03- Le demi-cercle

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Ce n’était pas pour rien si on appelait parfois les Hodh « La Hordhe ». Ni leur semence, ni leurs idées n’avaient jamais été claires, mais ce qui était leur faiblesse était aussi leur plus grande force : ils étaient nombreux, ils étaient unis. Seuls, ils se cognaient aux murs de la vie. Ensemble, ils faisaient s’effondrer les obstacles. Même la terre salée finissait chaque année par leur rendre de quoi les nourrir, à force de se faire retourner, bêcher, creuser dès la fin de l’hiver.
Au cri de victoire Padam, des têtes émergèrent de tous les coins de la Barne. Ils rappliquèrent tous, par réflexe de chasse, pour la curée : le cousin Fougass qui avait perdu ses sourcils quand il avait remplacé la meule après l’avoir cassée, un soir d’automne, le vieux Pardi qui ne savait plus que s’exclamer « Pardi ! » depuis qu’il avait été piétiné par ses vaches, la grande cousine Didine qui était si souvent enceinte que ça lui avait fait les jambes arquées, et la marmaille innombrable, la nuée braillarde à moitié consciente et pas plus vêtue qui s’agglomérait sur elle-même et avançait en tas grouillant, baveux, pleine de jambes et de piaillements, de bouches ouvertes sur des dents qui manquaient, des paires d’yeux pétillants de vie idiote dont les plus hauts faits seraient sans doute un coup de boule à un cheval au galop, la perte quotidienne de son sandwich dans le mortier ou la découverte du vertige en faisant aller trop vite un tour de potier.
Toute la famille s’était réunie devant le perron, en un demi-cercle que des siècles de pratique avaient perfectionné. S’il était une qualité qu’on pouvait leur reconnaître, c’était qu’ils savaient faire un arc de cercle.
Le père, qui avait accueilli l’entrée fracassante des chasseurs par un rugissement de victoire, était aussitôt sorti sous le porche et avait collé ses poings sur les hanches en éructant des « Ça alors ! Tu vas voir c’que tu vas voir ! Et plein d’autres menaces pas en l’air mais j’ai pas d’idées ! »
Il prit l’air grave des jours de cercle. La mère adopta son rôle d’ombre et se glissa derrière lui et les jumeaux se disputèrent la charge du baluchon. Quelque part dans le demi-cercle, l’aîné numéro deux avait réussi à sortir de la maison sans se faire remarquer, mais pour une raison inconnue, avait décidé de garder ses deux bras levés. Personne ne semblait parvenir à le faire arrêter. Ça ondulait vers le ciel comme des roseaux sous le vent mou. Même en l’air, ça ballait toujours. Le père tâcha d’ignorer cette paire d’aunes en caoutchouc et tourna à nouveau son regard sur Pat. Il décida de la pointer du doigt et il y eut des « ho ! » et des « ah ! » dans le cercle. On ne pointait pas du doigt à la légère dans le clan des Hodh.
« Pattie Hodh, petite verrue sur le nez de notre sainte famille ! Qu’est-ce qu’t’as à dire pour ta défense ? Et réponds quand j’te parle ! »

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