23 - La fin d’un monde

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« Chère Edna,

Je t’écris de Jolinar où j’ai bon espoir qu’un courrier pourra te transmettre ma lettre. La guerre se passe bien. Disons qu’il n’y a pas beaucoup de pertes dans nos rangs et que l’envahisseur ne parvient pas à progresser. J’ai le sentiment qu’il se passe quelque chose d’étrange. Beaucoup de vétérans de la guerre ovarke racontent des affrontements de leur époque complètement différents. Ils ont l’air de penser que les Atarks n’ont pas la moindre intention de nous envahir. Pourtant ils sont à nos portes. Et personne ici ne peut comprendre leur langue. Enfin, je crois.

Je ne peux pas encore dire combien de temps durera ce conflit. Ça ne fait qu’un mois que nous sommes sur le front et nous bougeons beaucoup. Je fais attention à moi. Tu me manques et j’espère te revoir bientôt.

Ton Filipe. »

__________

Adana est épuisée et pourtant elle n’arrive pas à dormir. Elle a passé le reste de la journée de son procès et la moitié de la nuit à pleurer. Elle est à bout de forces, à bout de larmes. Pourtant son esprit tourmenté lui refuse la douceur du sommeil. On l’a débarrassée de ses liens à l’exception d’un bracelet qui enserre sa cheville droite et dont la chaîne, trop courte pour lui permettre de se déplacer dans sa cellule, est scellée au mur. Elle n’aurait pas eu le courage de tirer le battant de la porte même s’il avait été déverrouillé. Son cœur anéanti par la trahison d’Ivrac Orati a laissé le désespoir lui glacer l’âme. Il n’y a pire prison pour ses pensées que les tourments dont elle souffre. Qu’il dispose ou non d’une quelconque autonomie, d’un quelconque libre-arbitre, le Dieu Solaire l’a abandonnée. Elle et tout ce que la Théologie représente aujourd’hui : l’empire du mal.

Son dernier repas a été laissé devant la porte à la tombée de la nuit. Il reste plus d’un jour avant son exécution mais, lors d’une pendaison publique, on ne prend pas le risque de laisser le condamné se vider devant les spectateurs. La jeune femme n’y a pas touché. Elle ne s’est même pas rendu compte de la présence de son ultime festin dont les rats ont profité en grande partie. Recroquevillée dans un coin de son cachot elle demeure immobile depuis des heures, seulement secouée de sanglots.

Le bruit d’une clé jouant dans la serrure et celui caractéristique d’une barre que l’on relève pour débloquer la porte se font entendre. L’étroit passage s’ouvre faisant place à une large silhouette porteuse d’une lanterne. C’est un gardien. Il s’en trouve deux autres derrière lui dans le couloir. Le premier entre en évitant de marcher dans l’écuelle.

– Tu vois, dit-il à celui qui se trouve derrière. Elle n’a même pas touché à la bouffe. Elle vaut plus rien.

Le deuxième ricane et entre à son tour. Les lieux ne peuvent que difficilement accueillir plus de deux personnes tellement ils sont exigus.

– Ça, c’est sûr, fait celui du couloir, on l’aurait pas tenté avant son procès, elle aurait pu mordre. Mais là…

– J’ai quand même emmené un rouleau de corde au cas où elle bougerait trop, argumente le second.

Peut-être que, loin dans l’esprit de la jeune femme, une étincelle de conscience capte la signification de cette visite. Peu importe ce qui peut lui arriver : elle désire mourir plus que tout. Une Adana Tarsis plus alerte aurait immédiatement réagi et aurait su dissuader ces gardiens libidineux de satisfaire leurs envies. S’il en reste quelque chose, cela sommeille trop profondément, à l’abri, dans les replis de son subconscient. Le premier pose sa lanterne et s’avance vers elle. Il glisse ses doigts dans le col de sa chemise et tire d’un coup sec. Les coutures lâchent non sans avoir ébranlé la position d’Adana qui retombe mollement par terre et se roule en boule à nouveau comme si rien ne s’était passé. La vue de sa chair exposée excite davantage le gardien qui s’agenouille près d’elle avec l’intention manifeste de finir de la dénuder sans aucun ménagement.

Un cri étouffé retentit derrière lui mais il n’y fait pas attention.

– Mais que… s’exclame le second.

Un bruit sourd accompagne un râle. Cette fois l’agresseur d’Adana se retourne à temps pour voir fondre sur lui la pointe d’une dague alors que son compagnon le plus proche s’écroule par terre en tenant sa gorge. L’arme touche le cœur et celui qui la tient, un grand gaillard, la retire aussitôt. Érik a exécuté les trois hommes avec une précision et un enchaînement parfait. Il essuie son arme sur l’uniforme du dernier tout en cherchant quelque chose du regard.

– Adana, chuchote-t-il pour attirer sans succès l’attention de sa sœur prostrée.

Il découvre ce qu’il cherche et s’en empare sur le corps d’un des geôliers puis se penche vers la jeune femme. Son état lui fait beaucoup de peine. Il s’efforce de garder son calme en essayant de localiser la clé du trousseau permettant d’ouvrir le bracelet de métal qui emprisonne sa sœur.

– Enfer ! jure-t-il tout bas.

– Que se passe-t-il ? lui demande une voix chuchotée dans le couloir.

– Je ne trouve pas la clé ! Adana, c’est moi !

Une petite silhouette s’engouffre par l’ouverture et vient le rejoindre en enjambant les cadavres.

– Laisse-moi faire ! Va faire le guet ! lui ordonne l’enfant.

Érik est un peu gêné de se faire dicter ses actes par le gamin mais il s’exécute. Geosef, pose la main sur la serrure du bracelet, se concentre un long moment et un déclic se fait entendre. Il le retire délicatement et se penche au dessus du visage d’Adana qui, les yeux rougis et le regard fixe, n’a pas fait le moindre geste depuis leur entrée.

– Heu… Elle va pas bien Adana, dit-il.

– Ça je m’en suis rendu compte, gronde Érik en revenant près d’elle. Retourne à la porte, je m’en occupe.

Ils échangent leur position. Érik soulève un peu la jeune femme et l’adosse. Bien qu’elle ait perdu beaucoup de poids elle n’est pas moins grande et sa mollesse ne rend pas l’opération facile. Érik tient la tête de sa sœur entre ses mains et la force à le regarder.

– Adana, se risque-t-il à dire tout haut.

Pas de réaction. Il la gifle. Doucement d’abord, puis plus violemment.

– Bon sang, on ne peut pas partir avec elle dans cet état ! jure-t-il.

– Et si ça traîne, on ne pourra pas partir tout court, ajoute Geosef.

– T’es gentil, tu la fermes ! s’énerve le grand gaillard en giflant une fois de plus la prisonnière.

Il répète encore une fois son geste et les yeux de sa sœur prennent vie. Ils fixent le visage d’Érik.

– Raten ? s’étonne-t-elle en un souffle.

Érik comprend la confusion. Il se laisse pousser barbe et moustache et doit de plus en plus ressembler à son père.

– Non c’est Érik ! C’est moi Érik ! Réagis bon sang ! Adana !

– Érik ? répète-t-elle incrédule.

La peine que le jeune homme ressent pour sa sœur lui monte aux yeux mais il se retient de pleurer et lui claque de nouveau la joue.

– Érik ! crie-t-elle.

Le jeune homme plaque aussitôt la main sur sa bouche et il reçoit un crochet qui l’envoie contre la paroi opposée du cachot.

– Enfer ! s’exclame-t-il.

– Désolé, fait la jeune femme cette fois totalement consciente de la situation.

Elle regarde avec inquiétude les deux cadavres qui se trouvent là et l’état de sa chemise.

– Ils n’ont rien eu le temps de te faire, explique Érik en devinant ses pensées. On s’en va ! Vite !

– Pourquoi es-tu venu ? Tu devrais être loin d’ici ! À quoi sert-il de me sacrifier pour te sauver si tu ne le fais pas ?!

– La ferme ! chuchote Geosef.

La prisonnière regarde dans sa direction et le reconnaît. Elle s’étonne. Geosef met son doigt sur ses lèvres avec un air de reproche. Érik soulève le pied d’un des gardiens et celui d’Adana pour comparer la taille. Elle se laisse faire, un peu surprise mais comprend très vite sa démarche. Elle s’ébranle et entreprend d’ôter elle-même la seconde botte du cadavre tandis qu’Érik retire la première. Il lui donne la chaussure et rabat le tabard plein de sang du gars pour le dépouiller de sa chemise.

– Je ne sais pas quoi dire, déclare Adana en chaussant les bottes.

– Alors ne dit rien et grouille-toi !

Érik lui tend la chemise. Elle n’est pas très propre et même tachée d’un peu de sang frais mais elle n’est pas déchirée comme la sienne. Elle l’enfile après avoir ôté les lambeaux qu’elle porte. Érik retourne dans le couloir. Lorsqu’elle est prête elle s’empare de la lanterne et le rejoint.

– Allons-y ! dit le jeune homme.

Geosef prend les devants. Dans le couloir, venant d’autres cachots, des protestations s’élèvent. L’un des prisonniers a sûrement entendu quelque chose et compris qu’une évasion est en cours. Érik n’a pas la moindre intention de les libérer. Ils progressent sans un bruit. Adana s’arrête subitement.

– Attendez ! Où est Ssoran ?

– On n’a pas le temps, dit Érik pour toute réponse.

– Je ne pars pas sans lui ! rétorque-t-elle.

Geosef s’est arrêté un peu plus loin et revient vers eux.

– Il n’est pas là !

– Comment ça ? s’étonne la jeune femme.

– Ils l’ont emmené plus tôt dans la nuit.

– Mais où ?

– Je ne sais pas. Vers le Temple, je crois, mais il peut être n’importe où dans la ville.

– Très bien, sortons d’ici et j’irai le chercher.

– Ça n’est pas raisonnable, Adana, lui dit Érik.

– Ce n’est pas à toi qui es encore ici, sous le nez des Théologistes qui te recherchent partout, de me dire ce qui est raisonnable !

– En attendant, intervient Geosef, ça serait assez raisonnable de ficher le camp d’ici.

– Oh, toi non plus, tu n’es pas très bien placé pour me faire la morale ! s’exclame-t-elle.

Geosef fait demi-tour et rit sous cape. Les deux autres le suivent. Ils traversent des couloirs déserts et tranquilles avant de s’engouffrer dans un trou pratiqué dans un conduit de cheminée qui doit traverser toute la hauteur du bâtiment. Une corde y pend, ce qui semble indiquer qu’ils sont passés par là pour pénétrer les lieux et ce qui explique aussi les nombreuses traces de suie qu’Adana a remarqué sur ses deux sauveteurs. L’escalade est difficile car Adana est affaiblie. Érik s’est mis en-dessous d’elle et la soutient voire la pousse par moment. Elle parvient malgré tout à se hisser sur le toit en s’efforçant de respecter les injonctions du garçon qui l’incitent au silence et la discrétion la plus extrême. Elle s’étale de tout son long totalement hors d’haleine le temps qu’Érik termine l’ascension et arrive à leurs côtés.

Des postes d’observation sont disposés sur les toits de la prison. L’un d’eux est tout proche et Adana pense qu’il est occupé, comme les autres. Geosef se dirige pourtant vers celui-là en rampant. La pénombre règne mais pas l’obscurité totale. En pleine nuit, cette clarté provient des éclairages publics alentours. Il faut malgré tout avoir de bons yeux pour distinguer une silhouette rampant sur le toit. En revanche il est beaucoup plus évident de voir quelqu’un courir. Adana opère de la même façon que Geosef et Érik ferme la marche. Ils parviennent jusqu’au poste d’observation et se glissent à l’intérieur. Deux cadavres s’y trouvent étendus.

– Bon, fait Geosef. Le plus dur pour toi maintenant.

Il désigne une corde qui est attachée à l’un des montants supportant le toit du mirador. Celle-ci est tendue au-dessus du vide en direction d’un immeuble voisin moins haut situé de l’autre côté d’une large rue. Adana mesure cette distance avec appréhension, s’évertuant à se rassurer sur le fait qu’elle n’a qu’à se laisser glisser. Jadis pâté de maisons classique, la prison des Profondeurs a été modifiée pour servir de pénitencier. L’endroit a été choisi pour la hauteur de ses bâtisses qui servent maintenant de véritable forteresse. Toutes les fenêtres et la majorité des ouvertures extérieures ont été murées et une enceinte supplémentaire a été bâtie tout autour. Adana se lève un peu pour regarder par dessus la rambarde du poste d’observation et tente de suivre la corde des yeux. Elle se perd dans l’obscurité. La probabilité pour qu’on l’aperçoive depuis le seul autre poste d’observation qui donne sur cette façade est négligeable.

– Un par un, sinon le montant pourrait lâcher, explique Geosef. Toi d’abord, Adana.

Elle hoche la tête et se dresse sur ses jambes encore un peu tremblantes. En se tenant à la corde elle enjambe la rambarde et prend appui sur la bordure du toit. Une chute mortelle l’attend si elle lâche prise. Elle se retourne, se suspend dos au mirador et se contorsionne pour crocheter la corde avec ses deux jambes. La pente et son propre poids l’entraînent. Elle se laisse lentement glisser, suspendue au pont improvisé, se retenant à la force des bras. À peine à la moitié du parcours ses forces lui font défaut. Elle serre les dents et concentre toute l’énergie qui lui reste pour continuer à avancer et éviter de rester tétanisée sur place. Elle ferme les yeux et progresse : lâcher la corde avec une main, la placer plus bas, refermer sa prise, souffler, faire de même avec l’autre main, souffler. Elle ne comprend pas tout de suite qu’elle est arrivée quand ses pieds touchent la cheminée autour de laquelle est attaché l’autre bout de la corde.

– C’est bon, Adana, vous pouvez lâcher, chuchote une voix au timbre féminin.

Elle ouvre les yeux, pose ses pieds sur le sol et titube en direction de la voix. Dans la pénombre, elle reconnaît la silhouette fine et les cheveux bouclés.

– Olidia…

– Oui, c’est moi, fait-elle.

– Vous n’auriez pas dû…

– Vous non plus, la coupe-t-elle.

Adana tente de voir si Érik ou Geosef a suivi. La tension sur la corde semble indiquer que quelqu’un est en chemin. La variation d’un éclairage dans une rue voisine lui permet de remarquer la large carrure d’Érik qui arrive presque au bout. En provenance des toits de la prison, des cris retentissent et des faisceaux de lanterne commencent à balayer la zone de la cheminée par laquelle ils se sont extirpés. Érik prend pied sur le toit et regarde à son tour dans cette direction. La corde s’affale de leur côté, détachée du mirador.

– Mais que fait Geosef ? demande l’ex-Théologiste, inquiète.

– Diversion, répond Érik.

Ils peuvent suivre des yeux une petite ombre qui se déplace en courant sur le toit et qui apparaît nettement dans un faisceau de lanterne. Dans un concert de cris d’alarme, de déclics mécaniques et d’air sifflant, la silhouette du fuyard pousse un hurlement de douleur et bascule dans le vide, côté rue. Le bruit sourd de son corps heurtant le sol fait bondir le cœur d’Adana.

– Geo…

Érik l’interrompt aussitôt en lui plaquant sa main sur la bouche.

– On s’en va ! ordonne Érik les dents serrées. Il n’y a rien à faire.

Il prend les mains des deux femmes et les entraîne de force. Quand elles détournent le regard de l’horrible scène qui les hypnotise comme si elle se déroulait encore sous leurs yeux, elles se rendent compte que le bord opposé du toit où ils sont se rapproche.

– Olidia ?! s’inquiète Érik.

– Oui, c’est bon ! fait-elle en un souffle.

– On saute ! annonce-t-il.

Ils sautent ensemble du rebord, non sans une pointe d’appréhension de la part d’Adana. Ils tombent au ralenti et atterrissent sur le pavé de la rue sans le moindre mal. Olidia sourit à ses deux compagnons. Érik part dans une direction mais Adana échappe à son emprise.

– Je ne vais pas par là. Je vais chercher Ssoran, annonce-t-elle.

– C’est de la folie, Adana ! s’exclame le jeune homme. On ne s’est pas donné tout ce mal et Geosef n’est pas mort pour te laisser reprendre par les Théologistes et te faire exécuter demain.

– C’est Ssoran qu’on exécutera demain à ma place si je ne le sauve pas. Ma liberté et mon existence même n’ont pas de sens sans lui. Il est le seul espoir qu’il me reste en ce monde. Seule cette idée m’a ramenée à la raison dans cette prison pour que je te suive.

Les larmes auraient coulé de ses yeux si elle avait pu encore en verser.

– Tu n’y arriveras pas seule, conclut Érik.

Un son de corne est émis depuis la prison. L’alerte est donnée.

– Non… si vous aviez un plan d’évasion, appliquez-le. Ils vont vous poursuivre. Ça me laissera le champ libre pour aller au Temple.

– Mais tu ne sais même pas s’il s’y trouve.

– Je crois qu’il y est. Et si l’occasion m’en est donnée, je tuerai Duval.

– Tu ne pourras jamais sortir du Temple. Toute la Grand Place sera cernée. Tu n’as aucune chance sans les capacités d’Olidia.

– Je lui en ai déjà trop demandé. Je trouverai un moyen. Tu dois me faire confiance.

– Tu es trop faible.

– Arrête de me contredire ! peste-t-elle. Tu vas faire ce que je te dis, cette fois. Sauve ta vie et celle d’Olidia. Personne ne m’arrêtera, personne !

Érik hoche la tête. Une larme roule sur sa joue.

– Adieu, ma sœur…

– Merci pour tout, Olidia. Merci à toi, mon frère. Longue vie à vous.

– Attendez, dit Olidia.

Elle se défait de l’arme d’Adana qu’elle porte depuis que l’ex-Théologiste l’a déguisée en Supérieure. La jeune femme récupère son bien.

– Merci, Olidia. Allez !

Érik entraîne la jeune fille et ils disparaissent à l’angle d’une rue en direction de la porte des Profondeurs. Adana prend une longue inspiration tandis que les pires pensées qui l’ont dominée ces dernières heures lui reviennent en mémoire. Au lieu de se laisser détruire par elles, elle y puise de la force et en nourrit son ressentiment. Elle ré-entend les plaintes et les suppliques des dissiens assassinés par les Accusateurs et sa force croît. Elle imagine le Grand Théologiste en train de torturer Ssoran et sa haine explose. La tentative de viol dont elle vient de faire l’objet, la mort de Geosef et la trahison d’Ivrac achèvent de nourrir sa colère. C’est avec une détermination et une rage aussi farouche que lors des premières batailles de la guerre atarke que son cœur bat maintenant. Certes, ses ennemis ne sont plus les pitoyables Atarks à peine capables de se défendre. Ce sont ses congénères, des soldats qui ont servi jadis sous ses ordres, des hommes, même des amis ou des proches… Ce sont également le Grand Théologiste et ses séides. Ils sont le mal incarné de ce monde, un mal dont elle ne peut se débarrasser que par le fil de l’épée. La vengeance vient recouvrir son visage d’un masque de courroux et emplir son âme d’une férocité incontrôlable. Ainsi armée de son épée et de sa hargne elle s’élance vers la Grand Place avec une certitude absolue : elle démontrera une fois pour toute au Monde Éclairé qu’Adana Tarsis ne renonce jamais !

Profitant du déplacement des troupes à la poursuite des fuyards vers le nord-nord-est des Profondeurs, l’ex-Supérieure se faufile sur la Grand Place. Elle aperçoit, devant la façade du Temple, les bases de la potence que l’on construit pour elle. En dehors de quelques soldats de faction aux entrées, il n’y a personne. D’un pas décidé, elle traverse l’esplanade en droite ligne vers l’entrée de l’édifice sous un éclairage trop faible pour qu’on puisse la reconnaître. Cachée des autres accès par la courbure du bâtiment, elle attend le dernier moment pour se mettre à courir. Des deux hommes le premier n’a pas le temps de dégainer et se retrouve à agoniser sur le sol, tenant ses entrailles. Le second hésite une seconde de trop entre la corne et l’épée. Il choisit la corne et meurt décapité bien avant de souffler dedans. Adana pénètre dans le Temple Solaire.

Elle connaît très bien les lieux. Il existe des escaliers permettant d’atteindre les étages à proximité de chaque porte. Elle monte par l’un deux jusqu’au troisième niveau et explore les zones de la bâtisse qu’occupe le Primat. L’endroit le plus probable où ce dernier peut « rencontrer » un détenu est le Salon des Confidences, une pièce totalement isolée, de la lumière comme du son, où il peut se livrer personnellement à la torture, une activité qu’il n’exerce soi-disant jamais. Personne n’est dupe : Duval n’emmène pas toujours les filles de joie dans son lit. Adana reprend son souffle en haut des escaliers, s’efforçant de récupérer un peu d’énergie. Elle s’engage dans le couloir qui fait le tour de l’étage. Bien vu, se dit-elle, quand elle aperçoit quatre soldats en faction devant la porte du salon insonorisé. Ils auraient constitué une cible facile si elle disposait du pouvoir de son Empreinte. Sans, cela s’avère tactiquement plus difficile, mais elle jouit de l’effet de surprise.

Elle fonce et passe la courbure du couloir en vue des soldats. Le plus proche tente d’ouvrir la porte du salon. Adana sait qu’il échouera, Duval s’y enfermant systématiquement. Les autres dégainent pour faire face à l’ancienne Théologiste. L’un d’eux est un vétéran qui ne se laisse pas avoir par les premiers échanges. Il est toutefois entouré de débutants qui le gênent et il reçoit un coup qui l’empêche de maintenir son arme. Il meurt très vite. Le couloir n’est pas assez large pour permettre à plus de deux adversaires à la fois de combattre la jeune femme. Si ces soldats sont meilleurs combattants que les meilleurs des Atarks qu’elle a pu croiser, elle n’est pas passée du statut de militaire à celui de Théologiste pour la ferveur de sa foi mais pour sa redoutable habileté au maniement de toutes sortes d’armes. Elle n’a nullement besoin de la puissance des Théologistes pour les vaincre. Tous les soldats passent par le fil de son épée, y compris celui qui s’acharne sur la porte pour faire savoir qu’il y a un problème.

Essoufflée par l’effort, elle n’a pas le temps de reprendre ses esprits. Elle voit la porte s’entrebâiller et, aussitôt son regard croise celui de Duval. Adana parvient à coincer son épée entre le montant et le battant avant qu’il ne le referme. Elle porte tout son poids sur le panneau qui se réouvre violemment. Le Primat n’est pas resté derrière. Il s’est rapproché d’un râtelier pour s’emparer d’une arme. Il porte un manteau d’intérieur bleu très ample et une tunique brodée blanche ouverte sur le torse par dessus un pantalon de lin gris. Adana peut voir luire la partie visible du motif de l’Empreinte Solaire tatoué sur son cœur. Elle ne connaît pas toutes les capacités du Grand Théologiste qui a toujours fait grand mystère de ses pouvoirs réels. En tant que premier représentant de la divinité de lumière il doit disposer de talents uniques, comme celui qui lui permet d’amplifier le son de sa voix avec l’Empreinte. Cela a toujours impressionné la jeune femme qui n’a jamais été capable de l’employer autrement que de façon instantanée. D’un bref coup d’œil elle localise Ssoran, à peine conscient, attaché sur le chevalet de torture.

– Adana. C’est très imprudent de venir ici, dit calmement Duval. Tu aurais pu employer ta liberté autrement mais, là, tu vas mourir.

– C’est possible, fait-elle entre les dents. Je préfère mourir en essayant de te tuer plutôt que de vivre cachée et laisser tout un peuple souffrir de ta domination impie.

Le Primat ricane.

– Dois-je te rappeler que c’est toi qui as trahi les tiens ? Tu ne fais que donner plus de sens à ta condamnation.

Elle ne peut retenir davantage sa rage et attaque. Elle lance l’assaut d’un coup de taille. Duval pare et riposte. Elle pare et feinte. Il esquive, change ses appuis et se fend. Elle esquive en reculant. Ils s’examinent. Ils ont échangé leurs positions, ce qui place Adana entre Duval et Ssoran.

– Je crois à peine ce que je vois. Tu n’es pas venue pour moi, tu es venue pour lui ! claironne Duval.

– Il est le véritable Ondoyant de l’Ode Solaire ! crache-t-elle.

– Oui, et il brûle d’amour pour toi autant que tu te consumes de passion pour lui. Je le vois, inutile de me mentir.

Elle mène l’assaut. Parade. Riposte. Esquive. Contre-attaque. Feinte à droite en évitant le coup. Position défensive. Parade. Nouvelle feinte vaine. Quand Duval contre-attaque à son tour, Adana recule et esquive in extremis une estocade. Acculée, elle tente de se dégager mais le Primat lui bloque la route. Il est de nouveau entre elle et Ssoran et son espace vital s’est réduit.

– Soit la prison a quelque peu émoussé tes réflexes et ton aptitude au combat, soit tu n’es pas aussi habile qu’on a bien voulu me le faire croire, se moque Duval.

La jeune femme reconnaît la supériorité technique du Primat. Treize ans de politique n’ont pas diminué ses talents d’épéiste. S’il s’entraîne pour se maintenir à niveau, son champ de compétence se réduit néanmoins aux bonnes pratiques d’une salle d’arme, perdant de vue que, sur le terrain, tous les coups sont permis. Passant de nouveau à l’action, elle lance une série d’attaques amples et hautes comme on en fait dans une mêlée. Par mesure de prudence Duval recule d’un pas. La lenteur du coup lui laisse une ouverture et il s’y engouffre d’un coup de taille. Adana pare, tourne son arme à l’envers, pivote rapidement dos au Primat et porte l’estocade vers l’arrière. Totalement pris au dépourvu, Duval encaisse le coup.

La lame heurte l’abdomen de l’homme dont l’Empreinte a pris un éclat plus vivace. L’impact le plie en deux. Son arme lui échappe et il se retrouve à terre sur son séant. Adana reprend une position défensive en regardant son ancien supérieur avec surprise. Ce dernier n’a aucune blessure, la lame l’a simplement repoussé parce qu’elle n’a pu le transpercer. Le maître de la Théologie est décontenancé et visiblement en colère. Il braque sa main en direction de la jeune femme alors que la lumière de son Empreinte s’amplifie encore. Elle se jette aussitôt de côté et un fracas épouvantable secoue le Temple. L’onde de choc pulvérise une longueur de cloison à gauche de la porte ainsi que celle de l’autre côté du couloir. Les débris sont projetés par-dessus le balcon donnant sur le Cœur de la Sérénité. Duval n’attend pas que la poussière retombe ou que les vibrations de la structure cessent. Il se relève et essaye de ramasser son épée. Adana récupère un morceau de maçonnerie tombé non loin et le projette avec force sur la main du Primat qui hurle de douleur. Adana, véritablement impressionnée par les dégâts engendré par le Grand Théologiste, en déduit que l’invulnérabilité dont il jouit est temporairement tombée. Duval glisse un regard vers son ex-subordonnée, lui crache une obscénité et s’enfuit en courant par ce qui reste de la porte.

En se remettant sur ses pieds, la première impulsion de la jeune femme est d’engager la poursuite. Sa volonté de tuer le Primat cède lorsque ses yeux tombent sur le corps de Ssoran attaché au chevalet. Elle décide de le secourir et de partir. Elle a gagné cette bataille contre Duval mais doit rester en vie et sauver son amour si elle veut gagner la guerre. Elle se penche sur l’Atark et le libère de ses liens. Au loin, les cris de Duval appelant à la garde retentissent.

– Ssoran, mon amour ! l’appelle-t-elle. Ssoran, réponds-moi !

L’Atark entrouvre les yeux. Il semble dans un état semi-comateux. Son regard rencontre le visage d’Adana et il sourit.

– A… da… na, murmure-t-il.

La jeune femme entreprend de le relever. Déplacer son corps sans force s’avère plus compliqué que prévu. Tout au plus parvient-elle à le faire descendre de la table de torture mais elle s’effondre aussitôt avec lui. Elle n’a pas assez de force pour deux.

– Ssoran, tu dois invoquer en toi la force de ton dieu !

– Je…

– Vite, fais-le.

– Adana ! s’écrie une voix féminine dans les couloirs.

Le ton est celui du défi. L’interpellée sait immédiatement à qui appartient ce timbre.

– Jilkana ! crie-t-elle à son tour sur le même ton.

Elle se lève en laissant Ssoran adossé au pied du chevalet. Si elle doit affronter sa rivale Théologiste il n’est pas moins en sécurité ici que partout ailleurs. Elle se rend dans le couloir et regarde par où Duval est parti. Jilkana arrive dans sa direction. Adana se doute que, contrairement au Grand Théologiste, Jilkana n’essaiera même pas de discuter. Cette dernière lance immédiatement les hostilités. Son Empreinte illumine son visage et sa main tendue vers son ennemie projette une force invisible. Adana se jette dans le trou pratiqué par Duval vers le troisième entresol du Cœur de la Sérénité. Elle éloigne ainsi Jilkana de Ssoran. Des pas précipités la préviennent de son arrivée imminente. Comme une furie, elle franchit le trou du mur et agresse Adana qui l’attend en garde haute.

Combattre Jilkana n’a rien à voir avec le côté technique et raffiné de Duval. La Théologiste est de la même génération qu’Adana et elle a combattu sur le front de la guerre atarke. Elle est aussi rapide que violente et, surtout, en bien meilleure forme que sa rivale. Les premiers échanges donnent immédiatement le ton et Adana reste sur la défensive pour éviter de céder immédiatement sous la pression que lui impose son adversaire. Malgré cela elle récolte une estafilade sur le bras gauche. La puissance et la rapidité de son adversaire l’obligent à reculer sans arrêt. La terrasse du troisième balcon est large de dix mètres et fait tout le tour du Cœur de la Sérénité. Elle ne manque pas d’espace. L’échange ne doit néanmoins pas durer si elle ne veut pas se faire contourner et encercler par les soldats qui ont sûrement été alertés. Toute la Théologie se pressera bientôt aux portes du Temple, ne laissant aucune chance à Adana et Ssoran de fuir.

– Je vais goûter le plaisir de te tuer moi-même en lieu et place de cette stupide corde ! crache Jilkana sans diminuer la pression.

– Ça t’a toujours démangé, réplique Adana en haletant.

– Jamais à ce point ! Depuis que je sais que tu as entraîné mon amie d’enfance dans tes projets et qu’elle en est morte, je crève d’envie de te faire la peau !

Quoique hachés par ses efforts, les propos de la Supérieure sont parfaitement intelligibles. Le sens de ses propos échappe toutefois à l’ex-Théologiste. Elle ignore qu’elle fait allusion à Natali At’Prahen alias Carol. Il serait de toute façon vain de lui expliquer qu’elle n’est pour rien dans son décès. Elle a beau faire, Adana ne parvient pas à contre-attaquer. Jilkana la pousse à se retrancher près de la balustrade. L’épuisement commence à la gagner. Elle a besoin de prendre un avantage décisif et profite d’un tout petit répit accordé par son opposante. Alternant attaque et défense, Adana se dégage de la rambarde pour obtenir un peu plus d’espace. Ayant jusqu’à présent laissé Jilkana mener le combat, son changement de tactique déstabilise un peu celle-ci. Elle s’efforce d’éviter ses coups plutôt que les parer, contre-attaquant pour la garder à distance. Ce rythme agace de plus en plus Jilkana qui finit par s’exposer à un coup bas.

Adana blesse la Supérieure à la jambe mais elle est trop basse sur ses appuis. Ce dont profite Jilkana pour se précipiter au corps à corps. Elle lui décroche un coup de genou dans les côtes. Le souffle court, Adana roule sur le flanc pour éviter de se faire fendre le crâne. Elle se retrouve à nouveau près de la balustrade, en difficulté pour parer la moindre attaque mais Jilkana, handicapée par sa blessure, n’en tire pas profit. La lumière de son Empreinte s’intensifie.

L’ex-Supérieure saute pour échapper au bélier invisible. Elle échoue et se retrouve projetée dans le vide. Elle attrape l’une des tentures décoratives qui pend du plafond, puis se balance vers le balcon du niveau inférieur. Elle se roule sur elle-même et voit les militaires investir les portes au rez-de-chaussée. Jilkana effectue la même acrobatie pour la rejoindre. Adana se précipite immédiatement vers les escaliers. La Supérieure poursuit sa rivale en boitant. Dans l’escalier on entend les pas précipités de l’armée qui se répand dans le Temple. Elle remonte au troisième et se retrouve nez à nez avec deux soldats. Elle précipite le premier dans les escaliers en lui dérobant son épée. Elle esquive de justesse un coup du second qu’elle l’embroche.

L’ex-Théologiste s’engage à nouveau sur le balcon circulaire pour couper au plus court et rejoindre la brèche juste devant le salon où elle a abandonné Ssoran. Elle essuie une série de tirs d’arbalètes en provenance d’autres sections du troisième balcon où des hommes se déploient. À l’arrivée de la Supérieur At’Aren, la volée de carreaux cesse. Adana retourne dans le salon vers lequel convergent les soldats. Érik s’y trouve en compagnie d’Olidia. Adana en reste bouche bée. Le géant blond finit de charger Ssoran sur ses épaules.

– Sortons d’ici ! s’écrie-t-il.

– On est cernés ! s’exclame Adana.

– Je dois essayer, dit Olidia.

– Non, pas quatre ! vocifère Érik.

Les soldats paraissent par la porte et par la brèche du salon, arbalètes braquées. Olidia, placée entre Érik et Adana, pose une main sur chacun d’eux. Quelques déclics plus tard, une pluie de projectiles se répand dans la pièce vide.

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svartur dauði
Je vois la décadence qui fait ici-bas force d'intelligence. Je vois, j'observe, et j'ai honte. Ces pans de l'histoire qui se répètent depuis tant d'années, ces valeurs et ces consciences oubliées, l'ignorance et l'idiotie qui s'instigue en un véritable courant de pensée... Vous crachez votre humanité comme vous crachez un chewing-gum, en finissant par joncher la route de vos merdes ignorantes. Je ne vous ressemble pas, et je refuse de m'y abaisser. Je me sens face à vous plus haut, plus élevé, voire éloigné des autres et ce, de plus en plus souvent.

D'aucuns pensent que tout ce qui est établi doit être détruit, pour mieux recommencer. Moi, je pense qu'il faut tout détruire, et ne surtout pas recommencer. Est-ce que j'ai perdu foi en l'humanité? Non, c'est bien plus que ça, je la déteste. J'éprouve une haine viscérale de plus en plus forte pour bon nombre d'entre nous.

Malgré toute cette négativité, j'éprouve encore de la pitié pour les plus éclairés d'entre nous, pour celles et ceux qui, lucides, supportent et souffrent encore de cette décadence où les plus imbéciles sont les plus heureux.

Cette réalité qui est la mienne, aussi détestable soit-elle, ne jouera probablement pas en ma faveur.
Ce recueil a pour but de contenir divers courts textes qui seront peut-être, dans un sens, ce que j'écrirais de plus personnel, intimement lié à un sentiment qui m'est propre, cultivé au quotidien par ces faits, ces sujets, ces détails que je vois, quotidiennement ou non. Ces histoires ne me feront pas devenir plus grand, ni plus aguerri. Elles ne constituent qu'un simple exutoire, un peu comme une revanche personnelle que je me plais à prendre.

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      Tu te rappelles cette abeille butinant les fleurs, tu ne la voyais pas, mais tu entendais ce son mélodieux lorsqu'elle se retrouvait lovée dans le pistil d'une fleur. A bondir de ta chaise lorsqu'elle volait à vive allure autour de toi juste pour te saluer et qu'elle te courrait après pour entendre ta réponse. Tu l'entends ce son, c'est un merveilleux souvenir. Un son que tu pensais acquis, pourquoi aurait-il dû en être autrement ?
     Et toi, Marguerite, que deviens-tu ? Comment ça tu es inquiète? Manquait plus que ça ! La vache, tu pleures... c'est comme ça, tu n'as pas le choix, tu te dois d'être raisonnable. Tu n'es pas la première à qui ça arrive et tu ne seras pas la dernière à subir ça. Tu as beau me supplier, je n'y suis pour rien. Tu n'avais qu'à naître dans un chou et pis c'est tout !
     Je me souviens de ces images alors que toi, mon petit, tu arrives trop tard, tu te les imagineras seulement... c'est magnifique hein, même si ici, c'est irrespirable. Je ne comprends pas ce qui nous est arrivé. Oui, c'est vrai, je ne suis pas assez intelligente, je n'ai que mon imagination pour m'évader lorsque jadis, nous avions notre petit carré.... carré magique, oui c'est l'évolution paraît-il. L'avenir est dans le carré ou le rectangle à géométrie variable. Un carré multicolore aux saveurs d'antan. Je ne sais pas comment faire ? Apprends-moi. Comment ça, sans aide ? Ça va pousser, tu crois ? L'amour est au Pré ce que la vie est au Chou...
     Oui, je suis cynique, toi mon futur, je te défis de me mettre à l'épreuve. Oui, j'ai peur mais mon pote âgé me rassure. Je te mettrais à terre à coups de tartes à la crème. Ensuite, je me rappellerai ce bonheur qui s'effrite sous mes doigts propres parce que mon pote âgé s'est fait la malle pour assouvir ses rêves de grandeur. Oui, il a rejoint toutes ces grandes courges qui ne pensent qu'à l'oseille en me laissant seule dans mon coing. Sache que je m'en bats les steaks si tu savais parce que je me suis fait une nouvelle amie... Qui ça ? Marguerite, pardi !

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