Chapitre 9

8 minutes de lecture

"En réalité c'est l'espoir qui nous fait souffrir quand il n'y en a plus mais qu'on y croit quand même"

- Meuline Rgn.

Lindsay:

Quelques jours plus tard. Los-Angeles le 1 septembre.

Mes yeux s'ouvrent seuls en entendant la sonnerie de mon portable qui s'est introduite dans mes rêves avant de me réveiller. C'est aujourd'hui la rentrée des classes, et je pense que les cours commençent à 8h30.

Il est 8 heures moins quart, mais le lycée n'est qu'à quinze minutes d'ici. J'éteins le réveil qui commençait à m'énerver à sonner comme ça, je sors du lit avant de l'arranger pour aller à la salle de bain.

J'y rentre et ferme la porte à clés. Ces derniers jours, Lukas et moi sommes en bon terme, enfin, la tension n'est plus tellement palpable qu'avant et il ne fait plus son gros imbécile comme au début, je dirais même qu'il est attentionné et sympa avec moi. J'avoue qu'il est assez mignon et qu'il a de faux de faux airs de faux airs de Colton Haynes je l'avoue il n'est pas moche, mais ça reste le fils de Caroline et pas du tout mon type de mec. Mais pourquoi je me mets à demander si c'est mon type ou pas ? Bien sûr que non ! Nous somes bien trop différents ! Il est bien trop brutal mais tellement gentil à la fois... Cette coquille de salaud qui renfermerait peut-être un cœur ?

Je secoue la tête pourchasser ces pensées idiotes qui n'ont rien à faire dans mon esprit, et puis j'ai un petit ami ça suffit !

Je me rince le visage et rentre sous la douche. J'aime prendre une douche chaque matin parce que je passe une soit-disant bonne journée après.

L'eau froide vient glacer toutes les parcelles de mon corps et m'apaise, je lave vite fait mes cheveux et mon corps avant de sortir en 5 minutes, j'enroule une serviette autour de mon corps et sors en attachant mes cheveux en une sorte de chignon bordélique. Je fais tout en 5 minutes, depuis ce jour là... Je ne prends plus aucun plaisir à faire quoique ce soit, à part le matin où on s'est amusés avec Lukas à se battre comme de gros gamins de 6 ans, j'ai eu l'impression de revivre les moments d'une enfance volée... Disparue... J'aurais aimé que ce moment ne s'arrête pas. Qu'il reste à rire comme un fou et à me frapper avec son oreiller, j'aurais aimé que ce rire que j'avais quand je courais derrière lui, mélangé au sien, ne fane jamais. Mais, la joie n'est jamais éternelle, pas pour moi en tout cas.

J'attrape la première tenue qui me tombe sous la main, je m'asseois pour mettre mes fidèles converses, prends mon sac à breloques et mon iPhone puis descends ensuite à la cuisine.

Valentýna pose la dernière assiette sur la table et me vois descendre :

  • C'est la rentrée on dirait ! tu es déjà prête ?
  • Oui. Caroline et Frank sont partis travailler ?
  • Oui très tôt ce matin, leur entreprise a signé un contract avec une autre boîte ce qui fait qu'ils collaborent ensemble, donc ils ont plus de travail que d'habitude.

Je m'asseois manger, Valentýna a préparé des crêpes aux myrtilles, mes préférées !

  • Où... Est Lukas ? demandais-je en avalant une crêpe entière.
  • Sûrement encore en train de roupiller.
  • Mais on va commencer les cours ensemble ! On va être en retard !

Je saute de la chaise et monte les marches en courant, je traverse le couloir comme une folle et arrive devant la porte de sa chambre. Celle-ci s'ouvre avant même que je ne bouge la poignée, Lukas l'ouvre et se tient comme une colonne devant moi, il me regarde comme s'il avait vu quelque chose de bizarre :

  • Bon matin, bien dormi ? Dit-il comme si rien n'était.
  • Oui tout va extrêmement bien ! Ne traîne pas on va être en retard !
  • T'as une mèche qui dépasse de ton chignon. Dit-il en me dépassant.

Je la remets à sa place et lui jette :

  • Si j'arrive en retard je te tue !
  • Blah blah blah.

Ce qu'il peut être énervant ce con !

Nous descendons les marches, Lukas pique une pomme et salue Valentýna :

  • Tu ne manges pas Lukas ?
  • Non. Dit-il en s'éloignant. J'ai pas faim ce matin.

Je le suis en courant, quel arrogant !

  • Doucement !
  • Tu viens de dire que si t'arrivais en r'tard t'allait me tuer, désolé mais j'tiens à ma vie. Dit-il en croquant dans sa pomme. Ah, t'as pris ton sac débile ?
  • C'est toi le débile !

J'ouvre la portière de ma voiture et m'asseois au volant, je baisse la vitre et dis:

  • Tu compte monter ?
  • On va en bagnole ? C'est ta bagnole ?
  • Oui on va en bagnole et oui c'est ma bagnole.

Il ouvre la portière et s'asseoit à mes côtés, il la referme et je démarre.

  • Mets ta ceinture. Lui dis-je les yeux rivés sur la route.
  • Et si j'veux pas ?
  • Mets ta ceinture je te dis ! T'es dans ma voiture c'est moi qui décide.

Il lève les yeux au ciel et après quelques secondes, il l'attache.

J'ai l'habitude d'écouter de la musique, j'aime bien les chansons tristes comme sorry de Halsey et tellement d'autres.

J'allume la radio et c'est "too sad to cry" de Sasha Sloan qui passe ce matin. Le son de la chanson envahit la voiture, ce qui me donne les larmes aux yeux. Je connais les paroles par chœur, mais chanter devant Lukas est la dernière chose que je pourrais faire aujourd'hui.

Quand ma partie préférée arrive, Lukas appuie sur un bouton et change de station. Il tombe sur un rap, personnellement ces chansons me font mal aux oreilles.

Je rappuie sur le bouton pour rendre ma chanson, il rechange encore et je suis aussi corriace que lui donc je continue à mon tour. S'il le refait une fois je hurle.

Lukas me regarde et fait son charmant sourire en coin qui a le plaisir de me mettre hors de moi, puis change encore la radio :

  • Oh ! ça suffit ! dis-je hors de moi.
  • Qu'est ce que t'as ? Ta chanson est naze !
  • T'as pas de goût ! Ton bruit fait mal aux oreilles elles saignent carrément !
  • Qui n'aime pas Eminem dans ce monde à part les princesses ringardes !

Je roule les yeux et éteins la radio.

  • Comme ça, tout le monde est content ! En plus nous sommes bientôt arrivés.

Je gare ma voiture dans la parking du lycée et descends.

  • Bon, tu vas me coller toute la journée on dirait ? dis-je en jouant avec mes clés de voiture.
  • J'ai pas neuf ans.
  • Comme tu veux.

Je me retourne en aggripant la lanière de mon sac direction l'entrée du lycée, j'ai encore dix minutes avant le prochain cours. Lukas me suit de loin en faisant semblant de regarder son portable. Quel con il fait...

J'aperçois Kendra de loin avec toutes mes amies de classe, elle me fait de grands signes pour que je la rejoigne. Une fois arrivée devant elle, elle me pince les joues :

  • Mais comment va cette momie ?! Tu m'as tellement manquée gueule d'ange !
  • Toi aussi Kendra. Articulai-je difficilement. ça va tu peux me lâcher les joues !

Elle les lâche et me serre fort. Je salue toutes mes autres copines et elles reprennent vite leur conversation ennuyante sur les principes du contouring et... Tout ce qui s'en suit.

Lukas se tient à quelques mètres de moi, il me regarde et je le rejoins en m'excusant auprès des filles:

  • T'es pas avec tes copines ?
  • Elles parlent de trucs trop... Bof. Et c'est un peu mal poli de te laisser seul ton premier jour de cours.
  • Mouais. J't'ai dit qu'j'avais pas neuf ans princesse.

La sonnerie retentit à cet instant :

  • Donc je suppose que sais où a lieu le prochain cours et quel sera le prochain cours ?

Il roule les yeux :

  • T'es toujours aussi chiante ? dit-il impuissant.
  • Seulement avec les gros cons gâtés comme toi. Dis-je en souriant. Aller viens on va être en retard.

Lukas me suit dans les couloirs du lycée qui ont l'air de nous manger entiers. Je passe vite fait à mon casier pour récuperer quelques bricoles. J'en referme la porte et trouve Lukas en train de me faire les yeux doux :

  • Euh ? Tout va bien ? Dis-je en grimaçant.
  • J'te trouve mignonne quand t'es en colère.
  • Arrête t'es con. Dis-je en rougissant.
  • J'suis sérieux Lindsay.
  • Bouge-toi on va être en retard.

Il rigole et me suit en classe. Nous rentrons et le premier cours est celui de maths. Je n'ai jamais tellement aimé les maths...

Lukas s'asseoit à côté de moi. Le professeur commence son cours sur la continuité et les fonctions réciproque.

  • Prenez un stylo et un cahier de brouillon, vous avez dis minutes pour faire l'exercice 12 page 7 pour voir si vous y connaissez quelque chose en fonctions. Dit le prof en s'asseyant.

Je saisis un cahier de mon sac et commence à résoudre les problèmes.

  • Lindsay... Dit Lukas.
  • Qu'est ce que tu veux ?! Laisse moi me concentrer !
  • T'aurais pas un autre cahier et un stylo ?
  • Où sont les tiens ?
  • J'suis pas passé à mon casier Einstein.
  • T'avais qu'à me le dire ! T'es con ou quoi ?
  • Taisez-vous derrière ! Nous sermonna le prof.

Je gonfle mes narines et sors un cahier de plus que j'ai et un crayon puis les tends à Lukas :

  • Tiens ! Et ne t'avises pas de me redéranger !
  • Merci princesse pompons.

Dix minutes plus tard, Le prof nous demande de poser nos stylos et de passer au tableau. Je lève la main mais le prof choisit Lukas :

  • Vous là-bas, comment vous appelez vous ?
  • Moi ? Demande Lukas en se pointant du doigt.
  • Oui vous ! Qui d'autre Pardi ?!
  • J'm'appelle Lukas Stallone.

Tout les regards sont rivés sur le grand brun qui se tient à mes côtés, et les filles n'arrêtent pas de sourire comme des idiotes... Sérieusement... J'ai connu plus beau !

  • Vous êtes nouveau ? Reprend monsieur Hill.
  • Ouais.
  • D'où venez vous ?
  • De Détroit.
  • Très belle ville industrielle. Passez donc au tableau pour partager vos connaissances en mathématiques monsieur Stallone.
  • Je ne suis pas sûre que ça soit...
  • Pas de mais. Bougez vous. Le coupa le prof.

Lukas avait de la rage dans ses yeux et il était bien décidé à faire payer le prof. Il prend un feutre et commence à répondre à la première question comme un pro. Il en écrit tellement qu'au bout de quelques secondes le tableau est rempli. Il finalise le tout et pose le feutre. Le prof est bouche-bée et il s'exclame :

  • Impressionnant monsieur Stallone !
  • Pff, programme de maternelle. Se lamente Lukas.

Tout les élèves ont le regard scotché sur Lukas qui revient à sa place d'un air digne, j'ai l'impression que ma mâchoir va se décrocher de mon visage :

  • Tu ne m'as pas dit que t'étais aussi fort en algèbre !
  • Les apparences sont souvent trompeuses princesse pompons. Je ne suis pas aussi débile que j'en ai l'air.

Je détourne le regard de Lukas affalé sur sa chaise... J'ai l'impression qu'il me réserve encore plein de surprises....

à suivre....



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J'écris ce texte suite à une révélation qui m'est apparue il y a quelques instants. Je ne sais pas pourquoi je souhaite le mettre à l'écrit.
Partons de l'hypothèse que tout ce que nous sommes actuellement en cet instant est ce que nous voulons. Rien de ce qui fait partie de notre environnement, de nos sentiments ou de nos pensées ne diverge de notre volonté. Nous sommes en accord avec ce qui nous arrive en ce moment.
C'est une hypothèse que j’énonce mais je ne peux dire que j'en suis totalement convaincu. Néanmoins j'ai l'intuition qu'en partant de cette hypothèse je peux m'approcher de son intégration.
Le principe d'une hypothèse c'est de faire semblant qu'on y croit jusqu’à peu-être par la suite douter qu'il s'agit d'une imposture et remettre alors en question la croyance de base.
Qu'est-ce que le désir ? Je ne saurais y répondre mais la révélation que j'ai eu ce matin est que le désir n'est pas de vouloir une chose mais de vouloir la vouloir. Dans le désir on ne souhaite pas avoir une chose, on souhaite être détaché de cell-ci afin de pouvoir la vouloir. Comment pourrai-on désirer ce que l'on a déjà ?
Pour s'en rendre compte on peut se demander si on serait prêt à se détacher d'un désir. Bien sûr si je vous donne l'objet de votre désir vous seriez prêt à me dire que vous y renonceriez.
Je pourrais vous dire que le fait d'obtenir l'objet de votre désir ne le comblera pas mais cela n'aurait pas de sens à vos yeux. Car l'existence d'un désir réside dans sa croyance. Si vous ne croyiez pas qu'il vous comblerai alors vous n'auriez pas ce désir.
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Pouvez vous abandonner un désir avant de le réaliser ? Pour un petit désir futile vous seriez peut-être amusé de me répondre que vous en êtes capable. Mais je parle bien de ces désirs qui vous reviennent chaque jours. Pourriez vous les laisser de coté et renoncer à savoir si vous auriez fini par les réaliser ?
Sans avoir à formuler de réponse vous comprenez déjà que c'est impossible. On ne peut renoncer à un désir. Tout simplement car nous sommes attachés à celui ci. En fait nous voulons ce désir.
Il y a deux façon de faire disparaître un désir. L'une est de l’abandonner mais vous ne savez comment faire et l'autre est de le combler. Combler un désir le ferait disparaître mais ce n'est pas ce que nous voulons car nous sommes attaché au désir.
Voici ce qui fait qu'il ne se réalise pas.
Cette situation semble insoluble, et en état elle l'est.
Je vous propose pour rompre ce cercle vicieux de changer de perspective. Le simple fait de se rendre compte que l'on ne souhaite pas l'objet d'un désir mais le désir en lui même peut suffire a rompre ce cercle.
Mais pourquoi alors nous désirons ? Somme nous masochiste ? Pour désirer une chose il faut la rendre désirable. Pour la rendre désirable il faut qu'elle soit détachée de nous. Hors si nous revenons à notre hypothèse de départ. Tout ce dont nous faisons l’expérience actuellement est ce que nous voulons. Dans ce cadre rien n'est désirable puisque tout est déjà la.
Nous créons donc une séparation virtuelle entre ce que nous avons et ce que nous voulons.
Cette séparation crée un vide et nous cherchons alors à combler celui ci. Il n'y a rien de mauvais dans cette pratique c'est un simple jeu. Peut être vous êtes vous déjà amusé à retarder votre repas afin que la faim soit plus intense et que le repas soit alors plus satisfaisant. Ou encore avez vous déjà patienté un jour de plus avant de vous masturber de nouveau pour augmenter la sensation de libération.
C'est un peu la même chose. On se détache de nos possessions pour apprécier le sentiment de leur récupération.
Le désir n'est qu'un jeu. Mais lorsque j’écris ces mots cela me semble inapproprié car j'ai bien ressenti de la souffrance dans certains de mes désirs et je ne peux donc consentir à les appeler jeux.
Alors ou se trouve l'incohérence ? Pourquoi les désirs ne sont pas tous amusants ? Cela est sûrement dû au fait que l'on oublie qu'il s'agit d'un jeu. Lorsqu'on oublie qu'on joue on prend les choses à cœur et on fini par s’énerver. C'est le cas dans nombre des jeux et jeux vidéo auquel nous jouons.
Au départ on cherche a rendre le jeu plus réaliste alors on cherche à s'oublier dedans. Jusqu’à en oublier qu'on joue et à souffrir. Puis lorsque le jeu s’arrête on se rend compte que l'objet de notre souffrance était virtuel et celle ci s’apaise.
Il s'agit peut-être ici d'un étirement de vos croyance pour lequel vous n’êtes pas assez souple et je ne peux me targuer de l’être complément moi même mais je le rappel tout part d'une hypothèse. Il n'est nul besoin de me croire, il s'agit juste de remettre ces croyances en question. Vous ferez vos conclusions vous même.
Plus le vide que nous avons évoqué plus haut est important plus grande seràit la satisfaction de le combler. Une façon d'agrandir ce vide est donc de le rendre réaliste et par conséquent oublier qu'il n'existe à l'origine pas.
Prenons maintenant le raisonnement inverse. L'un des grands désir de l'humain est celui de recevoir l'amour. Sans évoquer toutes les manifestions possibles de ce désir et de ses variantes je pense que chacun s'imagine sons désir d'amour.
A quoi ressemblerai ce désir totalement comblé ? Imaginons que vous auriez trouvé en une source extérieure à vous même, l'amour dont vous êtes actuellement privé.
Difficile de répondre mais ce qu'on peut imaginer c'est que votre désir d'amour disparaîtrait. Vous seriez comblés.
Ou le seriez vous ?
La source de l'amour telle que nous la cherchons à l’extérieur de nous saurait-elle nous combler ? Si cette source était une personne alors n'aurions nous pas peur que celle ci disparaisse ?
Non la source de l'amour devrait être intarissable pour que nous soyons comblé n'est-ce pas ? Au moins jusqu’à notre mort.
Il faudrait sûrement aussi que cette source nous suive en tout temps. Qui d'autre qu'une personne pourrait nous suivre à chaque instant ? Un drone ? A quelle distance maximale de cette source serions nous satisfait de nous trouver ?
Vous me voyez peut-être venir. La source idéale de l'amour, la seule qui saurait combler son désir devrait se trouver en nous.
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Nous ne saurions être satisfait d'un amour que ne nous serait totalement intégré maintenant. Hors cela n'est possible que si cet amour est déjà là. Mais nous nous pouvons avoir de désir pour une chose qui est là
Ce désir est une illusion qui semble nous détourner de l'amour déjà présent comme si nous nous regardions à travers le retour d'une caméra qui nous filme en désirant être celui que nous observons.
bisous
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Caro Tllc


Aargh… Qui est-ce qui a allumé la lumière ?
Je sers les paupières et retente une sortie ophtalmique. Aïe… C’est toujours aussi douloureux, comme si une espèce de zombie enfonçait ses longs doigts rongés par la pourriture dans mes orbites. Ma substance grise s’agite sous l’attaque et cogne ma boite crânienne au rythme de mes pulsations sanguines.
Je fais un ultime effort pour garder mes yeux ouverts plus de 5 secondes et tente une mise au point de mon environnement immédiat. Hum… Je vois flou d’un œil et les 2 ont l’air d’avoir été se promener à la plage pendant mon absence nocturne. Pfff, j’ai encore oublié d’enlever mes lentilles… Je choisis d’accepter ma borgnitude temporaire et ferme l’œil qui ne sert à rien.
Où est-ce que je suis ? Dans ma position je ne vois pas mon bordel habituel, ni mes culottes sales, ni mon fer à lisser, ni mes barrettes en métal, ni les moutons qui les suivent comme des… ben… moutons. Il y a juste un parquet massif en bois clair qui rejoint une baie vitrée où brûle notre naine jaune. Malgré les 8 minutes et 19 secondes qu’il lui faut pour attendre notre planète, sa lumière est toujours assez forte pour brûler ma seule rétine encore à peu près valide. J’ai mal au crâne et je l’en rends responsable. En toute honnêteté, c’est aussi peut-être un peu la faute de mes amies Tequila et Caipirinha…
Je ne suis pas chez moi, ça s’est acquis. Mais alors, où suis-je ? Je me tourne dans un grognement et vois une masse de cheveux bruns. Je soulève doucement le drap blanc et je bloque, la bouche ouverte et la bave en coin. J’ai devant moi un dos parfaitement musclé et des fesses toutes dorées.
Je reste figée dans mon geste quand tout à coup une de mes synapses paresseuses décide de connecter mes neurones entre elles et mon cerveau s’illumine comme un arbre de Noël. Il ne faut pas qu’il voit ma tête au réveil ! Non, non, ça ne peut pas arriver. Je me redresse aussi vite qu’un diable sorti de sa boite, en mode total panique.
Vite ! Vite ! Où est mon sac ? Je regarde sous le lit. Très mauvaise idée ! Je sens l’acidité de la Canneberge remonter mon œsophage. Beuh… Apparemment, j’ai aussi bu un Cosmopolitan hier soir. De mon œil de pirate, j’aperçois enfin mon sac jeté dans un coin. Comme un bon disciple de l’ergothérapie, je plie mes genoux pour l’attraper. Ils craquent sous ma charge pondérale mais au moins, je ne ressens pas de nouvelles brûlures dans ma trachée.
Le sol de cet appartement n’a vraiment pas l’air droit. Je sais que c’est un problème dans certains vieux immeubles parisiens, mais là, le maître d’œuvre a clairement abusé. Je suis obligée de me tenir contre le mur tout au long de mon périple à la recherche de la salle de bain.
J’arrive enfin dans une jolie pièce où se mêle de la pierre volcanique, du teck et du verre. J’ai l’impression d’avoir été immergée dans une page d’Art & Décoration ; même si, ici aussi, le sol ne semble pas bien droit. Je m’accoude à une des vasques et tend mon visage vers un miroir 2 fois plus grand que moi. Oh, là, là ! Je ressemble à Gollum. J’ai les cheveux en bataille et mes yeux sont aussi terrifiants que ceux d’un lapin albinos. J’ai aussi une trace de bave au coin de la lèvre, que je m’empresse de frotter, et une profonde marque d’oreiller qui part de ma tempe gauche et se prolonge jusqu’à mon menton.
C’est la cata ! Je plonge une main dans mon sac et en sort tout un fatras de choses improbables. Il n’y a pas à dire, je suis la digne héritière de Mary Poppins !
J’en extraie, en vrac : un tampon, une cartouche et un bouchon de stylo à bille (par quel tour de magie ces instruments d’écriture se désagrègent-ils dans le sac des filles ? C’est un mystère sur lequel j’aimerai que la Science se penche un jour).
Je trouve aussi un bout de post-it avec une vieille liste de course pour des légumes et du colin. Encore, un régime qui a duré le temps d’écrire 3 mots.
La main plongée jusqu’au coude, je dégote enfin mes lunettes et en profite pour enlever mes lentilles. Cela ne rendra pas tout de suite sa blancheur à ma conjonctive bulbaire, mais ça me permettra au moins de voir clair.
Je passe mes doigts dans mes cheveux pour essayer de les dompter. Le résultat n’est pas terrible, mais, à présent, je ne devrais plus être confondus avec le Joker.
Je continue à trifouiller mon sac à la recherche de mes lingettes. Victoire ! Il n’en reste plus qu’une, toute desséchée, mais ça devrait suffire à enlever le Kohl qui a bavé sous mes cils. J’en profite pour me la passer sur le reste du corps, les aisselles et le pubis. Ouille… C’était une erreur ! Ça pique ! Ça brûle ! Aïe !
Ma toilette de chat n’a malheureusement pas fait passer ma migraine. Je me remémore alors l’une des conversations que j’ai eu avec le maître yogi/SDF qui fait la manche en bas de chez moi :
« Vous êtes trop stressée ma petite dame, m’avait-il dit une fois.
Il faut res-pi-rer. I
ns-pi-rer et ex-pi-rer en prenant con-science de toutes les sen-sa-tions liées à votre res-piration. Ins-pi-rer et ex-pi-rer de plus en plus pro-fondément ».
Sa technique ne m’avait pas ôtée l’envie de le gifler pour lui enlever toute trace de son sourire idiot. Mais aujourd’hui, c’est tout ce que j’avais… A moins bien sûr, que mon Prince Charmant du jour ne cache quelques Ibuprofènes dans ces placards.
Pfff... Rien de rien... Je m’oblige à ins-pi-rer et à ex-pi-rer. Rien à faire, ma migraine est toujours là. Je souris face au miroir, mais ce goujat me renvoie un sourire grimaçant et fait ressortir les pâtes d’oie au coin de mes yeux. Ce n'est pas la peine que je lui demande qui est la plus belle en ce Royaume.
Comme je ne peux rien faire de plus pour le moment, je décide de rejoindre mon bel inconnu avant qu’il ne se réveille.
Aargh… Je ne sais même plus comment il s'appelle, ni ce que l'on a fait hier soir, pour ce que ça vaut.
Sur le chemin de la chambre, j’avise une penderie. Vaut-il mieux que je reste toute nue ou que j’enfile une de ses chemises ou un de ses t-shirts ? Hum... Je vais finalement opter pour la première solution. Il vaut mieux qu’il pense que je suis naturellement *jolie* et *fraîche* dès le réveil. Oui, il vaut mieux le laisser à ses illusions.
Posée d’une façon que j’espère sexy contre le chambranle de la porte, je fais un discret bruit de gorge pour attirer son attention, mais rien. Je donne un coup sur le bois. PAM ! Toujours rien ! Avec un soupir je m’apprête à retourner m’installer contre lui, quand tout à coup, un détail attire mon attention. Je me rapproche de son côté du lit et là, plus de doute.
Oh, pu*ain de bor*el de mer*e !!!
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