Chapitre 1 : Don't wake me up !

6 minutes de lecture

Paris, XVIIIe arrondissement.

Le 4 juillet 2017.

7h35, heure locale.

H — 07 : 02 avant l’évènement « Japan zéro ».

— Allez, debout Larry ! s’écria joyeusement Wioletta.

— Grmbl.

L’adolescente ne se laissa pas impressionner par l’incroyable répartie de sa sœur ainée. Elle traversa sa chambre en évitant de marcher sur les nombreux câbles et autres appareils électroniques qui la jonchaient et alla ouvrir les volets en grand. Le soleil, déjà haut dans le ciel d’été, inonda la pièce de lumière et arracha un juron polonais à l’infortunée Larry. Lariska de son vrai nom, jurait rarement, et encore moins dans leur langue natale. Elle devait vraiment être de mauvais poil, ce matin.

Mais ce n’était pas un matin comme les autres pour Wioletta : c’était celui de sa toute première Japan Expo ! Elle avait reçu son billet en cadeau pour avoir passé son bac littéraire avec mention. C’était sa journée et elle avait l’intention d’en profiter avec sa sœur. Aussi, loin de se décourager, la lycéenne empoigna fermement la petite couverture sous laquelle Lariska se trouvait recroquevillée, et la tira à elle.

— Grgnooon ! grogna encore Larry en agrippant le tissu.

Mais Wioletta changea d’angle pour tirer et arracha enfin la couverture, dévoilant de longues jambes grêlées de gros boutons rouges.

— Ah, tu t’es battue avec des moustiques toute la nuit… C’est ça ?

— Frmoui.

Wioletta leva les yeux au ciel (enfin, au plafond), et remarqua par la même occasion les petites traces noires auréolées de rose pâle laissées par des moustiques écrasés. Il y avait aussi quelques traces de semelles au milieu du massacre… Lariska ne devait effectivement pas avoir beaucoup dormi cette nuit. Malgré tout, elle était réveillée, maintenant. Mais la lycéenne avait crié victoire trop vite : sa sœur attrapa un oreiller et l’écrasa sur sa tête.

— Oh allez, Larry. Arrête ton cinéma !

— RFMBLGRRRRR !

— Laquelle de vous deux fait des bruits de Chewbacca depuis tout à l’heure ? fit une voix derrière Wioletta.

La lycéenne sursauta. Elle n’avait pas entendu Chloé arriver. Adossée à la porte, cette dernière observait la scène avec amusement. Grande amie de Lariska, elle était restée dormir sur place pour avoir moins de chemin à parcourir jusqu’à Villepinte. A chaque fois qu’elle rendait visite aux sœurs Sokolowski, Chloé suivait leurs chamailleries comme une télé-réalité améliorée.

Vivent les bagarres de blondes… songea-t-elle.

— Ahem, toussota Wioletta pour avoir son attention.

Chloé sortit de sa contemplation ravie et considéra la lycéenne dont le regard disait « fait quelque chose ! ». Avec un soupir, elle lâcha :

— Dis donc, Larry t’as encore mis ta culotte Hello Kitty ?

L’intéressée se redressa comme un ressors et s’empressa de vérifier l’accusation calomnieuse. Lariska reçut deux nouvelles : une bonne et une mauvaise. La bonne était qu’elle portait une très ordinaire culotte noire en plus d’un T-shirt XXL frappé du logo de la NASA. La mauvaise était qu’elle ne pouvait plus se rendormir, désormais. Elle foudroya son amie et sa sœur du regard. Puis elle ouvrit la bouche pour les insulter en polonais mais Chloé lui coupa la parole :

— Waaaah tu ressemble trop au Roi des Gobelins !

— Mais graaaaave ! renchérit Wioletta.

— Kwééééééé ? gémit le sosie accidentel, qui, bien que réveillée, n’avait pas encore récupéré la totalité de ses fonctions cérébrales.

— Elle est en train d’installer ses mises à jour windows… chuchota Wioletta à Chloé.

— C’est ça… éluda cette dernière, peu portée sur les métaphores informatiques.

— Euh, Larry, ça va ?

Lariska fixait un point dans le vide, sans réagir devant sa sœur qui agitait la main sous son nez. Quelques secondes s’écoulèrent dans un silence gênant, mais enfin elle cligna des yeux et considéra les deux jeunes femmes debout devant son lit.

— Rassures moi… Le Roi des Gobelins, c’est pas celui du Hobbit ? demanda-t-elle, suspicieuse.

— Mais noooooon…

— Alors je parie que c’est l’un des personnage chelou de Bowie dans les années 70…

— Plutôt des années 80, avoua Chloé, qui avait toujours trouvé que son amie ressemblait à la rockstar

— A vrai dire, Labyrinth est sorti en 86, glissa Wioletta.

— Mais d’où tu sais ça, toi ?

— Je suis curieuse et j’ai une bonne mémoire. D’ailleurs 86 c’est aussi l’année où Tchernobyl a explosé et...

— Ouais, ouais, et la navette spatiale Challenger aussi, coupa Lariska.

— A voir tes cheveux de Roi des Gobelins, 86, c’était l’année des explosions… railla Chloé

— Mais surtout, c’est l’année d’un évènement terrible… déclama Wioletta d’un ton dramatique.

Lariska leva les yeux au ciel.

— La naissance de ma sœur !

Chloé éclata de rire.

— Ah, je comprends mieux pourquoi vous en savez autant sur l’année 86…

— Très drôle... Et sinon, quand est-ce que tu vas te décider à vivre dans le XXIe siècle ? grinça Lariska.

— Quoi ? Mais arrête, j’aime aussi des trucs récents ! se défendit son amie.

— Ah ouais ? C’est quoi ton cosplay, cette année ?

— Blackadder… lâcha Chloé d’une petite voix.

— Qui date de ? interrogea Lariska en regardant sa sœur.

— 83 à 89, proclama Wioletta.

— Bon, vous venez, le petit dej est prêt ! éluda la jeune femme en tournant les talons.

Lariska la regarda s’éloigner d’un bon pas vers la cuisine. Elle admirait cette capacité chez Chloé, à toujours se montrer fraiche et dispose dès matin, même durant les weekends. La grasse matinée ne faisait pas partie de son vocabulaire. En plus elle n’avait jamais besoin de se maquiller avec son éternelle bonne mine.

— Comment elle fait pour avoir autant d’énergie si tôt le matin ? grogna Lariska en se massant les tempes

— Bah normal, elle est kiné. Elle sait quoi faire pour rester en forme ! lâcha sa sœur comme s’il s’agissait d’une évidence.

— C’est ça, et moi je fais de l’informatique donc je sais comment faire pour hacker le Pentagone… Et puis quoi encore ? ronchonna Lariksa en s’extirpant maladroitement de son lit.

— Olà, ne tombez pas, votre Majesté !

Wioletta la rattrappa in extrémis, avant qu’elle ne piétine l’un des multiples appareils électroniques qui jonchaient le sol. Elle tituba vers la cuisine, à la suite de sa sœur. Chloé les y attendait, armée d’une cafetière italienne encore fumante.

— Yes ! Ton café qui réveille les morts. Exactement ce qu’il me faut… s’exclama Lariska en se laissant tomber lourdement sur une chaise.

Chloé vida la moitié de la cafetière dans le mug de son amie, soit l’équivalent de 3 expressos.

— J’ai aussi fait griller du pain ! précisa-t-elle en poussant les toasts vers les deux sœurs.

L’ainée se tourna vers sa cadette, l’air scandalisée :

— Attends mais tu l’as laissée faire le petit déj ??

— T’inquiètes, Larry ! Depuis le temps, j’ai l’habitude ! Et puis, elle avait son costume à préparer…

— Vous voulez le voir ? s’exclama Wioletta en bondissant de sa chaise.

— D’abord tu manges, répliqua Lariska, qui la força à se rasseoir.

— Maiiiiiiheuuuu ! protesta mollement la lycéenne.

Menge i calla ! Comme dirait ma grand-mère… lâcha Chloé, machinalement.

— Ce qui veut dire ? s’enquit Lariska

— « Mange et tais-toi ! ».

— Ah, je n’aurais pas dit mieux…

— On dit ça comment en polonais ?

— Stul pysk i jedz !

— Effectivement, ça sonne moins bien…

Wioletta suivait l’échange en mâchant son toast et manqua plusieurs fois de s’étouffer avec tellement elle riait. Chloé finissait de beurrer sa tartine et la trempa dans son café, sous l’œil horrifié de Lariska.

— Oh franchement, tu devrais être habituée depuis le temps que tu vis en France… railla la jeune kiné

— Non, mais je m’y ferai jamais… Même si je reste en France encore cinquante ans ! grimaça son amie

— Moi je sais m’adapter ! se vanta Wioletta en imitant Chloé

Sa sœur lui jeta un regard noir. La lycéenne mâcha crânement sa bouchée sans la quitter des yeux.

— Si tu recommences, je te renie ! grogna Lariska en exagérant son expression menaçante

— Cool, comme ça je serais la sœur de Chloé et elle me laissera manger comme je veux ! répliqua Wioletta avec le même surjeu.

— Vendu ! Comme ça je ferais des nuits complètes !

— Hey, ho j’ai pas demandé à avoir une sœur supplémentaire, merci bien… intervint Chloé, qui ne savait pas trop sur quel pied danser

Wioletta mit la main sur son cœur et ouvrir grand la bouche dans une expression outrageusement choquée… Qu’elle ne parvint à maintenir que quelques secondes avant d’exploser de rire.

— Vous me fatiguez… soupira Chloé

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