Suis moi pendant 92 km... Cela ne prendra que 5 minutes.

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    Bonjour à vous, potentiel lecteur. Je m’appelle Aurore. Je suis Aurore, et il m'arrive une aventure bizarre. Mais laissez-moi vous tutoyer, ce sera plus commode pour te la conter. Puisque c’est bien ça que tu attends de moi. Tu veux que je te raconte une histoire, c’est pour ça que tu as cliqué. Tu es curieux. Ou curieuse. Par convention on a tendance à utiliser le masculin. Mais tu peux être une fille, ou une femme, ou une créature féminine, si tu veux, lecteur. Lectrice. Peu importe, commençons. Cela fait maintenant un bon moment que je suis inscrite sur Scribay. Deux ans peut-être ? Un peu moins. Enfin, à l’échelle de ma vie, cela fait assez longtemps qu’Aurore existe ici, presque depuis le début de Scribay. Peut-être que tu as déjà vu mon pseudo écrit ici ou là ? Ou peut-être est-ce la première fois que tu viens à ma rencontre. Bienvenue. Enchantée. Ou pas, je dis ça parce qu’il faut être polie, mais je ne te connais pas. Au mieux, je sais comment tu te fais appeler sur la plateforme, et peut-être un peu plus si j’ai visité ton profil ou si j'ai papoté avec toi.

Mais venons-en aux faits.

    Si toi aussi tu as fait un tour sur Scribay récemment, tu as forcément entendu parler du fameux défi « Cinq minutes en Hyperloop ». Il est au centre de l’attention, partout. Et pour cause ! Celui qui l’a proposé à la Communauté n’est autre que Jules Verne. Il est ressuscité, rien que pour toi. Pour moi aussi. Et pour les autres. Jules Verne revient à la vie, et il lance un défi sur Scribay. C’est la classe. Même si c’est carrément louche. Jules Verne revit, il s’inscrit sur un réseau social d’auteurs sur Internet, il sait ce qu’est un hyperloop, mais il n’est pas fichu de mettre une photo de profil en couleurs. C’est très louche. Et puis, tu l’as sûrement remarqué, mais tout ça n’est qu’une bonne excuse pour se faire un bon coup de pub ! Relis le défi, tu verras. Il t’invite, l’air de rien, à t’inspirer de Cinq semaines en ballon, qui est d’ailleurs l’unique œuvre que tu trouveras sur son profil. Comme si on ne connaissait pas les écrits d’un aussi grand auteur, en plus, il faut qu’il se la raconte ! Bref. Même s’il n’est pas net et qu’il a un penchant narcissique, c’est un sacré honneur qu’il nous fait à toi, à moi, et aux autres ! Il fallait donc que je relève ce défi, je ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. Sauf que, tu vois, lecteur, je n’étais pas inspirée par ce défi. Mais alors pas du tout. Pas la moindre petite idée potable à l’horizon. Rien, que dalle, niet, nada, nothing, nichts. Cependant je ne suis pas en train de t’entourlouper, ne t’inquiète pas, tu les auras, tes cinq minutes en hyperloop, si tu continues à lire, là, juste en dessous.

    Comme les mots refusaient d’affluer sous mes doigts, je me suis dit qu’il fallait que je ressente ce que je devais écrire. J’écris mieux ce que je connais, c’est comme ça. Alors j’ai fait un tour en hyperloop. Ne me dis pas que ce n’est qu’un projet ou que ça n’existe pas encore. Pire, ne me traite pas de menteuse, puisque j’écris : je suis narratrice et en littérature tout est permis. La notion de réalité, et celle de vérité encore davantage, ne riment à rien. J’ai donc passé cinq minutes en hyperloop. Plus exactement, je suis en train de passer cinq minutes en hyperloop. Et si tu veux de la vraie précision, j’en suis à 3 minutes 06 secondes, sur les 5. Je m’attendais à vivre un moment épatant. A ressentir des émotions et sensations nouvelles. Je pensais que je serais surprise, époustouflée. Finalement, ce n’est pas si incroyable que ça. Je l’avoue, la structure est imposante. Le machin ne passe pas inaperçu. Je me suis sentie insignifiante. Puis les portes se sont ouvertes avec une mélodie claire et épurée, presque assez moderne pour être futuriste. Je suis montée dans l’engin, en essayant d’oublier la boule d’appréhension qui me tordait l’estomac. Je n’étais quand même pas très rassurée, étant donné que le projet de l’hyperloop n’est pas encore abouti… Je craignais qu’il ne fonctionne pas correctement. Ensuite un aimable monsieur en combinaison bleu pâle m’a invité à le suivre, puis m’a expliqué comment je devais m’installer dans la capsule. Je ne t’expliquerai pas comment est censé fonctionner l’hyperloop. Si tu t’es intéressé comme moi à ce défi, tu t’es sans doute également renseigné sur Wikipédia. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire de redites.

    L’hyperloop a démarré. Tout en douceur. Et j’ai commencé à écrire. La vitesse a progressivement augmenté. Le paysage défile à toute allure derrière le tube. Vite, vite, vite, toujours plus vite. La vitesse déforme tout  ce qui est autour d’elle, toutes ces beautés lentes ou immobiles, déformées, effacées. Ce ne sont plus que des trainées linéaires et colorées, non-identifiables. Pourquoi vouloir aller toujours plus vite ? L’obsession de la rapidité propre à notre société m’exaspère. En cinq minutes en hyperloop, j’aurais parcouru environ 91.8 kilomètres. A quoi bon ? Que ferai-je de mon temps si je ne peux plus savourer le voyage ? Bien sûr, l’hyperloop est magnifique, d’un point de vue technologique, il est aussi avantageux pour l’environnement en comparaison aux autres moyens de transports. Mais ce n’est pas sa rapidité qui me séduit.

    Je résume pour toi, lecteur, et aussi pour moi. Je veux relever le défi de Jules Verne, « Cinq minutes en Hyperloop ». Je suis dans l’hyperloop. C’est grand. C’est un projet ambitieux, une merveille de technologie. C’est écologique. C’est rapide.

    C’est la fin, déjà. Tu viens de passer cinq minutes en hyperloop avec moi, lecteur. Tu t’attendais à mieux, peut-être. Nous avons parcouru presque 92 kilomètres. Où sommes-nous ? Où l’hyperloop t’a-t-il emmené ? Nous sommes peut-être là, tout près, à 91.8 kilomètres de l’aboutissement du projet Hyperloop. Nous sommes peut-être à cinq minutes de Jules Verne. Nous sommes peut-être arrivés derrière l’écran de l’ordinateur, peut-être avons-nous effleuré une réalité. Nous touchons peut-être la frontière des mots, l’endroit fragile où il n’y a plus rien à dire, mais que l’auteur ne veut pas voir. Ou peut-être que tu as perçu ce texte comme un monologue inutile, et alors tu n’es pas monté avec moi dans l’hyperloop. Alors il n’y aurait plus de « nous »… Il y aurait toi, lecteur, et moi, Aurore. Peut-être que 91.8 kilomètres nous séparent. Peut-être que j’arrive cinq minutes trop tard.

    Où l’hyperloop t’a-t-il propulsé, lecteur ?


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