Aurora (1/2)

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— Le Dragir, sérieusement ? Et tu n'as pas jugé utile de m'en parler avant ? Tu aurais au moins pu me prévenir ! explosa Lina dès son entrée dans la chambre de la princesse.

Elle avait l'air furieuse, ce qui amusa fortement Aurora.

— Une trouvaille de dernière minute, rétorqua-t-elle en haussant mollement les épaules. Je l'ai glissé à l'oreille de Gauvain juste avant la cérémonie et il a tout de suite adoré l'idée. Il en a fait part au Grand Sénateur Hockwood dans la foulée... tu aurais dû voir sa tête ! Rien que pour ça, ça valait le coup !

— Il a accepté juste comme ça ?

— Juste une « lubie » de plus, il n'avait pas de raison de la lui refuser, expliqua la princesse. Mon frère plus facile à manœuvrer s'il est de bonne humeur et Hockwood le sait. Par ailleurs, un cadet issu de la ville basse ne représente aucune menace à ses yeux. Il a toujours manqué de discernement à cet égard.

— Même si le Grand Sénateur est doué pour improviser, aucun noble n'aura été dupe. Si moi je l'ai vu, tous auront remarqué l'absence du protocole qui accompagne ce type de distinction. La position de Gauvain sera menacée s'il continue de n'en faire qu'à sa tête de façon si visible...

— Que pourraient-ils faire ? Me couronner à la place ?

La grimace de Lina fut éloquente. De toutes les raisons pour lesquelles Aurora la chérissait, la sincérité était de celles qui comptaient le plus.

— Et s'ils destituaient les Pennlass ? argua la jeune pilote.

— Trop tôt, les succès de mon père sont encore trop présents dans les mémoires. Les grandes familles profiteraient des remous provoqués par une telle action pour se dresser contre le Sénat. Ces politiciens ne prendront pas le risque d'une guerre civile et ne mettront surtout jamais en danger leur position. 

Lina acquiesça sombrement en prenant place sur le lit aux côtés de son amie.

— J'espère que tu as raison. Du coup, on fait quoi maintenant ? reprit la jeune militaire.  

— La cour martiale est pour bientôt, on doit passer à l'action. Je m'éclipserai après le dîner, amène-le dans ta chambre.

Lina prit quelques instants avant d'approuver.

— Sois-prudente.

— Tu me connais ! répliqua aussitôt Aurora.

Elle sourit de plus belle quand son amie la fusilla du regard.

***

L'air totalement estomaqué du jeune homme valait le coup. Lina avait prévenu la princesse qu'il n'était pas très dégourdi dans son genre.

— Je t'avais promis mon nom si tu étais capable de me battre, mais on va considérer que le fait de venger la mort de mon père ne vaut pas rien, affirma-t-elle innocemment.

Lucas resta un moment immobile et silencieux, puis il mit soudainement un genou à terre.

— Votre Grâce, je...

Ça c'est la meilleure ! songea-t-elle.

— Pas de cérémonie, lève-toi tout de suite ! ordonna Aurora en soupirant. Je suis la sœur de l'empereur, c'est vrai, mais mon rôle est purement figuratif. De plus, je ne suis pas ici en mission officielle, assura-t-elle en haussant les épaules.

En constatant l'absence de changement dans sa posture, Aurora retint un soupir d'agacement. À l'évidence, cela ne faisait aucune différence pour le cadet. Elle en tira une légère contrariété : comme tous les autres, il se comportait totalement différemment maintenant qu'il savait qui elle était. La princesse jeta un coup d'œil circonspect à Lina qui soupira.

— Je t'assure qu'il fera l'affaire, il a beaucoup de talent dans son genre. Je ne serai pas surprise qu'il ait un grand avenir, assura l'apprentie pilote.

— Ce n'est pas pour ça qu'on l'a choisi...

— C'est vrai, c'est son "coup d'éclat" qui l'a désigné, mais on a eu de la veine : il est mon candidat idéal. De toute façon, on a plus le choix.

Lucas les regardait à tour de rôle sans ouvrir la bouche. Il avait l'air complètement perdu. Même si le voir ainsi amusait Aurora, elle se décida à passer aux choses sérieuses.

— Lucas Vend, je sollicite ton aide pour une affaire privée. Nous aurons besoin de ton infinie discrétion. Puis-je compter sur toi ?

— Je... bien sûr. Heu... je dois faire quoi ?

Il se dandinait, l'air tellement mal à l'aise que ça en devenait ridicule. Lina avait expliqué à Aurora que le jeune homme venait des bas-fonds de la cité, que pour lui la famille impériale aurait sans doute quelque chose d'inaccessible, à la limite du divin. Même si elle s'y était attendue, le jeune plein d'énergie croisé quelques semaines plus tôt contrastait diablement avec celui qui se tenait devant elle.

— Avant toute chose, j'ai besoin d'un engagement formel de ta part, continua-t-elle.

— Un engagement ?

— Elle veut dire que tu dois lui prêter allégeance, intervint Lina. En clair, lui promettre ta loyauté, de suivre ses ordres quoi qu'il arrive.

Le jeune homme les regarda tour à tour avec circonspection, puis Aurora crut voir une étincelle s'allumer dans ses yeux.

— Je suppose que c'est un accord donnant-donnant ?

— Quoi ?! s'étouffa Lina. As-tu conscience de l'honneur qui t'es fait ? Devenir l'homme de la princesse c'est...

— C'est comme être engagé dans l'armée sans rien avoir demandé à personne ? rétorqua-t-il aussitôt.

Le changement de comportement du jeune homme avait été rapide. Lina semblait sur le point de lui sauter à la gorge et Aurora comprenait ses raisons : outre le ton irrespectueux de Lucas, son amie avait fait de gros efforts pour convaincre sa famille de la laisser s'engager. Si elle ne s'était pas montrée capable de contrôler les Nova, sans doute n'y serait-elle pas parvenu.

— Il a raison, on ne peut pas s'attendre à sa fidélité sans qu'il n'y trouve son compte, déclara la princesse en s'interposant. Que veux-tu en échange ?

Aurora ignora le regard hargneux de sa compagne qui se détourna pour aller regarder la ville dans son habit nocturne. Lucas en revanche la fixa avec intérêt.

— J'ai une sœur dans la ville basse, Elia, je voudrais... Pourriez-vous la ramener ici ? Dans la ville haute je veux dire. Vous pourriez lui donner un logement convenable, lui trouver un emploi peut-être ? Elle est infirmière. Ce serait possible ?

Lina s'était retournée, l'air plus détendue. La princesse elle-même fut bien forcée de réévaluer le jeune homme.

— Tu avais peut-être raison à son sujet, affirma-t-elle à l'attention de son amie avant de concentrer son attention sur Lucas. Cela ne devrait poser aucun problème, affirma-t-elle.

— Alors euh... qu'est-ce que je dois faire ? questionna le jeune homme à nouveau hésitant.

— Mets un genou à terre et jure fidélité et obéissance inconditionnelle à la princesse Aurora Penlass de Mogrador, indiqua Lina.

Le jeune homme n'hésita pas, il obtempéra sans cérémonie. Dès qu'il eut prononcé les mots, il se redressa et leur adressa un regard interrogatif.

— Va t'assoir, nous allons t'expliquer ce que nous attendons de toi, déclara Aurora.

Lucas se dirigea vers le lit mais s'arrêta à mi-parcours et saisit une chaise, les joues en feu. Lina s'installa en face de lui, un grand sourire sur les lèvres, tandis que la princesse restait sur place les bras croisés.

— On a besoin de discuter discrètement avec un prisonnier de l'aile politique, attaqua Lina. On va avoir besoin de toi pour ça.

— Pourquoi ? Je veux dire, c'est la princesse, elle n'a qu'à demander et...

Il faudra faire quelque chose pour ses manières, songea Aurora.

— Même si c'était si simple, je ne peux pas, trancha-t-elle. Personne ne doit savoir que je lui ai rendu visite.

— Mais je ne sais même pas où est cette prison, se défendit Lucas. Pourquoi ne pas plutôt demander l'aide de quelqu'un de la ville haute ?

— Tu n'as pas conscience de l'omniprésence du jeu politique dans les hautes sphères, reprit Lina. Il serait plus dangereux pour nous d'accorder notre confiance à un membre de la noblesse que d'aller combattre une armée rebelle. Ton absence de liens avec la haute société est l'un de tes points forts dans cette affaire.

— Et toi alors ?

— Lina et moi nous connaissons depuis l'enfance, expliqua la princesse. De plus, nos deux familles sont alliées depuis depuis une éternité.

— Elle n'avait surtout pas le choix, il lui fallait quelqu'un dans l'armée pour l'aider discrètement, ajouta Lina en lui souriant d'un air provocateur.

Même en sachant que son amie n'avait pas voulue se montrer blessante, Aurora ne put s'empêcher de s'en trouver peinée. Elle tenait véritablement à Lina et la considérait davantage comme sa famille que ceux de son sang. La jeune femme blonde était sa compagne d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Toutes deux avaient partagé leurs jeux d'enfants et leurs secrets d'adolescentes. La pilote était la seule personne à qui elle confierait sa vie sans hésiter.

— Qu'est-ce que je dois faire alors, reprit Lucas, je veux dire, que Lina ne puisse réaliser seule ? Elle connait la ville haute, a plus d'expérience et est considérée comme la pilote la plus prometteuse depuis des décennies.

Lina tentait de cacher ses émotions derrière un masque d'indifférence, mais la princesse la connaissait trop bien. Les mots du jeune homme la touchaient plus qu'elle ne voudrait jamais l'avouer. Était-il possible que leur relation soit plus profonde qu'elle ne le lui avait dit ?

Tiens tiens, petite cachotière...

— Tu viens justement d'expliquer pourquoi, fit-elle remarquer. Lina ne peut pas sortir dans les rues sans que ça n'attire une attention malvenue. En revanche, les rapporteurs ne jugeront pas utile d'interpeler une nouvelle recrue issue de la ville basse, même aux côtés d'un individu encapuchonné. Quelle personne importante irait se promener avec une escorte pareille ?

— Les rapporteurs ?

— Les secrets sont la clef dans la politique de Mogrador, indiqua Lina. Les rapporteurs passent leur temps à épier les faits et gestes des passants. Ils signalent ce qui peut présenter une utilité à qui veut bien leur donner quelque chose en échange.

— Échapper à leur attention et filer du palais impérial sans être vue est un petit exploit. Heureusement, j'ai de la pratique dans ce domaine, ajouta Aurora avec un clin d'œil à Lucas.

Le jeune homme détourna vivement les yeux à sa grande satisfaction.

— Donc, vous voulez que j'escorte la princesse jusqu'à cette prison ? Moi ?

— Ne t'inquiète pas, j'assurerai ta protection en cas de danger, se moqua Aurora en souriant.

Il évita son regard.

— Une fois là-bas, je fais quoi ?

— Le Dragir, indiqua Lina.

— Quoi ? La médaille ?

— Ce n’est pas une simple "médaille", le Dragir est l'une des distinctions les plus rares de l'armée mogradorienne, elle récompense un service exceptionnel rendu à la nation. Avec cette décoration en main, tu peux te considérer l’égal d’un officier. Ça a ses limites bien sûr, mais on a de bonnes chances de convaincre les gardes avec elle.

Le jeune homme marqua un temps d'arrêt, puis leva les yeux vers la princesse. Il osait enfin la dévisager.

— C'est vous qui avez fait en sorte que je l'obtienne.

Aurora lui sourit innocemment.

Il peut être vif d'esprit quand il veut !

— Au début je pensais à une lettre de recommandation de mon frère... cette solution a le mérite de ne pas l'impliquer.

Et de ne pas avoir à lui en parler.

— Nous devons régler cette affaire au plus vite, intervint Lina. Es-tu prêt à y aller ?

Lucas regarda la militaire en face, qui hocha la tête d'un air encourageant, puis laissa échapper un long soupir. Cela donna à la princesse une envie soudaine de le secouer.

— On y va.

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