Partie 1 : Fray

5 minutes de lecture

Fray fut réveillé par un violent coup de pied dans le ventre. Il se recroquevilla en gémissant. On ne lui laissa pas le temps de s’en remettre. Déjà une poigne de fer attrapait ses cheveux blonds et les tirait en arrière. Le jeune homme se tortilla pour se redresser sur ses jambes, malgré les lourdes entraves qui maintenaient douloureusement ses poignets dans son dos. Il cligna plusieurs fois des yeux. La tête lui tournait, il avait du mal à distinguer les traits de son tortionnaire.

L’homme devant lui devait avoir la trentaine. Ses cheveux sombres tombant jusqu’aux épaules encadraient un visage dur à la peau basanée, aux yeux d’un noir abyssal. Il portait une longue veste noire, un pantalon et des bottes de même couleur. Le tout d’excellente facture. L’homme en noir tenait à la main une longue canne argentée, que le prisonnier redoutait plus que tout.

Fray ignorait tout de son tortionnaire, mis à part son nom : Tendal. Trois semaines auparavant, ce dernier s’était présenté au centre de soins de la cité libre de Ness. Il prétendait avoir été blessé par un monstre et présentait une plaie ouverte sur le torse. Fray assista les soignants et calma sa douleur d’un simple contact de la main. En tant qu’élu d’un gardien, petite créature divine lui conférant un pouvoir antalgique, le jeune homme agit conformément à sa fonction, sans méfiance. Tendal se remit vite de ses blessures. Impressionné par le pouvoir du jeune homme, il lui demanda d’entrer à son service contre une forte somme.

Fray refusa, toute sa vie se trouvait à Ness. Il devait veiller sur ses frères et soeurs. Le jeune homme se rendit compte trop tard qu’il avait fait une erreur en mentionnant sa famille devant cet étranger. Le lendemain, l’homme en noir força l’entrée de sa modeste maison avec plusieurs sbires. Ils menacèrent les siens de leurs lames. Fray se rendit alors sans résister. Ce qui n’empêcha pas les malfrats de le traîner brutalement dehors, à la suite de son ravisseur.

Terrorisé, le jeune homme tenta de s’enfuir à la première occasion. Mais Tendal le rattrapa avec une aisance surnaturelle. Il l’écrasa au sol sous sa botte et marqua son épaule au fer rouge. La douleur, vive et brutale lui fit perdre connaissance. Fray se réveilla entravé et bâillonné, en travers du cheval de son tortionnaire.

— Si tu recommences, ta famille en subira les conséquences, prévint sèchement Tendal.

Fray ne put que hocher la tête, paralysé par la terreur.

Ainsi commença la première étape d’un long voyage à travers Fasnor, en direction du nord. Ils quittèrent les territoires francs et franchirent la frontière du royaume d’Ushar. A mesure qu’ils poursuivaient leur route vers le nord, les températures diminuaient et la végétation se clairsemait. Le jeune prisonnier, qui n’avait jamais rien vu du monde en dehors de sa cité natale, ne profita pas des paysages traversés, trop occupé à survivre. Il dormait dehors, attaché à un piquet de tente. Il devait supplier Tendal pour qu”il lui donne à manger. Ce dernier en profitait pour l’humilier de toutes les manières possibles. Au bout de trois semaines de ce traitement, Fray n’était plus qu’un gamin soumis et terrorisé.

Une seule chose permettait au jeune homme de tenir : son gardien, Xylo. Invisible aux yeux de l’homme en noir, il réchauffait son corps meurtri, et calmait ses angoisses. C’était une créature de lumière, avec un corps d’écureuil et une tête de chouette. Il avait choisi Fray pour lui faire don de son pouvoir anti-douleur. Le jeune homme considérait toujours sa présence dans sa vie comme une bénédiction, bien que son tortionnaire semblait l’avoir capturé en raison de son pouvoir. Sa présence lui donnait le courage de tenir un jour de plus.

Fray était à bout. Il sentait cependant que ce pèlerinage forcé touchait à sa fin. Pour la première fois depuis trois semaines, le jeune homme avait dormi sous un toit. Ce tas de pailles, dans l'écurie d’une petite ferme, de son point de vue, représentait un luxe inespéré.

Tendal traîna Fray à l’intérieur de la bâtisse principale de la ferme. A peine eut il le temps d’y faire quelques pas, le jeune homme fut subitement libéré de ses entraves et poussé en avant. Déséquilibré, il tomba à genoux aux pieds de ce qu’il supposa être la maîtresse de maison : une femme bien enrobée avec une mine patibulaire.

— Rend-le présentable pour Thalas, lui ordonna l’homme en noir.

Fray n’eut pas le temps de se demander ce que lui voulait le roi d’Ushar. La femme sortit une grosse paire de cisailles et tira brutalement sur les guenilles du jeune homme. Elle les taillada d’un geste expert. Fray se retrouva bientôt nu et tremblant. La femme le poussa ensuite dans un bac d’eau glacée. Il émit un petit cri de surprise, ce qui lui valut une claque. Le jeune homme serra donc les dents et supporta en silence le passage de la brosse savonneuse sur son dos couvert d’égratignures et d’ecchymoses. Il fallait bien ça pour ôter la crasse accumulée durant le voyage.

La femme aspergea Fray d’eau glacée pour le rincer. Puis elle l’éjecta de la bassine et le sécha sans douceur. Elle lui jeta ensuite une tunique de soie sombre, que le jeune homme enfila maladroitement. Le vêtement, trop grand, tombait sur ses genoux grêles et dissimulait ainsi la plupart de ses blessures. Puis la femme serra autour de sa taille une ceinture de lin plus claire. Puis elle peigna brutalement ses cheveux blonds, rendus hirsutes par le voyage. Tendal choisit ce moment pour approcher de nouveau son prisonnier qui demeurait tête baissée.

— Parfait… Tu corresponds parfaitement aux goûts de ce cher Thalas le Deuxième, déclara-t-il en lui saisissant la gorge pour le forcer à le regarder.

Fray croisa le regard fou de son tortionnaire. Il semblait sur le point de l’embrasser… ou de lui briser la nuque. Le jeune homme se mordit la lèvre pour ne pas pleurer, tandis que la femme, derrière lui, le menottait de nouveau. L’homme en noir relâcha alors son étreinte et empoigna la chaîne qu’il venait de lui passer autour du cou. Fray tressaillit mais il fut bien obligé de le suivre dehors, pieds nus et grelottant dans le vent d’automne. Xylo, blotti contre ses reins et lové entre ses poignets entravés le réchauffait un peu. Ses jambes affaiblies le soutenaient à peine. Il titubait plus qu’il ne marchait derrière Tendal.

Ils traversèrent ensemble quelques kilomètres de rase campagne et arrivèrent en vue des murailles de Tahndor, la capitale d’Ushar. Au loin, les tour ciselées du palais royal se découpaient nettement dans le ciel bleu. Fray n’eut pas le loisir d’admirer le monument très longtemps. Tendal tira d’un coup sec sur sa chaine, manquant de le faire tomber. Il se redressa in extremis lorsqu’ils se présentèrent à la porte Sud de la muraille. L’homme en noir présenta son laisser-passer, et mena son prisonnier à travers les ruelles pavées de Tahndor.

La ville était noire de monde. La foule impressionna beaucoup Fray qui jetait des regards effrayés tout autour de lui. La population se densifiait à l’approche du palais royal. Elle finissait par s'agglutiner en une longue file s’étirant jusqu’à son entrée principale. Tendal fut obligé de s’arrêter pour patienter, comme les autres. Les personnes autour d’eux dans la file semblaient venir des quatre coins du royaume. Tous étaient bien vêtus et portaient toutes sortes d’objets étranges dans leurs bras. La file avançait assez vite. Fray commençait doucement à comprendre le sort qui l’attendait. Une boule d’angoisse lui serra les entrailles, tandis qu’il franchissait les portes du palais royal.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Aakash Ganga ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0