Chapitre 3 : Apocalypse now

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Villepinte, parc des Expositions.

14h14

H – 00 : 23 avant l’évènement « Japan zéro »

— Ce qu'il fait chaud… Gémit Wioletta, qui suait à grosses gouttes dans son costume vert.

— Tu pourrais pas changer de disque ? La Japan Expo, ça tombe toujours début juillet, c'est normal qu'il fasse chaud ! Grinça Lariska sans prendre la peine de se retourner.

Wioletta avait mis bien trop d'effort dans son cosplay de Loki pour admettre qu'il était responsable de son malheur. La multiplicité des stands et des costumes des visiteurs ne cessait de l’émerveiller, mais le soleil commençait à cogner vraiment fort. Les deux sœurs se faisaient régulièrement arrêter par des visiteurs afin qu'ils les prennent en photo. Tandis que Chloé n'avait été photographiée qu'une seule fois par une adolescente fan de Jane Austen qui croyait avoir reconnu en elle M. Darcy. Elle n'avait pas eu le temps de la détromper, et elle le vivait mal.

— En même temps, personne connait Blackadder… Tenta Wioletta lorsque Chloé manifesta sa "jalousie".

— Ouais, t'aurais dû faire mister Bean ! C'est plus connu, ajouta Lariska.

— Nan mais mister Bean c'est plus une question de gueule que de costume, lâcha Chloé résignée.

La jeune femme eut un soupir exaspéré lorsque leur conversation fut interrompue par une petite famille visiblement fan de David Bowie qui désirait prendre Lariska en photo.

— Et toi à côté, t'as tellement la gueule de l'emploi que même habillée avec un sac poubelle, les gens reconnaîtraient le Roi des Gobelins ! Grinça Chloé, une fois le petit groupe dispersé.

Lariska leva les yeux au ciel, signifiant à son amie qu'elle forçait le trait. La jeune femme était certes blonde, grande, mince et avec un visage en lame de couteau, mais les points communs avec David Bowie s'arrêtaient là.

— En même temps tu ne vas pas te plaindre de ne pas ressembler à mister Bean ni à Blackadder, rétorqua-t-elle.

A la réflexion, Chloé était contente d'avoir le visage rond et le nez en trompette. Son seul point commun avec Blackadder résidait dans ses cheveux bruns, courts et frisés. Comme elle n'avait rien à ajouter devant le pragmatisme de son amie, Chloé préféra changer de sujet.

— Bon ce n'est pas tout ça mais… Quelqu'un a vu Rosalie ?

— Non.

— Ce serait plus facile si elle nous avait dit en qui elle se cosplayait… Gémit Wioletta.

— Ce ne serait pas une surprise sinon !

Lariska cessa un instant d'avancer pour fouiller dans son sac à main et en tirer son téléphone portable.

— Ah, elle vient de m'envoyer un message. On doit la retrouver devant le Naruto géant, annonça-t-elle.

— Bon. Quelqu'un a vu un Naruto géant ? Reprit Chloé.

— Non.

Les trois jeunes femmes se placèrent légèrement à l'écart du passage pour consulter le plan de l'exposition.

— Il faut qu'on aille vers le hall 6. Il faut suivre l'allée principale, expliqua Lariska.

— Bon… Ben, allons-y Alonso, comme dirait le Docteur !

Elles allaient se remettre en route lorsque le Parc des Exposition fut soudain plongé dans le noir. Il y eut un moment de flottement, d'incrédulité. En règle générale les coupures de courant duraient rarement plus de trois minutes… Mais une fois ce délai dépassé, un murmure inquiet s'élève parmi la foule des visiteurs et des exposants.

— Ok, les filles on reste groupées ! S'exclama Chloé en saisissant les mains de ses amies.

Des hurlements perçants retentirent au loin, et un grondement sourd sembla s'élever du sol.

— Tremblement de terre ! Hurla quelqu'un dans la foule.

Ce cri déclencha véritablement le chaos. Tout le monde se mit à courir dans tous les sens. Le mouvement de foule général convergeait vers l'une des sorties. Mais les bousculades étaient fréquentes et le sol jonché d'objets divers, abandonnés par des visiteurs effrayés. Les trois jeunes femmes luttèrent pour ne pas se retrouver séparée.

Des rayons lasers fusèrent, éclairant brièvement le hall plongé dans l'obscurité d'une teinte pourpre. Une forte odeur de brûlé persistait après leur passage. D'autres hurlements se firent entendre. Plus proches, plus nombreux. Ce qu'il restait de cohésion dans la foule vola en éclats. Chloé faillit lâcher ses amies. Mais elle tint bon et les entraina vers une source de lumière blanche, qu'elle avait identifiée comme une sortie de secours. Mais le parcours était semé d'embûches. Elles trébuchèrent sur des corps inanimés et piétinés par des pas désordonnés. Elles plongeaient à terre à chaque fois qu'un rayon rouge apparaissait. Puis elles se relevaient et continuaient à avancer tant bien que mal vers la source de lumière. Wioletta se cramponnait à sa sœur, comme si elle seule avait le pouvoir de la tirer d'affaire. Lariska comptait sur le sens de l'orientation de Chloé pour les guider. Et Chloé comptait sur Lariska et son instinct de survie exacerbé pour éviter les rayons lasers.

L'horizon lumineux se rapprochait. Les trois jeunes femmes pouvaient désormais distinguer des silhouettes agitées autour d'elles. La sortie était toute proche…

Soudain, l'obscurité les enveloppa de nouveau. Wioletta cligna des yeux pour s'habituer au changement de luminosité. Peu à peu une forme se détacha des ombres. Une forme ailée, immense et monstrueuse leur barrait l'accès à la sortie. Un… dragon ? Wioletta n'a pas le temps de s'interroger car sa sœur l'entraîne sur sa gauche, sur une trajectoire visant sans doute à contourner le monstre. Une violente bourrasque déstabilisa les trois jeunes femmes dans leur course. En se retournant, Wioletta constata que le dragon avait pris son envol et que ses ailes géantes fouettaient l'air avec violence. Puis le retour de la lumière l'aveugla de nouveau.

Elles avaient atteint la sortie ! Wioletta voulut s'étendre au sol pour se remettre de ses émotions, mais ses aînées jugeaient manifestement la menace du dragon encore trop proche et ne ralentirent pas l'allure. Le sol se mit à trembler, elles trébuchèrent, tentèrent d'avancer à quatre pattes. Puis le tremblement de terre cessa. Comme le terrain était à peu près dégagé, elles se relevèrent en chancelant et se remirent à courir. Chloé contourna plusieurs bâtiments, dont l'un était en flammes, et parvint à guider ses amies jusqu'au parking.

La jeune kiné n’avait jamais aimé le jaune pisseux de sa Fiat Panda, en fait la seule chose qui lui avait plu dans cette voiture était son prix. Chloé n’aurait jamais cru que l’affreuse couleur de son véhicule lui permettrait de la trouver en un temps record dans un parking bondé… pendant un tremblement de terre. Elle bénit aussi le ciel quand elle trouva ses clés de voiture du premier coup, et se jeta presque sur le volant. Lariska atterrit tant bien que mal sur le siège passager avant et Wioletta plongea sur la banquette arrière.

— Tout le monde a bien attaché sa ceinture ? Lança Chloé mécaniquement.

Elle suspendit sa phrase, surprise par le timbre de sa voix.

— Un-deux-un-deux ! Reprit-elle, comme si elle testait un micro défectueux.

Mais rien à faire, sa voix restait inhabituellement grave. Chloé sentit peser sur elle le regard de ses passagères. Elle tourna la tête vers Lariska et eut un mouvement de recul. Ce n'était pas Lariska qui se tenait assise à côté d'elle, mais un homme d'une quarantaine d'années, au visage anguleux, coiffé avec un pétard, maquillé comme une voiture volée…et aux yeux vairons. Enfin pas tout à fait, l'une de ses pupilles était totalement dilatée et l'autre non. La première chose qui traversa l'esprit de Chloé fut "traumatisme crânien". Puis une fois sa déformation professionnelle évacuée de son cerveau, la jeune kiné finit par se rendre à l'évidence : elle faisait face à Jareth, le Roi des Gobelins en personne. Il affichait une expression de stupéfaction totale. La jeune femme eut une réaction bien moins retenue et poussa un cri perçant :

— AAAAAAAAH !

L'esprit logique de Chloé se refusait à assimiler l'information : David Bowie était mort l'année précédente et il avait soixante-neuf ans. Il était donc physiquement impossible qu'il se trouve à côté d'elle et dans avec l'apparence qu'il avait dans les années 80. Et l'esprit émotif de Chloé se trouvait dans un état de peur viscérale car le Roi des Gobelins était l'une de ses terreurs d'enfance. La terreur paralysa Chloé jusqu'à ce qu'il se mette à jurer en polonais. Cela remit le cerveau de la jeune femme en marche.

— Lariska ? C'est toi ?

— Euh… Chloé ? Répliqua Jareth-Lariska.

Si Lariska se cachait bien derrière le Roi des Gobelins, elle semblait peiner à reconnaître Chloé. Cela motiva cette dernière à vérifier sa propre apparence dans le miroir du pare-soleil. Ce qu'elle vit la fit hurler de plus belle :

— AAAAAAAAH !

Chloé avait désormais le visage de Lord Blackadder. Son cœur manqua plusieurs battements et sa respiration s'accéléra. C'était un cauchemar, à n'en pas douter. Elle n'avait qu'à se pincer la peau pour se réveiller et tout s'arrangerait. Mais Blackadder-Chloé s'aperçut bien vite que Jareth-Lariska était justement occupée à se pincer à diverse endroits du corps, sans succès. Les deux amies se regardèrent, un pli soucieux barrant leur front.

— On démarre ou quoi ? lança une voix masculine derrière elles.

Elles firent volte-face et découvrirent, là où aurait dû se tenir Wioletta, un charmant trentenaire brun aux yeux bleu électrique propre à faire se pâmer les jeunes filles… et a l'air abasourdi. Les trois jeunes femmes, transformées en leurs cosplays respectifs hurlèrent en parfaite synchronisation :

— AAAAAAAAH !

Le sol se remit à trembler et des bruits stridents parvinrent à leurs oreilles malgré les vitres fermées de la voiture. Jareth-Lariska reprit son sang-froid et ordonna à Blackadder-Chloé :

— Démarre.

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