Chapitre 5 : Is this the real life ? Is this just fantasy ?

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Localisation inconnue

15h46, heure de villepinte

H + 01 : 09 après l’évènement « Japan zéro »


Les trois jeunes femmes, récemment transformées en hommes, ne furent pas transformées en merguez. Le fracas du battement d’ailes de Smaug s’était tu. Chloé rouvrit les yeux. Elle tourna plusieurs fois sur elle-même, interdite. Bonne nouvelle : le dragon avait disparu corps et âme. Mauvaise nouvelle : tout le reste du paysage avait disparu corps et âme. Le mini-bois au milieu des champs avait laissé place à une vaste plaine semi désertique, parsemée de collines et de murs grisâtres enchevêtrés autour d’un château au loin. Le soleil se couchait, teintant le ciel d’orange.

Eberluée par ce saut dans le temps et l’espace, Chloé recula de quelque pas et heurta quelque chose. La jeune kiné fit volte-face et découvrit un arbre mort biscornu qui aurait sa place dans un film de Tim Burton.

Si je suis au Pays des Merveilles, ça manque de couleurs… Ou alors Blackadder est daltonien… songea Chloé avant de remarquer l’horloge collée sur l’une des branches tordues. Une horloge de 13 heures. Le temps imparti pour sortir du…

Labyrinthe.

Le labyrinthe du Roi des Gobelins à n’en pas douter. Ou alors Chloé était morte, et il s’agissait du purgatoire. La jeune kiné vérifia son pouls et choisit la première option.

— Larry, c’est toi qui as fait ça ? C’est… c’est une idée de génie ! On a échappé au dragon ! s’exclama-t-elle.

Chloé admirait son amie pour sa capacité à se tirer de situations terribles. Un jour, en rentrant d’un après-midi shopping, elles s’étaient faite encercler par une bande de racailles qui en voulaient à leur argent. Faisant mine de chercher son porte-monnaie, Lariska avait en fait récupéré un briquet qu’elle alluma devant le spray de laque qu’elle venait de s’acheter. La gerbe de flammes qui en résulta fit fuir les lascars et força l’admiration de Chloé.

Bref, dans un combat singulier contre un dragon furieux, la jeune kiné miserait tout sur Lariska, même sans les pouvoirs du Roi des Gobelins.

— Franchement, t’as géré sur ce coup-là ! Insista Chloé, comme son amie de réagissait pas.

— Hein ?

Assise en tailleur, Lariska passait ses mains partout sur son corps, comme pour vérifier qu’elle était en un seul morceau.

— Tu nous as emmenées dans le labyrinthe ! C’est très bien vu.

— Le labyrinthe ? Quel laby… Oh.

Lariska balaya à son tour le paysage du regard. Elle en resta bouche bée. Chloé réalisa que son amie était la première surprise de la tournure des évènements.

— Meuf… t’es pas sérieuse ! s’exclama-t-elle alors que la panique remontait graduellement

— Attends, tu veux dire que c’est moi qui… ait fait ça ?

— Ca me parait logique, oui.

— En ce qui me concerne, la logique est morte il y a une heure… grogna la Polonaise

Lariska sentit le peu de rationalité qui lui restait s’évaporer devant le paysage surréaliste. En plus elle était à l’origine de cette entorse aux lois de la physique ! Cette pensée lui donna le vertige. La jeune femme s’adossa l’arbre mort car le sol semblait tanguer sous ses pieds. Ses genoux tremblaient et sa respiration s’accélérait.

— Hey, hey, hey ! Larry ! Regarde-moi ! intervint Chloé en lui saisissante les épaules

Sonnée, Lariska cligna plusieurs fois des yeux, mais obtempéra. Chloé reprit :

— Tu te souviens de nos séances de relaxation ?

La Polonaise hocha nerveusement la tête.

— Ok alors inspire… 1, 2, 3, 4, 5… Expire…1, 2, 3, 4, 5… Voilà, c’est ça, concentre toi sur ta respiration… inspire… 1, 2, 3, 4, 5… Expire…1, 2, 3, 4, 5… Ca va ? Ok on continue… inspire… 1, 2, 3, 4, 5… Expire…1, 2, 3, 4, 5…

Lariska se raccrocha au baratin de son amie et à ses souvenirs de séances de relaxation. Des souvenirs qui lui paraissaient plus réels que le présent. Des souvenirs où sa kiné préférée n’avait pas la tête de Mr Bean. Malgré tout, la relaxation expresse fit sont effet et elle retrouva un semblant de calme.

Des bruits de sanglots non loin firent remonter sa panique en flèche. Les deux amies firent volte-face et découvrirent un grand dadais brun en position fœtale dans des vêtements en lambeaux, qui ne pouvait être que Wioletta. Cela fit l’effet d’une douche froide à Lariska, qui oublia instantanément ses angoisses pour s’occuper de celles de sa sœur.

— Ca va aller, ma chérie, murmura-t-elle en lui frottant maladroitement le dos.

— Je suis là, je vais tout arranger. Je te le promet, poursuivit-elle en polonais.

Wioletta se redressa et prit sa sœur dans ses longs bras. Comme elle chuchotait dans leur langue maternelle, la lycéenne avait l’impression que Lariska lui parlait de sa voix naturelle et non avec celle de David Bowie. Wioletta ferma les yeux, espérant de toutes ses forces de se réveiller de ce mauvais rêve.

— Oooh Larry j’ai fait un cauchemar tellement bizarre, gémit la lycéenne. J’ai rêvé que je grandissait de 30 centimètres pour devenir Loki… Et après un dragon me poursuivait, il allait plus vite que la voiture et… ensuite je sais pas trop comment mais je me suis retrouvée dans le labyrinthe et… et…

Wioletta rouvrit les yeux et croisa le regard vairon qui était désormais celui de sa sœur, et poussa un cri. Elle se redressa vivement, repoussa Lariska en arrière et s’éloigna d’elle en rampant sur ses fesses.

— Meeerde ça continue… je vais me réveiller, je vais me réveiller…

Chloé senti qu’elle devait intervenir.

— Wio, tu te souviens de ma méthode pour faire des rêves lucides ?

— Aaaaah ! cria la lycéenne en reculant davantage

— Du calme enfin… grogna la jeune kiné, un peu vexée.

— C..Chloé ?

— C’est ça. Bon, les « reality check », ça te parles ?

— Ah oui ! Je dois regarder ma montre ?

— Oui, vas-y.

Wioletta s’exécuta. D’ordinaire, lorsqu’elle rêvait, elle ne parvenait jamais à lire l’heure. C’était donc un moyen de réaliser qu’elle était en train de rêver et d’en profiter pour prendre le contrôle et en faire un rêve lucide. Or le cadran de sa jolie montre Sailor Moon avait été fêlé dans la pagaille de la Japan Expo. Impossible de lire l’heure.

— Aaaah c’est un rêve lucide !

Wioletta se redressa, soudain toute joyeuse.

Lariska ouvrit la bouche pour la détromper mais Chloé l’en empêcha.

— Laissons là dans le déni, le temps de sortir de là. Elle sera moins chiante à gérer, chuchota la jeune kiné à son amie.

— Heu… t’es sure de toi ?

— Evidemment, je fais ça tout le temps avec mes patients !

— Mais quelle enflure…

— C’est le résultat qui…

— BAISSE-TOI !

Les deux amies se baissèrent juste à temps pour esquiver la boule d’énergie que Wioletta venait de tirer avec son sceptre. Le projectile passa en crépitant au-dessus de leurs têtes et pulvérisa l’arbre mort derrière elles.

— Ta tête est aussi vide que le slip d’un eunuque ! s’écria Chloé en se relevant, échevelée.

— Roh mais ça va, c’est qu’un rêve après tout… se défendit Wioletta.

— Tu disais quoi, à propos du déni ? railla Lariska, dont le mulet avait un peu roussi sur le dessus.

— Ouais, ben mes patients n’ont jamais essayé de me tirer dessus !

CLANG !

Lariska et Chloé se baissèrent de nouveau. Elles se redressèrent bien vite quand elles s’aperçurent que ce bruit venait de Wioletta, qui avait lâché son sceptre. La lycéenne regardait ses grandes mains en tremblant comme une feuille. La détresse dans son regard fendit le cœur de sa sœur.

— Ecoute, je ne sais pas comment on va sortir d’ici, mais je te promets qu’on va y arriver ! affirma Lariska en prenant les mains de sa cadette.

— J’ai failli vous tuer ! sanglota Wioletta.

— C’était un accident. Il faut se concentrer sur le positif : tu as réussi à utiliser le sceptre ! renchérit Chloé.

— Oui, tiens c’est vrai, ça ! Comment tu as fait ?

— Ben… vu que je pensais être dans un rêve… je ne me suis pas posée de questions... J’ai pensé « boule d’énergie » et…

— Paf ! Ca fait des chocapics ! coupa Chloé.

Les deux sœurs pouffèrent de rire, et soudain la situation leur sembla moins dramatique. Wioletta sécha ses larmes et ramassa son sceptre. Lariska en fut soulagée.

— Bon… Qu’est ce qu’on fait maintenant ? s’enquit la lycéenne.

— Essaye de refaire une boule d’énergie, mais pas sur nous, suggéra Chloé.

— On ne devrait pas, genre… essayer de sortir du labyrinthe ?

— Certes mais si jamais on trouve la solution trop vite, on risque de se retrouver devant Smaug…

— Ah oui, pas con !

— Du coup en attendant, je propose que tu expérimentes tes pouvoirs.

Wioletta hocha la tête et visa le mur d’enceinte du labyrinthe avec son sceptre. Elle se concentra, visualisa la boule d’énergie et… rien. La lycéenne serra les dents et se concentra plus fort. Toujours rien.

— Ben… y a déjà plus de batterie ? s’étonna Lariska.

— Ca m’étonnerait, c’est une pierre d’infinité qui l’alimente, expliqua Chloé.

— C’est quoi une pierre d’infinité ?

— C’est l’une des six pierres qui maintiennent en place l’univers de Marvel. Ici, c’est la pierre de l’esprit. Mais il y a aussi la pierre de l’espace, du temps, de l’âme, de la réalité…

— Franchement Larry, tu es la programmeuse la moins geek que je connaisse !

— Oui bah désolée je ne suis pas fan de comics… Avec tous ces personnages qui ne meurent jamais pour de bon, l’univers est complètement inconséquent !

— Mais c’est ça qui est génial, enfin !

— Bon, c’est pas le problème. Essaye de te remettre dans l’état d’esprit de tout à l’heure, quand tu as réussi à le faire, conseilla Chloé.

— Heu… D’accord.

Wioletta tenta de revivre ce sentiment de toute puissance qu’elle avait lorsqu’elle faisait un rêve lucide. Tout lui semblait si facile, elle n’avait qu’à penser à une boule d’énergie pour qu’elle apparaisse… Et la boule partit. Surprise, la lycéenne faillit lâcher le sceptre. Les trois jeunes femmes suivirent le trajet du projectile jusqu’au mur d’enceintre, qu’il transperça.

— Parfait, continues à t’exercer ! ordonna Chloé.

— C’est marrant, j’ai l’impression que tu lui fais une séance de kiné… mais pour rééduquer son superpouvoir, fit remarquer Lariska.

— Chasse le naturel, il revient au galop… D’ailleurs toi aussi, tu devrais t’exercer !

— Hein ? Mais je ne sais même pas ce que je suis sensée avoir comme pouvoirs ! se défendit la Polonaise.

— Eh bien, tu maitrises déjà ta jukebox interne… Tu sais aussi… (Chloé comptait sur ses doigts) … marcher sur les murs… jongler avec des boules de cristal et y voir des trucs en temps réel… te transformer en chouette… tenir un bébé dans tes bras sans qu’il ne se mette à brailler… Et sans doute plein d’autres trucs ! Tu veux commencer par quoi ?

— J’en sais rien, c’est quoi le moins dangereux ?

— Jongler avec les boules de cristal. Mais ça sert pas à grand chose.

— Ok, donc ?

— Marcher sur les murs, ça te tente ?

Lariska hocha la tête et se dirigea prudemment vers le mur d’enceinte, à bonne distance de sa sœur et ses boules d’énergie. Elle posa un pied sur le mur et poussa dessus pour faire un pas à la verticale. Elle ne réussit qu’à se casser la figure. Loin de se décourager, elle recommença une fois, deux fois, trois fois… Chloé admirait sa persévérance, son ancienne patiente avait plutôt tendance à en faire trop que pas assez lorsqu’elle lui donnait des exercices à faire. Mais une bonne kiné se devait d’orienter efficacement les efforts de ses patients. Là, elle sentait que son amie grillait les étapes pour maitriser son superpouvoir.

— Attends. Allonge-toi par terre de manière à avoir les pieds contre le mur.

Lariska haussa un sourcil couvert de maquillage, mais obtempéra.

— Voilà. Maintenant ferme les yeux et imagine que c’est le sol, sous tes pieds.

— Plus facile à dire qu’à faire… rochonna la Polonaise.

— Oublie ton côté rationnel ! Très bien.

— Oulà… Je ne me sens pas très stable…

— Rattrape-toi avec tes pieds uniquement !

— Ben voyons.

— Ca va ?

— Non ! ça tangue !

— Et si tu ouvrais les yeux ?

Lariska obéit… et s’aperçut qu’elle se tenait debout sur le mur, à vingt centimètres du sol, parfaitement parallèle à ce dernier.

— AAAAAAAAH ! hurla-t-elle avant de retomber lourdement à terre, tel un personnage de dessin animé sur lequel la gravité s’applique uniquement lorsqu’il regarde ses pieds.

— Bon… Ben on a une marge de progression, conclut Chloé.

— Tu dis toujours ça quand je me plante…

— Bah quoi ? C’est la vérité, après tu progresses !

— Mouais…

— Allez, recommence !

Lariska poussa un soupir exaspéré mais fit malgré tout une nouvelle tentative...et tomba de nouveau. Elle chuta encore plusieurs fois avant d’accepter de violer les lois de Newton. Cela lui donnait légèrement la nausée et elle s’accrochait à cette sensation pour marcher sur les murs. Elle arrivait à marcher de plus en plus loin. Par sécurité, Chloé lui conseilla de longer le mur en restant à vingt centimètres du sol. Au bout d’un moment, cependant, l’esprit cartésien de Lariska finissait par reprendre le dessus, la nausée devenait insupportable… et elle retombait sur le plancher des vaches.

— Larry, ça va ? s’inquiéta Chloé, voyant son amie masser ses reins endoloris.

— Ouais, ouais, t’inquiète. Va plutôt voir comment Wio se débrouille…

Chloé acquiesça sans conviction. Elle comprenait que Lariska ne veuille pas avoir de public pour assister à ses chutes à répétition. D’un autre côté, la jeune kiné avait moyennement envie d’approcher Wioletta et ses boules d’énergie.

— HEY CLO ! VIENT VOIR !! JE MAITRISE LE SCEPTRE !!!

Chloé se composa une mine réjouie avant de se tourner vers la lycéenne qui se tenait debout, le doigt pointé vers la muraille, l’air très contente d’elle. La jeune kiné suivit son regard et découvrit le motif que Wioletta avait dessiné avec les impacts d’explosions de ses boules d’énergie.

— C’est… une bite ? demanda-t-elle, circonspecte.

— Bah oui ! Quoi d’autre ?

Chloé se pinça l’arrête du nez, se disant que les treize prochaines heures allaient être longues.

Très longues.

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