Chapitre 3 - Point de fuite

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L’eau chaude coulait sur son visage et sur son corps, ses muscles se détendaient. Naola pleurait, mais les larmes étaient chassées par la douche. C’était nerveux. Pas même des sanglots, juste de petits ruisseaux qui évacuaient toute la tension accumulée. Pour la quatrième fois, elle se savonna avec minutie. Elle avait l’impression que ça ne suffirait jamais. Elle avait demandé à se laver pour pouvoir appeler le génie à l’aide, l’informer, établir un plan. Elle avait besoin d’eau pour ça. Mais Adélaïde ne lui laissait aucune marge de manœuvre. Elle l’avait ligotée pour l’amener jusque là. Elles étaient entrées et la sorcière avait refermé la porte derrière elle. Verrouillée de l’intérieur. Naola avait protesté et l’autre avait souri.

« Tu aurais préféré que ce soit Niles qui te surveille ? Allez, déshabille-toi et va te doucher. On ne va pas non plus y passer la journée. »

Naola s’était exécutée, avec dans le ventre une colère sourde. Une humiliation de plus. Néanmoins, elle ne regrettait pas. La jeune femme n’avait pas mesuré combien cet instant de répit lui était nécessaire.

Elle observait, sans y prêter attention, la silhouette d’Adélaïde à travers la buée sur la vitre. Elle aurait aimé pouvoir réfléchir en paix. Elle était trop détendue, ses défenses étaient au plus bas, juste assez pour contenir les efforts constants que déployait la mentaliste pour les forcer. Si sa geôlière tentait de l’attaquer, il lui faudrait plusieurs secondes avant de réussir à la repousser. L’autre devait le savoir, mais ne faisait rien et Naola lui en était reconnaissante.

À regret, elle ferma le robinet, se recomposa une expression à peu près neutre et sortit de la douche. Une fois enveloppée dans sa serviette, elle soupira. Le miroir au-dessus du lavabo était embué et cela l’arrangeait. En entrant, la jeune femme avait aperçu son reflet. Il faisait pitié. Sans réfléchir, elle effleura les entailles qu’avaient laissées les fers sur sa gorge. Ça, plus les restes de la rouste de William, elle en avait un peu partout sur le corps.

« À mettre sur tes plaies. Ça devrait t’éviter les cicatrices » fit Adélaïde, avec un signe de tête vers un petit pot sur la faïence de l’évier.

La sorcière était assise sur un banc, dans un coin de la pièce. Naola tendit la main et attrapa l’onguent.

« Merci. Ça t’embêterait de te retourner pendant que je fais ça et que je me rhabille ? C’est gênant. »

L’autre lui lança un sourire charmant puis bougea de façon à ne pas être dans le champ de vision de sa captive. Mais elle garda un œil sur elle.

« Il va falloir se presser un peu. Je ne pensais pas que tu mettrais autant de temps. »

Naola noua sa serviette autour de sa taille et entreprit de s’appliquer le baume partout où elle pouvait voir les marques laissées sur sa peau. Il y avait un côté apaisant à cette tâche. Elle haussa les épaules et répondit :

« J’ai l’impression de ne jamais être propre… Il s’est passé combien de temps ?

— Une bonne demi-heure…

— Non, je veux dire, depuis que vous m’avez enlevée, il s’est passé combien de temps ?

— Ha… Presque trois jours que l’on est ici. Pourquoi ?

— Pour rien. J’ai perdu la notion du temps, c’est tout. Je peux te poser une question ?

— Pose toujours.

— T’es médecin ? »

Adélaïde rit et répondit :

« T’es perspicace… »

Naola lui jeta un regard noir. Elle s’arrangea pour lui tourner le dos. Elle avait abandonné l’idée de se dissimuler derrière sa serviette. Elle avait besoin de ses deux mains pour se soigner. Elle ne tarda pas à reprendre la parole. Cela lui faisait gagner du temps. Et c’était presque agréable d’avoir une conversation normale avec quelqu’un.

« Comment une médic’ en arrive à rejoindre l’Ordre ?

— En quoi est-ce étonnant ? sourit l’autre en la détaillant du coin de l’œil.

— Les médecins c’est plutôt censé faire le bien. »

La médecin en question rit à cette remarque qu’elle trouva d’une naïveté rafraîchissante. La fille se mordit la lèvre, agacée de cette réaction :

« Tu es censée aider les gens !

— Qui te dit que je ne le fais pas ? demanda-t-elle en se tournant vers elle. L’Ordre, c’est un engagement politique chronophage et je lui apporte les compétences acquises grâce à mon métier. Pour le bien de tous.

— Pas le mien, railla la jeune femme.

— Ça te dépasse, répondit-elle, sans sourciller. C’est une question de préservation. On vit sur une terre finie, avec des humains qui ne l’ont toujours pas compris. Malgré le Cataclysme, malgré la merde dans laquelle ils se sont déjà mis ! Ils sont dangereux et je pense qu’on ne peut plus faire semblant de ne pas voir le problème. On doit les contrôler, on doit les réguler.

— Les réguler, souffla Naola. Ce ne sont pas plus des animaux que nous, on ne régule pas des humains comme on régule la population de dragons ! »

La médecin fronça les sourcils et se leva d’un coup. La captive sursauta et recula contre la porte vitrée de la douche, apeurée. Adélaïde soupira en activant son concentrateur médical, elle ordonna, avec douceur :

« Calme-toi. Retourne-toi. »

Comme l’autre ne réagissait pas, rouge, le regard au sol, les bras croisés sur sa poitrine, la sorcière posa sa main sur son épaule et la fit pivoter. Elle la vit frissonner mais ne s’en préoccupa pas. Elle ausculta son dos, elle avait détecté une côte fêlée, à la posture de la jeune femme. Naola dut percevoir une chaleur douce puis un petit claquement, sans douleur. La médecin s’écarta et retourna s’asseoir alors que la fille restait tremblante, appuyée contre la vitre, les dents serrées. Dégoûtée par le contact qu’elle venait de lui imposer.

« Je ne fais pas ça pour ton bien, non plus… », précisa Adélaïde dans un murmure plein d’ironie.

Naola garda le silence, immobile, tendue. La femme se pencha vers sa captive dont elle détailla le dos un long moment avant de reprendre, à voix haute :

« La proposition tient toujours. Tu pourrais rejoindre l’Ordre. »

Naola ne répondit pas. Elle ne se remit à bouger qu’au bout de quelques minutes. Elle posa le pot de crème sur l’évier et s’habilla lentement, avec des vêtements que la sorcière lui avait fournis. Les siens n’étaient plus que des haillons tachés de sang qui avaient déjà disparu de la salle de bain. Probablement détruits, se dit-elle en avalant sa salive.

« Tout à l’heure, sous la douche, j’étais vulnérable. Tu n’en as pas profité. Et le baume, tu n’étais pas obligée non plus. Alors pourquoi ?

— On a tiré à la courte paille et j’ai hérité du rôle de gentille de la bande sur cette mission », expliqua Adélaïde, avec sérieux.

Naola préféra ne rien répliquer. Elle garda le silence, alors qu’elle terminait d’enfiler sa chemise.

« Tu pourrais être quelqu’un de bien, pourtant, articula-t-elle au bout d’un moment.

— Quelqu’un de bien. C’est très subjectif, répondit l’autre, les bras croisés et une expression perplexe sur le visage.

— Je dis juste que tu n’étais pas obligée de mettre autant de zèle.

— Tu es naïve. Avec toi, je joue le jeu, rien de plus. Te soigner, il fallait bien que quelqu’un le fasse. Attirer la sympathie de quelqu’un dans ta situation n’a rien de compliqué et c’est un moyen beaucoup plus propre d’obtenir ce que je veux de toi.

— Comme si tu n’avais pas d’autre moyen… souffla la jeune femme, amère.

— Il te manquait l’étincelle de l’idée… »

Naola arrêta ses mains sur les boutons de sa poitrine, sourcils froncés, sans comprendre. La mentaliste, elle en était certaine, avait les moyens de voler n’importe quelle information, à même ses souvenirs. Si elle ne le faisait pas, c’est qu’elle attendait autre chose d’elle. Elle eut une exclamation à peine audible et remonta son regard sur la sorcière.

« La démonstration ? demanda-t-elle.

— La démonstration », confirma Adélaïde en lui adressant un sourire charmant.

La jeune femme serra les dents et détourna les yeux.

« Je pourrais revenir sur ma décision, souffla-t-elle d’une voix blanche.

— Non, tu ne le pourrais pas. »

La mentaliste se leva puis s’étira, amusée. La fille était toujours sous son emprise délicate.

« Tu ne peux plus revenir sur ta décision, assura-t-elle d’une voix douce. Plus maintenant. »

Naola eut un mouvement de recul violent et leva les mains, comme pour se protéger du filet invisible qu’elle devinait jeté sur son esprit. Peine perdue. Elle avala sa salive, lutta, trembla un instant, ferma les yeux. À quoi bon, en effet, revenir sur cette démonstration ?

« On a dû apporter un repas dans ta cage donc si tu n’y vois pas d’inconvénient… », reprit Adélaïde avec un sourire dur.

Elle esquissa un petit signe, du bout des doigts, et des cordes vinrent attacher les poignets de Naola dans son dos.

« On y va. »

La jeune femme se débattit sans conviction et poussa un soupir.

« C’est vraiment nécessaire ?

— Tu sais bien que oui. »

De retour dans la cellule, on avait déposé de quoi se restaurer, ainsi qu’une table et une chaise. La jeune femme sentit son estomac se contracter. Cela faisait donc trois jours qu’elle n’avait pas mangé, elle en avait les mains tremblantes. Adélaïde la laissa là. À la vérité, Naola ne remarqua même pas son départ.

Elle prit son temps et, lorsque son repas fut terminé, elle se retrouva désœuvrée. La jeune femme s’installa dans un coin de la cellule et attendit.

Une heure plus tard, on la conduisit à l’aveugle à travers ce qui lui sembla être un labyrinthe de salles, de couloirs et d’escaliers. On la poussa finalement à l’intérieur d’une pièce dont la porte se referma sur elle d’un claquement sec. La lumière de haute fenêtres aux multiples carreaux l’aveugla quelques secondes, lorsqu’elle recouvra la vue. L’ Iska?rien l’attendait, assit dans son fauteuil. Naola l’avait déjà, au début de son séjour. Il l’avait interrogée, avec brutalité et sans succès. Ils se dévisagèrent un moment en silence, puis l’homme se leva et se dirigea vers une petite table sur laquelle étaient disposés une carafe, une fiole et des verres.

Il vida le contenu du flacon dans une des coupes puis revint vers la jeune femme. Les liens qui entravaient ses bras disparurent et il lui adressa un sourire courtois :

« On sera plus à l’aise pour discuter si tu es libre de tes mouvements… Tu seras aimable de boire ça »

Elle regarda le sérum sans faire mine de le prendre.

« Je ne boirai pas ça tant que vous n’aurez pas rempli toutes mes conditions. »

L’autre sourit de plus belle et il reposa la coupe.

« Une douche, un repas et la garantie de sortir d’ici saine et sauve. Et comme ma parole ne te suffit pas, il faut que l’on te le jure sur une vie.

— Vous m’excuserez, mais ces derniers jours ne m’ont pas incitée à vous faire confiance… », répondit-elle prudemment, tout en se massant les poignets.

Elle était mal à l’aise, elle n’avait pas prévu de se retrouver seule avec cet homme. Il rit à sa remarque.

« Je ne peux pas te le reprocher… »

À cet instant, Adélaïde entra dans la pièce, suivie de Niles, auquel Naola ne put s’empêcher de jeter un regard dégoûté, ce qui ne manqua pas de faire sourire l’Iska?rien. William arriva, quelques secondes plus tard, et referma la porte derrière lui.

« Will, approche qu’on puisse passer à la suite. »

L’interpellé s’exécuta, à contrecœur. Naola le dévisagea, s’autorisant un petit sourire ironique. Il évita son regard et lui tendit le bras, le témoin de promesse au creux de sa paume. Les yeux de la jeune femme s’attardèrent sur l’objet, une bille à peine plus grosse qu’une noix. Son noyau d’Iris était serti d’un réseau très serré de nervures argentées. Un entrelacs complexe et sans logique qui attestait des très nombreux serments qui avaient été énoncés grâce à lui. On voyait, çà et là, que certaines saillies avaient pris une sinistre teinte noire mate. Un témoin de promesse ne pardonnait pas qu’on manque à sa parole. Naola glissa ses doigts entre ceux de l’homme, emprisonnant ainsi l’artefact contre leurs peaux. L’Iska?rien les observait, avec un air amusé qui fit se crisper la main de William. Il débita, d’une voix traînante  :

« Moi, William Gamp, je m’engage, au nom de l’Ordre, à ce que cette femme, Naola Dagda, sorte d’ici libre, vivante et en bonne santé avant la fin de la journée. »

Le témoin siffla, un son strident, étouffé par leurs paumes jointes, puis se tut. Elle s’empressa de retirer sa main, assez vite pour voir la marque unique de vœu, semblable à une brûlure, s’estomper sur sa peau. C’était fait, avant la fin de la journée, elle serait libre. Sa vie contre celle de Gamp.

« Elle n’a rien juré en contrepartie » commenta Niles, qui s’était trouvé un mur où s’adosser, les bras croisés.

Il avait des traces du coup porté par Fillip, une fine cicatrice rouge sur la pommette, l’œil encore beurré de noir.

« J’ai donné ma parole et comme il me reste un minimum de sens de l’honneur, je la tiendrai, répliqua la jeune femme avec sécheresse. D’ailleurs par quoi voulez-vous commencer ? demanda-t-elle, en se tournant vers l’Iska?rien. Vous me posez vos questions maintenant ? Ou je commence par la démonstration ?

— La démonstration en premier. J’ai hâte de voir ça » répondit-il après un instant de réflexion.

Il retourna s’asseoir dans son fauteuil et s’installa pour profiter du spectacle.

« Il me faut mes affaires… »

Naola hésita. Elle ne pouvait pas demander l’intégralité de ses affaires sans éveiller de soupçons. Elle se résigna donc à lister ce dont elle avait besoin.

« J’ai surtout besoin de mon pendentif, de ma boucle d’oreille et d’une de mes bagues. Mon concentrateur rendrait les choses plus simples, mais je peux me débrouiller sans.

— Que des choses très coquettes… fit remarquer l’homme. Adé, ses affaires. »

Adélaide hocha la tête et vint déposer tous les effets de Naola sur la console proche de la fenêtre. Fillip observa sa collègue sélectionner les artefacts désignés, puis demanda :

« Pourquoi as-tu besoin de tout ça ?

— Par sécurité », répondit Naola.

Elle sentit son cœur faire un bond lorsqu’elle vit réapparaître tous les objets qu’ils lui avaient pris, concentrateur compris, sur le coin de la table. Elle fixa un instant son regard sur les mains d’Adélaïde, desquelles dépassait le pendentif en pyramide inversé qui était nécessaire à l’invocation.

« Le Djiin est enfermé dans un mécanisme magique, mais pour renforcer cette sécurité j’ai conçu un système de verrou magique à trois points afin de prévenir ses sorties intempestives »

La jeune femme remercia Merlin qu’ils n’aient pas songé à lui proposer à nouveau le sérum, sans quoi elle n’aurait pu s’aménager ce mensonge. Elle poursuivit :

« Je suis son maître et sa mission est de me protéger, mais il le fait avec un peu trop de zèle.

— Donc tu vas appeler un truc qui va nous attaquer direct ? Et on va la laisser faire ? ! »

C’était Niles qui avait parlé. Il avait quitté son coin et s’était rapproché d’elle. Elle se tendit et réprima un mouvement de recul. Ça n’était pas le moment. Il était temps qu’elle joue son va-tout. Naola se dirigea vers la console, saisit le verre, le leva à l’adresse des membres de l’Ordre, puis le but d’une traite. À présent, le jeu devenait vraiment dangereux.

« Pour t’assurer que je ne mens pas Niles, puisque tu sembles douter de moi. »

Elle reposa le verre sur la table et constata que sa main tremblait un peu. Elle respira pour se calmer.

« Oui. Si j’invoque Tourab, il va vous attaquer. Et en même temps à quel genre de démonstration est-ce que tu t’attendais ? Je ne peux pas vous dire que c’est sans risque. Par contre, je peux vous dire qu’à l’époque où on l’a capturé, on était cinq, et tous beaucoup moins expérimenté qu’aujourd’hui. En plus, le mécanisme magique sert à limiter ses pouvoirs de manière à ce qu’il reste plus ou moins contrôlable par ma propre magie. J’ai peut-être battu William, mais je doute que ma magie seule puisse faire quoi que ce soit contre quatre sorciers de l’Ordre. Donc… »

La sorcière n’avait dit que la stricte vérité, mais elle avait pris le devant des questions qu’on risquait de lui poser pour ne dévoiler que ce qu’elle souhaitait qu’ils sachent. Son ton était agressif, nerveux. Elle fit une pause, se força à adopter une expression plus calme.

« Donc, est-ce que je commence la démonstration ou non ?

— Donne-lui ses bijoux Adé, et tenez-vous prêts » acquiesça l’Iska?rien en faisant un geste à Niles pour qu’il s’écarte.

Naola sentit sa tension diminuer quand elle passa la chaîne du pendentif que lui tendit Adélaïde. Elle replaça sa boucle d’oreille et, enfin, mit la bague. Seul le premier bijou entrait en jeu lors de l’invocation, mais elle préférait récupérer ces objets au plus vite. Ils serviraient à envoyer un signal de détresse si cela tournait mal.

Elle fit un signe de tête pour indiquer qu’elle commençait, puis saisit son collier et psalmodia la litanie, dans un dialecte d’Ephénie. Niles aurait, peut-être, pu le comprendre, mais il n’avait jamais fait l’effort de l’apprendre. Ainsi, elle était presque certaine de son effet de surprise.

Naola sentit le Djiin fondre en elle. Elle n’avait pas menti. Elle invoquait bien un des êtres qu’ils cherchaient à étudier. Mais celui-ci était bien plus puissant que Tourab, l’oiseau-vent capturé avec Niles des années plus tôt. À la place, c’est Maya qui quitta son monde pour venir brutalement prendre possession de son corps. L’esprit d’eau se déversa en elle comme un torrent qui arrache ses berges à la fonte des glaces. C’était toujours violent, ces invocations, mais ça l’était plus encore lorsqu’elle manquait de magie pour aider la créature à s’incarner dans cette réalité.

La jeune femme perdit l’équilibre et tomba sur les genoux. Son organisme n’avait pas assez récupéré pour supporter la douleur de l’appel. Sans s’en préoccuper, elle ouvrit ses pensées au génie afin de la mettre au courant de la situation et des alternatives qui s’offraient à elles. Et il y en avait peu. C’était fusionnel, en un instant sa compagne et alliée avait appris ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle avait subi.

Naola sentit la colère de l’être primaire gronder. Elle l’entendit pousser un hurlement rageur à travers sa propre bouche. Mais elle ne chercha pas à maîtriser cette pulsion ni à tempérer l’esprit. Pour faire ce qu’elle devait faire, il ne lui faudrait pas moins que cela.

Les sorciers s’étaient mis en position défensive et l’observaient, interdits. Ce fut Niles qui réagit le premier.

« Fillip, ce n’est pas ce Djiin que nous… »

Mais il n’eut jamais l’occasion de terminer sa phrase. Traversé par un pic de glace qui lui transperça le cœur et vint se ficher dans le sol. Son corps s’affaissa et resta coincé alors que l’homme portait ses mains vers sa blessure. Il mourut avec une expression de surprise incrédule sur le visage.

Les autres auraient dû subir le même sort, mais, alertés par la remarque de Niles, ils avaient évité le coup fatal. William était inconscient, mais vivant, un pieu enfoncé dans le ventre, alors qu’Adélaïde luttait déjà pour retirer celui qui s’était fiché au niveau de son épaule. La violence de l’attaque l’avait rabattue contre un mur et elle ne touchait le sol que de la pointe des pieds.

Le dernier n’avait rien fait pour parer le trait et la lance gelée l’avait empalé sur son fauteuil. Néanmoins, il ne montrait aucun signe de vouloir en mourir, ni d’ailleurs d’en souffrir. Au contraire, il éclata d’un grand rire.

« Hé bien voilà une démonstration intéressante pour une magie qui ne manque pas de potentiel ! »

Et il disparut d’un coup pour réapparaître juste derrière la jeune femme, une longue lame aux reflets verts prolongeait son concentrateur majeur. Un mur glacé se dressa pour le ralentir, alors que Naola se précipitait sur la console pour attraper son arme.

Une fois celle-ci enfilée, elle eut à peine le temps de jeter un sortilège de protection avant que le maléfice l’atteigne à la hanche. Même réduit, l’impact la fit tituber, mais elle fit un effort pour ignorer les dégâts et attaqua à son tour. Un coup destiné à tuer que son adversaire reçut en pleine figure. Il disparut dans un nuage de fumée noire qui n’était pas l’effet escompté.

Elle attendit quelques instants avant de relâcher sa garde. Elle s’appuya de tout son poids contre la console. Les verres qui y étaient posés tintèrent. Elle baissa les yeux sur sa blessure. La plaie ne saignait pas, mais luisait d’un halo vert vif qui ne lui indiquait rien de bon. La magie de l’esprit, mêlée à la sienne, luttait contre le sortilège.

Il y eut un sinistre craquement alors qu’Adélaïde réussissait à se libérer de la glace. D’un geste, Naola fit venir les concentrateurs des trois sorciers à elle, avant que sa propriétaire ait l’idée de vouloir s’en servir. Les deux femmes se dévisagèrent un moment. Captive quelques instants plus tôt, la plus jeune ne réalisait pas encore tout ce qui s’était passé. Elle avait prévu de les tuer tous, pour préserver les secrets des Djiins… Naola leva son arme vers Adélaïde…

« Je croyais que tu ne tuais pas », articula la médecin.

Elle était livide et se tenait l’épaule de son bras valide.

« Vous ne m’avez pas laissé le choix », se défendit Naola.

Piteuse excuse, son regard traîna sur le corps de Niles, dont le sang avait teint la glace en rosâtre. Elle eut envie de vomir. L’autre sourit.

« Tu pensais vraiment pouvoir battre quatre sorciers de l’Ordre à toi toute seule, c’était ça ton plan ?

— Je ne suis pas toute seule… répondit-elle sans réfléchir. Il faut que je te tue. »

Elle avait du mal à mettre ses idées au clair.

« À quoi ça t’avancerait ? Fillip t’a échappé, si tu voulais préserver tes alliés tu n’as fait qu’attiser sa curiosité… Tu ne nous tueras pas. Tu ne veux pas nous ressembler. »

Naola sentit que la Glace tentait de reprendre le dessus. Elle vit sa main trembler et avec un effort de volonté, elle la baissa. Adélaïde avait raison, elle n’en était pas capable, elle valait mieux que ça.

« Fuis. Avant que Fillip ne revienne avec du renfort. »

La jeune femme acquiesça, dans un état second. D’un geste, elle fit exploser la grande fenêtre. Elle récupéra le reste de ses affaires et s’élança, sans se retourner. Concentrateur vers le sol, la sorcière freina sa chute d’un sortilège et se réceptionna dans un parterre de fleurs. Elle courut à toutes jambes, à couvert du parc forestier du domaine, le temps d’activer son module de vol.

Naola enfourcha son hexoplan d’un mouvement souple, sans même ralentir, et fila à toute allure au-dessus des nuages. La fine mécanique magique ronronna comme un chat en extase d’être poussée dans ses limites de vitesse. L’engin fendit l’air avec une fluidité virtuose, emportant sa pilote au loin.

Évidemment, elle aurait dû se transférer. Elle aurait été beaucoup plus vite en sûreté, mais la jeune femme était beaucoup trop faible pour enclencher le déplacement. L’esprit protestait dans tout son corps, inondait ses pensées de sa colère et de sa frustration. Elles auraient au moins dû tuer le mâle, après ce qu’il lui avait fait. Naola secoua la tête, il était difficile de dialoguer avec un Djiin furieux, tout en pilotant.

Lorsqu’elle estima s’être assez éloignée, elle redescendit en dessous des nuages. Elle survolait une forêt, mais il lui était impossible de se repérer.

C’est en redressant son engin qu’elle commença à se sentir mal. Elle baissa les yeux vers sa blessure. La plaie n’avait pas bougé, en revanche le réseau de ses vaisseaux sanguins se nervurait de vert à travers sa peau. Un sortilège à retardement. Naola était sortie de là-bas en bonne santé… mais rien dans le serment de William n’indiquait qu’elle le resterait après son départ. Elle jura contre sa bêtise, puis se rendit compte qu’elle commençait à avoir des difficultés à respirer. Il fallait se poser, et vite.

Elle piqua vers le sol et manqua de s’y écraser, redressant la machine in extremis, avant de racler la terre. Déséquilibré, l’hexoplan fit plusieurs embardées et l’expulsa dans une vrille assourdissante.

La sorcière roula sur une dizaine de mètres dans le sous-bois et s’immobilisa au pied d’un arbre. Elle tenta de se relever, mais constata que cela lui était impossible. Sa respiration se fit plus difficile. Elle dut se fait violence pour pivoter sa bague vers la gauche, en priant Merlin pour que les secours arrivent assez vite. Puis elle laissa le Djiin prendre le contrôle, sa magie freinait le sort occulte. Elles gagneraient peut-être un peu de temps.

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