Jenjen - Rêves de feu

6 minutes de lecture

Sa cicatrice le brûlait et le démangeait à la fois. Il souleva sa manche et tendit le cou pour regarder son épaule droite : ce n’était pas beau à voir. Le dessin en forme de larme était purulent et on pouvait le voir suinter à la lumière du feu.

Le vieil Adhan avait expliqué que, d’ordinaire, la larme devait être un tatouage sanglant, dessiné avec le bout de la lame de son arme. Elle devait symboliser la blessure du coeur, qui ne cicatriserait que lorsque le coeur lui-même aurait cicatrisé. C’était pourquoi il devait entretenir cette scarification. S'il n’avait plus la volonté de se marquer de la larme, cela signifierait qu’il n’avait plus assez de volonté pour achever son Oeuvre, qu’il en avait fini avec le souvenir et les larmes. Toujours selon Adhan, un tatouage imprimé par le feu serait plus approprié dans son cas. Il avait donc demandé à Grenn de forger un petit pendentif, une larme d'acier qu’il porterait nuit et jour autour du cou. Tous les soirs, il le jetait dans le feu et l’appliquait ensuite, encore rougeoyant, sur son épaule.

Au début, le vieux barbu le dévisageait avec un regard dur, probablement pour juger de son courage et de sa volonté. Bien entendu, il avait crié de douleur les premières fois, impressionné par le bruit et l'odeur de la chair brulée. Cela se résumait à un grognement désormais. Adhan était rassuré de voir que le feu ne l'effrayait pas malgré tout ce qu’il avait enduré et il ne l’observait plus pendant qu’il se marquait.

Ils avaient quitté le village depuis plusieurs jours pour gagner Port-Espérance. Ils cheminaient sur la Gran’Route. Nul besoin de se cacher, après tout ils n’étaient qu’un maitre-menuisier et son apprenti. Toutefois, ils préféraient camper loin à l’écart du chemin, soi-disant pour éviter de fâcheuses rencontres nocturnes. Pourtant, il savait que cela n’effrayait pas Adhan, ce dernier semblait juste préférer le bruissement de la vie nocturne de la forêt.

Jenjen se demandait toujours pourquoi Grenn et Dayne avaient mandé ce vieil ermite. D’après ce qu’il avait compris, Adhan ne semblait pas les avoir vus depuis très longtemps, chose dont il paraissait très bien s’accomoder. Il avait pensé un temps lui poser directement la question, mais le vieux était aussi bavard qu’une vieille souche. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il faisait partie des Compagnons. Les innombrables entailles sur son bras gauche témoignaient des Oeuvres qu’il avait contribué à accomplir. Mais il n’était encore jamais parvenu à voir son épaule droite…

La tête pleine de questions, il s’endormit au son rassurant des braises qui crépitaient dans le feu. Le feu. Le feu.

Il se tenait face à un immense mur de glace grise, qui semblait se perdre à l’infini. Son sommet disparaissait dans les nuages. Un grand brasier crépitait de l’autre côté du mur et y dessinait des ombres dansantes. Il put sans peine reconnaitre les silhouettes de sa famille. Sa mère serrait ses frères et soeurs tout contre elle. Soudain, le brasier s’intensifia brouillant les ombres sur le mur dans une danse frénétique, puis se calma. Les silhouettes étaient toujours là, mais elles se tordaient de douleur, des flammes d’ombre leur léchant le corps comme des fouets. Il frappa la glace pour passer au travers, frappa et frappa encore à s’en meurtrir les poings. Sans succès. Il hurla de désespoir et une explosion de lumière l’aveugla.

Il se réveilla en sursaut en poussant un cri apeuré. Dans les limbes de son esprit encore embrumé de sommeil cohabitaient des lambeaux de rêve et de réalité. Ses mains le brulaient, mais il n’aurait su dire si cette sensation était due à la morsure du froid ou des flammes. Pendant un moment, il fut perdu et essaya de reconnaitre les alentours. Il était toujours autour du feu de camp, ou tout du moins ce qu’il en restait. Quelqu’un l’avait recouvert de terre et seules de petites volutes de fumée s’échappaient doucement. Le jour commençait à darder quelques rayons sur le monde, perçant avec peine les frondaisons.

Il aperçut Adhan, debout la hache à la main, vêtu des habits légers dans lesquels il s’était endormi. Il suait et haletait. Il lui tournait le dos et scrutait les sous-bois, tous les sens en alerte. En entendant Jenjen se réveiller, il posa la lame de sa hache dans le sol et s’appuya dessus. Elle avait des traces de suie et une brulure ornait la cuisse du vieil homme. Sans se retourner, il cracha d’un ton acerbe :

— Un sorcier.Sa cicatrice le brûlait et le démangeait à la fois. Il souleva sa manche et tendit le cou pour regarder son épaule droite : ce n’était pas beau à voir. Le dessin en forme de larme était purulent et on pouvait le voir suinter à la lumière du feu.

Le vieil Adhan avait expliqué que, d’ordinaire, la larme devait être un tatouage sanglant, dessiné avec le bout de la lame de son arme. Elle devait symboliser la blessure du coeur, qui ne cicatriserait que lorsque le coeur lui-même aurait cicatrisé. C’était pourquoi il devait entretenir cette scarification. S'il n’avait plus la volonté de se marquer de la larme, cela signifierait qu’il n’avait plus assez de volonté pour achever son Oeuvre, qu’il en avait fini avec le souvenir et les larmes. Toujours selon Adhan, un tatouage imprimé par le feu serait plus approprié dans son cas. Il avait donc demandé à Grenn de forger un petit pendentif, une larme d'acier qu’il porterait nuit et jour autour du cou. Tous les soirs, il le jetait dans le feu et l’appliquait ensuite, encore rougeoyant, sur son épaule.

Au début, le vieux barbu le dévisageait avec un regard dur, probablement pour juger de son courage et de sa volonté. Bien entendu, il avait crié de douleur les premières fois, impressionné par le bruit et l'odeur de la chair brulée. Cela se résumait à un grognement désormais. Adhan était rassuré de voir que le feu ne l'effrayait pas malgré tout ce qu’il avait enduré et il ne l’observait plus pendant qu’il se marquait.

Ils avaient quitté le village depuis plusieurs jours pour gagner Port-Espérance. Ils cheminaient sur la Gran’Route. Nul besoin de se cacher, après tout ils n’étaient qu’un maitre-menuisier et son apprenti. Toutefois, ils préféraient camper loin à l’écart du chemin, soi-disant pour éviter de fâcheuses rencontres nocturnes. Pourtant, il savait que cela n’effrayait pas Adhan, ce dernier semblait juste préférer le bruissement de la vie nocturne de la forêt.

Jenjen se demandait toujours pourquoi Grenn et Dayne avaient mandé ce vieil ermite. D’après ce qu’il avait compris, Adhan ne semblait pas les avoir vus depuis très longtemps, chose dont il paraissait très bien s’accomoder. Il avait pensé un temps lui poser directement la question, mais le vieux était aussi bavard qu’une vieille souche. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il faisait partie des Compagnons. Les innombrables entailles sur son bras gauche témoignaient des Oeuvres qu’il avait contribué à accomplir. Mais il n’était encore jamais parvenu à voir son épaule droite…

La tête pleine de questions, il s’endormit au son rassurant des braises qui crépitaient dans le feu. Le feu. Le feu.

Il se tenait face à un immense mur de glace grise, qui semblait se perdre à l’infini. Son sommet disparaissait dans les nuages. Un grand brasier crépitait de l’autre côté du mur et y dessinait des ombres dansantes. Il put sans peine reconnaitre les silhouettes de sa famille. Sa mère serrait ses frères et soeurs tout contre elle. Soudain, le brasier s’intensifia brouillant les ombres sur le mur dans une danse frénétique, puis se calma. Les silhouettes étaient toujours là, mais elles se tordaient de douleur, des flammes d’ombre leur léchant le corps comme des fouets. Il frappa la glace pour passer au travers, frappa et frappa encore à s’en meurtrir les poings. Sans succès. Il hurla de désespoir et une explosion de lumière l’aveugla.

Il se réveilla en sursaut en poussant un cri apeuré. Dans les limbes de son esprit encore embrumé de sommeil cohabitaient des lambeaux de rêve et de réalité. Ses mains le brulaient, mais il n’aurait su dire si cette sensation était due à la morsure du froid ou des flammes. Pendant un moment, il fut perdu et essaya de reconnaitre les alentours. Il était toujours autour du feu de camp, ou tout du moins ce qu’il en restait. Quelqu’un l’avait recouvert de terre et seules de petites volutes de fumée s’échappaient doucement. Le jour commençait à darder quelques rayons sur le monde, perçant avec peine les frondaisons.

Il aperçut Adhan, debout la hache à la main, vêtu des habits légers dans lesquels il s’était endormi. Il suait et haletait. Il lui tournait le dos et scrutait les sous-bois, tous les sens en alerte. En entendant Jenjen se réveiller, il posa la lame de sa hache dans le sol et s’appuya dessus. Elle avait des traces de suie et une brulure ornait la cuisse du vieil homme. Sans se retourner, il cracha d’un ton acerbe :

— Un sorcier.

Annotations

Recommandations

jean-paul vialard
Sur le 'RECOUVREMENT' à partir de l'oeuvre de Marcel Dupertuis

'Le recouvrement est ce par quoi se dévoile notre soif de connaître. La connaissance n’est que ceci, enlever patiemment, couche après couche, glacis après glacis, les sédiments du réel afin de déboucher sur cette vérité toujours voilée dont, toujours, nous sommes en attente mais que, le plus souvent, nous négligeons de questionner. Le recouvrement, c’est le motif par lequel l’amour, la passion disent leur mutuelle profusion.'
7
5
1
8
Défi
moon_a58
Ne dites jamais, ne pensez et ne croyez jamais qu'un amour est impossible
0
0
10
3
Locyma

Cette année, je veux reprendre confiance en moi, je veux me donner plus, ne plus reporter à demain, et surtout, je veux garder mon appartement  propre !


Je sais que je ne tiendrais pas ces résolutions. Ce sont de belles paroles qui volent et qui s'en vont. ces mots me font mentir... Je suis un menteur qui se voile la face. Depuis quand mon appartement devrait-t-il être en ordre? Ma mère se souvient sûrement de cette soirée du trente et un de l'année 2009 où je lui avais promis de ranger mon appartement. Cela fait donc sept ans que je n'ose plus l'inviter à manger chez moi... 


Tu devrais avoir honte. Peut-être que ta vie serait différente si tu savais te reprendre Phil! Je me dégoute... Je n'ai jamais su me prendre en main, j'ai tout raté, absolument tout... 


En 2014 je m'étais promis de trouver un boulot et de devenir financièrement dépendant, je voulais rendre mes parents fiers, mais je n'ai pas cherché à changer les choses, je reste le même homme inutile et sans vie qui se nourrit au chips et à la bière. Je ne peux pas me voir dans un miroir, je ne veux pas me rendre compte des choses, je ne peux pas voir celui que je suis devenu.


Et mes rêves, qu'advient-t-il de mes rêves? Je m'étais promis de faire le tour du monde un jour, je m'étais promis de trouver la femme de ma vie, mais au final, rien de tout cela n'est arrivé. 


Je me demande si ce n'est pas mieux de voir la réalité en face et de promettre ce que je peux promettre... Je ne rangerais pas mon appartement, je n'en ai pas envie, je n'en ai pas la motivation. 
Je ne reprendrais pas confiance en moi, je resterais une homme inutile toute ma vie.
Je ne me sociabiliserait pas, la vie extérieure me laissera indifférent.
Je ne trouverais pas de travail, je préfère les jeux videos.
Je ne mangerais pas de légumes, je ne trouverais pas l'amour, je ne rendrais jamais mes parents fiers...


La liste est encore longue... Mais je ne peux sincèrement pas continuer à insinuer ces choses. Bien que ce soit la vérité, cela me fait trop de mal de tout admettre d'un seul coup. J'aurais dû réagir plus tôt... Mais on ne refait pas l'histoire avec des "si", il faut être acteur de sa vie.


Mais je suis désolé de ne pas vouloir être acteur de quoi que ce soit, je n'ai pas la force de réaliser toutes ces petites choses de la vie à priori faciles... Je ne veux pas me donner la peine de faire en sorte de m'en sortir si c'est pour jeter l'éponge plus tard.
J'abandonne.







2
2
9
2

Vous aimez lire Eric Kobran ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0