Chapitre 7 - Fort Lievinsk

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Amalia Elfric était assise à son bureau, porte fermée, penchée sur un épais dossier de papier. Trois cadres mnémotiques étaient posés en arc de cercle devant elle et elle consultait régulièrement l’un ou l’autre des supports avant d’annoter ce qu’elle avait sous les yeux. Ses gestes étaient précis, secs. Elle avait l’habitude d’évoluer avec toutes ces informations.

Une tasse de thé vola jusqu’à sa main gauche. Elle l’attrapa et se redressa dans son fauteuil en poussant un soupir. Elle prit une gorgée brûlante et ferma les yeux. Quatre heures qu’elle était sur la correction du projet de restructuration des ports d’Adour. Ils avaient été détruits par l’Ordre quatre ans plus tôt. Elle se battait depuis pour que l’on rende leurs toits et voies maritimes aux humains de cette zone. Entre autres nombreuses choses.

Un petit hérisson, d’un blanc passé peu engageant, s’activa sur son bureau. Un pliage de papier qui s’animait et changeait de couleur selon la personne qui la contactait.

« Merlin… Ne passe pas rouge… » jura-t-elle tout bas, les yeux fixés sur le mémorigamie.

Il prit une teinte bleu foncé, de la même couleur que son uniforme fédéral, et se constella de petites étoiles en émettant un bruit aigu absolument ridicule. Elle reposa ce qu’elle avait à la main et remonta ses cheveux châtains dans un chignon simple. Ils étaient tombés un peu plus tôt. De toute façon, si elle ne les attachait pas d’un sortilège, ils glissaient sans cesse.

Sa porte s’ouvrit et un homme grisonnant entra sans demander la permission. Elle s’adressa au nouvel arrivant sans avoir besoin de relever la tête pour l’identifier, les mains occupées à tresser un charme pour maintenir la coiffure en place.

« Tu prendras quelque chose, Serge ?

— Non merci. Je ne peux rien avaler. »

Il s’assit en face d’elle et la porte se referma dans un claquement pendant qu’elle redressait la tête pour l’observer. Il avait l’air préoccupé. Elle le savait à ses sourcils froncés, à la tension dans sa mâchoire.

Serge était quelqu’un de doux, agréable, compréhensif et difficile à énerver. Elle avait dans les vingt ans quand elle l’avait rencontré. Il n’avait que neuf ans de plus qu’elle et était un jeune policier-mage fédéral, à l’époque. En presque vingt-cinq ans, il n’avait pas changé d’attitude et c’était ce qu’elle appréciait le plus chez lui. La pression de son poste n’avait pas altéré sa façon de voir le monde. Pourtant, aujourd’hui il ne souriait pas.

« Comment évolue la situation avec les Slavesqs ? demanda la sorcière.

— Mal. Ils ont attaqué la retraite des soldats. Acculés dans une vallée. »

Sa voix était grave, tant par son intonation que par son timbre. Il avait ce léger tic du coin de la lèvre… signe que quelque chose le tracassait. Certains de ses hommes étaient morts et l’adversaire était plus coriace que prévu.

La veille, au petit matin, un otage slavesq s’était échappé du fort de Lievinsk, causant des dégâts matériels importants et une dizaine de blessés. L’armée Fédérale avait immédiatement répliqué et lançé une grande offensive sur plusieurs campements et villages environnant pour retrouver le fuyard. Sans y parvenir.

L’erreur leur avait couté cher. En millieu de journée, les frontaliers avaient attaqué leur retraite et avait piégé tout un bataillon de P.M.F. dans une vallée.

« Ils ont l’avantage du terrain, commenta la sorcière.

— Bien sûr. Ils connaissent la zone et n’attaquent pas de front. Ils savent qu’ils ne peuvent pas nous battre à la régulière. »

Elle haussa les épaules. Il ne disait rien de nouveau. La région montagneuse et escarpée rendait les manœuvres compliquées.

Les Fédérés, retranchés dans un camp de fortune, avaient bien tentés à plusieurs reprises une percée. Mais jusqu’au soir, toutes avaient été contrées avec hargne, dans le sang des deux parties.

« Qu’est ce que je peux faire pour toi ?

— Perparim a récupéré l’ouest du fort, mais plusieurs soldats ont été fait prisonniers…

— Encore ? A combien vous en êtes ?

— Une grosse vingtaine.

— Je te mets Salim sur l’affaire. »

Salim était l’un de ses plus jeunes collaborateurs. Fin négociateur, il avait une expérience impressionnante pour son âge et elle lui déléguait régulièrement des missions liées à l’armée. Les P.M.F. lui faisaient confiance, mais cela n’empêcha pas Serge de grogner, avec un signe de tête négatif :

« Ce n’est pas de la petite négociation. Il faut leur montrer qu’on les prend au sérieux. Les troupes ont aussi besoin qu’on leur remonte le moral. Ils aiment se battre sous tes ordres.

— J’ai des choses à faire, Serge. »

Elle avait froncé les sourcils, peu encline à partir sur le terrain. Elle devait soutenir le dossier Adour devant les Présidents le lendemain. De plus, la faire intervenir donnerait bien trop d’importance à cette guérilla.

« Je te mets Salim sur l’affaire, répéta-t-elle. Il a lui aussi le respect de tes troupes.

— Tu es sûre de toi ?

— Oui. »

L’homme soupira et sortit un carnet de notes. Il y écrivit un simple non sous le regard étonné d’Amalia. Ce que l’on y rédigeait se répliquait instantanément sur l’une des pages du destinataire. C’était l’un des moyens de communication rapide au sein des ministères, mais elle ne voyait pas à qui le plus haut gradé de l’Armée voulait en référer. Hormis peut-être à l’un des Trois.

Moins de dix secondes plus tard, le petit hérisson se remit à émettre un son aigu, vira au rouge et Amalia leva les yeux au ciel. Il s’anima sur ses pattes et commença à grignoter tout ce qu’il avait à portée de museau. Un crayon gris. L’anse de la tasse qui vacilla et versa sur le bois du bureau. La sorcière grogna en posant sa main gauche sur le mémorigamie pendant que l’autre faisait disparaître le thé de sa zone de travail. Le bout de papier ensorcelé s’était, au passage, renversé de l’eau dessus. De toute façon, il fallait qu’elle en réenchante un, celui-ci était en fonction depuis déjà deux mois et avait trop souvent été sollicité.

« Tu as été voir Zerflighen ?

— C’est lui qui m’envoie.

— Il fait chier. »

Elle se releva vivement. Le hérisson avait repris sa teinte blanc-passé et un petit nuage de mots flottait au-dessus de lui. Soutenance annulée. Dans mon bureau.

« Tu sais depuis combien de temps j’attends de soutenir ce projet Serge ? ragea la sorcière.

— Oui, je sais. »

Il s’était levé en même temps qu’elle et attendait qu’elle ait terminé de remettre de l’ordre sur le bureau.

« Les deux autres cellules nous mettent des bâtons dans les roues depuis quatre ans ! Tu crois qu’ils ne vont pas sauter sur l’occasion pour…

— Je sais, mais… »

Elle releva brusquement la tête vers lui. Elle avait un beau visage, fin et agréable. Elle était toujours bien habillée, malgré son uniforme, et bien maquillée. Elle pouvait se montrer charmante, compréhensive ou intraitable. Mais quand elle était en colère, personne n’osait se mettre en travers de son chemin. Ses yeux étaient devenus durs et l’électricité qui semblait émaner d’elle suffit à faire taire le Commandant de l’Armée Fédérale. Non, il ne savait pas. Elle attrapa un cadre mnémonique et sorti avant lui. Il la suivit sans rien dire.

Amalia et Serge traversèrent les bâtiments pour rejoindre le bureau présidentiel. La Fédération avait toujours demandé à ses citoyens d’élire trois Présidents parmi un panel d’hommes politiques. Il s’agissait avant tout de représentants publics, mais certains votes de mesures majeures et le contrôle de l’Armée leur revenaient.

Chacun d’entre eux avait son organisation, sa cellule de rapporteurs et de prise de décision interne. Amalia travaillait pour ceux que représentait Karles Zerflighen. L’homme évoluait dans des postes officiels, mais, tout politique qu’il soit, il restait droit. La sorcière avait confiance en lui. Même si face à l’Ordre, il avait les mains liées. Il n’était pas seul à la tête de la Fédération.

Pétra Prem, la vieille pie deux fois quarantenaire qui gardait jalousement son trône de présidente depuis vingt ans, était l’une des proches de Leuthar. Elle appliquait ses ordres et orientait la Fédération vers les idéaux de son camp. Léopold Du Château De Monségure, lui, se rangeait docilement là où il avait le plus à gagner.

Amalia parvint à la porte de son supérieur et y frappa trois coups. Un webster les attendait à l’entrée. Comme tous ses semblables, le serviteur s’était vu remplacer certaines des parties de son corps par des outils magiques et pratiques. Il avait un artefact de plateau irretournable à la place de sa main gauche. En passant, Amalia le bouscula et il tomba sans pouvoir s’aider du bras qui portait deux verres pour les nouveaux arrivants. Un de ses nombreux mecartifices se déploya et réussit à lui éviter le sol. Le webster se rétablit sans un bruit, avec une souplesse surprenante.

« Soutenance annulée ? »

Amalia ne s’était même pas donné la peine de saluer le sorcier brun installé derrière son imposant bureau. Elle poursuivait simplement la discussion qu’ils avaient amorcée par mémorigamies interposés. Le webster leur présenta des rafraichissements. Les verres sur son plateau n’avaient pas frémi à la chute. Serge se servit sans un regard. La femme lui adressa un vague merci et s’assit dans un des deux fauteuils qui avaient été disposés là. Le commandant suivit le mouvement. Il prit la raisonnable décision de ne pas intervenir. Le Président et Amalia étaient tous les deux de proches collaborateurs. Depuis le temps qu’ils travaillaient ensemble il en était venu à les considérer amicalement, même si Karles restait son unique supérieur. Il n’allait pas montrer ses réserves devant lui.

« Amalia, Serge. Bonjour, sourit Karles.

— Bonjour Karles, répondit Serge.

— Tu sais très bien que je ne peux pas faire autrement, fit alors le Président en posant son regard bleu sur Amalia. Ils vont faire exploser l’équilibre de la région de Lievinsk.

— De quel équilibre est-ce que vous parlez, Monsieur Zerflighen ? »

Il fronça les sourcils et fit un geste de la main pour lui conseiller de se calmer. Ils avaient déjà eu cette discussion. Elle s’était franchement opposée au blocus que la Fédération avait tenté d’imposer par la force aux pays limitrophes de l’Est. Pour les populations locales, les frontières étaient des lignes autrement plus mouvantes qu’un trait sur une carte. Les P.M.F., déployés depuis des mois, leur rendaient la vie difficile, même en territoire fédéré. Entre statu quo diplomatique, guerre civile et embargo commercial, la zone était sous tension.

« Monsieur le Président… corrigea-t-elle avec un soupir avant de reprendre sur le même ton. Vous croyez que la fuite de l’otage slavesq est crédible ? Perparim l’a laissé s’enfuir ! Ils se sont attaqués à de simples citoyens ! Pour garantir un équilibre ? Pour sauver des vies ? Non ! Simplement par intérêt économique ! Nous savions que c’était une zone à risque ! L’Ordre pourrait en profiter !

— Nous n’aurions pas dû perdre d’hommes… Et maîtriser la population locale devait faire baisser l’influence de l’Ordre à l’Est, justifia Zerflighen pour la énième fois.

— N’importe quoi… »

Elle but son verre d’une traite et le laissa flotter derrière elle pour que le webster le récupère.

« Pourquoi est-ce que vous avez besoin de moi là bas ?

— Serge ne pourra pas rester. Nous avons eu des mouvements de l’Ordre sur les côtes britanniques. Il part avec toi, mais tu restes à Fort Lievinsk le temps de remettre de l’ordre et de stabiliser la situation.

— Qu’est-ce que l’on a ?

— Les échanges ont été stoppés avec les non-fédérés…

— C’est moi qui vous ai donné ces informations, Monsieur le Président. »

Il lui faisait le coup à chaque fois. En bon homme politique, il commençait par résumer une situation qu’ils connaissaient tous. Surtout eux trois.

Six mois auparavant, un blocus avait été mis en place pour contraindre la Nation Slavesq, un pays voisin, à l’est de la Fédération, à respecter les délimitations définies par les traités de paix signés bien des années plus tôt. L’interdit d’échanges avait créé un manque à gagner important pour les populations locales qui vivaient des deux côtés de la frontière. Leur mécontentement grandissant, les Slavesqs, frontaliers comme Fédérés, s’étaient peu à peu tourné vers l’Ordre. Les Vestes Grises, contre-pouvoir au sein même de la Fédération, en profitaient pour accroitre leur influence sur ce territoire, rendant plus la situation déjà très instable.

Ces derniers temps, les simples protestations citoyennes s’étaient transformées en émeutes, et, finalement, en raids armés. Les montagnes de la région abritaient aujourd’hui une véritable guérilla que les P.M.F. déployés sur place tentaient de contrer, sans pitié. Le conflit s’éternisait, dans le sang des deux camps.

Au grand damne de Serge et de ses troupes, les insurgés s’organisaient peu à peu, soutenus discrètement par la Nation Slavesq qui voyait là une excellente occasion d’étendre ses frontières sans s’engager dans une guerre ouverte avec ses voisins.

« Qu’est-ce que l’on a de nouveau ? précisa Amalia.

— Ils font des otages

— Ça n’est pas nouveau…

— Mais pour l’instant, ils ne revendiquent rien » poursuivit le Président, sans tenir compte de la remarque.

Ces dernières semaines avaient coûté la vie de plus de soldats fédéraux que durant les six derniers mois. Les expéditions ennemies étaient essentiellement meurtrières. À l’inverse, la Fédération cherchait généralement à éviter les bains de sang… Mais il était difficile de faire des prisonniers lorsque l’adversaire attaquait à coup de sortilèges mortels.

« Ils ont vingt de nos hommes. Ils pourraient s’arrêter là, les exécuter, ou les négocier. Mais ils n’ont pas cessé le combat. Ils attendaient un prétexte pour attaquer. Et nos hommes sur place leur ont offert ça sur un plateau d’or. Ça n’est pas une simple riposte… ajouta Serge en précisant le raisonnement du Président, l’air très préoccupé.

— Ils veulent Lievinsk », conclut Amalia sans ciller.

Ça n’était pas comme si elle avait passé ces derniers mois à les mettre en garde contre cette éventualité. Serge grogna en réaction à l’air de "je vous l’avais bien dit" qu’elle aborda quelques instants avant de redevenir grave. La situation, si les insurgés parvenaient à leur fin, serait plus que critique.

Lievinsk était un point stratégique sur la carte de la région. Agglomération majeure, la ville basse installée dans une vallée traversée par un puissant cours d’eau regroupait les principales industries locales. On y trouvait entre autres des fabriques d’hexoplans, dont le bois provenait des forêts à flanc de montagne.

La cité haute, quant à elle, disposait d’un imposant complexe de fortification. Les P.M.F. en avaient fait leur quartier général et se servaient de cette base pour assurer le contrôle du territoire. Si le Fort tombait aux mains des insurgés slavesqs, la Fédération perdrait toute la zone. Le pouvoir en place s’en trouverait déstabilisé jusqu’à la Capitale. Comme s’ils avaient besoin de mettre en danger l’équilibre fragile du gouvernement fédéral…

« Ça n’est pas tout, reprit Zerflighen. Ils étaient prévenus. On ne sait pas comment, mais ils savaient que la Fédération passerait à l’attaque. Ce n’était pas qu’un piège au milieu d’une guérilla. Enquête là-dessus et tu l’auras, ta promotion.

— Vous auriez dû commencer par ça… »

Trouver les traîtres, c’était une de ses spécialités. Serge sourit à cette remarque et le Président fit la moue. Le Commandant avait préconisé d’évoquer la taupe avant toute autre chose. Amalia excellait dans leur chasse. Une mission à sa mesure, c’était même plus important que la promotion promise.

« Utilise le mentalisme au besoin, tu as carte blanche. Je veux savoir ce que chacun des responsables du Fortin a su sur l’opération. Avec qui ils ont été en contact, où ils ont mangés, dormis, à quelle heure et avec qui, s’ils ont eu une permission ou s’ils ont de la famille…

— Je connais mon job, Monsieur le Président. Et je connais les enjeux. »

*

Hereter Perparim était penché sur une carte de la région, récupérée par la force dans la mémoire d’un otage. Il avait cru fiables les coordonnées des camps ennemis et elles l’étaient. La matinée avait été couronnée d’une dizaine de petits succès… Mais il n’avait pas envisagé l’ennemi aussi déployé. Leur nombre dépassait toutes leurs estimations.

Il tira sur le col de sa chemise, il avait chaud et suait, malgré la fraîcheur nocturne. Cette erreur allait lui coûter cher, mais c’était loin d’être sa principale préoccupation. Les hommes et femmes en face de lui avaient le visage fermé, l’œil rivé sur le retranchement fédéral, symbolisés sur la carte par un point lumineux, vacillant. Ils n’avaient aucune nouvelle d’eux depuis trois heures maintenant.

Une soldate avait réussi à passer au-dessus des lignes slavesqs qui abattaient à vue tout engin volant autour de leur position. Elle avait dû monter à plusieurs kilomètres de hauteur pour les semer. Peu de pilotes et de peu de machines étaient capables de supporter une telle manœuvre.

« À l’aube, nous les prendrons en tenaille, entre nos gars coincés là-bas et le régiment qui vient d’arriver, articula-t-il, pour clore la réunion de crise.

— S’il reste quelque chose d’eux », ironisa une Amalia, les bras croisés, un peu en retrait de la table de travail.

Il ne faisait aucun doute, à la qualité et aux décorations de son uniforme, qu’Amalia Elfric était plus haut placée que chacune des personnes présentes dans la salle. Bien qu’elle ne soit pas militaire. Son ton et son visage fermé rappelaient à chaque soldat de l’Armée Fédérale qu’elle n’avait pas prévu de se retrouver là. Ils avaient merdé et elle n’était pas d’accord avec ce qui se passait ici.

Elle ignora superbement le regard agacé de Perparim et se releva. Elle se pencha un peu plus sur la grande carte qu’ils étudiaient depuis son arrivée, il y a quelques heures déjà, en fin de soirée. Elle savait que la journée à venir allait de nouveau être sanglante. Après deux jours de combats, les troupes étaient à cran. Il fallait limiter les pertes, secourir le bataillon retranché et renforcer la défense du fort et de la ville. Les Slavesqs insurgés n’étaient ni assez nombreux, ni assez fous pour tenter une attaque frontale, mais leur attitude restait déconcertante. Ils devaient agir vite et arrêter de se regarder dans le blanc des yeux.

« Il faut attaquer maintenant si vous voulez revoir vos hommes, officier. Vous allez tuer des sorciers innocents, de toute façon, et être rétrogradé par la même occasion, faites-moi confiance. Repousser l’attaque ne changera que le nombre de morts. »

Une mèche de cheveux tomba devant ses yeux quand elle désigna une poche de résistance. Elle la remit en place, sans y prêter attention.

« Attaquez ici, par les airs, semble une bonne idée. Serge ?

— Oui, c’est ce que je voyais aussi. Vous essayez d’appliquer une bonne stratégie, officier, mais elle n’est pas adaptée à une guérilla. »

Serge était le plus âgé de l’assistance, bien qu’habituellement cela ne se vit pas tant. Ces militaires étaient sous son commandement. Il n’avait pas autorisé l’offensive et le leur avait déjà signifié son mécontentement. Cela avait été une belle demi-heure de réprimandes. Il ne savait que trop bien ce qu’il s’était passé. Excès de zèle du gradé, décision hâtive… De quoi mettre le feu aux poudres sur lesquelles était construit le Fort Lievinsk. Ça n’avait pas manqué.

« De toute façon, notre officier n’est pas vraiment adapté à la guérilla, lui non plus… ajouta Amalia en revenant à sa place.

— Amalia… souffla Serge, dans un sourire.

— Nous allons tuer des dizaines, peut-être des centaines, de civils par sa faute, Serge ! s’exclama-t-elle enfin. Ces villages et villes sont habités ! Comment voulez-vous parler de Fédération quand nous sommes amenés à massacrer nos propres citoyens ? »

Un homme entra alors en trombe dans le bureau, essoufflé, un concentrateur déjà déployé sur le bras gauche. Il ne s’attendait pas à trouver là une délégation fédérale et vira au rouge en se mettant au garde-à-vous.

« Mes Commandants. On attaque Lievinsk. Ils sont déjà aux portes du Fortin. »

L’officier Perparim se redressa, livide. Il avait serré les dents aux remarques de la femme, sans y répondre. C’était un homme à assumer ses erreurs.

« Les Slavesqs ? articula-t-il, incrédule

— Oui, monsieur. Ils ont donné l’attaque il y a une dizaine de minutes, par la brèche, avec des hexoplans.

— Les Slavesq, en hexoplan, qui combattent à découvert ? souffla l’un des gradés présents dans la pièce.

— Hé bien nos ennemis sont de l’avis de Mme Elfric, commenta Serge, ils attaquent avant l’aube et par les airs. »

Perparim ne répondit pas et sortit en trombe. Il fallait qu’il se rende compte de la situation par lui même.

Amalia s’était élancée en même temps que lui. Son concentrateur était toujours visible. Une superbe parure d’iris qui ornait sa main, du poignet au bout de ses doigts. Elle était renforcée de symboles d’un langage inconnu venu d’une mystérieuse confrérie. Son index et son annulaire gauche étaient cerclés du bijou dont les chaînes se rejoignaient sous le majeur.

Au premier croisement de couloir, elle abandonna l’officier en prenant la direction de la fenêtre la plus proche. Elle l’ouvrit et fit apparaître un second concentrateur dans sa main droite. Un simple bracelet d’iridium pur. Et elle sauta. Deux méca-ailes l’accompagnèrent jusqu’au toit de la salle de garde. C’est droite et sûre d’elle, qu’elle domina le champ de bataille, plusieurs secondes.

Les deux cours intérieures du fort étaient en feu. De longues flammes vertes dansaient dans la poussière et les débris de bois, de cendre, de métal. De là où elle était, il était difficile de distinguer quoi que ce soit. La réserve d’hexoplan avait été détruite. Peu de soldats fédéraux avaient pu prendre leur envol et ceux qui y étaient parvenus avaient été cueillis par les bataillons ennemis, décidément bien trop nombreux et trop organisés. Les canons des remparts lançaient des boulets de sortilège sur les Slavesq qui s’écrasaient au sol plus souvent qu’ils n’arrivaient à contrer les attaques. Quelques enchanteurs utilisaient la magie pure au lieu de sortilèges, créant de véritables vagues d’énergie qui venaient faucher leurs adversaires en plein vol.

La cantine ouvrait sur ces deux cours. Une petite partie de la garnison y terminait doucement la soirée quand l’assaut avait été donné. Le toit avait explosé et, même de là où elle était, Amalia apercevait les corps sans vie des hommes cueillis dans leur veillée. Faire sauter un bâtiment était un bon moyen de supprimer les ennemis sans se salir les mains. Sur le parvis, juste devant la brèche principale, la sorcière observa quelques secondes un mage slavesq, visiblement spécialisé dans les charmes élémentaires se battre contre le barman en combat rapproché.

Un peu plus loin, la réserve d’armes était défendue par un homme et une femme de la P.M.F.. Tous les deux étaient déjà blessés. Amalia décida d’apporter son soutien. Les Slavesqs en hexoplan les attaquaient en continu.

Elle sauta à terre, portée par ses méca-ailes qui se rétractèrent avant de disparaître une fois ses pieds au sol. Un homme se jeta sur elle. Son concentrateur à peine a dix centimètres de sa tête, il lança son sort une seconde trop tard. Elle était déjà passée sous son bras qu’elle dégagea d’un mouvement d’épaule. Elle activa son arme et lui décocha un coup dans le ventre accompagné d’une vague de magie pure.

L’insurgé vola sur plusieurs mètres et s’écroula. La détonation sourde provoquée par la décharge fit vibrer les vitres renforcées du fortin. Amalia le rattrapa et l’assomma avec un enchantement classique. Elle posa sa main sur le torse du sorcier inconscient et le transféra en prison. Une femme se porta à son niveau pour amorcer un nouveau combat, mais en voyant la fédérale faire disparaître son camarade, elle recula de deux pas. Seuls les hauts gradés pouvaient employer le réseau de transfert pour déplacer quelqu’un d’autre. Il n’en fallut pas beaucoup plus pour trahir la présence d’Amalia Elfric. L’insurgée tourna les talons et cria, dans un Slavesq relatif :

« Elfric participe au combat ! »

Avant que l’intéressée n’ait le temps de la faire taire, elle se fondit dans la masse en répétant en fédéral :

« Elfric participe au combat ! »

Amalia fronça les sourcils. Ce n’était pas normal de trouver cette langue dans les rangs slavesqs. S’ils rejetaient tout ce qui avait trait à la Fédération, ce n’était pas pour en parler la langue officielle en plein milieu d’un combat. En quelques secondes, elle vit les forces adverses s’ordonner pour une véritable bataille rangée.

Ils étaient nombreux. Bien trop nombreux. Bien trop organisés. Et les Slavesqs ne parlaient pas le fédéral sans accent. Ils n’affrontaient pas les insurgés slavesqs, ils affrontaient l’Ordre. L’Ordre et les populations locales. Ça, c’était nouveau. Et dangereux.

Plus personne ne chercha à venir au contact avec elle et elle porta son concentrateur secondaire à sa bouche. Elle activa la communication d’urgence et les armes de chaque P.M.F. présent émirent le message qu’elle dicta à l’artefact.

« Formation offensive ! Procédure de défense de la Fédération ! Les Slavesq se sont alliés à l’Ordre ! Défendez la Fédération ! Sortilèges mentaux, obscurs et mortels autorisés ! Chaque capture vous apportera une prime ! »

Elle savait que Serge, en recevant ce message, enverrait un ordre de renfort. Plusieurs bataillons devaient commencer à se rassembler dans la Fédération pour venir leur prêter main-forte.

Mobilisés sur les berges de la Grande-Bretagne à cause de mouvement de troupes dans un camp de l’Ordre… La manœuvre de Leuthar apparaissait maintenant clairement à Amalia et cela lui avait fait perdre quelques couleurs. L’enjeu de la bataille était bien plus important que prévu.

La porte principale avait été enfoncée et déversait un flot continu d’hommes et de femmes. L’Ordre et les Slavesq donnaient l’assaut final, bien plus supérieur en nombre que les fédéraux. Les P.M.F., même mieux entraînés, ne pouvaient plus gagner que de justesse.

Protéger la réserve d’armes devenait primordial. Un officier s’approcha d’Amalia pour demander des ordres plus précis, mais elle ne prit pas le temps de lui répondre . Elle courrait déjà, en se frayant un passage entre les combattants et les explosions. Elle rejoignit la soldate qui, seule, défendait le petit local où étaient entreposés canons, lance-flamme, bombes anti-magie et autres réjouissances militaires… L’ennemi ne devait pas s’en emparer.

La fédérale n’eut pas le loisir d’entamer le combat. Un appareil décocha de son vol pour fondre sur la gradée. Le pilote fit une embardée, rétracta son planeur et atterrit sans mal, les deux pieds bien au sol, en face d’Amalia. À cet instant précis, le ciel s’illumina, l’espace d’une seconde, d’une vive lueur métallique. Le temps de laisser entrapercevoir la nuée d’hexoplans encore présente, en retrait, prête à attaquer le fort. Le message était clair.

« Vous devriez ordonner la retraite, madame Elfric, fit-il d’une voix douce et audible malgré le vacarme environnant. Cela épargnerait nombre de vies sorcières »

Amalia s’était arrêtée nette, son concentrateur principal en avant, le second en arrière, dans une posture de combat élégante et efficace. Elle n’avait pas eu besoin de voir l’homme pour connaître son identité.

« Leuthar… Je ne sais pas si je dois prendre cela pour un honneur, que vous connaissiez mon nom. »

C’était très clairement ironique. Évidemment qu’il connaissait son nom. Même sans être militaire, elle se battait souvent. L’Ordre la connaissait. Elle prit le temps de le dévisager. S’il avait voulu la tuer, il l’aurait déjà fait. Peut-être aurait-il dû.

« Ce n’est qu’une question d’heures, d’ici à ce que de nouveaux bataillons arrivent. Je pourrais vous retourner la remarque. Vous ne pouvez pas battre l’Armée Fédérale au complet. Plusieurs divisions sont déjà en route, pour abattre l’Ordre. »

Elle ne faisait pas le poids. Tous les deux en étaient tout à fait conscients. Elle était l’une des personnes les plus redoutables de tout le gouvernement fédéral, elle avait été formée par les meilleurs Maîtres. Mais elle ne pouvait pas, seule, battre Leuthar. Il avait déjà mis plusieurs régiments de l’armée hors service d’un seul sort. Le sorcier se vantait d’être aussi puissant que Merlin en son temps.

Pourtant, elle était curieuse de l’homme qu’elle avait en face d’elle. Il n’avait que sept ans de plus qu’elle. Il avait créé l’Ordre alors qu’il n’avait que 18 ans.

« Abattre l’Ordre ? » répéta Leuthar avec un sourire.

Le blanc de ses dents, bien alignées, luisit à la lumière des combats. Il ne sembla rien faire de particulier, mais la femme derrière eux, celle qui défendait plus tôt la zone, s’effondra, inconsciente. Il l’observa une ou deux secondes, puis reporta son attention sur son interlocutrice.

« Vous pouvez tenter de nous battre. Mais vos hommes ont attaqué les Slavesqs sur leur territoire. La zone est sous tension depuis des mois. Si c’est une guerre déclarée que vous cherchez, nous nous retirons. »

Nouveau sourire éclatant.

Depuis le début de sa folle révolution, il avançait à visage découvert. Il était le visage de l’Ordre. Un visage ni beau ni laid, très quelconque. Yeux noirs, front haut, nez fin, une cicatrice au-dessus du sourcil, le menton un peu trop prononcé. Ce qui le rendait notable, c’était sa prestance.

Il prit quelques instants pour détailler la Fédérale. Il avait entendu parler d’elle, mais c’était la première fois qu’il la voyait. Elle ne présentait aucun danger immédiat, mais elle faisait beaucoup de bruit au sein du gouvernement. Une personne compétente qu’il aurait aimé avoir avec lui plutôt que contre lui. Une personne qui avait le pouvoir de mettre fin à cette situation.

Amalia n’était pas plus gênée que lui par les cris et les explosions qui l’entouraient. Elle n’avait pas bougé de sa posture d’attaque et surveillait chacun des gestes de son adversaire. Même s’il ne s’agissait que d’un mouvement de la paupière.

Il poursuivit, sur le ton de la conversation, insensible au chaos qui les environnait, mais qu’il semblait dévier par sa seule présence.

« Cette nuit, nous avons parlé avec les Slavesqs insurgés. Ils sont prêts à fermer les yeux sur votre bavure et à abandonner leur ambition de conquête si nous restons garants de la paix de cette région. La Fédération a tout à y gagner. Et je suis sûr que vous êtes une femme à aimer la paix autant que je l’aime. S’il vous plaît, retirez-vous. »

Il n’y avait, bien sûr, pas une once de supplication dans cette formule de politesse qui dans sa bouche prenait des allures de menace. Leuthar n’avait aucun intérêt à voir le combat se prolonger. L’Ordre ne tuait de sorciers que lorsqu’il y était contraint. Une vie sorcière, fut-elle celle de leur ennemie, était trop précieuse pour être gâchée.

« Une telle décision ne se prend pas sur un champ de bataille », commença par répondre la fédérale.

Son léger sortilège-tresse avait cédé au souffle d’une vague de magie et ses cheveux s’étaient détachés, mais elle-même n’avait pas bougé.

« Mais ma réponse aurait été immédiate si ce n’était pas l’Ordre qui devait se charger d’être… garant de la paix. »

Elle eut un léger rire et haussa les épaules. Tout était déjà entendu. Tous les deux savaient qu’elle allait accepter. Il y eut une explosion sourde derrière eux. Plusieurs machines s’écrasèrent au sol, leurs passagers retenus dans les airs au moyen de charmes-parachutes.

« Repliez vos troupes, souffla finalement Amalia. Ce n’est pas pour la paix que j’accepte votre proposition. Mais pour la vie de nos hommes et des Slavesq. »

Elle reprit une position normale, les yeux toujours fixés sur Leuthar. Il y avait de la colère dans son regard et dans sa voix quand elle ajouta tout bas :

« Gardien de la paix… Vraiment… »

Il écarta les bras, dans un salut railleur, sans se départir de son sourire.

« C’est pour les vies sorcières que je vous fais cette proposition, répondit-il toujours doux. Ainsi, la Fédération conserve son intégrité. Dites à Zerflighen qu’il est inutile de nous remercier. »

Il jeta un regard circulaire au champ de bataille. Ses combattants refluaient. Il ajouta sur un ton rassurant :

« Vos hommes vont bien. Nous avons déjà commencé à les soigner dans leur campement, mais avec les moyens disponibles ici, nous saurons nous occuper efficacement des blessés, quel que soit leur camp. »

Les quelques instants qu’il lui avait fallu pour dire cela avaient suffi pour que le ciel se vide de tous ses planeurs. Les combattants de l’Ordre s’étaient retirés. Seuls restaient quelques Slavesq qui refusaient d’abandonner le front. Tous s’effondrèrent dans les secondes qui suivirent. Encore une fois, Leuthar n’avait pas bougé et ils n’étaient qu’inconscients. Il fut bientôt l’unique ennemi dans le camp adverse. Ce qui ne l’inquiétait pas le moins du monde. Personne n’aurait osé s’attaquer à lui. Pas même l’Armée au complet. Et puis, il n’avait jamais tué personne. Même en imaginant que les P.M.F. soient capables de l’arrêter, le jugement serait faussé. Il continua, impassible :

« Il vous reste quelques hommes, en forêt. Nous n’avons rien tenté contre eux. La folie d’hier suffisait. Quittez le fort avant l’aube, avec vos hommes et la garnison. »

La femme de la Fédération serrait les dents depuis un bon moment, et elle ne les desserra pas. Serge apparut à ses côtés. Il était facile de se transférer à l’intérieur du Fortin, si l’on en avait l’autorisation.

« Leuthar… » salua sombrement le Commandant de l’armée.

Ils avaient déjà eu l’occasion de se croiser de nombreuses fois.

« Je n’aime pas te voir, mais épargner des vies, cela me va très bien.

— Des vies sorcières, comme toujours, l’interrompit Amalia dans un grondement de colère. Et les vies humaines des alentours, il se garde bien de dire ce qu’il en a fait. »

Le calme s’était fait autour d’eux. Le nom de Leuthar avait été prononcé, parfois avec étonnement, parfois avec peur. Amalia nota ceux qui en parlaient avec admiration.

La remarque tira un court rire au mage qui ne jugea pas nécessaire d’y répondre. C’était une région reculée, il y avait peu d’humains pour la peupler, la chasse serait brève.

« À une prochaine fois, Commandant. Madame Elfric », salua-t-il en déclenchant son module de vol.

Il déploya deux grandes ailes mécaniques qui l’élevèrent d’une trentaine de mètres de hauteur en un instant. Quelques secondes plus tard, il n’était plus en vue.

« Amalia… », fit alors Serge.

Mais elle avait déjà disparu. Elle chercha Perparim pendant quelques minutes et le trouva dans la salle de commandement, mort. À l’état du corps, carbonisé du ventre jusqu’à la gorge, il était évident qu’on avait voulu brûler toute trace de leur petite opération. Elle eut un cri de dépit et renversa la moitié des chaises d’une vague de magie destructrice. Les fuites venaient donc de lui, mais elle ne saurait jamais s’il avait trahi la Fédération ou si on s’était servi de lui. Elle s’avança à la fenêtre et s’appuya sur le rebord pour observer les sorciers aller et venir en bas. L’Ordre s’était efforcé de ne pas tuer, mais c’était parfois pire. Les P.M.F. répandraient la nouvelle, directement ou indirectement, et l’Ordre étendrait encore plus la terreur qu’ils inspiraient.

Le plan de Leuthar se dessinait maintenant clairement dans la tête d’Amalia. Gardien de la paix ? Le Lievinsk restait aux mains de la Fédération, mais Leuthar récupérait le complexe militaire pour gérer la région. Le gouvernement perdrait toute influence sur la politique à l’est du pays pendant que l’Ordre restaurerait les échanges avec les nations voisines. Les Slavesqs se rangeraient majoritairement à l’idéologie de l’Ordre et, aux prochaines élections, un peuple entier voterait pour un homme de Leuthar. Zerflighen serait évincé du pouvoir. Sans Karles a la tête du pays, la Fédération tomberait aux mains de l’Ordre et les idées de leur leader seraient appliquées sur les dix millions de kilomètres carrés qui composaient le territoire.

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