qu’il ne mourrait pas ce soir.

— Eh bien, il me fait peur à moi majesté. Faites moi ce que vous voulez, mais gardez-moi auprès de vous… Par pitié.

Le roi fut quelque peu surpris lorsque, à ces mots, Fray délaça davantage sa tunique pour la laisser glisser de ses épaules. Il dévoila ainsi ses côtes saillantes et son dos couvert de bleus et d’éraflures à divers degrés de cicatrisation. Thalas fronça les sourcils à cette vue, qui lui avait fait tant de mal ? La question ne se posait pas vraiment, il savait que Tendal était le responsable. Au fond de lui, une flamme de colère s’était allumée, il avait envie de le faire payer pour avoir ainsi blessé le jeune homme.

Au même moment, sa douleur infernale s'éteignit pour la deuxième fois de la journée. Thalas baissa les yeux sur les mains de Fray, désormais agrippées à la sienne, toujours posée sur son torse. Une faible et chaude lumière s’en échappait, signe qu’il utilisait son pouvoir antalgique.

— Je te protégerai de tous ceux qui te veulent du mal, à commencer par Tendal. D’ailleurs, j’ai envoyé des gardes l’espionner après son départ. Tu ne dois avoir peur de personne, sauf de moi, déclara le roi d’une voix sourde.

“Mais personne ne te protégera de moi” aurait-il pu ajouter. Il retourna sa main pour placer sa paume face à celles de Fray et replia les doigts. Il ne voulait pas que le jeune homme cesse d’user de son pouvoir trop vite. Le roi se pencha davantage sur Fray pour l’embrasser, un baiser possessif.

— A votre guise, mon roi, lui dit-il après avoir rendu son baiser.

Thalas sourit. Fray glissa sa joue contre la sienne pour enfouir son visage dans ses cheveux sombres. Libéré de sa douleur pour un temps, le roi pouvait se permettre de lâcher sa canne. Il déposa celle-ci contre le bureau. Puis il glissa sa main libre dans le dos de son jeune amant pour le rapprocher de lui…

Thalas fronça les sourcils. Une chaleur infernale germait dans le bas du dos de Fray et contractait les fin muscles sous ses doigts… Cette souffrance innommable, qu’il connaissait trop bien pour ne pas la reconnaître.

— Fermez les yeux majesté, ce sera plus efficace, murmura Fray dans son cou.

Etait-ce là son plan pour que le roi ne remarque rien ? Thalas l’aida à se hisser sur le bureau, mais il refusa de lui obéir.

Depuis le début, il se doutait que son pouvoir avait un effet secondaire, mais il ne s’attendait pas à cela. Fray transférait sa douleur dans son corps pour l’en soulager. Etait il donc moins fragile qu’il n’en avait l’air ? Après tout, le jeune homme pouvait supporter cette chaleur infernale sans broncher pendant plusieurs minutes... Thalas ne lui fit pas remarquer sa découverte, il ne voulait pas mettre un terme à ce moment de liberté qui débutait à peine.

Fray passa ses jambes autour des hanches du roi. Thalas ne l’aurait jamais laissé faire si la douleur était présente. Leur corps étaient désormais si proches l’un de l’autre… Le roi sentit le contact des lèvres de son serviteur dans son cou, un baiser discret. La soudaine audace de son jeune amant le surpris.

— Vous savez... l’orgasme est un excellent antalgique, chuchota-il à l’oreille du roi.

Le jeune serviteur s’était redressé pour pouvoir regarder Thalas et lui sourire. Sa perle était enfin totalement blanche. Le roi ne put s’empêcher de rire à ces mots.

— Tu es plein de surprises, Fray… Mais oui, je sais.

Thalas remarqua la disparition de la lumière dans ses mains. Le pouvoir de Fray s’était arrêté… La douleur reviendrait bientôt. Il retira donc sa main de celles de son serviteur et glissa ses doigts sous sa tunique, décidé à lui retirer pour de bon. Fray frémit à ce contact.

Le vêtement tomba mollement au sol, Thalas le chassa du pied. Ce mouvement raviva la douleur au creux de son dos. Le roi n’y porta pas grande attention car ce qu’il découvrit était bien plus intéressant. Tendal n’avait pas jugé nécessaire de fournir des sous vêtements à son esclave. Thalas ne lui en voulut pas pour cela, car il découvrit ainsi l’excitation de Fray.

— Appréciez vous la vue, mon roi ? demanda le jeune homme sans manifester la moindre pudeur.

Thalas avait l’impression de découvrir une nouvelle personne. Cela l’amusait. Jamais il n’aurait cru que cet esclave si timide prendrai autant d’assurance. Fray s’était penché en arrière pour s’allonger sur le bureau, appuyé sur ses coudes. Il regardait son maître avec un demi sourire.

Le roi préféra lui répondre par les actes : il glissa sa main sur la cuisse laiteuse de son jeune amant et remonta lentement vers son entre-jambe. Il amorça de délicats mouvements du poignet et des doigts. Fray se cambra en laissant échapper un léger gémissement.

Thalas n’avait pas l’habitude de faire l'amour hors du lit à cause de ses souffrances. Cependant, il n’en dit rien, un peu de nouveauté lui plaisait. L’excitation et le désir lui permettait de supporter la douleur. Il appuya malgré tout sa seconde main sur le bureau pour soulager un peu ses hanches.

Ainsi positionné, le roi se pencha en avant pour effleurer de ses lèvres le ventre de son serviteur et y déposer quelques doux baisers.

— Par tous les dieux ! gémit Fray. Mon roi, prenez moi, maintenant… s’il vous plaît…

Le jeune homme ne devait pas avoir beaucoup d’expérience, pour se montrer aussi sensible aux contacts de Thalas qui n’en perdait pas son sourire. Il fut tenté un instant de l’abandonner ainsi, de le laisser frustré, pour le punir de sa provocation de tout à l’heure. Le roi cessa son mouvement de va et vient, juste assez longtemps pour lui faire perdre un peu d’assurance. Fray lui lança un regard suppliant et se mordit la lèvre. Heureusement pour lui, Thalas n’avait pas envie de rester frustré non plus.

Conservant son appui sur le bureau pour ne pas trop souffrir, le roi retira sa main qui caressait le sexe de Fray pour défaire rapidement ses chausses. Il dévoila le reste de ses monstrueuses cicatrices... Mais ce n’était pas sa préoccupation du moment. Il ne fit pas attendre Fray plus longtemps.

— Oh bon sang… s’écria le jeune homme, le souffle court.

Le roi le pénétra lentement. Il amorça de légers mouvements de bassin, il ne voulait pas brutaliser Fray. Mais le blondinet se redressa en s’appuyant sur ses bras tendus et replia les jambes pour poser les pieds sur le bord du bureau. Il prit sa position à partie pour onduler contre les hanches de Thalas, facilitant ses mouvements. Jusque dans l'amour, le jeune homme essayait de diminuer ses douleurs.

La cadence entre les deux hommes augmenta. Fray rejeta la tête en arrière. Thalas, abandonna sa vigilance habituelle et perdit pied avec la réalité. Sa respiration s'accéléra, tout comme son pouls. Il avait glissé l’une de ses mains sur celle de Fray pour rester proche de lui. Malgré son manque d’expression, il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il prenait beaucoup de plaisir à cet instant.

Thalas finit par s’écarter, à la toute fin, évitant ainsi d’éjaculer en Fray. Il trouvait cela fort peu correct et préférait salir un peu sa chambre à la place. Il était quelque peu essoufflé mais gardait un léger sourire. Silencieux, il revint se pencher vers Fray pour l’embrasser, puis il déposa quelques baisers sur ses joues et le haut de son torse.

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