Arrivée

2 minutes de lecture

Le minibus réservé par le laboratoire attendait sur le parking. La grisaille recouvrait l'horizon.

— Je ne voudrais pas me polariser sur le mauvais temps, mais...

— Mais vous l'avez fait quand même, remarqua Aurélie avec un soupçon d'ironie.

La route n'était pas goudronnée, elle se prolongeait en une sorte de sentier de terre battue. Les arbres semblaient phosphorescents tellement la lumière demeurait filtrée par la nappe nuageuse.

— Nous ne sommes pas bientôt arrivés, s'énervait Samuel.

Le chauffeur au nez busqué, gras, la peau sombre, restait concentré. Le minibus avec ses quelques paysans chargés de lourds sacs, revenait de la ville moderne, quelques enfants riaient et chantonnaient avec leurs mères des comptines dans leur langue secrète. Des habits émanaient une présence. Au même moment un aigle royal survola le véhicule.

À un arrêt, les voyageurs en profitèrent pour se dégourdir les jambes et se rafraîchir qui d'une orangeade, qui d'un café et d'autres d'un verre d'eau. Certains hommes s'envoyaient une rasade d'alcool.

— Vous êtes malade professeur ? s'enquérait Aurélie.

— Pourquoi me demandez-vous cela ? Vous êtes vraiment désobligeante !

— Vous semblez pâle...

— C'est la jungle ici, répondit le professeur vraisemblablement contrarié, il ne faudrait pas chercher la propreté à tout prix !

— N'exagérez pas ! reprit-elle, tenez, voici des cachets contre le mal de mer. Vos symptômes dénoncent la conduite brinquebalante qui s'apparentent à ceux ressentis lorsqu'on navigue.

Le professeur n'eut guère le temps de contester que déjà le chauffeur rappelait les passagers.

Le minibus redémarra. La musique égaillait les consciences. Quelques-uns avaient rejoint le royaume de Morphée quand d'autres s'appliquaient à rêvasser en regardant les paysages verdoyants, sauvages et sombres.

Un homme, chemise blanche impeccable s'approcha de Samuel et d'Aurélie.

— Bienvenue, je me présente, Edgar Siks, explorateur et guide en tout genre, à votre service !

— Bonjour, répondit la demoiselle en lui serrant la main, je suis Aurélie.

— Hum... Et c'est maintenant que vous vous manifestez ! dit le professeur goguenard.

— Ne faites pas attention, il plaisante, ajouta la jeune femme. C'est le professeur Samuel.

L'aventurier sourit :

— Enchanté, c'est formidable. J'apparais seulement maintenant parce que le créateur de notre rencontre m'avait oublié ! Je devais être présent à l'aéroport, j'avais un truc à finir. C'est pourquoi le chauffeur s'est arrêté à l'étape qu'on appelle "Selva mitad", avant le grand saut au chapitre trois !

— Vous êtes rassurant, dit Samuel.

Annotations

Recommandations

LloMan
Œuvre où je dis ce qui me passe par la tête
15
13
0
70
Mina singh

Dix-huit heures déjà. D’un pas alerte, Valentin quitte la banque. Du lundi au vendredi, il emprunte toujours le même itinéraire : boulevard Gambetta, puis l’avenue Thiers. En ce mois de novembre, la nuit est tombée et les lumières de la ville n’amènent guère de gaieté. Le quartier a peu d’attrait et malgré son côté populaire, Valentin n’a noué aucune relation amicale.
Il rejoint le flot d’une foule anonyme et s’engouffre dans le RER. Il ouvre machinalement le quotidien déjà parcouru le matin même.
A l’arrêt suivant, une jeune femme vêtue d’un manteau bariolé vient s’asseoir en face de lui. Valentin ne prête aucune attention aux voyageurs. Son quotidien lui donne une contenance et empêche sans doute toute conversation. Le RER n’est pas très confortable, les sièges usagés n’ont plus de couleur et des tags mal effacés apparaissent sur les parois jaunies. Les saccades du train emplissent l’atmosphère d’un leitmotiv engourdissant et les voyageurs les plus éreintés sommeillent. On entend la femme au manteau bariolé, mâchouiller bruyamment son chewing-gum. Par moment, une grosse bulle rose s’aplatit sur son nez. Valentin sent qu’elle le dévisage. Il s’enfonce dans son fauteuil dont le moelleux n’est que virtuel et disparait derrière les pages de son quotidien.
- Miss France … si elle est Miss France, moi, je suis Miss Terre et toi, tu es boule de gomme !
Valentin prend l’allusion pour lui à cause de son visage rond qui s’empourpre instantanément. Il reste muet. La femme qui lisait les dernières nouvelles sur l’élection de Miss France changea de compartiment et la femme au manteau bariolé vint se flanquer à sa place. Valentin sentit son parfum, délicat, à l’inverse du comportement provocateur qu’elle affichait.
- Tu ne dois pas rire tous les jours pour lire le Financial times un vendredi soir ? As-tu des rêves Boule de Gomme ? Boule de Gomme ne dit rien ! Boule de gomme n’a pas d’avis… Eh Boule de gomme, il n’y a pas que l’argent dans la vie !
Valentin voulut s’isoler. Crispé et mal à l’aise, il n’osa même plus tourner les pages de son journal. En une pirouette, pourtant la femme disparut.
L’alarme retentit au loin, puis plus proche et plus insistante. En tâtonnant, il fit taire cette redondante sonnerie. Un ronronnement doux lui avait succédé. Encore dans la réalité de son rêve, Valentin fut soudain soulagé d’apercevoir la lueur du matin inonder sa chambre. Il réfléchit un moment pour retrouver ses repères. Le réveil affichait « Vendredi 6 novembre – 07 h ». Ces inscriptions sont synonymes de « jour de travail – debout tout de suite ». Comme tous les matins, son emploi du temps est minutieusement minuté. Même son chat sait quels sont précisément ses déplacements du matin : séjour, toilette, cuisine, salle de bain, chambre, entrée, séjour, il a oublié la lumière.
Pour trouver une place dans la vie de Valentin, il fallait jouer serré ! « Le Chat » l’avait bien compris. Il s’était faufilé subrepticement jour après jour pour élire domicile. Valentin ne l’avait pas nommé, ce qui ne gênait aucunement la communication. Pour Le chat, Valentin était l’être humain rêvé, un humain scrupuleusement attaché à ses habitudes. Quelques semaines avaient suffi pour faire le tour de la question. Chat déployait tout un jeu de séduction qui commençait, dès la sonnerie du réveil par une série de ronronnements rassurants. Puis, au lever, il précédait Valentin dans chaque pièce. En quatrième position, la cuisine, là il réclamait d’être le privilégié de l’instant : caresses et petit déjeuner. Valentin s’était rangé à ce rituel. Etrange spectacle de voir cet ambitieux conseiller financier se plier aux quatre volontés d’un félin. Mais tout cela restait du domaine de l’insoupçonnable.
Il était 7 h 30, il s’arrête au kiosque pour acheter le Monde et quelques instants plus tard, il grimpe dans le RER.
Même la rubrique finance du Monde n’intéresse pas Valentin ce matin. Son rêve continue de l’obséder. C’est vrai, ma vie n’est pas drôle, pensa-t-il. Mes rêves sont à la mesure de mes moyens, des moyens financiers surtout. Mes ambitions ? Rejoindre une agence parisienne et devenir Directeur, habiter un appartement plus chic dans un quartier plus chic. Tout cela n’avait rien de fou et pour cela, il fallait atteindre des objectifs toujours plus inaccessibles. Conseiller financier, Valentin avait doublé sa clientèle en un an. Pouvait-il être fier de ce résultat ? Pour obtenir davantage de contrats, il avait vanté des produits financiers risqués même à ses plus fidèles clients. Il avait pris beaucoup de risques, surpassé ses objectifs. Pourtant, ses supérieurs hiérarchiques mettaient toujours la barre plus haut et maintenaient la pression. Subitement, cet aspect de sa vie le contrariait. Il se sentait frustré. Jusqu’où devrait-il aller ?
Vendredi passa à toute allure et ne laissa à Valentin aucune autre disponibilité pour la réflexion.
A dix-huit heures, il est de nouveau dans le RER. Il n’a pas ouvert son quotidien. Il observe les voyageurs qui ne prêtent aucune attention à lui. Pas de jeune femme arrogante en manteau bariolé en vue ! Plus détendu, il s’assoit côté fenêtre et s’enfuit dans ses pensées. Le train s’arrête en gare de Melun. Les lumières illuminaient un panneau publicitaire « STOMP dernière représentation en France le vendredi 13 novembre, venez découvrir leur dernier spectacle : Mystère et boule de gomme ». Valentin n’en revenait pas. Avait-il déjà aperçu cette affiche ? Quelle étrange coïncidence ?
Pris d’une irrésistible envie d’en savoir plus, il acheta le dernier billet pour la représentation du vendredi 13, sans se renseigner davantage sur le spectacle ou les musiciens. Pour rien au monde, il ne voulait manquer ce mystérieux rendez-vous.
Spectacle magique ! Les musiciens utilisaient toutes sortes d’instruments pourtant peu compatibles avec la musique : pelles, casseroles, ballets, couvercles… tout cela ne produisait pourtant aucune cacophonie. Les sons formaient d’abord un rythme puis un air connu, une mélodie et de cette virevoltante musique, Valentin suivait le rythme. Pour la première fois de sa vie, il se sentait à sa place et le monde lui semblait plein de promesses.
- Tu es bien songeur, Mon Valentino ? dit Stella en lui prenant tendrement la main.
- Je pense que depuis STOMP, on ne s’est plus jamais quitté. Que serais-je devenu si….
- Si quoi ? Si je n’avais pas porté un manteau bariolé ? si je n’avais pas dansé devant toi pour attirer ton attention ? Tu serais peut-être aujourd’hui un trader arrogant, sûrement pas un dessinateur qui a fait de son chat un personnage de B.D. hyper célèbre !
- Tu m’as inspiré, tout a été facile à tes côtés, la vie a pris un tournant si inattendu… mais parfois, j’ai peur…
- Peur de quoi ?
- peur de me réveiller et de ne pas t’apercevoir, peur que tu ne sois qu’un songe…
- Attends Valentino, j’ai gardé une preuve, une preuve bien réelle que tout cela n’est pas prêt de s’arrêter, un manteau bariolé et dans la poche, regarde, il y a le ticket jauni d’un certain 13 novembre 2009.
Alors, songe ou réalité ? Mystère et boule de gomme !

STOMP
https://youtu.be/MM_rPDB8Cj8
1
19
16
5
doudoueditions
L’auteure a laissé sa plume à son compagnon à quatre pattes ou presque. Elle s’est mise à sa place, remis les choses à sa dimension, à sa réalité, pour laisser libre court à son imagination et surtout à ses émotions.

Dans ce premier tome vous suivrez sa petite vie qui commence auprès de sa maman et de sa fratrie : son éducation, ses jeux, ses découvertes. Mais aussi les au-revoir à ses frères et sœurs qui sont adoptés à tour de rôle. Jusqu’à sa propre adoption, ses adieux à sa maman et la découverte de sa nouvelle maison et de ses nouveaux maîtres Mamou et Papou qui mettront tout en œuvre pour lui donner la meilleure vie possible !

Vos enfants adoreront entrer dans la tête de cet adorable chien qui deviendra un peu le leur en lisant ses aventures au fil des 4 tomes qui lui sont consacrés.
3
3
0
11

Vous aimez lire Taïk de Nushaba ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0